CHAPITRE II
MONNAIES CARLOVINCIENNES ET CERRINIQUES.
Avant de passer à la description des monnaies de la seconde partie de la période romane, parcourons l'histoire, comme nous l'avons fait pour la période mérovingienne, et examinons par quels princes le droit monétaire a pu être successivement exercé à Cambrai.
Pépin avait quitté le titre de duc pour celui de roi'. Son autorité toute différente de ce qu'avait été celle des Mérovingiens , se rapproche davantage de la royauté, telle que nous la concevons aujourd'hui. Les progrès de la centralisation gouvernementale influèrent nécessairement sur le signe d'échange , qui , lui aussi , a sa signification politique. La monnaie cessa presque partout d'être émise sous la seule garantie des monétaires; le numéraire royal , au contraire , rare au temps des chefs mérovingiens , devint commun , dans l'empire frank, dès le changement de dynastie et se montra à Cambrai avec le nouveau roi.
 la mort de Pépin , en 768 , Charles , qui devait devenir le grand empereur des Franks , obtint l'Âustrasie avec la Bavière et la Thuringe ; Carloman , la Burgundie, la Provence et la Gothie. L'Aquitaine fut partagée entre les deux princes' ;
* Suivant VArt dé vérifier les dcUet, Pépin, dans ses diplômes» commence son règne tantôt de l'année de son élection (782), tantôt de celle de son sacre (754).
' Austmsiorum regnum Carolo scniori filio rex insliluit: Carlomano vero junioii filio rcgnum Burgundia, Provincia, Gotlii», Alesacis et Âlamannia Iradidit. Âquitaniam, quam ipse rex adquisieiat, inter eoa diviait. Fred. Chron. cont., pars, IV, c. CXXXVI.
Charles en eul la partie occidentale avec le nord de la Neustrie, c'est-à-dire la contrée entre TOise, la Seine, la mer et l'Escaut; à Carloman échut le pays entre Seine et Loire, avec Soissons, Senlis, Meaux et l'Aquitaine orientale.
Ce partage a quelque chose d'insoHte ; on pense que Pépin , en fractionnant ainsi les premières conquêtes de Clovis, avait voulu éviter le renouvellement des vieilles rivalités de la Neustrie et de TAustrasie*. Quoi qu'il en soit, Charlemagne dut avoir primitivement Cambrai. Ce prince, à la mort de Carloman (771), se rendit maître de toute la monarchie des Franks qu'il conserva comme roi jusqu'au 25 décembre 800 et comme empereur jusqu'à sa mort, en 814.
En 806 « l'empereur, ayant assemblé les grands et les évèques à Thionville , promulgua le fameux capitulaire qui réglait le partage de ses états. Le Cambrésîs devait faire partie du lot de son (ils aine Charles'; mais ce prince ne fut pas, comme son frère Louis » mis en possession par avancement d'hoirie, et lorsqu'il mourut en 811, il n'avait pu inscrire son nom sur la monnaie.
L'an 814, Louis, déjà roi d'Aquitaine, entra en possession de son immense
héritage; trois ans après, en 817, au plaid de juillet, il associa solennellement à l'empire Lothaire l'ainé de ses fils' et fit couronner rois Pépin et Louis, afin qu'ils lui succédassent plus lard, l'un en Aquitaine, l'autre en Bavière. Les autres provinces, et par conséquent celle qui nous intéresse, devaient revenir à Lothaire. Louis-le-Débonnaire a seul exercé les droits régaliens à Cambrai de 814 à '817; mais rien ne s'oppose à ce que les monnaies y aient porté le nom de Lothaire à côté du sien , à partir de l'année 817, ou au moins à partir de 823, époque du couronnement de ce prince par le pape Pascal^.
La troisième année de son règne , avant d'avoir associé Lothaire à l'empire ,
* Henri Martin, Hiêtoire de France, i. Il, p. 251. > Baluie,t. I, col. 439.
' Imperalor in eodem pladto (Aquisgrani) filium primogenilum Lolharîam inaperatorcm appellari et esse voluit, et duorum filiorum Mioriim Pippinum in Aquilaniam , Ludovicum in Bajoariam miat , . . . Vita iMdovici PU.
* Lotharius , roganle Paschale papa , Romam venit : el bonorifîce ab illo susceplus , in sancto Paschali die apud sanotum Pelrum regni coronam , et iroperatoris el augusli noroen acccpil. Eginh. Ann, DCCCKXIll.
Louis confirme, en fa\eur de l'évèque Hildoard, les titres de possession de son églises En 823, il institue le comte Béranger gouverneur d'un territoire considérable comprenant l'évèché de Cambrai; et en 828, cest à Cambrai qu'il choisit son ambassadeur près de la cour de Byzance*.
Pendant un règne long et agité, l'autorité de Louis V fut plus d'une fois méconnue , et sans doute la monnaie , comme les actes publics , cessa parfois de porter son nom.
Au mois d'août 829, à Worms, cédant aux instances de Judith sa seconde femme et fort de l'assentiment de Lothaire, Louis veut assurer le sort d'un fils qui lui était né six ans après le pacte de famille de 817, et le proclame roi de l'Âlmannie, de la Burgundie transjurane, de la Rhétie et de l'Alsace. Pépin et Louis prennent les armes. Lothaire, malgré ses promesses, lève l'étendard de la révolte ' ; le vide se fait autour de l'empereur, et ce malheureux prince , au moment où il se met en marche pour une expédition lointaine , se voit tout-àcoup abandonné de son armée et gardé à vue avec Charles son jeune fils. Lothaire, maitre de la situation, s'attribue la puissance souveraine. Au plaid de 830, Louis ressaisit le pouvoir^, et le nom de Lothaire disparaît des actes publics et des coins monétaires. En 832, les armées du père et du fils se retrouvent en présence dans les plaines de l'Alsace ; mais on ne combat pas. Une assemblée présidée par le pape Grégoire lY en personne, déclare Louis déchu et Lothaire seul empereur. Louis-le-Débonnaire est rétabli deux ans après, en 834, par Pépin et par Louis; Lothaire , à son tour, est exclu de l'association à l'empire, mais il conserve le royaume d'Italie.
En 837, la part qui devait revenir au fils de Judith, fut augmentée de toute
t Data. Chron., 1. 1, c. XXXVIl.
* Halilgarius cameracensis c|>iscopa8 et Ânsfridus abbas moiiaslerii Nonantulae Conslanlinopoliin misai, et a Michaele imperatore honorifice suscepti siint. Eginh. Ann., 828.
' Instiganle Hugone, cujus filîam in matrimonium Lodharius duxeral» ac Malhfrido ceterisqoe, sero se hoc fecisse pœniluit... Nith. Hi$t., 829.
« Nith. Hist., 830.
— sala région comprise entre la Meuse , la Seine el la mer, puis entre la Seine et la Loire. L'avancement d'hoirie de Charles ayant été consacré l'année suivante par son couronnement à Kiersi, il alla prendre possession de ses nouveaux domaines.
Louis-le-Débonnaire mourut le 20 juin 840, sans que le Cambrésis , dans un dernier partage qui venait d'avoir lieu, eut cessé d'appartenir en droit à Charlesle-Chauve; cependant, le 25 juin 841, à Fontenailles , Charles n'avait avec lui que les Neustriens méridionaux d'entre Loire et Seine, tandis que Lothaire commandait aux Neustriens septentrionaux \
Après la journée de Fontenailles, où Lothaire fut vaincu, Charles vint dans la Neustrie septentrionale, mais il ne s'y fit pas franchement accepter, car dès l'année suivante, il fut refoulé au midi de la Seine et abandonna le Haut-Escaut à Lothaire. Le 14 février 842, Charles ayant fait sa jonction avec Louis-le- Germanique , sur le Rhin , la fortune changea , et l'empereur s'enfuit d'Aix-la- Chapelle pour ne s'arrèter'qu'aux bords du Rhône.
En 843, à la suite d'une exploration des provinces par de nombreux commissaires, intervint le célèbre partage de Verdun qui ne fut plus arbitraire, comme la plupart de ceux qui l'avaient précédé, mais rationnellement basé sur les races et les langues. Le pays compris entre le Rhin et l'Escaut et une grande bande de terre descendant jusqu'à la Méditerranée, furent, par ce traité, définitivement assurés à Lothaire, dont les possessions séparèrent ainsi celles de Louis de celles de Charles. Lothaire eut Cambrai*, La monnaie que nous décrirons plus loin, dut être frappée, à cette époque, plutôt que pendant la déchéance de Louis-le-Débonnaire.
< Nilh. Hi8t.,m\.
' Dislribulis porlionibus..., Lotbarius inler Rhenum et Scaldum in mare decurrenlem, el rursus per Caméracensem, Hainnoum, Lomenscm, Caslrilium, et eos comitalus qui Mosae cilra contigui haben(ur, usquc ad Ararem Rodano influentem, et per deQcxum Rodani in mare, cum comitatibus simililer sibi uliimque adhœrenlibus. Ànn, S. Berlin., 8^3.
L'empereur Lothaîre, attaqué d'une maladie mortelle, abdiqua le 22 septembre 855 , et mourut six jours après dans les Ârdennes. Louis II , l'aîné de ses fils, reçut l'Italie avec le titre d'empereur; le second, Lothaire II, outre le pays qui s'étend du Rhin à la Meuse, eut les comtés que son père possédait entre la Meuse et l'Escaut et, entre autres, le Gambrésis, qui se trouve désigné plus tard dans la succession qu'il laissa. Cet état, qui différait de l'ancien royaume d'Âustrasie, et qui, plus étroit, s'étendait davantage au nord-ouest, prit dès-lors le nom de Lotharii regnum, en langage vulgaire Lotherrègne; mais on ne trouve sur la monnaie du temps aucune trace de ces désignations. Charles , le troisième des fils de Lothaire, eut le royaume de Provence*.
Lothaire plaça en 864- , sur le siège de Cambrai , Hilduin , son parent et son chapelain qui, pendant près d'un an', s'y maintint malgré le pape. On ne connaît pas encore de deniers frappés à Cambrai par le roi Lothaire; c'est surtout au cœur du royaume de Lorraine que s'est manifestée l'activité de ses ateliers monétaires*.
Le 6 août 869 , Lothaire II mourut au-delà des Alpes ; ses états semblaient devoir passer à son frère, l'empereur Louis II, lorsque Gharles-le-Chauve arriva à Metz et s'y fit sacrer roi de Lorraines Ce prince fut toutefois contraint, l'année suivante, de partager le royaume avec Louis-le-Germanique ; et, dans cet arrangement, le Cambrésis lui resta ainsi que Lyon, Besançon, Tongres, Toul, Verdun, etc*. En 874, l'évêque Jean comptait encore de l'époque où Charles avait succédé au trône de Lothaire ^ En 875, l'empereur Louis II étant mort.
■ A Kalle le mendre dooa Provence el une partie de Burgoigne ; à Lothaire le moien son siège el toute la terre qui i Bppartenoit; et à Loys qui jà était corones à Empereor, toute Ylhalie. Chronique dé Saint-'DenU.
* CoU. des ConeU., t. VIII, p. 762.
' Voir mes Études numistnatiques sur une partie du Nord-Est de la France, pi. XIII.
* Les diplômes de Charles-le-Chauve, comme roi de Lorraine, sont tantôt datés de 869, tantôt de 870. — Art de vérifier les dates.
^ Voir aux preuves, pièce n® 1.
" Un titre, de la cinquième année après la mort de Lolliairc, porte, dans Baldéric, sans doute par une faute de copiste y la date impossible 885. Chron. camer, et atreb., 1. I, c. LU, éd. de Le Glay, p. 85.
Charles reçut à Saint-Pierre de Rome, le jour de Noël, la couronne impériale. Deux ans plus tard , le 6 octobre 877, il mourait au pied du mont Cenis.
L'atelier de Cambrai a donc pu fonctionner pour Charles, pendant fort longtemps, et tout au moins pendant les huit années qu'il a été roi de Lorraine; aussi verrons-nous plus loin un assez grand nombre de deniers et d'oboles qui portent le type adopté par ce prince. Rappelons en passant que le capitulaire qui fut promulgué à Kiersi, dans la dernière année de son règne, consacra l'hérédité des offices et des bénéfices, et fut en quelque sorte l'acte d'abdication de la royauté franke\ C'est à partir de cette époque que la fabrication de la monnaie , restreinte sous les premiers Carlovingiens , à un petit nombre d'ateliers, commença à s'éparpiller. On revit, sur une petite échelle et pour une autre cause, le phénomène observé du temps des Mérovingiens. Sous la première race, je l'ai dit plusieurs fois, la dissémination des ateliers était imposée par un système financier tout particulier; sous la deuxième, le rétablissement ou la création de nouvelles monnaieries était simplement la conséquence de l'affaiblissement de la centralisation gouvernementale constituée par Charlemagne. Â l'exemple de Clovis installant un nouveau pouvoir sur les ruines de l'empire , la féodalité qui allait naître , devait aussi se créer les avantages et les bénéfices d'une monnaie à elle, et comme l'avait fait le chef de la monarchie mérovingienne , lui donner d'abord , par l'imitation des vieux coins, le crédit des espèces qui circulaient depuis longtemps dans le pays.
Il est probable que les comtes bénéficiers et les comtes héréditaires ont, dès les dernières années du IX* siècle, commencé à imiter le XPISTIANÂ RELIGIO de Louis-le-Débonnaire et les deniers au monogramme de Charlesle-Chauvc.
Louis-le-Bègue succéda à son père. Après un règne de dix-huit mois, il mourut à Compiègne , le 10 avril 879. Il fit de nombreuses concessions de fiefs
1 H. Marlin , HUt, de France, I. II, p. 467.
héréditaires qui comportèrent, implicitement sans doute, le droit de monnayage. Ce prince a , comme Charles-le-Chauve , possédé le Cambrésis « .
Louis-le-Bègue laissa deux (ils, Louis III et Carloroan qui , malgré leur grande jeunesse , luttèrent courageusement contre les Normands , mais sans succès , tant lesFranks et les Gallo-Romains étaient dégénérés! Louis III, à qui échurent la Neustrie et le Cambrésis», fut bientôt contraint d'abandonner toute la Lorraine à Louis de Saxe ; il n'aurait par conséquent pu frapper monnaie à Cambrai qu'au commencement de son règne ', et encore l'atelier fonctionnait-il peut-être alors au profit du comte Raoul , ou des rois de la mer ^ qui , du Bas-Escaut , s'étaient répandus dans tout le pays , jusqu'à la Somme et s'étaient emparés de Cambrai ^
Louis de Saxe mourut en 882. Carloman , roi d'Aquitaine , que les seigneurs neustriens avaient appelé à régner sur eux, le suivit deux ans après dans la tombe, sans avoir pu repousser les Normands au-delà de la Somme ^ et sans avoir dû posséder Cambrai.
I/empereur Charles-le-Gros, qui était entré dans l'ouest ea possession de l'héritage de son frère Louis de Saxe, et qui se considérait déjà sans doute comme souverain en droit de l'ancien pays salien qu'inondaient des torrents de barbares \ réunit alors entre ses mains tout l'héritage de Charlemagne, au détriment du fils posthume de Louis-le-Bègue , connu depuis sous le nom de Charles-le-Simple , et alors âgé seulement de cinq ans.
* Voir aux preuves, pièce n^ 2.
* Ânn. S. Bêrtin., 880.
^ Il faut remarquer au^^si que les rois franks de ce temps n'ont guère tenu en activité que les ateliers de leur domaine direct.
* On connaît déjà des monnaies frappées au IX« et au X* siècle par les Normands sur le continent. Les unes présentent le nom de l'atelier de Queniovic; les autres une contrefaçon fidèle du monogramme carlovingien.
'^ Primores regni miserunt ad Carlomanum. .. quoniam bostiliter ipsi piaeparali erant in occursum Normannorum, qui... monasteria parrochiarum, Tungrensis videlicet, Altrebatensis, Cameracensis , su» ditioni addicta.... et parlim cum castello Mosomagensi incensa.... Ann, S. Bêrtin.^ 882.
« Ann. S. Vedasi., 884.
' Le Glay, Cam. christ., p. 17.
Charle&-le-Gros y pour s'assurer la libre possession de la Lorraine, Gt assassiner le duc de Frise , son beau-frère , et condamna Hugues , fils de Lothaire II, à avoir les yeux arrachés' ; mais sa lâche conduite au siège de Paris le perdit dans l'esprit de la nation ; il fut forcé d'abdiquer en 887, et mourut le 12 janvier de l'année suivante.
Sept rois surgirent à la mort de Gharles-le-Oros. Eudes , le vaillant défenseur de Paris , fut , dès la fin de 887, proclamé roi de la France occidentale » tandis qu'Arnould, duc de Carinthie, vit se grouper autour de lui les Germains et une partie des Lorrains.
La septième année de son règne (894), Ârnould confirma les concessions faites à l'église de Gambrai par Pépin, Gharles^Marlel et Louis-le-Débonnaire*; Tannée suivante, il donna la Lorraine à son bâtard Zuentibold', Zuentibald ou Zuindebad \
Eudes, dont le trône avait à peine été ébranlé jusqu'alors par la guerre de partisans que lui faisait Gharles-le-SimpIe , dut bientôt compter avec ce jeune prince auquel se joignirent Zuentibold, Baudoin, comte de Flandre, Raoul, comte de Gambrai, et Régnier, comte de HainautV Un arrangement intervint en 897 et le royaume fut partagé entre les deux compétiteurs ^ La mort de Eudes, survenue en 898 , laissa Charles maître de la France entière.
Le nouveau roi de France eut bientôt l'occasion d'intervenir dans les affaires de Lorraine. Zuentibold avait soulevé contre lui les Lorrains par ses brutalités \ Le comte de Hainaut était à la tête des mécontents. Gharles déclare
' Ann, metten., 888.
' Arnulfus rex pneceplum immuniUlis sanclœ Dei geiiitricis Ecclesiœ scriplum roboravit.... Bald. Chron., 894.
^ Ânn. fkddensetf 895.
* Un sceau conservé à la bibliolhèque impériale, porte Zuenleboldus; une monnaie que nous vendons plus loin, Zuendebad. Les chroniqueurs ou leurs copistes varient beaucoup dans Torthographe de ce nom.
B Ann. S. Vêdoêt., 895.
® Karolus venil ad Odonem : qucm ille bénigne suscepit , dedilque illi tantum de regno quantum sibi visum fuit... Ann. S. Vedast.,SQf7.
'' Intcr Zvenlibolch et primores regni inexpiabilis oritur disscnsio.... Ann. metten., 900.
la guerre à son ancien allié et s'avance jusqu'à Aix-la-Chapelle, mais il fait bientôt la paix avec lui. Le roi de Lorraine continue la lutte contre ceux de ses sujets que n'a pas découragés la défection de Charles , et il succombe dans une rencontre avec les comtes Etienne, Gérard et Malfroi, le 13 août 900. La Lorraine se donne à Louis III, fils légitime et successeur d'ArnouId.
Onze ans après, à la mort de Louis III de Germanie, la Lorraine welche ou romane se détacha du parti teutonique et reconnut Charles-le-Simple ; aussi existet-il un titre donné par Charles-le-Simple pour Cambrai sous la date de 91 1\
L'an 919, Henri-l'Oiseleur arrivait au trône de Germanie et portait ses vues sur la Lorraine welche.
Entre Charles et Henri, la partie n'était pas égale. Charles, abandonné par les grands du royaume au plaid de 920, vit diminuer petit à petit l'affection qu'on portait encore à sa race dans toute la Lorraine. Cependant, dans la lutte qu'il engagea bientôt après, pour la possession de la France, les Lorrains soutinrent encore son parti ; ils se signalèrent même en 923 , à la journée de Soissons, où il fut vaincu, mais où Robert, son compétiteur, perdit la vie après avoir porté pendant un an le titre royal. Peu après cette défaite, Charles céda la Lorraine à Henri ^ Il n'entre pas dans notre cadre de raconter la vie aventureuse du descendant de Pépin et de Charlemagne ; qu'il nous sufOse de rappeler qu'il mourut sous les verroux, à Péronne, en 929.
Raoul, duc de Bourgogne, élu roi de France à la mort de Robert, eut un moment l'espoir de régner sur les Lorrains. Leurs députés étaient venus se donner à lui > et il s'était rendu en Lorraine ; mais à peine en était-il sorti que le roi de Germanie y avait reparu. Dernières convulsions d'un pays qui tendait fatalement à se détacher de la France!
* Hoc (Stephano) etiam peleulCi Karolus rex sup/r pnebendas fralrum sanclse Dci gcnitricis Ecclesiae prœceplum, qaod deflagrala civilale perierat, renovavil. — Bald. Chron,, 911.
* Reges Heinricus cl Karolus apud Bunnam confederantur ; el Karolus reddil Heinrico regi regnum f^olharingise^ cpiscopis et comilibus ulrimque jurando rem confirmantibus. — Sigeb. Chran,, 923.
' Legati adeunl LolbarieDsium, se suaque Rodulfo subdere spundentium. — Frod. Chron., 923.
Isaac, comte de Cambrai , se réconcilie en 924 avec Tévèque Etienne i.
En 926 y le roi Raoul retourne à Cambrai , et Gislebert, duc de Lorraine, personnage important dans l'histoire de ce pays^ se déclare son vassaP. La Lorraine cependant est, peu après, définitivement rattachée à la cause de Henri. En 929 , Gislebert est livré à Henri % mais le roi de Germanie se réconcilie avec lui et lui donne sa fille Gerberge en mariage \
En 931, Raoul voit les Lorrains venir au secours de son ennemi, Heribert de Yermandois*; Gislebert est à leur tête. L'année suivante, Gislebert rend hommage à Raoul et assiège Péronne pour le compte du roi; puis, en 934, il vient en France, mais, cette fois, pour secourir Heribert. Enfin en 93S, un traité de paix étant intervenu entre Raoul , Henri et Heribert , la Lorraine et Cambrai demeurent au roi de Germanie.
Cependant Raoul était mort et Otton-le-Grand avait succédé à son père Henri dans les royaumes de Germanie et de Lorraine (936). Le duc de France Hugues-le-Blanc, pour gouverner plus sûrement sous le nom d'un souverain légitime , avait rappelé d'exil le jeune fils de Charles-le-Simple ; mais Louisd'Outre-Mer trompa ses espérances et tenta de secouer le joug; Hugues lui opposa Heribert et Guillaume de Normandie. On prit les armes en 938; les Lorrains, entraînés de nouveau par Gislebert, se donnèrent au jeune roi qui reçut Thommage des comtes de Cambrai et de Hollande, ainsi que de plusieurs évèques *. La restauration carlovingienne ne dura pas longtemps en Lorraine; Otton s' étant mis en mesure de réduire cette province, Gislebert marcha contre lui, mais se noya dans le Rhin. Otton constitua la Lorraine
* Synodus apud Trosleium habita.... in qua Isaac comea ad emendationein yenit; pro his quœ prave adversus Ecclcsiam Camcracensem peqietraverat;... pncsenlc fleriberto et plurimis Francise comitibus. — Frod. Chran.
* Frod. ehron., 925.
s Lolharingus noinine Christianus, Gislebertum ducem ad se dolo evocatum cepil, regique misit. — Sigeb. Chnm,
* At rext inspecta industrîa, filiam suani ei despondet. — Sigeb. Chnm. » Frod. Chron., 931.
^ Frod. Chron., 939.
en duché au profil de l'un des siens, qui se nommait Ck)nrad (939). Louis se montra encore dans cette province en 940 ', mais il n'y remporta que de médiocres succès.
Au mois de juin 941 , le roi de Germanie concéda des droits importants à l'évéque Fulbert*; puis en 947, étant venu à Cambrai, il lui donna l'abbaye de Saint-Géry\ C'est ainsi que fut constituée, comme nous l'avons indiqué dans l'Introduction, la puissance temporelle des évèques qui, cependant, ne devinrent comtes de Cambrai qu'en 1007 \
En 942, intervint la paix générale qui assura toute la Lorraine à Olton et réconcilia Hugues-le-Blanc avec Louis d'Outre-Mer. Ce dernier, réduit, comme l'avait jadis été son père, à l'étroit domaine de Laon, ne se laissa pas abattre; il lia des intelligences avec Raoul II, comte de Cambrai*, et rétablit un moment sa domination dans l'ancien royaume de Lorraine. Cette dernière tentative du descendant de Charlemagne explique comment l'évéque Fulbert, un an après avoir sollicité et obtenu d'importantes faveurs du roi de Germanie, en était revenu, si l'on peut s'exprimer ainsi, à l'ère carlovingienne, et datait une de ses chartes de la VF année du règne de Louis , fils de Cliarles , qui fut emprisonné*. Rien n'indique combien de temps le Cambrésis tint à cette époque pour Louis IV.
En 946, Otton, maître alors assurément de toute la Lorraine, prit, à la prière de sa sœur, la reine Gerberge, le parti de Louis contre Hugues-le- Grand, rassembla une armée à Cambrai^ et marcha sur Laon. La guerre
* Rex in reguuui Loihariense cum Ârlaldo episcopo cl aliU (idriibus suis profectus est. — Frod. €hr<m., 940.
* Voir aux preuves, pièce n* 9.
» Bald. Chnm., c. LXXII.
^ Voir aux preuves, pièce u** 8.
' Le comte dont il est ici question, est le héros du roman intitulé: Raoul de Cambrai; il a joué un réle asseï important , au dire des chroniqueurs. Cf. Albcric. Chron, D. Bouquet , IX , 66.
® L'évéque de Cambrai comptait évidemment le règne de Louis, non du 19 juin 9i6, date du couroDoemeut de
ce prince , mais de Tannée 936 où le roi Raoul était mort.
"* Chron. Saxon. 9i6.
se prolongea, avec des chances diverses jusqu'au traité de 9S0y par lequel Hugues se reconnut vassal du roi , mais agrandit sa propre puissance. Louis mourut le 10 septembre 954*, sans avoir recouvré une seule partie de la Lorraine.
L'an 953, une irruption de Hongrois est un moment arrêtée par l'héroïque résistance de Cambrai et du monastère fortifié de Saint-GéryV Otton dépose Conrad, duc de Lorraine, qui avait appelé les Hongrois, et confie cette province à son propre frère l'archevêque Brunon*. La rébellion continue cependant. Conrad, l'année suivante (954), reparait en Lorraine et pousse jusqu'à la forêt Charbonnières Cambrai, durant ces troubles, semble être resté fidèle à Otton.
Le roi de Germanie tient un parlement à Ingelenheim ^ et reçoit des otages des Lorrains. Fulbert, évéque de Cambrai, meurt vers ce temps-là, et a pour successeur un germain du nom de Bérenger\ L'an .957, le duc Brunou est à son tour en lutte avec les Lorrains. Son neveu , le roi Lothaire, vient le trouver dans le Cambrésis \
Otton-le-Grand , après avoir glorieusement relevé la couronne impériale et exercé durant tout son règne la plus grande influence sur les affaires de France, descend au tombeau (973).
On verra plus loin un denier frappé à Cambrai , au nom d'Otton , avec le titre de roi.
< Rich. Hiêi., I. u, c. au.
< Bald. Chron,, l \, c. LXXIV.
' Junior vero fralrum dominas Bruno magnos eral ingenio, magnas sdcnlia et omni virlule ac iuduslria : quem cum rex prœfeciss^t genli indomilœ Lolharioram... W^iticbiodi. Ann.
* Conradus dux, Dei el imperatoris transfuga, ad Huugaros se conferens, eos in Lotharingiam usque ad Carbonariam silvam produxil.... Chrvn. Tomaeens, S. Mari,
'^ Rex Olho placttum babuil apud Engelenhcim cuoi Lolhariensibus, a quibus el obsides accepil de cunctis pcné ipsorum oppidis. — Frod. Chron.
« Bald. Chron., 1. 1, c. i^XXlX.
^ Lotbarius rex cum maire sua el amita sua relicla Hugonis obviam pergil in pagum camaracensem avunculo SUD Brunoni. — Frod. Chron,
Mais reprenons succinctement le cours des événements.
A Otton-le-Grand avait succédé Otton II (973). La lutte du nouveau roi de Germanie et de la maison de Hainaut ramène les Carlovingiens en Lorraine. Charles 9 frère du roi Lothaire, combat pour le fils de Regnier-au-long-cou ; Tietdon, évéque de Cambrai , prend le parti du jeune empereur \
Otton j qui s'est emparé de Gouy, y construit une forteresse et pousse souvent des rçconnaissances jusqu'à Cambrai % dont il n'est pas sûr. Il reprend bientôt les territoires qui lui avaient été enlevés, et crée Charles duc de Basse-Lorraine (977) '. Cette mesure habile enlève à ses ennemis et au roi de France un de leurs plus puissants auxiliaires.
Charles, appelé par les habitants de Cambrai pour les défendre contre Lothaire, y résida, suivant Baldéric^, depuis la mort de Tietdon (976), jusqu'à l'arrivée de Rothard (977). Son séjour dans cette ville aurait été beaucoup plus long, suivant un historien moderne*.
L'an 978 , Lothaire traverse la Lorraine et s'empare d'Aix-la-Chapelle ; Otton , à son tour, assiège Paris, mais sans succès. En 980, Lothaire fait la paix avec l'empereur et lui abandonne la Lorraine \
En 983, à la mort d'Otton II, Lothaire, profitant des embarras d' Otton III, rentre en Lorraine, s'empare de Verdun et menace Cambrai. L' évéque Rothard se soumet à lui^ (9^^); 1^ P^i^ se fait l'année suivante.
* Audita igitur longe laleque morte imperatorisy Rainerus alque Lantbertus, filii videiicet Raioeri. ... palrios fines régressif terram patris violenter volcntes repetere> super Hagnam fluvium caslnim Bussud munierunt. Hoc aulcm juvfnis inipcralor audiens, collcclo cxercilu, caslcUuin obsidione clausit, diruit.... Ad banc obsidionem Tietdo episcopus interfuiU — Bald. Chron., \.l, c. XCIV.
« Bald.CAron.,1. 1,.c.XCV.
' Otlone secundo lenente imperium, Carolus frater Lotharii régis Francorum in regno Lolbariensi adeptus est Ducat um. Vita Gttdulœ virginis.
* Bald. Chron., \, I, c. C.
s H. Martin , Hùt. de France, t. H, p. 8i6.
* Cilo post rex et imperator pacificautur; ubi rex imperatori Lotharingiam beneficiavit. Chran, SUhiem,
^ Lotharitts... Epîscopalum Cameracensium se occupaturum esse minatur. Qua in re Rotbtrdus pontifex baud
Lothaire mourut le 2 mars 98fi. Son fils Louis V fut sacré roi sous la tutelle de la maison de France ; mais la petite cour carlovingienne perdit son chef peu après, le 21 mai 987.
Charles de Lorraine , le seul descendant de Charlemagne en âge de porter les armes, après une tentative infructueuse auprès de Tévèque de Reims , regagna la Lorraine et n'osa se rendre à l'assemblée de Senlis où les grands du royaume posèrent la couronne sur la tête de Hugues-Gapet. Il mit plus tard en péril le trône du chef de la troisième race\ mais, fait prisonnier, il finit misérablement ses jours à Orléans (992)*.
Henri II succéda en 1002 à Olton III et permit aux évèques de Cambrai de frapper monnaie au Cateau-Cambrésis*. Les titres relatifs à la ville même de Cambrai sont moins explicites; il est probable cependant que cet empereur, en créant les évêques comtes de Cambrai, leur avait donné tout au moins le droit de placer leur nom sur la monnaie impériale, ainsi que cela s'est pratiqué dans les Trois-Ëvêchés au X* et au XI* siècle. Si donc Henri II et les empereurs qui ont régné avant le XIP siècle ont fait frapper monnaie à Cambrai, c'était sans doute une monnaie semi-impériale et semi-épiscopale. Quant aux comtes de Cambrai, on peut supposer qu'ils ont participé à la fabrication monétaire, soit à Saint-Géry, soit dans la ville même, avant que leurs droits aient été transférés aux évêques. Enfin, bien que Cambrai, qui avait appartenu au royaume de Lorraine, semble n'avoir jamais fait partie du duché du même nom , ni avant , ni après sa séparation en haute et basse Lorraine, il n'est pas impossible que l'atelier monétaire en ait été utilisé par le duc Charles, frère de Lothaire,
Terminons ce résumé historique par le tableau chronologique des souverains
mediocri lerrore commolus , sapienli»simo lamcn concilio usus , regcm humiliter aggrcditur, et ipse absqae
difficulUle subjicilur. — Bald. Chron., 1. I, c. CIV.
' Rich. Hùt., 1. IV, c. XXXm.
> Odoran. Chron,
* Vohr aux preuves, pièce n*» 7.
et des comtes* qui ont pu frapper monnaie à Cambrai , pendant la période romane et la haute féodalité.
Pinif 752-708.
CBABLBMAGHIy l'OÎ 768 — 800.
— empereur 800 — 814.
Louis !•' 814 — 817.
LoDis I*' ou LoTBAïAE 817 — 830. BftaAROE», gouverneur de Cambrai » cité en 8S3.
Louis !•' 830 — 832.
LoTHAïaa 832 — 834.
Louis !•» 834 — 837.
Louis I*' et peut-être Charlbs-li-Chauvi 837 — 840.
Chablis-le-Cbaute ou Lotbaieb ? 8iO — 842.
LoTiAïas 842 — 8:;5.
L<miAiaElI 858 — 869.
Cbarlbs-le-Cbautb, roi 869 — 875.
— empereur 875 — 877.
Louis-LB-BàauB 877 — 879. Raoul, comte de Cambrai, cité en 880 et'896.
Louis m 879 - 880.
Louis de Saxe 880 — 882.
Chablbs-le-Gbos 882 — 887.
Aa!«ouLD 887 — 895.
ZUENTIBOLO 895 — 900.
Louis, fils d'ABNOuLD 900 — 911.
Cbablbs-lb-Simplb 911—923.
Henbi-l'Oiseleub et peut-être un moment Raoul. 923. » Isaac, comte de Cambrai, cité en 924 et 938.
llENEi-L*OlSELBUB 925 — 936.
Ottoh !•% roi 936 — 938.
Louis IV» d'Outbe-Mbb 939. >
OttohI", roi 939 — 942.
''^""'V »*2. » Raoul !I, mort en 943.
Ottow I", roi 942 — 962.
— empereur 962 — 973.
Otto» II, empereur 973 — 983. Cbables, duc de Basse-Lorraine. .976 — 977.
Ottoh III, roi 983 — 984. Abrould , comte de Cambrai, vers 1000»
LOTBAIBE 984. »
Ottoh III, roi 984—993.
— empereur 993 — 1002.
Hbtibi h, empereur 1002 — 1024.
> Nous n*avons placé dans celte liste que les comtes dont rexistence est suffisamment prouvée. « Cf. E. Bouly, Dict. hisi., p. 81
DESCRIPTION DES VARIÉTÉS
Nous n'avons eu à décrire que des pièces d'or dans le précédent chapitre ; celui-ci 9 au contraire , ne contiendra que des monnaies d'argent. On sait en effet que l'or a été employé de préférence, sous les Mérovingiens, et que les deniers d'argent ne se montrent qu'à la fin de la prenrière race , pour devenir, à leur tour, lorsque Pépin eut inauguré une ère nouvelle, Tétalon réel, le signe à peu près exclusif de l'échange. Les deniers émis par Pépin au commencement de son règne appartiennent encore , comme celui du maire Ebroîn ^, au système mérovingien ou , si l'on veut , au système romain ; c'est-à-dire que le flan en est épais et étroit , les reliefs prononcés et la taille au taux légal de 240 à la livre de 6144 de nos grains de marc, ce qui correspond à 25 grains '/» ou 1,388 grammes*. Puis Pépin fixe le rendement de la livre d'argent à 22 sous, soit, à raison de 12 deniers par sou, 264 deniers*. Le denier ne pesa donc plus que 23,27 grains ou environ 1,24 gramme, tandis que le flan devint plus large et, par cette double raison, moins épais \ On vit alors paraître ces pièces dont le peu d'épaisseur rappelait les monnaies que les invasions musulmanes avaient récemment introduites dans l'Europe méridionale, et dont l'usage se conserva
* Le denier d*Ebroîu , quoique frappé sur un flan qui parait rogné , pèse environ 2i grains. Cf. de Longpérier» Caial, itotiffMu, p. 38.
' Toir le denier de Pépin frappé à Lyon. Contidérationt 9ur les fnonnaies de France, par Benjamin Fillon, pi. I, fig. ii.
' De monela conatiluimus simililer ut amplius non habeal in libra pensante nisi vîginti duos solido^ et de ipsis viginli duobua solidis, monclarius habcat solidum unum et Ulos alios reddat. Capitula Vem,, anno 7K5y apud Baluz. 1. 1, col. 176.
^ Ces évaluations sont loin d'être rigoureusement exactes, bien qu'empruntées aux ouvrages les plus estimés. Les conséquences que Ton tire des pensées , n'auront toute leur valeur que quand de nouvelles trouvailles auront permis de faire* passer sur la balance un grand nombre de pièces.
jusqu'à ce que la découverte du nouveau monde, en rendant le métal abondant, eut permis de faire des monnaies plus lourdes.
Pendant que ces modifications s'accomplissaient dans le signe d'échange, on ferma les ateliers qui fonctionnaient sous les Mérovingiens , dans les villes , les bourgs et les vici, dans les châteaux et les domaines royaux ou ecclésiastiques, sur les points d'exploitation industrielle*, k la suite des mais, etc., etc., et l'on ne frappa plus, à de rares exceptions près, que dans les anciennes monnaieries royales ou dans les maisons religieuses, telles que Saint-Géry, que protégeait un sanctuaire vénéré. On peut remarquer aussi que le nom royal, si rare sur les monnaies des Saliens, devint, sous les Ripuaires, l'âme de la légende. On ne vit plus qu'exceptionnellement de ces espèces qui avaient si longtemps couru sous la seule garantie de la signature d'un monétaire ; la monarchie proprement dite se constituait, et, avec elle, la centralisation administrative et la validation du signe de l'échange par la signature du chef de l'État.
Charlemagne, après avoir suivi, au début de son règne, le dernier système monétaire de Pépin , revint, dix ans après, à l'ancienne taille de 240 à la livre. Mais l'étalon pondéral avait aussi changé et la livre pesait 7680 grains % en sorte que le poids légal des deniers de Charlemagne , du deuxième système , dut être de 32 grains, taille qui, suivant M. de Longpérier, demeura seule légale pendant toute la dynastie , quoique moins bien observée ' sous les derniers Garlovingiens *.
Je n'insisterai pas sur les types de la monnaie de Charlemagne, dont je n'ai qu'un exemplaire à décrire. Je rappellerai seulement que ce prince, fidèle
* J'ai fait remarquer dans mes Études numiitMjUiques sur une partie du ^ord-Sst de la France , qa'on avail frappé monnaie dans le pagus Salinensis, pour les villages qui s'étaient formés autour de chaque puits salin.
* Voir ta 9« proposition de M. Guérard. Bev. num., t. Il, p. iffî.
' L'art monétaire, à celte époque, n'atteignait qu'une médiocre approximation dans la fabrication des flans; aussi les deniers exhumés à Imphy ont-ils présenté, quoiqu'ayant à peine circulé, des différences notables de poids. Il est donc difBcile de dire si une pièce carlovingienne doit la faiblesse de son poids à l'abaissement de la taille, à la fraude, ou simplement à l'imperfection des procédés.
* Voir les tables de M. de Longpérier. CataL Rousseau^ préambule, p. 16.
d'abord au lype de Pépin , parait avoir introduit le monogramme cruciforme qui fut longtemps employé sous ses descendants, et qui se maintint dans les ateliers féodaux, longtemps après que sa dynastie eut cessé de régner sur la France.
Savais dit, en 1852% malgré les assertions de Leblanc et de Lelewel% mais sur la foi d'un numismatiste qui se trompe bien rarement, M. de Longpérier, que le denier au monogramme cruciforme ne pouvait remonter qu'à Charles II. Il est certain que cette pièce ne s'était jamais, et ne s'est pas encore rencontrée dans les dépôts de monnaies appartenant incontestablement et ciiclusivement à Gharlemagne. Une opinion contraire a récemment et peut-être trop facilement' prévalu chez la plupart des numismatistes , à la suite d'une découverte de nouvelles monnaies carlovingiennes faite par M. de Gosier S d'un mémoire publié par l'un des fondateurs de la Revue numismatique française, M. Cartier \ et d'une note insérée par M. B. Fillon % dans un de ses derniers ouvrages. Quoi qu'il en soit, on admet généralement aujourd'hui, que Charlemagne n'a pas seulement usé du monogramme dans ses actes, mais aussi sur ses espèces courantes, c* est-à-dire sur les deniers d'argent, portant, au revers, Karlus rex fr. La réaction a même été trop loin, car on trouve dans les collections, classées au règne même de Charlemagne, des monnaies d'un style maigre, qui ne peuvent être contemporaines des deniers à larges lettres, à reliefs bien accusés, dont on ne peut contester l'attribution au grand empereur.
' Études numimnatiq^Ms iur une partie du Nord-Eet de ta France , p. 199.
* Monnaies des Àngto- Saxons , p. 14.
' Pour avoir U preuve directe que les deniers au monogramme ont été employés dé» le règne de Charlemagne , il faudrait en rencontrer dans un dëpôt analogue à celui d'Imphy qui, ne renfermant que des deniers au nom de Pépin et à celui de Charles» avait été évidemment enfoui sous ce dernier prince. Le trésor de Belveiet, décrit en 1837, par M. de Saulcy, contenait des deniers au nom de Charles en monogramme, mais mêlés à des monnaies de Louis-le-Débonnaire , et pouvant par conséquent avoir été confiés à la terre sous Charles-le-Cbauve. En semblable matière , le doute est souvent ce qu'il y a de plus sage.
^ Rev. num. belge , 2« série , t. H , p. 369.
' Rev. num, , t. XX, p. 338.
* Études numismatiques , 1830, p. \ii.
M. de Longpérier divise les monnaies de Louis -le -Débonnaire en trois époques, sans parler des types aquitains:
l"" Le buste lauré et vêtu du paludamentum au droit, et, au revers, un édifice ou une porte;
2"* La croix avec le nom de l'empereur au droit, et, au revers, le nom de la ville écrit en deux lignes horizontales;
3*" Même type au droit, et, au revers, le temple tétrastyle ou l'autel chrétien avec la légende Pistiana Religio.
Les monnaies cambrésiennes au nom de Louis V% sont exclusivement du deuxfème système.
L'empereur Lothaire a imité le troisième type de son père; nous en verrons un exemple plus loin^ Son fils Lothaire II a frappé dans plusieurs villes de Lorraine, des deniers où l'on voit, d'un côté, le nom royal autour d'une croix, de l'autre , le temple avec le nom de la ville ; seulement la croix est cantonnée de petits globes. Si l'on retrouve des deniers de Lothaire II, au nom de Cambrai, ils répondront sans doute à cette description.
Les types de Gharles-le-Chauve les plus usités sont:
r Le monogramme avec Karlus rex fr., qu'on lui fait partager aujourd'hui avec Charlemagne;
2"" La croix au droit, avec le nom du roi, et, au revers, le monogramme avec le nom de la cité ;
S** Le monogramme avec la légende Gratta di rex au droit*, et, au revers, la croix à branches égales avec le nom de la cité.
* C«* type du temple s'est longtemps conservé ; on le retrouve, avec les moditicalioDS artistiques de Tépoque, dtDS Tatelier de Tours, sous saint Louis, puis dans la plupart des monnaicrics de TËurope , ci , entre autres, à Cambrai.
* Charies-le-Cbauve parait avoir mis le premier Gratta di rex sur ses roounaies. Cette formule se montre , dés le temps de Pépin , dans les diplômes royaux , à l'imitation des empereurs d*0rienl qui s'intitulaient d<oc*^«v«^cy0i , couronnés de Dieu ; les évéques, tes abbés et de simples comtes Pont souvent employée. Àri de vérifier let datet, Édit. de i8i9, t. V. p. 438.
On a retrouvé un certain nombre de deniers cambrésiens du troisième type de Charles-le-Chauve.
Louis-ie-Bègue (877-879) el Louis III (879-880), s'ils ont frappé monnaie à Cambrai 9 ont dû copier le temple de Louis-le -Débonnaire avec Pistiana religio. Il est possible aussi que le premier ait reproduit le type habituel de Charies-le-Chauve , en mettant son nom à la place de celui de son père, et que le second ait émis des deniers timbrés de son monogramme , avec misericordia dei rex et le nom de la ville au revers.
Louis de Saxe, qui a possédé le Cambrésis, y a sans doute imité le deuxième type de Louis-le-Débonnaire , comme il l'a fait à Strasbourg*.
Nous n'insisterons pas sur le type de Charles-le-Gros *, qui parait avoir été calqué, dans le royaume de Lorraine, sur la monnaie au monogramme de Charles-le-Chauve.
Arnould a sans doute émis , à Cambrai , des deniers analogues à celui qu'il a fait fabriquer à Toul et qui porte, d'un côté, Amulfm rex, autour d'une croix pattée; de l'autre, Tullo civita, autour d'une croix cantonnée de petits globes , comme dans les pièces lorraines de cette époque ^
Zuentibold, qui vient ensuite, a adopté ce type d' Arnould.
Charles-le-Simple a conservé le monogramme et fait usage en même temps, mais dans l'est, d'un type spéciaP.
Henri-l'Oiseleur a dû employer le type du temple , comme k Metz*.
Otton-le-Grand a peut-être débuté à Cambrai par le denier, sans nom de ville.
* A. Hc Longpdrier, Caial. Bousaêau.
* A Texemple d*un auleur allemand, Gols, l. VUl, n<> BO, j*ai allribué Irès-dubitativcmenl à Charles-lc-Gros, dans mes Études numiimatiçwt sur une partie du Nord- Est de la France, plasieurs deniers au monogramme et à la légende GRATIA D — I REX. M. de Longp^rier (Catal. Rousseau, p. 231) admet aussi que ce prince a frappé monoaie , du moins dans la haute Lorraine , avec le titre de roi.
' Ce rare denier d*Arnould n*élaît pas connu lorsque j'ai publié mes Études ntmiisniatiques sur une partie du Nord' Est de la France; il fail partie de la collection de M. Moniiier.
* Étud. num. sur une partie du Nord- Est de la France, p. 280 et pi. XV, fig. 5. s lhid.,pl XVII, fig. 1.
dont le revers ressuscite le moDogramme de Charles-le-Ghauve \ ou par une monnaie y analogue à celle de Toul% présentant, d*un côté, la croix cantonnée de globules, comme l'avers du denier de Zuentibold, de l'autre, le nom de la ville , écrit horizontalement. On aura fabriqué ensuite la monnaie au type de Cologne, que nous verrons plus loin.