Abgar X, fils de Maanou IX
30. Abgar XI (inconnu dans l'histoire, contemporain de Gordien III,
le Pieux), vers 240.
A l'époque des troubles de la Syrie et des guerres des Séleucides avec les Parthes, les peuples qui habitaient le pays d'Edesse, et que les anciens considéraient comme des Arabes, se révoltèrent sous la conduite d'un certain Osrhoès ou Chosroès, qui donna son nom à la région sur laquelle il établit son autorité (1). La fondation de cet État paraît avoir eu lieu vers la 137e année avant J.-C. Il paraît que, pour mieux assurer leur indépendance, Osrhoès et ses successeurs s'attachèrent aux Arsacidesde Parthie; mais les
(1) Denys de Thelmar, Chron. Edest. Cf. Procope, Bell, pers., liv. 1, ch. 17. —Suidas, Assemani, Bibl. orientai. I, p. 417, 1. — \° Osrhoès.
«uerres que ceux-ci eurent à soutenir contre les Romains , les obligèrent à feindre sans cesse de servir Rome , tandis qu'ils la trahissaient en toute occasion. Trajan subjugua la Mésopotamie, la réduisit en province romaine, et détrôna ces dynastes qui l'avaient trompé. Mais Adrien, pour éviter de nouvelles guerres, ayant renoncé à la possession des pays conquis par son prédécesseur, et s'étant contenté de retenir quelques places fortes sur cette frontière, rendit aux princes osrhoéniens le gouvernement de leurs Etats. Ainsi, ce royaume, situé entre l'empire romain et celui des Parthes, et trop faible pour entrer en lice avec l'un ou avec l'autre, était, entre les deux puissances rivales, comme une barrière qui les empêchait de s'entre-choquer. On peut supposer que les rois osrhoéniens se considéraient, après les conquêtes de Trajan, comme les vassaux de Rome, puisque, sur les médailles de ces princes qui nous sont parvenues, on voit figurer toujours sur un des côtés de la pièce l'effigie de l'empereur leur contemporain. La série des monnaies de l'Osrhoène se continue, sauf quelques lacunes, jusqu'à l'époque de Gordien III , qui, à l'exemple d'Adrien, avait rendu aux dynastes d'Edesse leur royaume, que Caracalla avait réduit en province romaine. Mais, à partir du règne du successeur de Gordien III, et peut-être même pendant les dernières années de la vie de cet empereur, Edesse avait été de nouveau réduite à l'état de colonie, car nous voyons que les monnaies de cette ville, frappées sous les successeurs immédiats de ce prince, portent la légende KOA. EAECCA, avec la figure de la ville coiffée d'une couronne murale (1).
Nous venons de dire que la capitale de l'Osrhoène était Edesse, et nous savons que, pendant toute la durée de la dynastie des Abgar, cette ville fut la résidence de ces princes. L'histoire nous apprend que Abgar Uchama, ayant quitté le séjour de Medzpin, sa capitale {%), se transporta avec sa cour à Edesse, qu'avait reconstruite Séleucus Nicator. Ce prince, séduit par la ressemblance de sa situation avec celle d'Edesse de Macédoine,
(1) Bayer, Eist. osrhoén., liv. IV, p. 181 (2) Moyse deKhorèn, liv. II, ch.27.— Var-
et suiv. — Mionnet, Mèd. gr.A- V, eisuppl., tan, Hist. univ., ms. du mus. asiat. del'acad. t. VIII, v° Edesse. imp. de Saint-Pétersbg.
lui avait donné le nom d'Edesse (1). Mais, avant sa reconstruction par le roi séleucide, Edesse portait le nom d'Ourrha, et c'est sous cette dénomination qu'elle est mentionnée par Moyse de Khorên (2) et par Vartan (3). Le nom d'Ourrha, ou plutôt le territoire de cette ville , est cité dans l'inscription assyrienne de Behistoun (4) sous le nom de pays d'Ouraasta : ^4 ËJ^ F» t T M ^[<J , que les traducteurs ont rendu par ces mots : a Le pays d'Arménie. » Les anciens ont donc pu transporter le nom de l'Arménie à la ville d'Edesse , comme aujourd'hui les Juifs ont donné à la ville de Mossoul, le nom d'Achour, y,VK , et à la ville de Bagdad , celui de Babel , comme aussi les Grecs ont nommé Persépolis , la ville d'Istachar. Il paraît qu'Edesse porta aussi, pendant quelque temps, le nom d'Antioche, près de Kalliroè, pour la distinguer des autres villes du même nom (5). Etienne de Byzance l'appelle Avrils'* èni TLxXkippôriç ou xpcç, KaXXipow (6). Au moyen âge, elle reprit son ancien nom d'Edesse, en arabe ^j, que les chroniqueurs lui donnent avec des variantes, comme Rohaïs , Roaïs, Rohas, Rhagès, Rages, Roaes, Rhasia, Roase, etc. (7).
L'histoire des dynastes osrhoéniens présente un phénomène curieux et qu'il est difficile d'expliquer, à cause du silence que les historiens orientaux et occidentaux ont gardé sur un événement qui, cependant, a dû avoir de l'importance à l'époque où il s'est accompli. Nous avons vu qu'Osrhoès se déclara indépendant à Édesse, et nous savons , en outre, que ce personnage, d'origine parthe ou persane, eut pour successeurs des princes
(1) Etienne de Byzance, De urb. et pop., v° par F. de Saulcy, p. i 34, lig. 49, 53, 96. — EoWa. — Eusèbe , Hisl. ecclésiasl. — Am- Oppcrt., Expéd. de Mésopotamie, t. II, liv. I. mien Marcellin, liv. XIV, ch. 8. — Appien. ch. 1, p. 18.
(2) Liv. II, ch. 10. (o) Pline, liv. V, ch. 24.
(3) Gèograph., Cf. Saint-Martin, Mém. sur (6) Etienne de Byzance, v° avWox51*l'Armén., t. II, p. 430. (7) Le Moine Ayton , Foucher de Chartres,
(4) Rec. de la soc. asiat. de Londres, Albert d'Aix, Guill. de Tyr., Albéric des Trois t. XIV, part, ij Memoir oflhe Babylonian Fontaines, Jacques de Vitry, Notifia eccléand Assyrian inseripl. by O Rawlinson. — siast., etc.
Journal asiat., 1854, Inscript, de Behistoun,
— ot5 —
de sa race, ou bien encore des Arabes, puisque le pays , sur lequel il avait établi son autorité, était en grande partie composé de populations sémitiques. L'histoire d'Arménie ne dit absolument rien de ces princes qui lui sont étrangers, et il faut recourir aux chroniques syriaques, rédigées aux sixième et huitième siècles, d'après des documents plus anciens , pour avoir, surcesdynastes, des détails que l'on chercherait vainement ailleurs.
Les noms des premiers princes osrhoéniens ont presque tous une origine sémitique; cesont, parexemple : Abdou-bar-Mazour, Jax|io »2> «*t -w , dont la forme arabe est jjjU ^ >>*?\,Bakrou, o;»20, en arabe^JÔ, Maanou, clC&o, en arabe, <j*^, etc.
Dès que l'on est arrivé à l'époque de la naissance du Christ, l'histoire d'Arménie, par une brusque transition à laquelle rien ne nous a préparé, nous fait connaître qu'un descendant de Tigrane le Grand, Arscham ou Arsame, fils d'Artachès, étant monté sur le trône d'Arménie en 33 avant J.-C, eut de longs démêlés avec Hérode, roi des Juifs, et mourut après trente ans de règne (1). Apkar ou Abgar, son fils, lui succéda trois ans av. la naissance du Christ, et, s'étant brouillé avec les Romains, il s'avança contre eux du côté de la Syrie. Il paraît qu'Edesse était soumise à sa domination, car nous voyons qu'il entretenait dans cette ville une garnison qui était son armée d'observation, et qui, précédemment, servait de poste avancé sur l'Euphrate contre les agressions de Cassius {%). Ce qui déroute les recherches de l'historien, c'est que les écrivains arméniens et syriens, non plus que les Occidentaux, ne nous apprennent pas dans quels rapports de suggestion les rois osrhoéniens se trouvaient avec les rois d'Arménie, à l'époque qui précéda la venue d' Abgar à Edesse. Tout ce que nous savons d'une manière à peu près certaine, c'est qu'Abgar, au dire des historiens arméniens, transporta de Medzpinà Edesse sa capitale. Les chroniqueurs syriens, sans entrer sur ce sujet dans aucun détail, racontent qu'Abgar Uchama, l'Apkar des Arméniens, contemporain du Christ, succéda à Maanou, fils de Maanou, qui ne paraît avoir été renversé du trône, ni par violence, ni par suite d'une guerre.
(1) Moyse de Khorèn, liv. II, ch. 26. (2) Moyse de Kh., liv. 11, ch. 27.
Comment la fusion des deux dynasties osrhoénienne et arsacide s'opérat-elle? Tel est le problème que l'histoire d'Arménie et les chroniques syriennes, muettes sur ce point , ne nous permettent pas de résoudre. Tout ce qu'il nous est permis de conjecturer, c'est que les Arsacides d'Arménie avaient, sous leur dépendance, les rois ou toparques de l'Osrhoèrie, et qu'à un moment donné , Abgar ayant changé de capitale, continua la série de ces dynastes persans ou arabes, sans qu'il y ait eu d'événement important pour cela, puisque l'histoire ne parle pas des guerres ou des querelles qui auraient pu surgir à cette époque, entre les dynastes d'Edesse dépossédés et les monarques arméniens usurpateurs. Cette supposition nous montre donc une branche de la famille royale d'Arménie, issue du sang des Arsacides, venant s'implanter sur une autre famille d'origine différente, sans guerre, sans conflit et sans bruit, et continuant la série des règnes précédents, dont elle subit vraisemblablement l'influence, puisque les chroniques syriennes la considèrent comme nationale et que les annalistes arméniens la regardent aussi comme une dynastie issue des Arsacides.
Les faits étant ainsi exposés, n'est-il pas étonnant devoir des Arméniens, quitter leurs appellations habituelles, pour prendre des noms empruntés au langage des populations au sein desquelles ils venaient s'établir, sans doute pour ne pas blesser la susceptibilité de la race prédominante qui subissait leur domination ; dès lors , n'est-il pas permis de supposer que ce nom d'Abgar, que nous voyons porté presque constamment par les Arsacides de la deuxième branche, et qui était assez fréquent chez les premiers monarques de l'Osrhoène, devint le nom générique des successeurs de l'Abgar arménien, puisque dans les auteurs occidentaux et sur les médailles, ce nom, presque à l'exclusion de tout autre, est donné à tous les rois d'Edesse ?
Cette supposition nous conduit tout naturellement à examiner la question relative aux noms d'Abgar et de Mannus, noms qui étaient portés par la plupart des rois ou toparques d'Edesse, dont la liste nous est fournie par les chroniques syriennes (1).
(1) Chronique d'Edesse , dans Assemani , de Thelmar, id., p. 417. Bibliothèque orientale, t. I, p. 387 ; et Denys
Nous venons de dire, il n'y a qu'un instant, que le nom d'Abgar paraît avoir été le nom générique, l'appellation habituelle, que les anciens donnaient aux rois d'Edesse. En syriaque, le nom d'Abgar, i^a), signifie boiteux (1). Les auteurs grecs et latins qui parlent des Abgar, ont souvent altéré ce nom sous les formes Augarus (2), Abagarus (3), Abbar (4), Agbar (5), Acbar (6), qui sont des variantes du nom d'Abgar (7). En altérant la forme syriaque du nom d'Abgar, Spanheim (8) avait été amené à croire que la forme ;.>«*) n'était autre chose que le comparatif arabe, jjS\, ce qui est une erreur, car, à l'époque des Osrhoéniens, l'arabe n'était point usité à Edesse, mais le syriaque était la seule langue de la contrée.
Toutefois , on ne peut nier la forme essentiellement sémitique du nom d'Abgar, et, partant de ce principe, on peut affirmer que les dynastes osrhoéniens, qui gouvernaient une contrée presque entièrement composée de populations sémitiques, avaient reçu d'elles un nom qui avait fini par être admis, comme une appellation générique, par tous les peuples qui étaient en relation avec Edesse.
Les Arméniens, qui considéraient avec juste raison les rois de l'Osrhoène comme des Arsacides, font descendre P Abgar, contemporain du Christ, le quinzième dynaste osrhoénien, selon la chronique de Denys de Thelmar (9), de Tigrane le Grand, par Ardaschès et Arscham ; aussi n'estil pas étonnant de voir les écrivains arméniens chercher à faire dériver le nom d'Abgar, Wp^c, des deux mots arméniens u«-""f "oci homme grand , dont il serait la contraction. Moyse de Khorên, qui donne cette explication, rapporte ainsi cette étymologie, dans son Histoire d'Arménie (1 0) : y^<.
\\p.iLUI[ttÇU LnifiLn idi mit tuin* iliniili tiirz.tni^lri ^irant-phuilhi Zl [ultiJiimnt-jJ h uflïlt • npntfih-utiif h. tnp^u • ijuijii ni ijninf, i a il nunquj/uoulri CiniJtMUtq L ^\unpi~ng , Lnihg^U T^p.q-tup[rnu :
« Cet Abgar est appelé Avak Air, à cause de sa grande douceur et de sa
(1) Assemani, 1. I, p. 261, note 1. (5) DionetEvagr, Schol.
(2) Dion, liv. 77-79. — Zonaras, Cedrenus, (6) Appien, Syr. saint Epi ph. lier., 36. — Hérodien, Alex. Sev. (7) Suidas, v° Abgar.
(3) Galanus, Conciliât, eccl. Arm. cum ro- (8) Deusu el prœsl. num., liv. II, p. 80. man., part, i, p. 9. (9) Assemani, 1. 1, p. 420.
(4) Tacite, pass. (10) Liv. II, ch. 26.
sagesse, et de plus à cause de sa taille. Ne pouvant bien prononcer son nom , les Grecs et les Syriens l'appelèrent Abgar. » Cette conjecture de l'historien arménien , tout ingénieuse qu'elle paraisse au premier abord , n'est cependant point admissible, parce qu'elle est contraire à toutes les règles admises en philologie.
Dans la liste des dynastes osrhoéniens , on trouve , outre les Abgar, d'autres princes portant des noms qui semblent se rapprocher assez de celui d'Abgar, et, au premier abord, on est séduit par leur ressemblance • ainsi, par exemple, les noms deo^as, Bakrou, et de ..tn'ta. PKacouri, offrent, sinon une assonance frappante, du moins une analogie que l'on ne saurait nier. Le nom « j a as entre autres, que l'on retrouve en arménien sous la forme •Vuilu.enu(\), offre une ressemblance évidente avec le nom d'iWr, si l'on applique ici la loi de permutation de lettres si commune dans les langues sémitiques. Le nom propre Bakrou passa en Occident à l'époque des guerres de Parthie, et on le trouve sous la forme Pacorus, dans beaucoup d'inscriptions qui nous sont parvenues (2).
Nous n'avons pas la prétention de chercher à ramener à une même origine les trois noms «*^^| > o«âo et *»jans; cependant il ne serait pas impossible d'admettre que les'noms d'Abgar et de Ph'acouri ont, l'un avec l'autre, une certaine ressemblance. Quantau nom de ovas, son correspondant existe dans la langue arabe sous la forme^X», bek'r.
De ce qui précède, résulte-t-il qu'on soit autorisé à penser que les dynastes osrhoéniens aient été des princes de race arabe, comme les Odheyna, **j*I (Odenath) et les Ouaballah , aMI ^a3 (Vaballath) , de Palmyre, les Hàreth, e^U- (Arétas) de Pétra et de la dynastie d'Emèse? Assurément les présomptions sont grandes, et nous ne pouvons nous empêcher de remarquer avec M. Er. Renan (3) que la plupart des noms fournis par l'histoire et les monuments durant les premiers siècles de notre ère dans la Syrie et la Mésopotamie, où pourtant le syriaque resta toujours la langue
' (1) Moysede Khorèn, liv. Il, cil. 9. (3) Bulletin archcol. français, 1836. Sur
(2) Boissard, Anl. rom., 4* part., p. 127, quelques noms arabes. 130; et Griiter, p. 226, 8 et 1033, 5.
nationale, présentent une physionomie purement arabe. Il n'y a doue rien d'étonnant de supposer qu'une dynastie arménienne ait adopté des appellations purement sémitiques, dans un pays où l'influence arabe était prédominante.
Quoi qu'il en soit, les noms d'Abgar et de Mannus sont les seuls que nous voyons figurer sur les médailles qui nous sont parvenues des rois de l'Osrhoène.
Le nom d'Abgar, que les Grecs ont transcrit par Aêyapsç, et que nous retrouvons sous cette forme sur les médailles et dans la plupart des textes, offre quelques variantes qui viendraient encore appuyer l'opinion que j'ai émise au sujet de l'affinité des deux noms Abgar et Ph'acouri. Les Arméniens, et particulièrement Moyse de Khorên, qui a fait, comme on le sait, un grand usage des sources grecques , a adopté la forme hellénique ftpn-^pnu, laquelle se retrouve avec une variante AS^opoç, sur une inscription recueillie dans l'Auranitide, en 1853, par M. Porter (1), et dont M. Renan a, le premier, proposé l'affinité avec le signe du doute (2).
La forme syriaque du nom de Mannus, que l'on trouve aussi sur quelques médailles de l'Osrhoène, est Maanou, oiSSo, qui a son correspondant en arabe, dans la transcription yw> pour y*^. On trouve le nom de Maanou ou Mannus, sous la forme Mâwoç et Mivs;, sur d'autres médailles et dans deux inscriptions dont l'une , qui est bilingue, existe sur le château dit de Nemrod, situé à peu de distance d'Edesse (3) :
AMCHCCAEAOT TOYMANNOY TYNH.
L'autre inscription portant le nom de Mannus ou plutôt Manus, a été publiée par M. T. D. Woolsey, et provient de l'exploration de l'Auranitide, par M. Porter (4) :
(1) Journal of the Amer, orient, society, Turkcicet., p. 343. — Bœckh, Corp. inscr. t. V, n° 1 ; inscr., n° 12, lig. 5, p. 186. grme, 1. 111, p. 276, n° 4670.
(2) Sur quelques noms arabes, p. 8. (4) Journal of Ihe American oriental so-
(3) Moltke liriefe ûber Zustande in der ciely, 1855, t. V, n° 1, inscr. n° 2, p. 183.
MANOC 0AIMOY Mavo« 0aîfiou
KAI YIOI ATTOYE v.xi inai xvroù ï-
AwKAN EKTHC <Wv 1% xfo
OIKOAOMK . . . oixodop [i> [fc ?]
XYAACXE1A... xua^? Xe4'>
ACKATHNCY «s (1 ) xa[l] vhv 2û-
PAN EYCEBOYN pav sùaréSow
EKTO KYPIwN èx. t[wv toi/] xupfcov (2) .
Le nom de Mannus semble avoir été, à Edesse, un nom honorifique, ou bien un nom générique, comme celui d'Abgar, de la même façon que le nom d'Arsace le fut aux rois parthes. Dans l'origine des recherches numismatique» sur l'Osrhoène, les savants avaient cru voir, dans le nom de Mannus, les formes Alannus et Ryonnus, mais Bayer a rétabli la véritable forme de ce nom qui est Mannus ; seulement il a confondu les Mannus d'Edesse avec un autre Mannus qui régnait en Orient, et dont parle Dion Cassius (3). Ce Mannus, au dire de Dion, était phylarque et ses possessions étaient comprises dans une partie de l'Arabie peu éloignée de la Mésopotamie : « Ô Msofl/îçô rÂs Âpstêists Tàmtoxûpov . . . <pùXap^aç (4). » Il est probable que ce prince était roi des Arabes Atréniens qui occupaient la partie méridionale de la Mésopotamie. Nous savons aussi par certains morceaux épars de Dion et quelques fragments des Parthiques d'Arrien, conservés par Suidas, que Trajan fit la guerre aux Atréniens et qu'il soumit, après un grand nombre de combats, un prince nommé Mannus , lequel régnait dans ces régions, et ne peut, en aucune façon, être confondu avec l'un des rois osrhoéniens.
Revenons à l'histoire d'Edesse. A la mort d'Abgar Uchama, le royaume de l'Osrhoène fut partagé en deux parties : Maanou, appelé aussi Anané ou Ananoun , fils de ce prince, gouverna Edesse , et Sanadroug, fils de sa sœur, hérita de la portion de l'Arménie et de l'Adiabène que sa famille avait eu en apanage.
(1) Pour xM*t. (3) Excerpt., 1. LXVIII, § 22.
(2) On trouve la forme «x ?&■/ «0 xupiav, dans (4) Dion, 1. LXVIII. BœckhjC. I. G., n" 4523.
Aussitôt monté sur le trône, Sanadroug chercha à détruire la race d'Abgar, afin de réunir toute l'Arménie sous sa domination. Aidé par les princes Ardzrouni et Bagratides, ses parents, il marcha contre Edesse dont il s'empara, et fit mourir la famille et la postérité d'Abgar, à l'exception de quelques princes qui se réfugièrent à Jérusalem. Sanadroug fit ensuite rebâtir Medzpin (Nisibe), qui avait été renversée par un tremblement de terre, puis, il l'orna de palais et de monuments magnifiques (4) : « Il fit élever, dit Moyse de Khorên, au milieu de la ville qu'il avait reconstruite (Medzpin), sa statue tenant à la main une pièce de monnaie, ce qui signifiait : Tous mes trésors ont été dépensés à reconstruire cette ville, et il ne m'est plus resté que cette seule pièce de monnaie. »
Erouant, qui avait usurpé la couronne à la mort de Sanadroug, étendit son empire sur toute l'Arménie, après la mort de Tiridate I", frère de Vologèse, roi des Parthes. Protégé par les Romains, il n'éprouva aucun dommage sous Vespasius et Titus , moyennant la cession qu'il leur fit de la Mésopotamie et d'Edesse. Privé d'une partie considérable de ses Etats , Erouant transporta sa résidence à Armavir. « Alors, dit Assoghig(2), la domination arménienne cessa dans cette contrée , et le tribut qu'Erouant payait aux Romains fut augmenté. » Moyse de Khorên (3) rapporte, en outre, que des fonctionnaires romains établirent à Edesse des trésoriers chargés de recevoir les impôts perçus sur l'Arménie , la Mésopotamie et l'Assyrie, et qu'ils rassemblèrent aussi, dans cette ville, les archives relatives aux tributs, qui étaient conservées à Sinope.
Cependant, des descendants d'Abgar continuèrent à régner à Edesse (4) jusqu'à l'époque de Gordien III, après le règne duquel le royaume de l'Osrhoène fut définitivement réduit en province , et la capitale de cet Etat devint une colonie romaine.
(i) Moyse de Khorên, liv. II, ch.36. (4) Denys de Thelmar, dans Assemani, t. I,
(2) Hist. univ., i" part., ch. •:i. p. 421.
(3) Liv. II, ch. 38.
La numismatique de l'Osrhoène ne commençant qu'à partir du règne deMaanou VIII, le Mannus contemporain d'Adrien, nous allons donner ici la concordance des années des règnes des rois d'Edesse et des empereurs romains.
ANNÉES
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