‹ Numismatique de la Gaule narbonnaiseChapitre 41 sur 85 · VI. CÂENICENSES · texte numérisé non relu

VI. CÂENICENSES

( PL. XIII

Tète (TApoUon» couronnée de laurier, à droite, avec une corne denièi’e roreille.

KAIMKHTHN. Lion rugissant, à droite; dessous, .

• • • • • • • . • Ar. 3. H*. F.O. a gr. 07 c,

Cib. d« M. dtLtgoji I>c»cripr, de quetq. m4d. iûéd., etc., p. a5.

Cette médaille, éditée en i834 , par M. le marquis de Lagoy , d’après un exemplaire unique, trouvé dans le midi du département des Bouches-du-Rhône, est l’une des pièces les plus intéressantes de la suite, imguère si peu nombreuse, des monnaies coloniales de Massalie. En la publiant aujourd’hui de nouveau , j’ai à m’excuser auprès de mes lecteurs et auprès de M. de Lagoy d’avoir, malgré une autorité aussi puissante que la sienne, osé changer quelque chose à la description de ce précieux monument de la numismatique narbonnaisc. Il m’a été impossible de trouver d’autres types sur la monnaie de la colonie massaliote, que ceux de la monnaie de la métropole ; j’ai cru apercevoir un lion , figure à la vérité d’une manière barbare, où M. de Lagoy a vu un loup ou une hyène; j’ai placé une couronne de laurier, mal exécutée sans doute, où M. de Lagoy a mis une couronne de pampre; j'ai reconnu, par conséquent, une tete d’Apollon, au lieu d’une tête de

NASBONNAISE.

Bacchus. On a vu , par ce que j’ai dit plus haut de l'attribut de la corne , qu’il pouvait appartenir à Apollon comme à Bacchus , fils d’Ammon, ou Sabasius; et d’ailleurs ces deux divinités, envisagées comme divinités solaires, ont très bien pu être confondues. Un autre argument, en ma faveur, résultera de la comparaison de la médaille des Ccenicenses avec celle de MassiUa , figurée sous le n" 338 de la planche vii. L’elïigie divine, sur cette pièce, ne saurait être autre que celle X Apollon , et nous lui voyons une corne, de la même forme et à la même place que sur le premier de ces deux monuments.

Pline est le seul auteur qui fasse mention des Ccenicenses', dont il écrit le nom, Ccmcenses ; il les met au nombre des villes latines de la Gaule Narbonnaise, ce qui n’a pas empêché Sanson , trompé par l’analogie des noms , de les placer près du Mont-Cénis. Poinsinet de Sivrj' proposait de lire Ccrniccnses, afin de les mettre à Saint-Cerni, près de l'ancienne Carpentoracte , parce que les deux noms se suivent dans l’énumération de Pline ; ce qui ne prouvait rien, puisque cette énumération est faite par ordre alphabétique’. IjC P. Ilardouin, que l'on n’est pas habitué à rencontrer dans le bon chemin, en fait de questions de cette nature, avait été plus heureux qu’à l’ordinaire, et il avait remarqué, le premier, dans ses Commentaires sur Pline , le rapport entre le nom du peuple qui nous occupe et celui de la rivière Cientts, le wrsfiéj de Ptoléniée Il proposa en conséquence de lire Ccenicenses , et de placer ce peuple aux environs du Ccenus CD'Anville était sans doute bien préoccupé de la mauvaise réputation du P. Hardouin, pour repousser une semblable conjecture , ne pouvant surtout rien offrir à la place '.Depuis , les recherches de M. le marquis de Lagoy sont venues justifier pleinement la leçon indiquée par le savant jésuite.

Pline , sur le témoignage de Caton , avait parlé d’une colonie de

• Biit. nai., 1. m. c. 4- * * 1 1- « , p. 5«.

* PoittAÙaet de SÎTry, ConraenUire sur * Le P. Hftrdoam,<h/ 4*

Ptine, BQ I. ui , c. 4* * Notice de U Gaule, p.

CAEMCF.XSES.

Cenomani , fixée près de Massalie ' , et Etienne de Byyjince , d’après Artémidore d'Éphèse, avait cité , comme appartenant aux Slassaliotes , un fleuve Secoanus, d'où était venu le nom des Secoani On ne pouvait retrouver la position de ces peuples et de ce fleuve. Selon M. Toulouzan , le Secoamts serait le même que le Cœnus de Ptolémée , les Cenomani auraient habité ses borda , le nom de Secoani serait le nom altéré du même peuple, et la légende KniïiCTTi)» nous en fournirait la forme la plus ancienne et la plus authentique ^

D’après Ptolémée, le Csenus devait avoir son embouchure entre Maritima et Massilia ; on avait pensé que le cours d’eau le plus considérable, qui dans cet intervalle communique avec la mer, c’est-à-dire la rivière de l'Arc , était l’ancien Cænus ; mais M. Toulouzan a donné , avec raison, la préférence à la Touloubre, qui coule presque parallèlement à l’Arc, et qui dans son cours traverse des localités dont les noms offrent de l’analogie avec celui du Cænus. Ainsi la petite ville de Lançon s’appelait autrefois Lanceenus, et dans le territoire du Vernègues, très riche en débris antiques, on trouve un endroit nommé en provençal lou camp de Caen. En outre , de grands travaux d’art, où se reconnaît évidemment la main romaine, ont été pratiqués pour rendre navigable 1a Touloubre, tonte la partie inférieure de son lit a été taillée dans le roc, et c’est sur cette partie que s’élève le pont Flavien. Les travaux , entrepris pour faire de cette petite rivière un véritable canal entre la Durance et la mer, ne se rattachent-ils pas à ceux exécutés par les soldats de Marius^, et n’expliquent-ils pas le nom de Rativi; itrrajaj , nouvelle rivière , donné par Ptolémée?

J'aime à me persuader que les ruines de la ville principale des Cœnicenscs sont celles que l’on voit près de la Maison-Basse du Vernègues, et à regarder comme l’un des temples élevés par ses anciens habitants , les magnifiques débris qui portent empreint , plus qu’aucun des autres monuments antiques dont la France

* Plin., üisL L c. 19 .

* S<«plL Bjunt., r.

* Statlat. des B.-do'Rhôoe , Ily 181 .

* Strab.fiv, i83, et Plutarch., jjv

NARBOÎfNAISE.

méridionale est ornée,, le génie des Grecs, civilisateurs de cette partie de notre territoire. Le silence des Itinéraires et de la carte de Peutinger sur la position de la ville capitale des Cainicenses .se trouverait naturellement expliqué , puisqu’elle n’aurait été située, ni sur les côtes, ni le long des voies romaines.

La médaille de M. le marquis de Lagoy a été découverte non loin de l'embouchure du Cænus , entre les Martigues et Saint- Remi ; elle faisait partie d’un dépôt considérable de médailles d’ai^ gent , appartenant presqu'en entier à l’atelier monétaire de Massalie. La forme de l’ A , le style et la fabrique la rendent contemporaine de la vu' époque du monnoyage de la métropole. Cette époque répond très bien à celle de la concession du territoire des Salyes où se trouvaient les Grmeenses , faite aux Massaliotes par Marius,en reconnaissance des services qu’il en avait reçus dans sa célèbre' expédition contre les Ambro-Teutons ’. Peut-être ne faut-il pas donner une origine plus ancienne au nom du Cænus et à celui des Cænicenses.

Depuis la publication du savant mémoire de M. le marquis de Lagoy, un monument, trouvé à Ville- Vieille, entre Nîmes et Montpellier, est venu nous apporter un nouveau souvenir des Cœnicenses. C’est un cippe carré, d’à peine 35 centimètres de liauteur, et portant l’inscription suivante :

VOTA RVTIS . AV DEMACES MESSINA CENICEO MESSINI F.

M. Debius, qui édita cette inscription en iSdy’, crut à tort que sa découverte à Ville-Vieille indiquait nécessairement cette

' CC Straboo, 1. nr, p. i83. France, t 111 de la nouTelle férié, p- aïo

* Voy. Mém. de U Soc. Roy. de* Anliq. de et tniT.

CAEZnCENSES. 107

localité comme l'ancien chef-lieu des Ccenicenses. On doit en conclure seulement qu’Audemax et Hessina, sa femme, originaires sans doute de cette nation, et demeurant à Ville- Vieille, élerèrent un monument de leur dévotion au dieu topique de leur patrie.

VIL OXYBir.

( PL. XIII

Tête de Diane , couronnée d’olivier, à droite.

. OlOIXVO. Lion i droite Ar. 3. R*. F.b. a gr. i8 c.

Cab. de M. de Ligoy.

L’an i54, avant notre ère, les querelles entre les Ligures-Oxybes et les Massaliotes eurent , pour lu liberté de la Gaule méridionale, le même résultat que devaient avoir, un siècle plus tard, à l’égard du reste de la Gaule, les démêlés des Helvètes et des Édues. Rome vint au secours de ses alliés, écrasa les Oxybes et les Déciates, leurs voisins, qui s'étaient joints à eux, et donna leur territoire aux Massaliotes ; mais elle laissa des troupes en garnison dans les villes principales, et ce fut le point de départ de ses empiétements successifs dans le pays qui devait être plus tard la Province, et d’où elle devait chasser les Massaliotes eux-mêmes*

La position des Oxybü, sur le bord de la mer, et autour de la colonie massaliote d’Antipolis, est bien déterminée par les témoignages des anciens M. le baron Walkenaer a , le premier , indiqué la petite localité d’Oppio, près de Grasse , comme pouvant ré-

* Polyb., Exerrpt* Ugat,, cxxxrv. Cf. d’AimUe, Not. de U Gaule, p. Sio,’

* Polyfa., uU Strab., L ir, p. i85. et Walieaacr, Gdog. anc.d» Gaolea,t. I,

PIÎB. f 1. ui , C. 4- ~~ Flor., L n , c 3. p. 1 77 et 18a.

Digitize^h CjOOgIe

NAKBONNAISE.— OXYBn.

pondre au chef-lieu de ce peuple, VOx)i>ium de Quadratua, cité par Etienne de Byzance.

La médaille décrite en tête de ce chapitre a pu être frappée par les Oxybes , à l'imitation des monnaies de Massalic, et la légende, exécutée par un graveur inliabilc, n’est pas très éloignée du mot OXVBIOI que l'on avait peut-être l'intention de reproduire. Il existe d'autres médailles, de même fabrique, dont la légende, encore plus barbare , n'est pas sans rapports avec celle-ci ; mais nous venons de tenter déjà une attribution trop hasardeuse pour en essayer une autre qui ne le serait pas moins , et nous renvoyons ces pièces aux Incertaines de la Gaule Narbonnaise.

' DL.im -g»-.' ClOOgle

Vm. ANTIPOLIS.

( »t. XIV. )

V; AUULnrs LEpn>?a

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