‹ Numismatique de la Gaule narbonnaiseChapitre 82 sur 85 · Même tête, sans légende · texte numérisé non relu

Même tête, sans légende

Même type. Des caractères indéterminés à la place occupée

ordinairement par les légendes. Br. 6. F.tr.b.

Cjb. d« M. de Sftulcy.

Les principales variétés des médailles que nous venons de décrire sont connues depuis long-temps ' ; Pellerin , traduisant la légende AOTHO JT AHT flN par le lieu des Taiètes , les avait attribuées à TaleUtm de Laconie. Cette attribution, que la synonymie semblait justiiier, fut cependant attaquée parle savant Barthélemy, parce que ces pièces avaient été découvertes à Vieille-Toulouse et c’est encore là, en effet, ou dans les autres contrées du midi de la France, qu’elles se rencontrent habituellement Pellerin répondit avec aigreur, et au lieu de traiter à fond l’objection de Barthélemy , il prit l'offensive sur une question incidente du savant abbé, qui voulait restituer aux yirverni les médailles attribuées aux rois de Galatie, et se mit en contradiction avec luimême, en se fondant sur la provenance de ces pièces, qui arrivaient toutes du Levant, et ne se trouvaient jamais en Auvergne Barthélemy, justement piqué du ton que Pellerin avait mis dans la discussion, ne voulut plus la reprendre; il lui suffit de confier l’expression de son mécontentement aux marges d'un exemplaire des CBUvrcs de son adversaire, exemplaire qui se voit aujourd’hui à la Bibliothè(|ue du Boi. On y lit, entre autres choses ; ( Cela a l’air d'un défi; mais je ne veux pas me battre avec des

* Cf. te P. n«rdootn, .Ytrm. ant., p. de GuMcmc, mtmum.t t. IV, p. 8aC ;

Pembrork, Namum. ant.^ t. xn, fig. 7 ; Gesincr, Pop* num. , p. a88 ; RaMhe, Lexic, unh. rei num., t. II, part, ii, p. 1811 ; Aodi* bert et Bartli^emy, Origines de Toatouve, p.

g et 1 4; PcJlcrtfi, Rcc. de méd. , 1 . 1, p. 1 s5, et IT* Sop., p. 91 i d’Enoery^ Catalogue, p.

lao; F.ckliel, D. Ji. V., 1. 11, p. a65 ;Scftiai, Oau. gen.t prim.t ciù't.f p. 49 » LeUere, I.

lY, p. gg^Miooaet, Descnpüoo, etc.,t.il.

p. ai8;lhi Mêge, Slonum. des Volccs Tectoàagei, p. 40} Revue i 84 >, p. 85 .

* I.«t<re de Rarihctem^, üaoa lc< ürigioe»

de TouIouk, de l'abbé Audibert.

^ II vient d' 4 tre découvert encore , tout r^ccrorueDt, un a»ac£ grand nombre de ces médailles, à Virille-Touloufte; elles étaient inéiées, en nombre é peu près égal, i des bronses cellibérieos ù‘£mparium et d'antres villes espagnoles voisines de U Gaule.

* Pellerin, Rec. de mcd., rv* sup., p. g 3 .

NAHBOKNAJSE.

> gens qui ne veulent pas m'entendre, mais veulent absolument » que j'aie tort. »

Malgré les objections de Barthélemy , nos médailles furent encore classées par Eckhel, Sestini et M. Mionnet,à Taletum de Laconie, faute d'avoir une meilleure attribution à proposer.

Tout récemment, sans avoir pu rencontrer néanmoins l'attribution désirée, la question vient de faire un pas , grâce à une découverte de M. de Lagoy. Ce savant numismatiste a reconnu et constaté sur plusieurs exemplaires des médailles qui nous occupent , la présence d'une légende formée de caractères évidemment celtibériens. Quoique l'interprétation de ces caractères n’ait pu lui fournir les éléments d'une attribution satisfaisante, il est resté démontré dès-lors, non-seulement que les médailles n'ont pu être irappées dans la Grèce, mais encore qu’elles ne peuvent appartenir qu’à l'Espagne ou à la partie de la Gaule voisine de cette contrée

T.a légende celtibérienne est figurée en caractères grecs sur le n“ l 3 de la planche de Pellerin , PA YP *,et M. Mionnct, dans la description du n° 9 1 de son Catalogue, l'a représentée de la même manière Cependant , j'ai reconnu sur cette pièce, et sur plusieurs autres du Cabinet du Roi , les mêmes dont Pellerin et M. Mionnet se sont servis pour leur travail, l'inscription P'^fP ou Pd'^P *■

Si , à l'exemple de Pellerin , on divisait la légende grecque de cette manière, AOrrOJ— TAAHXnN, on trouverait, avec M. de Lagoy, Tallet, en Roussillon, dont la position géographique remplirait parfaitement la condition imposée par la légende celtibérienne. Mais on ne sait rien sur l’origine de ce lieu. M. Henry, bibliothécaire de la ville de Perpignan, consulté parM. de Lagoy depuis la publication de son mémoire, lui a écrit qu’il n'y avait point de ruines antiques à Tallet ; il ne connaît pas le nom latin dece bourg.

' Cf. Rer. Nami*is.|X84t) p. 85 et sair.

* Pcilerio, Hcc. de méd. de peuples et de TÜles, 1. 1, pl. xu.

on., c 11, p. aao.

* V07. les 3 et 4 de la pi. xxiii.

LONGOSTALETI.

au moyen-âge, et il ne peut savoir, par conséquent, s'il corresjMindait au nom antique et au nom moderne. M. Henry signale , dans la composition de beaucoup de noms de lieu du Roussillon, la racine Tall', et il cite, entre autres, Tall-tendre, Tall-lorta et Tallô. Il y a aussi, en Cerdagne, un lieu nommé Talas.

En adoptant toujours la même division de la légende, on pourrait encore la traduire par Longus, [chef] des Talctcs, cc qui n’est pas admissible, puisque des noms de chefs différents sont inscrits au droit de plusieurs de ces médailles*. En outre, il y a une telle différence de style entreles premières et les dernières de notre catalogue, qu’il a dû s’écouler un grand espace de tenips entre leur émission; ou ne peut donc sup{X>ser qu’il sc soittrouveunmagistrat du même nom, aux différentes épocjuesdu monaoyagedesLongostalètcs. Si la légende, qui est l’ente en deux lignes, eût dû répondre à l’une des deux sigiiiilcations proposées, elle eût été sans doute divisée de cette manière, AOETOS — TAAHTflN, et non ainsi, AOrrOJTA — AHTfïN. Il devient donc évident qu’il n’y faut voir qu'un seul mot coupé en deux, comme celui de MAZZA — AIHTnw, sur les médailles de Marseille , de KAINI — KHTnN.sur celles des Creriicenses , etc., parceqti’il était trop long pour être écrit en une seule ligne.

Ce nom, dont la forme est singulière, a pu être composé de celui de deux peuplades différentes, réunies sous les mêmes lois, comme étaient les ToUsloboii, par exemple , bande gauloise , formée ^probablement de Tolosates et de Boiens. Les Longostaleti étaient peut-être une confédération de Gaulois du pays de laingogne, Langonia, dans le Gévaudan, et de celui de Tallet, dans le Roussillon, établie dans un lieu que pourrait nous faire connaître une bonne interprétation de la légende celtibérienne.

Malheureusement cette légende présente quelque incertitude

* Ce rjdical D>it pubasqae, et paratc Latios, etdaDslcsn<MD>d'liomnies, sceloi <]« apparleotr aax itU^art eclUqun. D'aprea front; TaKnin» beau front ou front strein.

il répond , dam ia compouüon des ( Cf. Oweo, ff'eith Dictifinn.) nom» de lieux fait mot limite, \t /inet de» * Voy. Ir» 3 • 7 .

ISO NARBONNAISE. ~

tlnns le second de se* caractères. En lisant , avec M. de

Lagoy, c’est-à-dire PTRP, ou BTRP, selon les alphabets de M. Lcnormant et de M. de Saulcy on trouve, en rétablissant les voyelles nécessaires à la prononciation , une analogie avec le nom de Dœterra, Béziers, jusldiée par une grande ressemblance de fabrique entre les monnaies de cette ville et celles des Longostalètes. Un n'en peut pus conclure cej>en(lant que nos médailles aient été frappées à Bceterra , dont elles porteraient une^^sorte de di/férenl monétaire, en caractères celtibériens, et qui aurait été alors au pouvoir de la confédération des Longostalètes , car on s’y servait de caractères grecs, comme le prouvent les médailles de cette ville *.

En adoptant la leçon r'î^Ÿf que m’a proposée mon savant ami et confrère, JI. de Saulcy, il n’y a plus l>esoin de supposer de voyelles, et on trouve les initiales PARP, qui pourraient désigner la ville de Perpignan , Pcrpiniacum ou Perpintanum , chef-lieu, au moyen-àge, du Comitatus Parpiniacensis^.

Une inscription, recueillie par P. de Marca, et qu’on avait trouvée à Perpignan, semblait prouver que cette ville était connue des Romains, sous le nom de Flavium Ebusum; mais Muratori a très bien observé c]uc cette inscription avait pu être apportée de l’ile d’Iviza, Ebiijus i/tstda, à Perpignan Malgré le silence des monuments antiques à l'égard de cette ville , elle remonte à une époque plus reculée qu’on ne le croit communé ment; il en est déjà question dans unecharte de Charles-le-Simplc, citée par P. de Marca®, et la tradition fabuleuse qui en attribue la fondation à Perpenna , est l’indice dlnne plus haute antiquité.

Si la leçon proposée par M. de Saulcy était adoptée, l’emploi d’une légende celtibéricnne s’expliquerait naturellement par la

' Cf.LallcT. Nuas.,i 84 o,Ubl. delà p. x6, et les p]. del'Eaual sur la de»münn.

autoo. de l'EipagtMt,

* V07. la pj. 1x11.

^ M. du Menan a trantent cettft Irgcnde de U même manière, «nr 1rs noarelics éti*

qurtlc« placées dans le carton de Talftutn de Laconie, au Cabinet du Roi.

* Cr. Had. de Valois, Xot. GaUïsr., 491.

* Muratori, aVov. Tltrr. fArcr.,KCTii , a.

Cf. 1 *. de Uarca , 3Iami Hiipan. , p. ao

et SUIT.

LOMGOSTAIXTI. igi

poaitiou topographique de Perpignan; la Jégende grecque, par l’influence de la cirilisation niassaliote aur les côtes méridiouâles <lc la Gaule ; la fabrique, par le voisinage de BœUrm. Le type do Mercure rappellerait le culte que devait rendre à ce dieu une ville dont la prospérité, selon toute apparence, était due au oommerw maritime

Si le trépied figuré au revers de nos médailles n’est pas une imitalion de l’un des types massaliotes, il peut ftre considéré comme faisant allusion à quelque trépied votif déposé dans le teaipée de la divinité tutélaire des longostalètes. Il doit aussi exister un rapport mystique entre le trépied et Mercure, appelé par les Grecs Hermès triple, ou TftxtjoJÆî

Quatre périodes distinctes se reconnaissent facilement dans les monuments numismatiijues des Ix>ngostaleti. La finesse d’exécution dans les types, l'élégance dans les caractères des légendes, placent le premier vers la belle époque de l’art grec. On remarque sur le second un grand affaiblissement de style, répondant à une époque moins avancée. Cette époque est surtout indiquée par la forme du sigma et de l'omega, C et (0, au lieu de Z et n. léétat fruste de la médaille ne permet mullie.nreusement jws do savoir si du côté de la tète, ne paraissait pas déjà l’inscription qui accompagne les têtes des médailles suivantes. Cellcs.ci offrent de plus en pins les témoignages d'une grande décadence de l’art; les légendes du droit sontdes noms de chefs dont la physionomie annonce que la civilisation grecque a été envahie par la barbarie gauloise *. Enfin la dernière ne présente i)lns que des caractères informes au lieu do légendes.

* Pellerio , détourné de la bonne roie par son attribulioo à Tnletum de Laconie, »*tué dana on lira conaacré au aedeit , a méconnu 1« caniclère et les attributs de Mercure, et a pria son efligie pour celle d'un grandprétnda txdtU. La légende qui accompagne vctle effigie lut paraisMit être le nom du pontife.

* Harpocrat. , v. Taclsès

in Lyeophr.^r. 680;— EusUlh.,Éirf Homer

* On connait desmédaiUcs gauloiacs avec

les légendes LVCOTIO et TOVTOBOCIO, dont je n'ai paa besoin de faire remarqaer l'analogie evre les noms AOrKOTI... et BOKI<t>C,inscriUenr les médailles desLongoslalèles. fVoy. Ulewel, Type gauloû, pl.

I», n^aigct pu VI, n’ 35).

NARBONNAISE.— LONCOSTAUm.

in

La suite de ces médailles présente , quant au module et à l'épaisseur des flans, trois différences marquées, répondant au grand , au moyen et au petit-bronze.

En attendant les nouvelles lumières que réclame encore la numismatique des LongostaUti, il résulte du style des monuments, et de l'emploi simultané des légendes grecques et des caractères celtibëriens, qu’elles ont dû être frappées dans un lieu situé entre la ville de Bœterra et l'Espagne, et peu éloigné des bords de la mer. L’attribution de M. de Saulcy satisferait pleinement à ces différentes conditions.

Qigiliz^j

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