Mêmes légende et tête
« V V RVS. . . Même type S. R*. F.o.
Cab. <f ATignoB.
Si l’atelier monétaire des Longostaleti m'avait paru fixé d’une manière incontestable à Perpinianum, j’aurais réuni le chapitre précédent et celui-ci en un seul, car la position de cette ville et celle de Ruscino paraissent se confondre, ou du moins sont si rapprochées l’une de l’autre , qu’il peut paraître douteux que les deux villes aient existé simultanément. C’est là même, il faut l’avouer, l'objection la plus grave à présenter contre l’attribution des médailles qui ont fait le sujet de notre chapitre xxiii. On sup-
as
N4J1EONNAISE.
pose, avec assez de vraisemblance, que Perpignan s’est formée au moyen-âge , dans le voisinage de Ituscino , avec les débris de cette ville antique' ; mais il ne serait pas impossible que la même circonstance eût eu lieu à l'égard de Riucino elle-même. On pourrait croire que l’importance de cette ville daterait seulement de l’époque de la colonie fondée par les Romains, après avoir détruit la capitale des I,ongostalètes , qui , plus tard, serait sortie de ses ruines, quand Ruscino aurait été renversée, à son tour, par d’autres conquérants. C’est uii point de controverse qu’il faut laisser aux antiquaires du Roussillon , mieux en état de le résoudre.
Quoiqu’il en soit , Rttscino est citée par Tite-Live , à l’occasion de l’entrée d’Annibal dans la Gaule Strabon et Ptolémée la nomment Ruscinon dans Mêla on trouve colonia Riuano*; dans Pline , Ruscino Lalinorum ces deux auteurs la placent chez les Sardanes. On lit Rnscione pour Ruscinonc, dans l’Itinéraire d'Antonin^et la Table de Peiitinger?. Enfin, dans des lettres de Ix)uisle-Ddxmnaire, elle est nommée Rosciliona , iToii est venu le nom de la province de Roussillon *. Quant à la ville , elle fut détruite par les Normands®; les mesures des anciens itinéraires correspondent parfaitement à ses ruines, qui se voient au sommet d’une colline, à une lieue environ de Perpignan. On appelle cet endroit Cassel -Roussillon
M. Tôchon d’Annecy avait voulu restituer nos médailles à l’Espagne", en se fondant sur les motifs suivants: on n'en connait aucune autre, avec le type des enseignes légionsuûrcs, frappée dans la
* Dom Hist gén. de Langue*
IVEapai7, DietiM. Ga«les , Aririno.
* TitLir,, I. sxi, e. «4-
^ Sirab., I. p. i8a ; — Ptolem. » L » « e. S, p. 5t.
« k Us e. 5.
* WeeeeUog, f'cultùu, p.397.
9 Tbb.Pfmiùtg., ap.U, Boaquct, 2,iia,
* a. Uad. de ValoU , Not. GalUat.^ p.
} dota VaÎMCtte , HUt de Is«Bgnedor ,
h I,p, S3»eiD*Anilte,K«t. debGcnie,
* D'ExpUlT, Dictionnaire det Gaule», ir*.
Ktucino.
** et WaldriMcr, Cîéog. tne. éea Gauln , L I,p. i 3 s»et t Ik p. 17).
*' Notei matei. «nr les mddaUlH de !'£>-> pagne.
Rvscmo.
Gaule, tandis que ce type est fréquent sur les médailles espagnoles; les noms de TÜIe, sur ces pièces, sont abrégés delà même manière; la VI* légion séjourna long- temps en Espagne, comme le prouve son chiffre sur les coins dAcci' et de Ctesaraugusta''. M. Tôchon proposait, en conséquence, l'attribution à éÎHJt/cano, dePtolémée, Rusiieiana, de l’Itinéraire d'Antoniu, située dans la Lusitanie Dans l'incertitude où me jetait ce que le raisonnement de M. Tôchon offrait de spécieux, je crus devoir en appeler à l’expérience et au savoir de mon honorable confrère, M. le marquis de Lagoy, On me saura gré, je pense, de transcrire ici textuellement ses observations.
< Si on ne connaît, me répondait-il , aucune médaille de la Gau- » le avec un type semblable à celui de Ruscino, cela peut-il prou- » ver que les pièces en question n’appartiennent pas à cette ville?
> Les coloniales de CnbeUio sont sans analogues pour les ty'pes ;
> leur origine gauloise est cependant reconnue, malgré les fausses
> attributions antérieures La vi" légion a séjourné long-temps
* en Espagne, et il en est fait mention sur les coloniales' de Oe-
> saraugusta et A'Acci; mais cette légion avait aussi formé des » établissements dans les Gaules , comme le prouve le nom d’v^re-
> late Sextanorum *. Des abréviations de trois lettres , pour les
> noms de villes, se trouvent effectivement sur les monnaies de
> l’Espagne ; mais il s'en trouve aussi de semblables dans la Gau- » le , et rien ne ressemble plus ù l’abréviation de COL. RVS. que
> COL. NEM . Rusticana et Rustîeiana sont seulement nommées I dans Ptoléméc et dans l’Itinéraire d'Antonin, sans aucune indi- » cation de leur titre; Ruscino est ville latine, suivant Pline, et
* Mêla dit positivement que c’était une colonie , colonia Ruscino. » Si l’on voulait soutenir que le type des aigles légionnaires ap-
* fiüoonct , Description , etc. » Sap., 1 . 1 » p. Si,b'^ n6o i a8a.
* Mion., 1 1, p. 3i, n* aaft.
* Cf. Ptolcm., p. SdjCtriüa. d'Anton., dans WcMclingfp. ^33.
^ On arait tohId les rapporter i Cabet d'Alnqoc. (Cf. Morcll, Ittfitm, Æmih I9.)
* SeMOHt^o posrrail aoMÎ 4tre citée ti on adoptait notre érynologie da non de oette vUte.
IM
KA&BONNAISE
> partient exclusivement à l'Espagne, ce qui n’est pas, l’emprunt
> qu'aurait pu en faire une ville aussi voisine de cette contrée se » concevrait plus aisément que l’adoption de ce même type par » Berylus de Phénicie *. »
Il serait important, pour juger la question en dernier ressort, de connaître la provenance de ces pièces; mais leur grande rareté n’a pas permis encore de le faire. La présence de l’une d'elles dans le cabinet d'Avignon, formé par M, Calvet, presque uniquement de pièces trouvées dans le midi de la France, est déjà une présomption favorable ; une présomption plus forte encore, c’est que Florcz ne parle point de ces médailles comme se trouvant en Espagne. L’exemplaire de M. Tôchon avait été acheté à Paris, et cet antiquaire croyait que c’était celui de Vaillant, publié dans ses Numiimata in colonüs percussa; celui de la Bibliothèque du Koi provient sans doute d’une acquisition récente, car il ne figure pas dans le Catalogue de M. Mionnet.
La similitude des types, et les légendes RV ou RVS, ont pu seuls faire ranger les deux dernières médailles à la suite de la première, car lenuméro de la légion est effacé sur les deux, et la rognure du métal empêche de savoir si le titre de colonie s’y trouvait inscrit. Elle porte celui de Vrê/ Sictrix, qui ne figure pas sur la première de ces pièces.
On voit, avant les deux initiales V V du n° 3, quelques lettres mal déterminées, dont le sens parait difficile à saisir. Peut-être n’est-ce autre chose que les montants des enseignes, mal ajustés sur le coin, et que l'on voit mieux à leur place sur la médaille précédente. Cette portion du flan est malheureusement rognée sur l’exemplaire du Cabinet du Koi.
Les médailles de Ruscino sont, avec une de celles de Cabellio les seules coloniales de la Gaule sur lesquelles Octave porte le
* Voyes Mionaet, Detcnpt., eic. ; t. V, de CUod< frippS« i (Voy. Rec. dci
p. 33 g et koÎT. , 34 , 36,38, sg et 3 g. M01m.n3tioa.de Fnioce , Atloe , pl. Tui,
— Cette tnjlogie de type a fait claatcr à n“ 3.)
Jtufcino, pu M. Conbroiue, une médaille • Voy. plne haut, p. ,43,etpl,33ii,n*6.
RVSCINO.
nom à’ jiuguste. Il faut en conclure que la colonie de Ruscino fut fondée par l’empereur après l’année 737 , et probablement pendant l’un des voyages qu’il fit dans la Gaule et en Espagne. Nous savons positivement , par Dion Cassius (1. uv, c. a3), qu’en 789 de Rome (i4 av. J.-C ) il conduisit plusieurs colonies dans ces deux pays.
Ije petit nombre des médailles de la Gaule sur lesquelles l’empereur est décoré du titre d’Auguste, permet de supposer qu’il supprima la monnaie coloniale de cette province long-temps avant la fin de son règne. .Ainsi, les monuments dont rexanicii vient de terminer notre travail sur la Numismatique de la Narl)onnaise sont, en même temps, les derniers produits du monnoyage colonial des Romains dans la Gaule.