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Numismatique des nomes d'Egypte sous l'administration romaine

La division de l'Egypte en plusieurs provinces remonte à la plus haute antiquité. Diodore de Sicile nous apprend que, dès les temps les plus reculés et avant cette division , les rois d'Egypte avaient eu à soutenir de nombreuses luttes contre leurs sujets révoltés '. Pour remédier à cet état de choses , un des plus habiles d'entre eux s'avisa de donner à ses peuples une organisation nouvelle qui, au moyen des germes de dissentiment qu'elle renfermait, pût prévenir l'unité de la sédition et lui donner les moyens de faire respecter son autorité. Dans cette pensée, il partagea ses Etats en diverses provinces, assigna à chacune d'elles l'animal qu'on y devait adorer et le fruit auquel on ne devait pas toucher. Il prévoyait ce qui devait arriver de là , que les uns, méprisant ce que les autres respectaient , les Egyptiens ne seraient jamais d'accord entre eux et se regarderaient comme des insensés ou des impies.

Cette tradition est confirmée par Juvénal*, qui dit que dans une dispute survenue entre les Ombites8 et les Tentyrites , un habitant d'Ombos tomba sous les coups de ses adversaires et fut dévoré par eux.

Plutarque4 nous apprend aussi qu'il existait une haine semblable entre les habitants du nome Oxyrynchite et ceux du Cynopolite, parce que ceux-ci mangeaient le poisson appelé oxyrynque, que les autres, pour se venger, sacrifiaient tous les chiens qui leur tombaient sous la main.

Ces deux témoignages de Juvénal et de Plutarque appuient d'une manière formelle la division politique de l'Egypte sous les pharaons , dont Diodore de Sicile nous a conservé le souvenir.

L'Egypte en passant de la domination des Lagides sous l'administration des empereurs romains conserva sa division en provinces ; Pline 5 nous dit en effet que l'Egypte est divisée en préfectures appelées nomes : « Divi-

• Biblioth. histor. , liv. I, g 89.

2 Sat. xv.

* M. Sait a judicieusement remarqué, dans la satire de Juvénal, une erreur qu'il a corrigée avec beaucoup de critique; il s'agit de substituer Coptos à Ombos, et de lire ainsi: Barbara hœc Coptos. En effet, Coptos est plur.

près de Tentyris qu'Ombos, et ce voisinage devait envenimer des disputes qu'il aurait été difficile d'entretenir avec un nome aussi distant que l'était pour les Tentyrites celui d'Ombos

* Traité d'is'is et d'Osiris.

8 Ilist. natur., liv. X, cb. ix.

INTRODUCTION

ditur .fâgyptus in prsefecturas oppidorum , quas nomos vocant. » Chacun de ces nomes avait un nom particulier que les écrivains de l'antiquité ont rapporté différemment; ainsi les nomes d'Hérodote et de Strabon ne sont point ceux de Pline et de Ptolémée , d'où il faut conclure que leur nombre a varié, et que la division et les noms ont aussi changé à diverses époques, ainsi qu'il est dit dans Strabon ' : « H &è /topa ttiv {aèv xptoTviv <Wipe<nv eîç vop.oùç ea/e, ftéxcc [y.èv 7| ©viéalç, oî'îca oé vî èv tw Ae'Xra, é/.xal oexa $1 y [xera^u ' ôiç <$i Tive; , tocoutoi viaav ol crujATOXVTeç votaoi , ocai aï ev tw AaêupivÔto ocukotX aùxal &è elaTTou; Ttov Tpiàxovxa. » Ce passage de Strabon est appuyé par Pline2, qui nous apprend aussi la même chose : « Quidam ex his (nomis) aliqua nomina permutant , et substituunt alios nomos. »

Le nombre et les noms des nomes ayant varié, d'Anville donna des doubles emplois dans sa table, en indiquant des nomes qu'Hérodote, Pline, Strabon et Ptolémée avaient mentionnés, chacun à des siècles de distance.

Sous les Romains, les nomes étaient délimités, comme les indique Ptolémée; aussi les médailles de la presque totalité de ceux que relate sa géographie nous sont-elles parvenues.

Mais la division en nomes n'était pas la seule qui existât à l'époque romaine; l'Egypte était partagée en trois épistratégies, la haute Egypte, l'Heptanomide et la basse Egypte , et chacune de ces trois grandes préfectures renfermait un nombre indéterminé de nomes.

Quand la guerre entre Antoine et Octave éclata, à l'instigation de Cléopâtre, la bataille d'Actium vint décider le triomphe de l'héritier de César. L'Egypte fut dès lors réduite en province romaine, et Octave revint tout-puissant à Rome, trente ans avant la naissance de J. C.

L'Egypte fut dès lors confiée à un gouverneur romain dont le titre varie suivant les auteurs et les inscriptions , quoiqu'on y reconnaisse parfaitement les attributions d'un même personnage8. Tacite4 et une inscription latine du colosse de Memnon5 lui donnent le nom de Prœfectus augustalis ; Strabon6, Philon7, FI. Josèphe8 et quelques inscriptions9 celui d'^ejAtov ; le même Philon10 donne encore à ce gouverneur le titre d'é-TUTpoTCOç , et plusieurs inscriptions u celui d'êxap/oç.

Après le gouverneur, venait un épistratége, magistrat de l'ordre civil ,

1 Géogr.,hv. XVII.

2 Op. laud. loc. cit.

5 Letronne, Recherches pour servir à rhist. d'Egypte , p. 263.

4 Annales, liv. I, ch. xi.

6 Letronne, Inscr. gr. de £ Egypte.

6 Géogr., liv. XVII.

7 Adv. Flaccum.

* His t. de la guerre judaïque, II, xvm, 7.

9 Girard, Mémoire sur le nilomètre d'Eléph. , p. 10.

10 Op. laud.

" Inscr. de Panopol. de Crsis, d^Antinoé, de la colonne de Pompée

INTRODUCTION

vu

cj ni réunissait sans doute aussi les pouvoirs militaires1 et qui était toujours un Romain, ainsi que le prouvent les inscriptions. En effet, le nom et le titre d'épistratége viennent dans les inscriptions1 après Vii-tt^é», et avant le stratège, qui commandait au nome. Hamilton* est le premier qui ait fait connaître un épistratége de la Thébaïde , et l'on a tout lieu de conjecturer qu'il y en avait aussi un pour l'Heptanomide et un pour la basse Egypte. La charge d'épistratége était une fonction déjà établie sous les Ptolémées , ainsi que le prouve l'inscription suivante de l'époque des Lagides 4 : « Mapxov auyyev?) (3acrt}iwç ïlzokt^ccio^ Eùsfyerou «ati ^ot-aCkicc-fiç lQeoxaTpaç xal £7u<rrpaTYiYov, Auxioç xal Taioç Ils^iot Taiou wîot 'Pwjj.aTot âpeT?jç evexev xal xaloxayaÔia; xal t?ïç eiç éauxoùç eùvoiaç. 'AtcoIXwvi, ApTe'[/.ioi. n Le stratège était le chef civil du nome , c'était toujours un homme du pays , soit Grec, soit Egyptien; on trouve ainsi Bessarion, stratège d'Ombos, dans l'inscription de Khalapsché5, et Apollonius , stratège du même nome8. Il arrivait cependant quelquefois qu'un même stratège administrait à la fois deux nomes quand ils étaient limitrophes, ainsi, par exemple, une inscription nous fait connaître Apollonide, stratège des nomes Hermonthite et Latopolite7.

La ville d'Antinoé est la seule dont on ne trouve pas de médailles, ce qui fait douter, dit Letronne 8 d'après le témoignage de Ptolémée9, qu'elle fût métropole d'un nome. Dans une inscription qui a rapport à cette ville, on lit le nom du préfet d'Egypte, de l'épistratége , et on trouve à la place du stratège , un sénateur qui prend le titre de prjtane , gyrnnasiarque , chargé de la distribution des couronnes. Ce magistrat paraît avoir été le chef civil de la cité; le système municipal d'Antinoé était tout à fait grec, comme celui de Ptolémaïs10, ce qui suppose que cette ville était peuplée de Grecs, comme semblent l'indiquer les mots vs'ot "iLXknvzç.

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