MÊME : MAISON A LONDRES: HAYMARKET
La première partie de ce travail a été publiée il y a bientôt deux années , et des encouragements nous sont arrivés de toutes parts. Un grand nombre de savants ont bien voulu s'intéresser à nos recherches ; quand nous comptions rencontrer des critiques sévères , des protestations même , nous n'avons au contraire reçu que des félicitations , non-seulement des savants français, mais encore d'un grand nombre de numismatistes de l'Europe ; nous avons plus d'une lettre dont les appréciations flatteuses nous rendent confus. Nous avons encore été touché plus directement par d'autres témoignages. Comme pour appuyer tant de courtoises appréciations par une affirmation publique, l'Académie des inscriptions et belles lettres, dans la séance du 17 juin 1870, nous a fait l'insigne honneur de couronner notre travail, en nous décernant le prix de numismatique fondé par feu Ailier de Hauteroche.
Plusieurs auteurs également éminents, se sont donné la peine de faire des comptes rendus de notre publication dans les Revues scientifiques et artistiques les
plus estimées (1). Nous ne saurions en être trop reconnaissant. Ces marques de sympathie ont été pour nous un ample dédommagement des veilles que nous avaient imposées nos recherches. Devant de tels encouragements directement formulés par des personnages placés si haut dans la science numismatique, il ne nous reste qu'un regret, c'est d'avoir conduit ce travail avec autant de précipitation. Mais, disons-le encore ici, le propriétaire de cette helle Collection nous pressait, ilvoulaitjouirpromptementdeson catalogue, et il n'avait nullement pensé que nous lui donnerions autant d'extension. Force nous a donc été de faire en quelques mois, pour notre première partie, une classification qui aurait dû être étudiée et élaborée pendant plusieurs années. Espérons que des savants compétents viendront maintenant entreprendre une œuvre d'ensemble sur la curieuse suite des monnaies d'un peuple intéressant à tant de titres. Si nous étions de trente ans plus jeune, nous essayerions de retourner sur les bancs des collèges; nous tenterions d'acquérir la science nécessaire pour arriver à débrouiller une partie des obscurités qui enveloppent encore cette époque de l'histoire d'une grande nation.
Les nombreuses et si intéressantes lettres que les numismatistes ont eu l'extrême bonté de nous
(1) The numismatic Chronicle, new séries. Vol. IX, pages 370 et suiv. — Revue numismatique belge. Année 1870, pages 335 et 556. — Revue Internationale des arts et de la curiosité. Paris, 1S70, janvier, tome III, page 82, et tome IV, juillet 1S70, pages 84 etS5. — Revue bibliographique universelle. Juillet 1870, pages 45 et 46.
vu —
adresser , nous ont signalé quantité de pièces dont nous ne soupçonnions même pas l'existence; elles nous serviront à modifier seulement deux ou trois attributions. Nous le ferons à la fin de cette publication, en même temps que les corrections trop nombreuses de fautes typographiques qui nous ont échappé dans ce livre. Les fautes sont dues en grande partie à l'intervention maladroite des ouvriers de notre premier imprimeur, qui se sont souvent permis de changer les lettres des monogrammes, même après les bons à tirer. A ces rectifications, nous joindrons une note descriptive de plusieurs trouvailles très importantes de statères d'argent des quatre premiers Ptolémées; l'une d'elles fut rapportée de son dernier voyage en Judée par M. F. de Saulcy, de l'Institut, qui a eu la bonté de nous confier le trésor tout entier, afin que n us puissions nous assurer par nous-même si, d'après leurs dates, ces pièces pouvaient concorder avec les idées que nous avions émises. Ici nous avons encore essayé do procéder par un nouveau système de classification. Nous avons groupé les divers types par séries, en tenant seulement compte de l'usure de chacune des pièces. Nous sommes arrivé à faire six divisions parfaitement distinctes, et nous avons été assez heureux pour constater encore que les monnaies -les plus usées étaient bien réellement les plus anciennes , suivant l'ordre chronologique de notre catalogue. Nous avons cependant remarqué que deux rectifications importantes restaient encore à faire, et toutes deux précisément sur des pièces qui nous avaient vivement embarrassé. Ce
sont : 1° Les statères d'or et d'argent, ainsi que les pièces de bronze, avec le bouclier, nos 12, 13, 27 à 30. 56 à 63, toutes cespièces que M. J. P. Six nous signalait, avec raison , comme ayant dû être frappées à Ptolémaïs de Judée, sous Pbiladelphe, pendant que l'on travaillait activement à la restauration des murailles et des monuments de cette importante ville.
Après un nouvel examen nous avons été convaincu que ces pièces étaient en effet le prototype de notre n° 103, et aussi des nombreuses pièces datées et portant les monogrammes du nom de Ptolémaïs , qui figurent actuellement dans la collection deM. de Saulcy, et aussi de nos nos 169 à 180. Ces pièces d'argent, avec ou sans les lettres nT ( abréviation du nom de Ptolémaïs), étaient toutes dans le même état de conservation, très belles, donc contemporaines de la fin du règne de Philadelpbe. 2° Les autres pièces sont également frappées aux types des monnaies de Philadelphe, par les villes de Tyr, Sidon, Gaza, Joppé et Ptolémaïs. Toutes portent des dates basses, c'est-à-dire entre les années 1 et 9. Ces pièces doivent alors être reportées à Evergète I, qui certainement continua pendant de longues années le monnayage de son père; les nos 140 et 141 de notre première partie passent donc sans contestation dans cette série : les deux belles trouvailles de MM. F. de Saulcy et Demetrio rendent ce fait incontestable. Nous serions très heureux si on nous communiquait ainsi les monnaies découvertes en bloc. Attendons encore plusieurs trouvailles de monnaies de diverses époques, et on arrivera à opérer avec discernement une clas-
sification à peu près indiscutable de toute la suite des rois Lagides.
Lorsque nous annoncions dans notre première partie l'intention de donner avec les monnaies impériales une liste aussi complète que possible des préfets d'Egypte , nous projetions de classer les monnaies comme nous le faisions, par années des règnes de chacun des empereurs ; en outre, de scinder les dates de ces règnes en autant de divisions qu'il y avait eu de préfets délégués par le souverain. On sait que ces gouverneurs étaient réellement de vrais potentats, des vice-rois temporaires • nous eussions suivi ainsi la route si intelligemment tracée par M. F. de Saulcy, pour ses procurateurs de Judée (1). L'éminent académicien a su certainement donner à de petites monnaies insignifiantes et barbares au premier aspect, l'intérêt de pièces capitales. Avant la publication de son bel ouvrage, nul ne songeait à attribuer des monnaies au fameux Ponce Pilate, etc., etc.
Nous pensions donc que l'histoire et surtout les monuments épigraphiques avaient conservé pour l'Egypte, comme pour la Judée, des dates indiscutables constatant la durée du temps où ces préfets avaient été chargés de la délégation du pouvoir des empereurs, dans ce pays si lettré et si riche en monuments historiques. Mais, hélas! rien n'est moins précis que la durée de la puissance des dix-neuf vingtièmes de ces fonctionnaires. M. W. H. Waddington, qui nous asigéné-
(1) Recherches sur la Numismatique judaïque . Paris, 1843, 1 vol. in-4°, 19 planches, pages 138 à 146.
rsusement donné communication de sa liste générale des préfets (liste la plus complète qui existe), nous a démontré qu'il était impossible de fixer la durée du temps pen lant lequel ces préfets avaient eu le pouvoir en leur possession, que même il existait certainement de grandes lacunes à combler, comme noms, et cela sous les règnes les plus célèbres ; que chaque jour les fouilles fournissaient de nouvelles inscriptions servant à combler ces lacunes. Contentons-nous donc de placer en tête des règnes les noms des préfets que chacun de ces empereurs avait investis de la toute-puissance , dans ce pays assez éloigné du centre de leur empire, et sauf les deux ou trois magistrats qui représentèrent Caligula en Egypte (son règne étant le seul dont nous n'ayons pas de monnaies certaines pour Alexandrie ) , on possédera une liste des plus complètes de cette sous-dynastie de monarques, qu'on nous permette de leur donner ce nom, puisqu'ils avaient en main tous les pouvoirs régaliens. Ils représentaient en effet les Césars, donnaient en leur lieu et place leurs ordres aux divers gouverneurs des Nomes, mais ils n'étaient, malgré tout ce semblant de pouvoirs suprêmes, que des instruments fragiles et d'une docilité extrême, puisque la moindre plainte pouvait les faire briser. Il n'était besoin pour les précipiter de la toute-puissance à la déchéance, même h la mort, que d'un caprice du maître, dont l'arrêt suprême étaittoujours sans appel. Nous avons eu soin de mettre en renvoi au bas des pages les rectifications apportées dans les noms et les dates de la liste publiée dans le Corpus. Ces notes sont
celles que M. Waddington nous a si généreusement livrées en même temps que sa précieuse liste.
Pour toute cette longue suite de monnaies alexandrines, appelées vulgairement potins d'Egypte, nous la diviserons comme l'a fait Mionnet, en deux espèces de métaux, mais en remplaçant le nom de potin .par celui d'argent, du moins depuis Tibère jusqu a Marc-Aurèle. Ces sortes de pièces devaient certainement représenter le numéraire d'argent, et elles contenaient en effet par chaque monnaie à peu près la valeur du denier romain en métal de bon aloi. Celles de bronze seront aussi classées par modules, et elles devaient également représenter les divisions de l'as romain ; d'après leurs dimensions, les émissions semblent calquées en tout sur les espèces romaines.
C'est seulement à partir du règne de Commode que nous croyons devoir admettre la dénomination du mot potin pour les petites monnaies épaisses et d'un métal réellement très mauvais. Ici l'argent a presque complètement disparu clans l'alliage ; il fallut alors que le peuple égyptien tut tombé dans une barbarie complète, pour admettre comme espèce d'argent une monnaie brutalement blanchie à l'étain.
Il est vrai que les mêmes faits se passèrent aussi à Rome, mais plus de soixante années après cette décadence égyptienne, à la fin de la période des règnes des trente tyrans, et c'est à partir de cette dernière époque que l'Egypte perdit complètement ses droits et titres d'autonomie, du moins en ce qui concernait le monnayage.
A la suite des descriptions de chacune des pièces, nous avons eu soin autant que possible de mentionner les n03 de Mionnet, soit de la première partie, tome YI, soit de son supplément, tome IX, celles pour lesquelles nous n'avons donné aucune indication sont généralement des pièces inédites, ou si elles ont été publiées, leur description a été mentionnée dans des cataloguesde vente ou clans des publications étrangères peu répandues. Quant aux modules, nous avons toujours évité de marquer les demi-grandeurs , nous avons seulement mis le chiffre le plus rapproché de chaque module, d'après l'échelle de Mionnet.
Pièce calquée sur la planche XV d'Eckhel.
Pièce calquée sur l'exemplaii du Musée de Vienne.
7CRASSUS et PTOLEMEE XVI