‹ Numismatique. Égypte ancienne (volume 2)Chapitre 3 sur 109 · CRASSUS ET PTOLÉMÉE XVI. — CÉSARION · texte numérisé non relu

CRASSUS ET PTOLÉMÉE XVI. — CÉSARION

Contre l'argument qui nous était donné en faveur d'une origine cyrénéenne pour cette pièce, ainsi que pour les deux autres variétés connuesavec ce nom de Crassus(l), lesquelles portent des légendes latines : que précisément le monnayage de Cyrène, sous les propréteurs, se pratiquait simultanément en inscriptions grecques et latines, nous avons cru devoir protester en démontrant que, dans les autres contrées de l'Afrique, à cette époque même, des faits analogues s'y remarquaient, et nous apportons comme témoignage les pièces des villes de Cirta (2), de Tingis, du roi Bocchus III et de Juba II, dont les inscriptions sont tantôt phéniciennes et tantôt latines; souvent la même monnaie porte, d'un côté, la légende punique; de l'autre, une inscription romaine.

Il semble donc qu'on ne peut guère être taxé île témérité en admettant qu'en Egypte, après la chute de la dernière souveraine, et pendant le court espace de temps où l'autorité suprême resta indécise, on ait suivi les mêmes usages que dans les autres provinces africaines limitrophes du territoire des Lagides.

Nous ne pouvons cependant nier que la fabrication de cette pièce ait assez d'analogie avec les grands bronzes de Lollius, à légende grecque, frappés en Cyrénaïque; mais, répétons-le, comme travail d'art, la tête tourelée est d'un style identique avec les monnaies de Cléopâtre et d'Auguste. nos 439 à 442et 539. Le savant Muller qui, on le sait, a étudié avec un soin extrême toutes les monnaies de l'Afrique et a publié sur cette partie ingrate de la numismatique antique un des ouvrages le mieux traités de notre époque, semble confirmer pleinement notre manière de voir. Il dit, en effet, en citant ces pièces au nom de Lollius, frappées au commencement de son gouvernement comme légat (3).

(1) Cohen, Médailles consulaires, page 75 et pi. li, nos 1 et -2. Cetauteur dit, en décrivant ces deux pièces : -Ces médailles ont .. été frappées en Egypte; elles sont attribuées a Canidius Cras- « sus, général de Marc Antoine : le crocodile est l'emblème de « l'Egypte. »

(2) Muller, Numismatique de l'ancienne Afrique, t. III, pages 00, 100, 111 et 140.

(3) ld., Numismatique de l'ancienne Afrique, t. I, page 157.

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« Elles offrent un flan à tranches obliques, selon la fabri- « cation égyptienne. » Or, d'après Muller, ces monnaies auraient été frappées entre les années 66 et 43 avant J.-C, et il dit, de plus, à la mémo page : • Celles de la deuxième « partie ont un flan à bord arrondi, etc. » Donc, on le voit, déjà avant l'année 43, plus de treize ans avant la mort de Cléopàtre, on ne frappait plus, à Cyrène, de monnaies au système égyptien, c'est-à-dire avec les bords biseautés et avec le champ creuxau revers. Antoine, à qui l'on doit notre pièce n° 4 17, lit battre cette monnaie dans le style usité, c'est-à-dire avec le champ très plat des deux cotés et les bords arrondis, à la manière des dernières pièces de Lollius, et surtout de celles de Rufus, Scato, Palikanus et Capito. Si nous avions connu les pièces de ce dernier magistrat surtout, nous eussions été plus aflirmatif pour déclarer que cette pièce d'Antoine et de Cléopàtre n'avait positivement jamais été frappée en Egypte, mais bien en Cyrénaïque. Elle, est parfaitement identique, comme fabrique et comme métal, à celles publiées par Muller, page 168, n. 436, 437 et 438. M. J.-P. Six nous a dit, tout récemment, que nous avions eu raison de classer cette pièce à la Cyrénaïque; que lui-même l'avait rangée, depuis longtemps, à ce pays.

Une autre raison qui nous ferait encore refuser cette monnaie à Ptolémaïs de la Cyrénaïque, c'est que déjà, deux années avant la mort de Cléopàtre, tout le pays était sous la domination de Pinarius Scarpus, auquel Antoine avait confié le gouvernement de toute la Cyrénaïque, ainsi que celui de l'Ethiopie. Scarpus, pendant les années 31 et 30, lit frapper des monnaies d'argent avec son nom et celui d'Antoine; ces monnaies devaient servir, sans doute, à la solde des troupes (1). Au moment de la défaite de son chef, il passa, comme tant d'autres, dans le camp d'Octave. Ce dernier, pour le récompenser de sa trahison, le maintint dans ce commandement important pendant encore au moins trois années. Ce fait est constaté par des monnaies au type précédent, qu'il fit frapper encore à son nom et à celui du nouveau maître (2).

(1) Cohen, Monnaies consulaires, page 248, nos 8 et 9.— (&)Ibid. pages 248 et 249, n°* 10, 11, 12 et 13.

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Comme on le voit, les monuments contemporains à l'appui, pendant les années 31 à 20 avant J.-C , la Cyrénaïque était parfaitement occupée par un gouverneur romain. Or, en Tannée 30, Pinarius n'aurait jamais toléré qu'un autre général romain, son égal, vint s'établir dans une des principales villes de sa province, surtout lorsque ce personnage était l'ennemi de celui auquel lui, Pinarius, avait sacrifié son ancien chef. Disons aussi que le savant Muller, qui bien certainement connaissait cette pièce, n'aurait pas manque de la joindre à son travail, s'il l'avait crue émise par les ateliers cyrénéens.

Donc, répétons-le encore ici, pour conclure, cette monnaie de poids et de fabrication parfaitement identiques à celles de la dernière souveraine de l'Egypte, monnaie conforme au système qui persista sous Auguste et se perpétua jusqu'au règne de Gallien , parait avoir été frappée en Egypte en même temps que les deux autres pièces à légendes latines, portant également l'abréviation du nom de Crassus: ces émissions ont dû se faire pendant le court espace de temps où le traître Théodore promena le jeune Ptolémée César en Asie Mineure, attendant sans doute, avant de prendre un parti décisif, l'issue des graves événements qui devaient ou faire renaître l'autonomie monarchique de l'Egypte ou la plonger, pour de longs siècles, sous l'avare despotisme de Rome.

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