GALÈRE MAXIMIEN. — DOMITIUS DOMITIANUS
An 4.
3490. — Même légende et même buste.
^. L. à. La Paix? debout, à gauche, tenant dans la maîn dr.' levée un rameau, dans la gauche un sceptre. pot1
DOMITIUS DOMITIANUS (Achilleus?) (règne en
Egypte l'an 296'.').
Contrairement à l'usage établi, nous croyons devoir clore la série des monnaies impériales, frappées en Egypte, avec des légendes grecques, par les pièces de Domitius Domitianus. La chronologie que nous adoptons pour ce règne éphémère, fixe selon nous la fin de la numismatique gra?co-égyptienne.
Il s'agit donc d'établir si le monnayage de ce Domitien a été contemporain du règne de Gallien, d'Aurélien ou de Dioclétien.
Domitius Domitianus est, suivant notre opinion, le même personnage qu'Achillée, qui, s'insurgeant contre Dioclétien, se vit bientôt enfermé dans Alexandrie et y soutint un siège do huit mois, pendant lequel il dut faire frapper des monnaies à son effigie.
Nous donnerons successivement à nos propositions toutes les preuves qu'elles comportent. Et tout d'abord, au point de vue historique, nous adoptons comme très probable l'hypothèse de M.Ch. Lenormant, qui établit si ingénieusement l'identité d'Achillée et de Domitius Domitianus.
Tentons d'abord d'éclaircir les points obscurs de l'Histoire numismatique.
Eckhel pensait, mais sous toutes réserves, que la pièce décrite ci-après, sous le n° 3401, avait été émise à l'époque de Gallien. Cette opinion était partagée par feu le comte de Salis, de regrettable mémoire, et par M. Henri Cohen. .
Nous avions tout d'abord si bien accepté l'opinion de ces trois numismatistes, que la pièce gravée sous le n° 3494 de notre planche XXXIII y figure à cause de la différence de son module avec celui des pièces de Dioclétien.
Depuis le temps où nous avons fait graver nos planches (il y a trois années), M.Demetrio, qui ne possédait alors que deux monnaies frustes de Domitius Domitianus, a enrichi sa collection de quatre nouveaux exemplaires, dont trois d'une conservation telle, que ce petit groupe de médailles laisse loin derrière lui ce que les musées publics possèdent de ce personnage, soit comme nombre de pièces, soit comme conservation.
C'est donc à l'aide de ces éléments nouveaux et éloquents que nous voulons essayer de déterminer l'époque du règne du tyran Domitianus et la date de ses pièces à légendes grecques et latines.
Les historiens anciens parlent de trois princes du nom de Domitien dans les fastes de l'Empire romain : 1° Domitien, fils de Vespasien, dont le règne ainsi que la numismatique ne laissent aucune incertitude : nous n'avons pas à en parler ici.
Des deux autres Domitiens, l'un parait sous Gallien, et fut un des capitaines dévoués à Auréole , compétiteur de l'Empire. L'autre, sous Aurélien, prit la pourpre et se fit acclamer empereur par ses soldats; il est presque aussitôt mis à mort.
Quant à notre Domitien qui serait le quatrième du nom, nul auteur n'en parle sous ce nom même. Mais des Follis romains (vulgairement appelés moyens bronzes), certainement frappés du temps de Dioclétien (le créateur de ce nouveau genre de monnaies) portent la légende L. ou (LVCIVS) DOMITIVS DOMITIANVS AVG. Ces Follis, dont la date d'émission est indiscutable en fixent absolument l'effigie et l'époque. Privé de cette constatation monétaire on nesauraitnettementclasser ce Domitius Domitianus faisant usage de légendes grecques, entre Probus et Constance Chlore César, car on sait que les potins d'Alexardrie, de petit module, disparaissent la 12e année du règne de Dioclétien. Voici l'objection que l'on peut nous faire.
Sous Dioclétien, comme sous Valérien et Gallien, les monnaies sont d'une régularité très précise en module et en poids, et le n° 3491 concorde justement comme dimension avec les nombreuses monnaies de la famille de Valérien; pourquoi ne seraitelle pas de cette époque?
Nous répondrons qu'on peut constater parmi les très rares monnaies de Domitius Domitianus, trois variétés de pièces semblables pour le style aux monnaies à légendes grecques émises a Alexandrie pour Dioclétien et ses collègues; de plus, si la pièce n° 3491 est en discordance avecles précédentes, c'est qu'elle semble signaler une véritable révolution monétaire (1) par son poids et son module inusité depuis de longues années, et qu'à l'œil elle présente une disparate frappante d'art et de travail.
Nous avons dit, en effet, que les monnaies fabriquées à Alexandrie avaient toujours décru en poids ainsi qu'en alliage.' Cette ville était la seule dans l'Empire romain où l'empereur eût gardé un atelier destiné spécialement a la fabrication de monnaies pour son royaume d'Egypte. Mais la décadence était venue, la monnaie d'or romaine était foit affaiblie en poids, et comme les tétradrachmes égyptiens étaient réglés d'après la valeur de l'auréus, dont ils étaient une division, il s'en suivait que l'argent^ n'apparaissait même plus dans la monnaie, longtemps avant l'avènement de Dioclétien au trône.
Cette situation monétaire, fruit du double étalon monétaire, que les empereurs avaient vainement tenté de conserver en abaissant tour à tour le poids de l'or et de l'argent, pour maintenir le rapport légal entre les deux métaux, ce qui avait abouti à une disparition complète de tous les deux dans les espèces en circulation, suscitait sans doute quelques-unes de ces révoltassi fréquentes alors, etilnous parait assez naturel d'admettre que Domitien fut proclamé empereur dans un de ces mouvements populaires.
(l)Iln'y aurait rien d'impossible quecette pièce eût été émise avec une valeur double des autres monnaies, ce serait le premier fait de ce genre à constater. On sait que pendant la durée des sièges des villes, les chefs ont eu de tout temps le droit de recourir à des moyens 'extrêmes. La tête radiée aurait alors sa raison d'être; elle aurait facilité le moyen de distinguer cette pièce de double valeur, des autres monnaies courantes. On croit généralement que les monnaies de nécessité sont de création toute modern'e. Nous avons la certitude que sous le Bas-Empire, il fut frappé des monnaies d'or pour Arténius Anastasius, du même module que les Soltdus, mais n'ayant que le cinquième, même le sixième du poids légal. Nous comptons démontrer ce fait dans la troisième partie du catalogue des monnaies romaines de notre fond, en ce moment sous presse.
On comprendra, si notre conjecture est admise, que Domitien dut promettre au peuple la réforme des monnaies, et que l'effort du commencement de son règne dut se porter sur un retour à la bonne foi dans le poids et l'aloi. C'est ce quesemblent nous prouver les monnaies n. 3491 et 3494. Ces pièces sont plus grandes et plus lourdes que les autres numéros.
Maintenant, en examinant le caractère de l'une de ces monnaies, on s'aperçoit que la tête est radiée, véritable innovation, à moins qu'o'nn y voie un souvenir du temps florissantd'Auguste et des Antonins. De puis Marc Aurèle, la tradition égyptienne n'admettait que la couronne de laurier sur les tètes des souverains.
L'opinion qui soutient que Domitius Domitianus a régné sous Gallien, nous expliquera-t-elle pourquoi, à peine mentionné dans l'histoire, il aurait, contrairement à tous ses contemporains, posé sur sa tête la couronne radiée ?
Nous pensons donc que Domitien tenta d'essayer la restauration du numéraire égyptien en revenant à la forte monnaie, et surtout en introduisant le follis romain qui prenait a cette époque un cours universel et régulier, sur tous les points du monde romain (1).
Répétons-le ici, les effigies monétaires de D. Domitianus offrant un type purement romain confirment solidement notre opinion. Quoique rares, ces monnaies se rencontrent cependant dans toutes les collections importantes. Malgré leurs légendes purement latines, elles portent toutes dans le champ du revers les chiffres grecs, A. b r. ( 1, 2 et 3) non comme dates du règne, ainsi qu'on l'a dit quelquefois, mais comme marques d'ateliers monétaires. (Vot planche XXXV bis, n. 5.)
D. Domitianus n'a donc eu à sa disposition que trois ateliers monétaires à Alexandrie, pour frapper les monnaies au type romain. Aussitôt après sa mort, Dioclétien (2), Maximien Hercule (3), Constance Chlore (4) et Galère Maximien (5) firent aussi frapper monnaie exactement à ce type dans ces trois mêmes ateliers seulement. Toutes leurs pièces sont assez rares , ce qui prouve la courte durée de leur fabrication. Diocïétien , une fois la province pacifiée et châtiée de sa rébellion, s'empressa d'effacer toute trace d'autonomie dans le monnayage. Delà cette disparition de l'aigle des Lagides placé par D. Domitianus au pied du bon génie romain (0 ) pour flatter les Egyptiens en leurlais-
(1) Une autre raison pourrait avoir décidé Domitien à introduire le foliis romain. C'est qu'à cette époque il existait à Alexandrie, et probablement dans d'autres contrées de l'Egypte, des fabriques de fausses pièces de potin. Nous avons souvent constaté ce fait. Cette habitude de contrefaire la monnaie courante était tellement dans les habitudes de ce pays que nous avons découvert des masses de follis de Dioclétien et de ses collègues, coulés dans des moules d'argile. De plus nous possédons quantité de ces moules, avec les tètes de Maximin Daza.de Licinius et de Constantin, avec ALE. abréviation du nom d'Alexandrie à l'exergue du revers des pièces. Cette localité est la seule que nous ayons constatée jusqu'ici, pour avoir fabriqué des fausses monnaies de petit modulecoulées en cuivre.
(2) Cohen, Monnaies Impériales. Tome V, page 400, n. 18S. — (3) Id., page 470, l 937. — (4) Ibid., page 572, n. 149. — (5) Ibid., page £07, n. 105.
(6) Cet aigle ne figure sur aucun des follis au même type frappés à cette même époque : à Antioche, Carthage, Héraclée, Lyon, Londres, Nicomédie, Rome, Siscia, Tarragone, Trêves, Thessalonique, etc.
288 D0MITIV8 DOMITIANUS.
sant encore un de leurs symboles. Une fois l'ordre complètement rétabli, Dioclétien et ses collègues, créèrent jusqu'à huit ateliers monétaires dans la métropole de l'Egypte.
On possède une date exacte de l'introduction de ces follis en Egypte par la cessation des émissions de monnaies à légendes grecques. Cette cessation eut lieu en l'année 1047 (296 de J.-C), la 12e du règne de Dioclétien, la 11e de Maximien-Hercule (ce prince ayant daté ses monnaies de son avènement) et la 4e année de ConstanceChlore etde Galère Maximien Césars; ces deux princes ayant reçu leurs titres l'année 1043(292 de J.-C.', la 8* année du règne de Dioclétien.
Or en cette année 10i7, on remarque une cessation complète de monnayage purement égyptien pour Dioclétien et ses collègues.
Cette cessation d'émissions monétaires, démontre que le pouvoir impérial légitime avait du disparaître ou trouver un compétiteur imposant dans la capitale de l' Egypte. Or si nous consultons l'histoire, nous lisons qu'à cette même époque Acbillée s'était révolté. Dioclétien quitta Rome accompagné du jeune Constantin, et se rend't en Egypte pour rétablir son autorité. Ce départ de Dioclétien pour l'Egypte coïncide exactement avec l'année de Rome 10i7 (de J.-C, 296), fin de la 12- année de son règne
Tous les historiens constatent que Dioclétien en abordant en Egypte aurait d'abord poursuivi Acbillée dans la Haute Egypte, ruinant Busiris sur le Delta et Coptos dans la Thebaïde, comme étant les villes importantes qui s'étaient prononcées pour l'usurpateur (1).
Dioclétien eut donc facilement raison de son compétiteur. Il semble même l'avoir laissé s'enfermer dans Alexandrie pour circonscrire l'insurrection égyptienne, et l'accabler par les privations d'un blocus absolu.
Il est donc logique de voir dans ce siège la source des monnaies du tyran Achillée.
En effet, ce souverain éphémère, réduit à ses propres ressources, enveloppé de toutes parts dans l'étreinte de ses redoutables ennemis, pendant un temps considérable, dut frapper monnaie, cela ne peut faire doute. On sait que dans les moments de troubles, les ateliers monétaires redoublent généralement d'activité, surtout pour l'émission des menues monnaies populaires. Les pièces que nous signalons ici sont, suivant nous, des monnaies de cette émission désespérée, et nous ne serions nullement étonné, ' ainsi que nous l'avons déjà dit, que la pièce aveclatête radiée eut été émise comme monnaie de nécessité, avec une valeur double de celle des autres monnaies dites de potin.
Nous croyons avoir démontré, par les dates inscrites sur les monnaies alexandrines, que l'émission de la monnaie de Dioclétien fut suspendue dans cette ville la douzième année de son règne, alors que le pouvoir impérial lui fut disputé dans la métropole de l'Egypte pendant 8 mois consécutifs.
Maintenant, on nous posera cette question : En admettant que les assiégés se soient refusés à frapper des monnaies aux noms de ceux qui bloquaient la ville, pourquoi le nom d' Achillée, maître
(1) Aur. Victor, de Caes. 59. Eusebe, Chrou., au 296 Eutrope, IX, 22, 23. Proeope. de R.Per». I, 19. Orose, VII 25.
U0M1TIUS DOMITIANUS. 2S9
d'Alexandrie et chef de l'insurrection, n'apparait-il pas sur le numéraire d'une ville qui se sacrifiait pour sa cause?
C'est ici que nous rappelons l'opinion de Ch. Lenormant, l'un des hommes les plus ingénieusement érudits pour les points obscurs de la Numismatique, opinion qui répond d'une manière tout à fait concluante à l'objection que nous nous sommes posée.
Ch. Lenormant nous dit (1), en parlant de Domitius Domitianus :
- Ne serait-il pas possible de rapporter à cet Achillée les médailles « qui portent le nom de Domitius Domitianus? Nous n'avons pas
- non plus de médailles aux noms de Caligula, de Caracalla et « d'Elagabale (2) , et pourtant nous rapportons à ces princes une " foule de monnaies authentiques. Achillée aussi a pu être connu
- des historiens par un surnom. Il est permis de conjectureraussi " qu'à l'époque à laquelle il se revêtit des insignes impériaux,
- il substitua ou ajouta des noms romains à son nom grec, etc.,
- etc. » Nous partageons complètement ici la manière de voir du savant académicien (3) .
Ajoutons encore plusieurs arguments à notre opinion.
Les monnaies à légendes grecques sont toutes datées de la deuxième année du règne; on n'a pu encore jusqu'à ce jour retrouver aucune trace de celles de la première année, ce qui ferait supposer que L.D. Domitianus se fit d'abord reconnaître empereur daus une autre ville qu'Alexandrie. En effet, s'il eut été acclamé empereur dans cette localité il n'eût pas manqué d'y faire constater la première année de son usurpation et nous n'aurions pas les monnaies impériales de la douzième année du règne de Dioclétien. Tout porte à croire qu'il ne prit le pouvoir dans la capitale de l'Egypte que vers la tin de l'année de Rome 1046 (295 de J.-C.) , quelque temps après le mois d'août, commencement de la douzième année égyptienne du règne de Dioclétien. Toutes les années du règne de ce dernier et de son associé sont remplies par des masses de variétés de monnaies de potin frappées à Alexandrie ; mais celles de la douzième année sont dix fois plus rares et aussi moins nombreuses en variétés que celles des années précédentes; ce qui semblerait indiquer que les ateliers ne fabriquèrent que pendant très peu de temps dans cette douzième année; nul doute que, une fois D. Domitianus devenu maître de la Basse Egypte, il n'ait plus toléré d'autre effigie que la sienne sur les pièces courantes.
(1, Trésor de Numismatique et de Glyptique; Iconographie des Empereurs romains et de leurs familles, page 114.
(2) Elagabale est représenté (divinisé il est vrai) au revers de ses monnaies, avec son nom; témoins les n. 116 à 119, lia à 1-29, 222 à 223 de l'ouvrage de H. Cohen, Monnaies Impériales, tome III.
(3) M. F. Lenormant a publié tout récemmant dans la Revue Archéologique {année 1870, pages 104 et ?uiv.) un article des plus intéressants sur un cartonche égyptien, sur lequel il croit avoir lu ie nom d'Achillée écrit en caractères hiéroglyphiques Malgré toute la confiance que nous avons dans la science réelle du savant bibliothécaire de l'Institut, nous ne croyons pas devoir admettre sa lecture; cela après avo'ir consulté plusieurs égyptologues , qui tous s'accordent à préférer celle de Lepsius , lequel lisait Pschils ou Pschir au lieu d'Aschils. Le cartouche en question est du reste très fruste et les caractères sont si peu distincts qu'ils ont déjà donné matière àcontroverse. Nous ne serions nullement étonné si on arrivait à lire Pschin au lieu de Aschils, Pschils ou Pschir Ce nom correspondrait alors parfaitement à celui de Pescennius Niger. D'un autre côté tous les savants s'accordent à reconnaître que depuis l'empereur Trajan Dèce on n'a encore trouvé nulle trace d'inscription hiéroglyphique sur les monuments égyptien».
290 DOMITIL'S DOMITIANUS.
Donnons encore une autre raison qui, nous en sommes persuadé, aura sa valeur auprès des numismatistes et des archéologues. On sait qu'à l'époque la plus civilisée de l'Empire romain, le morfiîe officiel imposasses caprices, etquelacour avaitune grande influence sur la mode. Nous voyons en effet, à chaque nouveau règne, des variantes remarquables dans la coiffure des femmes. Chaque famille impériale est généralement représentée dans l'iconographie romaine par un caractère spécial dans la disposition de la chevelure ; souvent même, comme à l'époque des Antonins, les princesses abandonnent le type créé par leur mère, pour adopter une nouvelle mode. Chez les empereurs les mêmes faits se remarquent aussi: la coupe des cheveux et de la barbe varie tellement, qu'il est souvent facile de reconnaître tel ou tel souverain, par la seule disposition dans la coupe de ses cheveux et de sa barbe, et c'est surtout à l'époque de Dioclétien que l'on constate un type unique adopté par toutes les hautes personnalités de son temps. Tous portent les cheveux rasés; la barbe est également courte, mais très accentuée. On verra par la gravure que nous donnons ici de tous les souverains qui régnèrent ensemble combien ce changement de coiffure et de coupe de barbe était caractéristique. Constantin lui-même, jusqu'au moment où il réunit en ses mains le pouvoir, fut tidèle à cette nouvelle mode, créée sans doute par le bienfaiteur detous ces souverains, par Dioclétien. On constatera par notre planche XXXV bis, que nous avons fait graver tout exprès , l'évidence de cette découverte, c'est-à-dire que notre D.Domitianus ne peut être divisé en deux règnes, et que les monnaies au type romain ont été certainement émises en même temps que tous les follis de ses contemporains, dont les têtes figurent près de la sienne. Or répétons-le encore, ces follis correspondent exactement à l'époque de la cessation des émissions du numéraire grœco-égyptien ; en l'année de Rome 1047 (296 de J.-C), et ce D. Domitianus qui historiquement n'a pu régner que quelques mois à Alexandrie, a certainement fait fabriquer des monnaies de l'ancien et du nouveau système. Il est donc indubitablement le dernier qui ait fait frapper les monnaies à légendes grecques, et le premier qui ait introduit celles à légendes latines , les follis romains.
M. Th. Mommsen (I) dit, en parlant de l'époque de Dioclétien, que « les monnaies égyptiennes sont plus nombreuses que celles « d'aucune autre province, depuis Auguste jusqu'à l'année 295 de « notre ère inclusivement, et ne furent certainement pas suppri-
- mées avant 296, époque à laquelle eut lieu la nouvelle organi-
- sation administrative de l'Egypte, sous Dioclétien, après " la défaite du tyran Achillée.» Il ajoute en note au bas de la page:
- Les monnaies d'Alexandrie finissent entre le 29 août 295 et le « 29 août 296. La douzième année du règne de Dioclétien, la
- onzième de Maximilien Hercule et la quatrième de Constance
- Chlore et de Galère; les chiffres plus élevés qu'on rencontre çà » et là, sont tous d'une authenticité douteuse. Domitius Domitia- « nus rétablit plus tard, mais peu de temps, la monnaie parti- « culière à l'Egypte, etc., etc. »
Nous sommes parfaitement d'accord avec le savant allemand, sur la date de la cessation du monnayage grec d'Egypte, mais il
(1) Histoire de la monnaie romaine, traduite de l'allemand par feu le Duc Rlacas, et publiée par M. le baron J. de Witte. Tome III, page 341.
nous paraît impossible d'admettre que Domitius Domitianus soit venu après 296 rétablir la monnaie alexandrine; s'il avait supprimé le t'ollis romain, il n'eut pas trappe de monnaie à ce type. Il est, il nous semble impossible de séparer les potins de Domitius Domitianus de ceux deDioclétien et de ses collègues, tout là concorde. La fabrique et surtout la brièveté des légendes, brièveté que Dioclétien et tous ses collègues avaient mis en usage à cette époque, jusqu'à la sixième aanée de Dioclétien. Son nom est toujours précédé de A'j-jy.piTup Kt.ïxî Yx~hip'.i~ O'Jxkzpm;. M. Alfred de Sallet(l) dont nous recevons l'intéressant travail sur les monnaies alexandrines seulement au moment de tirer nos dernières feuilles, constate justement, page 96 de sa brochure ce rapprochement des monnaies des cinq souverains avec AOMITIANOC C£B AinKACTIAXOC CÊB. MAZIMIANOC C6B. KcoNCTANTIOC K., etc.
Onarépété qu'à Alexandrie on frappait simultanément des monnaies de l'ancien et du nouveau système. A cette assertion nous répondons que depuis une dizaine d'années nous avons reçu de ce pays près de vingt mille follis romains; jamais nous n'avons constaté la présence des monnaies dites de potin dans ces trouvailles. Il est donc certain pour nous que l'ancien système a été supprimé radicalement et remplacé par la nouvelle monnaie ; cela était d'autant plus facile à pratiquer que la forme et le module du nouveau numéraire, grand, plat et mince, n'avait nul rapport avec les anciennes pièces qui étaient petites et très épaisses.
Nous nous sommes longuement étendu sur ce problème de la numismatique grœeo -égyptienne; c'est que nous n'avons voulu négliger aucun détail, aucun témoignage qui fût une preuve favorable ou contraire à notre opinion. Nous avons la conviction que Domitius Domitianus, dont nous nous occupons, ne fut autre que le tyran Achillée, et cette conviction nous l'avons suffisamment appuyée, il nous semble, de monuments, de recherches, de citations historiques et de commentaires, pour la faire partager par tous ceux qui n'apportent pas de parti pris dans l'étude des obscurités historiques.
An 2.
3491. — AOMITIANOC cêb. Tète radiée et barbue de Domitieu, à droite.
rç. l. B. Sérapis allant à droite, tenant de la main gauche un sceptre transversal, la droite levée; dans le champ, une palme (n. 3410). Gi\, pi. XXXV bis. pot6
Cette belle et très rare pièce provient de la Collection du marquis de Moustier.
349'J. — Même légende. Tète laurée et barbue de Donatien, à dr.
^. l. B. Victoire debout, à droite, regardant à gauche, tenant
(1) Die Cateii Alexandrinischen Kaise>'miXn.zon. Berlin, 1870, iii-8.
292 DOJHTICS DOMITIANUS.
dans la main droite une couronne, dans la gauche une palme (n. 3411). Gr., pi. XXXV bis. pot *
Cette médaille, peut-être la plus belle connue sous le rapport de la conservation et du travail artistique, faisait partie de la magnifique collection de M. Edw. Wïgan.
3493. — Même légende. Busle lauré et drapé de Domitien, à dr. rç. l. B. Buste drapé de Sérapis, àdr. (Gr., pi. XXXIII). pot3
3494. — AOMei'lANOC CCB. Buste lauré et drapé de Domilien, à droite.
i^ l. B. Même buste de Sérapis, les lettres l. B. séparées par le buste. Gr., pi. XXXV bis. pots
3495. — Même légende, avec tête laurée de Domitien, à droite. k). l. b. Victoire allant à droite, tenant de la main droite une couronne, de la gauche une palme sur l'épaule. Gravée, planche XXXV bis. pot*
3496. — Variété de la même pièce; la Victoire étend les deux bras; celuide droite, portant la couronne, est placé en arrière. Gravée, planche XXXV. pot*