‹ Numismatique. Égypte ancienneChapitre 87 sur 111 · CLEOPATRE V '. BERENICE · texte numérisé non relu

CLEOPATRE V '. BERENICE

Il nous semble aussi que c'est parfaitement ;\ tort, que de tout temps on a donné à Ptolémée Soter"II, et à son frère Ptolt'mée Alexandre l"', des séries de monnaies comme ayant été frappées sous leur puissance personnelle ; tout en reconnaissant que c'est une faute très-grave, nous avons cependant suivi ces errements pour toutes les monnaies sur lesquelles il n'est fait nulle mention de l'autorité de la reine-mère. L'histoire démontre pourtant d'une manière indiscutable, que tous les actes administratifs de l'Egypte proprement dite, se faisaient, d'abord, au nom de la reine Cléopàtre qui seule régnait de droit ; le nom du roi son fils, ne venait jamais qu'après le sien, donc nous aurions dû aux pages 86 et 9-1 faire précéder le nom de Ptolémée Soter II, et de Ptolémée Alexandre 1"^ de celui de leur mère de Cléopàtre III ; mais cela eut, il semble, compliqué nos divisions, et rendu moins claires les notes sur les pièces qui portent réellement les signes de la double autorité.

CLEOPATRE V? Soter (appelée aussi Bérénice.)

(An SI av. .I.-C, rèctie 6 mois.)

Cette princesse était la seconde fille de Soter II ; elle portait comme sa so^ur atnee le nom de CIéop;Vtre (1). A la mort Je Ptolémée

(1) Porphyre, aptid chvon Kuseb., page 225, dit que cette sœur de la femme d'Alexandre \" se nommait également Cléopàtre ; d'autres auteurs lui donnent les noms de Bérénice-Cléopàtre; la version de Porphyre doit être la bonne ; on voyait en etTet à cette époque plusieurs princesses de la même famille porter le même nom, témoin les trois filles de Ptolémée Evergète II Physeoii, qui se nommaient la première Cle'opàtre, la seconde Cléopàtre Tryphène, et la troisième Cléopàtre Séléné.

Il est vraiment difficile d'admettre que Cléopàtre V ait aussi porté le nom de Bérénice, on ne voyait jamais de princesses portant deux noms grecs, les trois dernières Cléopâtres que nous avons citées ont bien chacune deux noms, mais le second est tout simplement un surnom. Y aurait-il ici une confusion encore plus grande que nons ne le pensions d'abord, Soter II pourrait parfaitement avoir eu trois

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CLEOFATRE V '' CLEOPATRE V ET PTOLEMEE XI! ALEX.A.NDRE II ' PTOLEMEE X!l! AVLETE CLEOFATRE VII CLEOPATRE Vli ET MAFX ANTOINE

CLÉOPATRE V? UÉnÉMCE 99

Soter II, elle se trouva, au dire des historieos, la seule héritière légitime des Lagides re'sidaot en Egjpte. Son père lui le'gua la couronne. Sylla voulant placer sur ce ti-one, qu'il considérait comme

filles : deux du nom de Cle'opàtre, l'autre nommée Bére'nice, cela concilierait tout. Et rien ne doit sembler impossible à cette basse t'poque où les historiens ont même quelquefois omis dans leurs listes chronologiques des noms do souverains qui sont inscrits en toutes lettres sur les monuments contemporains de leur règne.

Le nom de Cléopàtre, porté par les deux filles de Soter II, a été la source de nombreuses erreurs commises par les biographes : citons entre autres : 1" M. de Saint-Martin, homme d'une rare érudition, qui dans le tome x\xvi de la Bivgraphie Michaud, page 239, à l'article Ptolémée Soter 11, dit : <■ Sa fille Cléopàtre , veuve de Ptolémée Alexandre l"^, cjui lui succéda, n'occupa le trône que six mois environ « Et à l'article Ptolémée Alexandre II , même vol., page 242, il dit a -Encore : que Sylla fit déclarer roi Ptolémée Alexandre II. qui partit aussitôt pour l'Egypte, où il épousa la reine Bérénice Oléopàtre, sa belle-mère, etc. » Or, la Cléopàtre dont le nom est si souvent cité,devait être morte plusieurs années avant le mariage d'.Alexandre II : elle avait péri avec son mari et toute sa famille dans le combat naval livré par Ch:eréas près d'.Alexandrie. Ce fait est relaté plus loin dans le passage que nous citons d'après Charapollion-Fige.ac.

2' Letronne, si célèbre à tatit de titres, surtout lorsqu'il s'agissait do recherches- sur les dates des faits historiques et sur les noms des personnages de l'antiquité, semble avoir commis une triple erreur dans l'article dvjX cité de la Reçue Numismatique, année 1843, page 168, article où il relate les faits de l'histoire de Soter II, auquel il donne le nom de second Philadelphe. Selon lui , ce titre se rapporterait <t à son attachement pour cette aœur Cléopàtre, que les Alexandrins avaient toujours chérie, et que son beau-fils Alexandre II avait si lâchement assassinée. Or ici le titre de Philadelphe n'a aucune raison d'être invoqué, puisiiue cette Cléopàtre était la fille de Soter II et non sa sœur ; et comme nous venons déjà de le rehUer ci- dessus, cette reine était la sœur de la mère d'.Alexandfe II. et alors seulement la cousine et la tante de ce dernier.

Nous n'avons à apporter d'autre preuve des erreurs signalées cicontre, erreurs commises par les hommes les plus éniinents et devant le jugement desquels chacnn s'incline, qce le témoignage d'un savant également contemporain. CharapoUion-Figeac, dont l'exactitude peut être certainement quelquefois contestée, lorsqu'il s'agit des dates des faits historiques et surtout de ses citations d'après les anciens auteurs qui les ont relatés. Mais ici (îliampoUion semble avoir Complètement raison lorsqu'il dit. Annales des Lagides, tome II, page 226, eu racontant la dernière défaite de Ptolémée Alexandre P'' : « Sur

100 cil.ÉOPATRE V? BlinÉMCK.

vacant, un fils de l'tol(?mf'o Alexandre I-"-, fit reconnaître ce prince par le sùnat comme souverain de l'Egypte et l'imposa comme

« mer, il fut battu jtar Cbae'n'as, et il perdit la vie dans ce combat » auquel sa famille ne survécut pas. Il avait eu plusieui's enfants de » Ck'opàtre, fille de son frère Soter, et un seul, bien jeune encore, j> qu'il avait laitsé à Cos, lesta de cette catastrophe, n

Plus loin, page 231, il dit encore, au sujet des statues que les Athén/ens avaient e'lev(?e3 à Soter II et à sa fille, cpio ces statues n'avaient e'te' e'ievées que dans la dernière année du second règne de Soter II : « Puisque ce ne fut que dans la première de ce même » règne que Cle'opàtre, sa fille aîue'e, maiàe'e à P tolèmi^e Alexandre 1", » son frère, périt avec lui, dans le combat naval où Cha.-reas le vain- » quit, etc. u

Si on n'avait pour base que l'opinion de Chamnolliou, elle poui'rait être facilement contestée, mais on possède une preuve qui semlile indiscutable et cpii démontre cj^ne la femme d'Alexandre devait être morte au moment de ravéuomeut au trùne de Ptolénie'e Alexandre II. Pausanias dit, en effet, livre I'-"", cbap. 9,3 : « .Vprès la mort de Philométor, les Athéniens lui élevèrent, ainsi qu'à sa fille, des statues de bronze dans l'Odéon. » Il appelle cette fille Iicrcmce,at il .".joute, qtd était sa seule fille léyttime.

Or. d'après Pausanias, il parait hors de doute qu'.au moment de la mort de Ptûlcmi>e Soter II rhilor,u}tOi\ il ne restait qu'un seul enfant légitime: cpie cet enfant était bien la Cléoiiàtre ^' nommée ainsi par Porphyre, etBéréaice par d'autres auteurs; donc, la sreur aînée de cette Cléopàtre, la femme d".\lexaudre P''', était parfaitement morte et qu" .Alexandre II n"a par conséquent pu jamais épouser sa mère ou sa belle-mère, comme le témoignent les deux savants cités ci-dessus, ainsi que la plus grande partie des biographes modernes.

Uns autre preuve qui semble en^^ore des plus concluantes pour démonti'er que Ptolémée Soter II Philométor avait plusieurs filles légitimes, c'est ce que dit Letronne eu relatant le fait de l'expulsion de Ptolémée Alexandre 1'''' du trône, liecueil des inscriptions grecques de VEyijpte, tom l.page 64.

Porphyre raconte :

et Alexandre fut pour3uI\i et battu, dans un combat naval, par » Tyrrhus (ou plutôt Pyrrhus), général et parent des rois, et obligé » de fuir avec sa femme et sa fille, à Myra de Lycie. ,»

Comme on le voit, il est ici parfaitement constaté que, en Fan 89 avant J.-C, au moment où .Alexandre P'' venait d'être chassé de l'Eg-ypte, il fut battu et forcé de se retirer à JMyra avec sa femme et sa fdle.

Or, en cette même anné 89, une fille de Ptolémée Soter II Philométor, régna seule en Egypte pendant un laps de temps encore assez

CLÉOPATnE V? behkmce 101

niai'i à sa cousine, qui était dijà reconnue reine par ses sujets (1). A peine au pouvoir, Ptole'mée Alexandre II fit assassiner Cléopàtre, qui n'avait con^eati au mariage qu"aveo une extrême répugnance ; cette malheureuse princesse connaissait sans doute les instincts iV-roces de ce tyran.

H'M. — Tète diadémée de la reine, sous les traits de Véiuis, un sceptre sur l'éptiule, et le buste de Cupidon sur la poitrine, li;. kAEoiiATP.v: BASiAnsus. Double come d'tiboudance rera. plie de fruits, ceinte d'un diadème: ;\ cùté, dans le champ. KvriP, en monogramme, pi. XII, n. 5'j. (Frappée en Chypre.) Gravée, pi. VIII. JE * Mionnet, VI, n'> 2ri4. Ch. Lenormant. Gh/ptiquc, pi. 87, lettre M., et F. Lenormant, Lngiiles. page 9 et pi. 1, u" 2. Tous donnent cette pièce à la dernière Cléopàtre.

Cette médaille, d'une assez grande rareté, a été classée par presque tous les- savants à la fameuse Cléopdtre d'Antoine , malgré le manque de ressemblance dans le caractère do tête, qui n'a aucune analogie avec les pièces de style égyptien, (chose qui ne peut exister, puisque ile tout temps les émissions chypriotes furent tellement identiques, qu'il est presque impossible de discerner celles des pièces frappées dans cette île avec celles d'Egypte.) Il parait en effet difficile d'admettre que les Chypriotes aient émis des monnaies pour cette reine galante, sans suivre le type égyptien; type qui, comme pour toutes les pièces de cette époque, frappées dans ce pays, ne se dément pas, de la première à la dernière année des règnes de chaque souverain; nous voyons en effet la petite monnaie d'argent de Cléopàtre, de l'an G (2), du Cabinet Impérial, ressembler en tout point aux innombrables pièce de bronze de la même reine, frappées également en Egypte pendant tout son règne.

long,' puisque Soter ne revint en Egvpte que Tannée suivante, reprendre la couronne que sa fille avait portée pour lui jusqu'à son arrivée; donc, il semble très-bien constaté ici, que Sotcr II avait alors deux filles, l'une qui avait suivi son mari dans l'exil, l'autre qui occupa provisoirement le trùne d'Egypte en 80 et 88 avant J. -C. et une seconde fois en l'année 81. Reste maintenant à découvir le nom exact de cette souveraine. Si elle ne portait pas le nom de Cléopàtre tout ce passage devrait être supprimé ainsi que tout ce qu; coucerns Cléopàtre V et Alexandre II.

(1) Appian. Bell. Civil, lib. I. § 102.

(2) Mionnet, VI n^ 258. '

102 CLEUPATRli V? BKREMCE

Le travail d'art de 'la pièce semble démontrer aussi que son émission doit être antérieure au règne de la dernière Cléopàtre; mêmes bords biseautés que sur les monnaies de bronze de Soter II. Tout, jusqu'aux coi'nes d'abondance, qui sont de la même manière de faire que le n' 3-12, semblent aussi confirmer l'exactitude de l'attribution proposée de ces pièces à la seconde fille de Soter II. (In sait aussi que l'île de Cliypre était la propriété personnelle du père de cette princesse , depuis la 10' année de son règne ; c'est-à-dire, depuis l'époque où sa mère avait substitué à sa place son jeune frère Alexandre I" sur le trône d'Egypte. Disons aussi que sous la dernière Cléopâtre, il est peu probable qu'il ait été frappé en Chypre des pièces à son nom seul, le préteur qui gouvernait d'abord cette île. n'étant pas du parti des deux célèbres personnages qui jouirent tour à tour des faveurs de cette voluptueuse princesse. Si des monnaies ont pu être frappées en son nom, cela n'a pu être qu'après que Marc-Antoine eût donné à Cléopâtre la propriété de cette île, en même temps qu'il distribuait à ses enfants toutes les provinces conquises par lui. Or ce fait ayant eu lieu seulement sept années avant la mort de Cléopâtre , cette femme était alors assez âgée, et le type serait identique à celui que nous connaissons, par les n ' 439 ;\ 412 que nous avons décrits plus loin , au règne de cette courtisane. Les dernières monnaies de l'oncle de CléopAtre, n'^ 409 à 412, démontrent également qu';\ cette époque l'art était tombé si bas en Chypre, qu'il est de toute impossibilité d'admettre que cette monnaie, encore assez belle de style, ait pu y être frappée.

M. F. Lenormant, pour appuyer la justesse de ses arguments en faveur du classement de cette monnaie à la dernière Cléopâtre, donne, page 9 et pi. I, n" 4, une pièce de moyen bronze du Cabinet de France. Il est ;\ regretter que ce savant, dont tous les hommes de goût reconnaissent le tact en fait de travaux artistiques, n'ait pas examiné avec plus de soin la médaille qu'il signalait. Il eût vu sans peine que le travail d'art paraissait antérieur à l'époque de Cléopâtre, et cet examen approfondi lui eût probablement démontré que cette curieuse pièce était parfaitement contemporaine de celle de notre Cléopâtre. Le monogramme KvnP semble fait par la même main sur les deux pièces, les lettres des légendes sont aussi de môme fabrique ; tout cela minutieusement observé, il se fût convaincu que les deux monnaies ne pouvaient être que cou-

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