CLÉOPATRE V « BERENICE
temporaines do celles de bronze de Soter II. L'histoire en main, il eût acquis la preuve que la pièce qu'il donnait pour conforter son attribution, venait au contraire la saper par la base. En ell'et, ce nom de Ptoléniée, inscrit en toutes lettres, ne pouvait convenir qu'à, un des frères de Cléopàtre ; or pendant tout le temps que les deux frères ont vécu , Tile do Chypre n'a pas cessé d'être gouvernée par un préteur romain ; les partisans quand même du maintien de ces pièces à la dernière Cléopàtre pourraient, avec raison, invoquer ici .le nom de Ptolémée Césarion, le prétendu fils de Césîr, qui fut en l'an 36 avant J.-C. reconnu par Antoine comme roi des rois; mais cela nous semble impossible malgré des actes constatant le nom de ce jeune prince sur les monuments. Si sa mère avait fait frapper des monnaies en son nom, elle eût sans nul doute ajouté le sien à celui de son fils : et puis, répétons-le, comme on peut le voir d'après les dernières monnaies frappées pour le frère d'Aulète, qui régna en Chypre, n"" 433 à 430, les arts étaient tombés dans un tel avilissement dans cette île, que les monnaies étaient d'une fabrique déplorable, et les pièces que nous citons ici sont encore d'un très-beau style, celle surtout au nom de Ptolémée.
On pourrait aussi arguer que justement le type figuré sur cette rare médaille conviendrait cependant mieux à la dernière Cléopàtre qu'à celles du môme nom qui l'avaient précédée; mais sans nous faire le champion de la vertu assez contestable des reines d'Egypte qui la précédèrent, nous ferons observer que, malgré qu'à aucune époque l'immoralité des souveraines de ce pays n'ait été célébrée aussi ofliciellement que sous cette dernière princesse, la pièce qui nous occupe peut parfaitement avoir été émise pour la précédente reine ; d'abord, le travail d'art est disons le encore, de beaucoup supérieur à celui des n" cités plus haut qui tous ont dû être frappés en Chypre ; donc il y aurait parfaitement 30 années de distance dans la fabrication de ces pièces, laps de temps considérable pour des œuvres artistiques produites dans un temps d'aussi grande décadence et de misère.
Si on se reporte au pays où cette pièce a été frappée, on ne sera nullement étonné que, même la plus vertueuse des reines, ait pu prendre sur ses monnaies un type aussi galant en apparence. On sait que Vénus était spécialement adorée par les Cày-
104 PTOLÊMÉK Xll ALEXANnr.E II? ET tLÉilt'ATllE V?
priotes; les anciens poètes soutiennent que cette déesse 'naquit dans (fette île : ce fait semblerait en eflet avoir été reconnu par les habitants de cette contrée; le temple de ^'énus Paphia, représenté sur tant de monnaies de l'époque impériale, et de plu-', les innombrables quantités de statuettes de cette divinité, que 'on trouve journellement dans les fouilles faites en ce moment par M. de Cesnola, aux environs de l'Arnaca; sont des témoignages en faveur des poètes et des historiens qui ont avancé ce
fait.
On pourrait également revendiquer cette pièce, ainsi que la
suivante en faveur de Cléopfitre Tripliène, fille d'Aulète, qui occupa le trône d'Egypte avec sa sœur Bérénice durant une année (58 av. J.-C), pendant que leur père était en exil. Mais ici encore l'ilc do Cli^'pre était complètement détachée de la couronne; l'acte d'investiture de cette ile, que Caton ordonna au nom du peuple romain, avait été la cause de la révolte qui avait eu pour but l'expulsion du roi d'Egypte, dont la lâcheté avait causé la perte de cette importante contrée.
PTOLÉMÉE XII, ALEXANDRE II et CLÉOPATRE V?
(.\u SI avcint J. C. rè-iient 19 jours.)
300 bis. — Tète diadémée de la reine, sous les traits de Vénus, ;ï droite.
B). — nTOAEMAiov DAiIAEnî;. Double corne d'abondance. Gravée, pi. VIII. AE '
Cette charmante petite monnaie porto encore le même caractère de tète que la précédente ; le revers a également beaucoup d'analogie, comme travail, avec les petites monnaies de Soter II. Elle a dû être vraisemblablement frappée ainsi que la pièce suivante, au moment du mariage de Cléopàtre V avec Alexandre II : cette malheureuse princesse avait tous les droits de puissance et de souveraineté pour les proclamer et les inscrire ainsi sur les monnaies. Son exécrable mari laissait agir ainsi la reine son épouse, afin sans doute de mieux dissimuler ses horribles projets.
PTOLE-MEE XM ALEXANDRE II? CLÉOI'ATRE V? 105
-100. — Tête cornue de Jupiter Ammon, à droite.
^. — K. A. De chaque côté d'un aigle à gauche, sur un foudre. Gravée en bas de la planche X. ^E -
Cette rare et curieuse pièce a été depuis plusieurs années un sujet d"études spéciales de notre part; nous en avions remarqué un exemplaire dans un amas de monnaies diverses apportées de Syrie, il y a trois ou quatre ans par un Arménien; cet étranger s'était obstiné à. ne vouloir vendre que la totaUté de ses pièces et cela à un prix exagéré : force nous fut de laisser partir la seule monnaie que nous convoitions dans ce lot, et de nous contenter d'une bonne empreinte en cire, sur laiiuelle nous avions de prime abordlu les lettres K. A; nous supposions que ces deux initiales étaient l'abréviation du nom de K'U'jZ'x-o'/.. En retrouvant un second exemplaire de cette rare pièce, nous nous empressâmes de la faire ajouter à la fin de notre dernière planche d'incertaines, ne sachant en effet ;\ laquelle des Cléop;\tres elle devait être attribuée; mais en penchant particulièrement pour la dernière souveraine de ce nom, le travail artistique nous indiquait en effet la fin de la dynastie des Lagides.
Le hasard voulut que, dans une conversation sur des abréviations des noms propres grecs, un savant nous démontrât d'une manière positive que, dans ces abréviations, la première syllabe du nom se trouvait toujours complète; ceci fut pour nous un trait de lumière; vite de recourir à la monnaie et aussi ù l'empreinte : nous acquîmes alors la certitude que la première lettre était bien le K, mais la seconde un A. Tous les doutes furent vite levés et ce fut avec empressement que la correction fut opérée sur la planche X, où figurait déjà cette monnaie.
Tentons maintenant d'expliquer les mots que semblent indiquer ces deux lettres. La première parait être incontestablement l'abréviation du mot i0.zoT:c(zoa;; mais pour la seconde, c'est encore avec la plus extrême réserve que nous proposons celui
d A/i|av5oov.
En proposant la solution du problème par ce dernier nom, ne pourrait-ou pas nous dire que, sur aucune des monnaies des rois d'Egypte, janrais le surnom du roi ne figure, sans être précédé ou suivi de celui de nTO.uc.MAlor, nom du fondateur de la dy-
lOG l'TOLEMLE XII ALEXANUUE II?
nastie? Cependant, pour ceux qui sont tamiliers avec tout ce qui a été écritsui'PtoléméeAlexandrelI, sur cet aflVeux despote qui s'imposa à la reine d'Éirypte, et à tous les peu^iles de cette contrée, cela grvce à l'appui des Romains, il n'y aurait rien d'ôtonnant que ce tyran n'eût osé rompre ouvertement avec les usag-cs établis (1). D'un autre cote la monnaie était si petite qu'il était fort difficile d'y inscrire une longue légende, surtout dans un tel moment de précipitation ; et puis, répétons-le encore, l'homme qui osait contraindre une reine j l'épouser pour la massacrer quelques jours après, afin de pouvoir régner despotiquementseul, devait être capable de toutes les supercheries comme de toutes les audaces. Un seul trait semblera peut-être improbable, c'est ([u'il ait eu la courtoisie de conserver en première ligne le nom de cette reine sur les monnaies. Il se pourrait, cependant, que les coins de ces pièces eussent été graves avec rapidité, et probablement au moment même du mariage de Cléopàtre et de Ptolémée; peut-ëtro même furent-ils commandés par la reine au moment où elle acceptait l'ordre de Rome d'épouser le protégé du sénat tout-puissant.