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avait été reconnu roi d'Egypte et héritier du trône (1).
Des actes de dévouement analogues se sont souvent reproduits aux époques néfastes; ici, surtout, les noms de Crassus et de Ptolémée présentent une raison historique et une coïncidence précieuse, et ils amènent tout naturellement à conclure que Crassus, dévoué au souvenir d'Antoine et de Cléopâtre, a voulu proclamer, une dernière fois, son attachement. pour leur parti, et c'est, sans nul doute, cet acte de dévouement qui aura causé sa perte.
Il est aussi un fait à noter, c'est que Cléopltre, se voyant perdue, chercha, par tous les moyens, à éviter à son fils Césarion l'humiliation de sa défaite, et celle, plus grande encore, de la remplacer devant le char triomphal d'Octave. Ce fils étant de droit l'héritier du trône d'Egypte, sa mère plaçait en lui l'espoir de sa vengeance; peut-être un jour ce fils serait-il appelé à relever la mémoire de cette ambitieuse souveraine, qui se donnait volontairement la mort pour échappera une humiliation.
Cléopâtre confiait donc son jeune fils à celui de ses serviteurs qu'elle croyait le plus dévoué, à son précepteur Théodore, qui avait pris soin de son enfance. Elle le combla de richesses afin qu'il conduisît le jeune roi et tous ses trésors, d'abord à l'autre extrémité du pays, en Ethiopie, avec ordre de passer ensuite dans l'Inde, où elle pensait qu'Octave ne pourrait le poursuivre. Ce misérable Théodore se contenta seulement de conduire son jeune maître à Rhodes, et, une fois la reine morte, il le ramena en Egypte pour le vendre à ses bourreaux.
D'après les faits relatés ci-dessus, il ne nous paraît nullement extraordinaire d'admettre que Crassus ait pu faire frapper cette monnaie à Ptolémaïs d'Egypte (2), mais plus vraisemblablement à Alexandrie, au moment même où le jeune Ptolémée venait d'être enlevé au triomphe des vain-
(1) Dion Cassius, lib. xlvii, fî. 31, t. I, page 513, éd. Reimar, constate que le fils de César Ait appelé Ptolémée. On sait aussi que, en l'an 736, au moment du meurtre d'Artavasde, roi d'Arménie, Antoine salua Cléopâtre du titre de reine des rois et son fils Césarion de celui de roi des rois.
(2) Cette Ptolémaïs était, selon Strabon, la ville la plus impor- II. 2
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queurs, nouveaux prétendants à la domination des peuples de la plus riche contrée de l'Afrique. Qui ne sait que , de tout temps, les soutiens dévoués des souverains vaincus ou exilés se sont ingéniés à dissimuler, par tous les moyens possibles, les signes de ralliement entre les partisans de la restauration des trônes. Mettre ici sur la monnaie le portrait du prince en fuite eût été, de la part de Crassus, une imprudence extrême, c'eût été dévoiler à tous le but de la résistance et faire probablement échouer 'ses projets ; mais en représentant tout simplement une tète de Cybèle ou celle de la ville d'Alexandrie, sous les traits de cette déesse (1); en plaçant autour une légende inscrite d'une manière inso-
tante de la Thébaïde. Ptolémée la surnomme Hermii, et dit il qu'elle était la capitale du nôme Thinite.
(1) On ne voit généralement, pendant le commencement de la période impériale, la tète de la ville d'Alexandrie que couverte d'une peau d'éléphant. (Voir n^ 704, 739, 745, 762, 776, 781, 804, etc., etc.) Dans la basse époque la tête y est toujours toorelée; témoin les pièces décrites à presque tous les règnes , après Sévère Alexandre.
Nous ferons remarquer aussi que, sur toutes les monnaies fabriquées parles ateliers romains, la figure symbolique de cette ville varie complètement comme coiffure ; sous la république, la tète y est parfaitement tourelée, témoin la monnaie que nous avons publiée page 71, vignette; sur cette pièce, on peut constater que les tours crénelées sont de même forme que celles de la monnaie de Canidius, c'est-à-dire que ces tours sont très longues et minces, et, excepté dans le monnayage de la Phénicie et de la Numidie, nous n'avons remarqué nulle part de têtes ainsi tourelées ; nous avons aussi constaté que, sur la seconde variété de cette pièce, publiée par Cohen (médailles consulaires, pi. i, no 6), la chevelure de la tête de ville était disposée exactement comme sur notre pièce ; une des longues mèches venait en avant de la tête et Tautre serpentait sur le cou.
Quant aux pièces impériales romaines d*Hadrien et d*Antonin, la tête de la ville y est toujours nue, quelquefois surmontée du lotus, mais jamais couverte d'une peau d'éléphant. Celles des têtes qui sont ainsi recouvertes représentent toujours l'Afrique et non la ville d'Alexandrie {voir Cohen, Monnaies impé7vales aux régîtes d'Hadrien, d'Antonin et de Septùne-Sévêre : AFRICA. ALEXANDRIA. ADVENTVI AVG. AFRICAE ou ALEXANDRIAE et RESTÏTVTORI AFRICAE.
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lite et même énigmatique, excepté pour les partisans. Si les nouveaux despotes en trouvaient le sens, on pouvait encore sauver les apparences par l'ambiguïté même de la formule. Pour les oppresseurs, la lecture devait être irrOAERlAlEûN ou nrOAEMAiAEûN, et, pour les adeptes, iitoaemaioy. Comme on peut parfaitement s'en convaincre, le champ de la pièce était, certes, assez spacieux pour y graver cinq ou six lettres superposées de chaque côté de la tête, au lieu de quatre, et nul doute que si l'on a omis les dernières, or, ou EûN , ou encore AEûN, cette omission a été très nettement délibérée.
L'histoire ne nous a malheureusement pas conservé la moindre trace des faits et gestes de Canidius Crassus. Après la flnd'Antoine (1), on sait seulement que l'empereur Auguste le fit mettre à mort, l'année même des suicides d'Antoine et de Cléopâtre. Serait-il trop invraisemblable d'admettre que cet acte de cruelle vengeance aurait eu pour cause cette résistance impardonnable, aggravée par une tentative de restauration au trône d'Egypte du flls du grand César ? Ce flls, quoique illégitime, parut, on le sait, tellement redoutable à la toute-puissance d'Auguste, qu'il le fit assassiner dès quel'infàmç Théodore l'eût remis en son pouvoir. Toigours implacable, Octave fut insensible à l'extrême jeunesse de cet enfant-roi, à peine âgé de dix-huit ans.
On pourrait peut-être repousser nos coiyectures et admet-
Il) Nous avons trouvé encore sur Crassus quelques lignes dans Velleius Paterculus, II, 85 à 87, qui relate les mémejs faits que Plutarque pour la bataille d'Actium. Il dit seulement, à la fin : - Canidius mourut avec moins de courage qu'il ne convenait à la profession qu'il avait toujours exercée. «»
Orose semble jeter un peu plus de lumière sur la fin de ce général. Il dit, VI, 19 : « Par ordre d'Octave, on mit à mort le flls aîné de M. Antoine, et P. Canidius qui avait toujours été le plus grand ennemi d'Octave, n Et il ajoute : « Mais, en même temps^ infidèle à M. Antoine. »♦ Cette infidélité ne paraît cependant nullement prouvée par les actes de Crassus. Orose date de quatre siècles après Plutarque et Velleius Paterculus ; il peut parfaitement avoir admis, comme trahison, le passage de Plutarque, LXI , où il est question d'une séparation entre Antoine et Cléopâtre. Cette dernière aurait, à force d'argent, poussé Canidius à faire changer les projets d'Antoine.
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tre tout simplement que cette pièce a pu être irappée en dehors de l'Egypte, dans une des villes du nom de Ptoiémaïs. Comme nous le disions plus haut, M. Waddiûgton 'nous a objecté qu'il existait, en Cyrénaïque, une ville très importante de ce nom, et que les monnaies firappées pour LoUius, à. Cyrène, ressemblaient, comme caractère de fabrique, tout autant^ à notre pièce qu'à celles frappées pour Cléopàtre et aussi pour Auguste à Alexandrie, pièces portant pour revers l'aigle des Ptolémées ; à cela nous observons que le crocodile, placé au-dessous de la légende KPAS, ne paraîtrait pas devoir figurer sur cette piècH, par la raison fort simple que cet animal est inconnu en cette contrée. Une autre raison non moins concluante, c'est que, depuis près de trois siècles, le nom de Ptolémaïs avait remplacé celui de l'antique Barcé. On ne trouve aucune trace d'émissions monétaires dans cette localité (1), depuis que la ville avait changé de nom.
Nous [avons déjà expliqué, au commencement de cette note, que, s'il avait existé, en Mauritanie, une ville du nom de Ptolémaïs, nous aurions pu lui attribuer cette pièce (malgré le style contradictoire et le travail artistique de la tète tourelée, tout à fait étranger à celui des monnaies mauritaniennes de cette époque, qui toutes, ont un caractère africain d'une rudesse presque barbare.) Nous avons constaté que la jeune Cléopàtre a répété à satiété, sur ses monnaies, les symboles favoris de son pays natal ; mais, en Cyrénaïque, on ne trouve , à cette époque , nul fait historique indiquant qu'un des descendants de Cléopâtrp s'y soit réfugié, ni qu'un personnage romain, du nom de Crassus ou Crassipes, y ait occupé quelque fonction. La pièce n'aurait donc aucune raison pour se présenter comme une monnaie de ce pays.
(1) Tout le monde connaît la célèbre ville de Judée, la plus importante des cités du nom de Ptolémaïs; mais là encore, moins qu'ailleurs, nous ne pouvons admettre que Crassus ait pu ft*apper monnaie au type égyptien, quoiqu'il y ait tout près de cette ville une rivière portant le nom du fleuve le Crocodile. On connaît quantité de monnaies frappées dans cette ville, justement à cette même époque, et elles n'ont aucun rapport ni de fabrique ni de style avec notre pièce.