TCRASSUS ET PTOLÉMÉE XVI, — CÉSARION
Contre rargument qui nous était donné en faveur d'une origine cyrénéenne pour cette pièce, ainsi que pour les deux autres variétés connu es avec ce nom de Crassus (1), lesquelles portent des légendes latines : que précisément le monnayage de C3rrène, sous les propréteurs, se pratiquait simultanément en inscriptions grecques et latines, nous avons cru devoir protester en démontrant que, dans les autres contrées de l'Afrique, à cette époque ôiême, des faits analogues s'y remarquaient, et nous apportons comme témoignage les pièces des villes de Cirta (2), de Tingis, du roi Bocchus III et de Juba II, dont les inscriptions sont tantôt phénix ciennes et tantôt latines; souvent la même monnaie porte ^ d'un côté, la légende punique ; de l'autre, une inscription romaine.
Il semble donc qu'on ne peut guère être taxé de témérité en admettant qu'en Egypte, après la chute de la dernière souveraine, et pendant le court espace de temp^où l'autorité suprême resta indécise, on ait suivi les mêmes usages que dans les autres provinces africaines limitrophes du territoire des Lagides.
Nous ne pouvons cependant nier que la fabrication de cette pièce ait assez d'analogie avec les grands bronzes de LoUius, à légende grecque, frappés en Oyrénaïque ; mais, répétons-le, comme travail d'art, la tête tourelée est d'un style identique avec les monnaies de Cléopàtre et d'Auguste, n"** 439 à 442et 539. Le savant Muller qui, on le sait, a étudié avec un soin extrême toutes les monnaies de l'Afrique et a publié sur cette partie ingrate de la numismatique antique un des ouvrages le mieux traités de notre époque, semble confirmer pleinement notre manière de voir. Il dit, en effet, en citant ces pièces au nom de Lollius, frappées au commencement de son gouvernement comme légat (3).
(1) Cohen, Médailles consulaires, page 75 et pi. li, n»» 1 et 2. Cetauteur dit, en décrivantces deux pièces : - Ces médailles ont « été fï^appées en Egypte ; elles sont attribuées à Ganidius Cras- « sus, général de Marc Antoine : le crocodile est Temblèrae de
« l'Egypte. »•
(2) Muller, Numismatique de V ancienne Afrique, t. IH, pages 60, 100, 111 et 146.
(3) 7d., Numismatique de Vancienne Afrique, 1. 1, page 157.
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€ Elles offrent t$n flan à tranches obliques^ selon la fahri^ ce cation (égyptienne, » Or, d'après MuUer, ces monnaies auraient été frappées entre les années 00 et 43 avant J.-C., et il dit, de plus, c\ la même page : « Celles de la deuxième « partie ont un flan à bord arrondi^ etc. » Donc, on le voit, déjà avant l'année 43, plus de treize ans avant la mort de Cléopâtre, on ne frappait plus, d Cyrène, de monnaies au système égyptien, c'est-à-dire avec les bords biseautés et avec le champ creuxau revers. Antoine, à qui Ton doit notre pièce n"" 447, fit battre cette monnaie dans le style usité, c'est-à-dire avec le champ très plat des deux côtés et les bords arrondis, à la manière des dernières pièces de Lollius, et âurtout de celles de Rufus, Scato, Palikanus et Capito. Si nous avions connu les pièces de ce dernier magistrat surtout, nous eussions été plus afHrmatif pour déclarer que cette pièce d'Antoine et de Cléopâtre n'avait positivement jamais été frappée en Egypte, mais bien en Cyrénaïque. Elle est parfaitement identique, comme faft*ique et comme métal, à celles publiées par MuUer, page 108, n. 436, 437 et 438. M. J.-P. Six nous a dit, tout récemment, que nous avions eu raison de classer cette pièce à la Cyrénaïque ; que lui-même Tavait rangée, depuis longtemps, à ce pays.
Une autre raison qui nous ferait encore refuser cette monnaie à Ptolémaïs de la Cyrénaïque, c'est que déjà, deux années avant la mort de Cléopâtre, tout le pays était sous la domination de Pinarius Scarpus, auquel Antoine avait confié le gouvernement de toute la Cyrénaïque, ainsi que celui de l'Ethiopie. Scarpus, pendant les années 31 et 30, fit frapper des monnaies d'argent avec son nom et celui d'Antoine ; ces monnaies devaient servir, sans doute, à la solde des troupes (1). Au moment de la défaite de son chef, il passa, comme tant d'autres, dans le camp d'Octave. Ce dernier, pour le récompenser de sa trahison, le maintint dans ce commandement important pendant encore au moins trois années. Ce fait est constaté par des monnaies au type précédent, qu'il fit frapper encore à son nom et à celui du nouveau maître (2).
(1) Cohen, Monnaies consulaires, ^SLge2iS, n^ 8et9.— (2)/6id., pages 248 et 249, n<»* 10, il, 12 et 13.