ISABELLE ET PHILIPPE
Շօո$էօո(էո{\ոստանղէն), prince de Pardzerpert, connétable d'Arménie et parent de Léon II , d'accord avec les barons da royaume » remit la couronne à IsabeUê {.Օապէլ), fille du roi, conformément à la volonté de Léon. Sur ces entrefaites, Raimond Rupin, prince d'Ântiocbe, qui avait des droits à la couronne, fit irruption en Cilicie à la tête d'une armée, s'empara de Tarse et s'y fit proclamer roi. Constantin leva alors des troupes, attaqua Raimond sous les murs de Malmistra, le fit prisonnier et le laissa assassiner par le peuple de Tarse (1).
En 1220, la reine Isabelle épousa, avec le consentement des barons, le prince Philippe, fils de Boémond lY d'Ântioche et d'une princesse arménienne parente de Constantin.
Philippe s'attira bientôt, par sa conduite, la haine des barons et du peuple ; il fut emprisonné à Pardzerpert avec soixante-dix barons {ֆ) complices de sa tyrannie, et mourut deux ans après (3). Le régent Constantin donna alors pour époux à Isabelle son fils Héihum {Հ^եթույ՛), qui monta sur le trftne en 1226 (4).
Aucune monnaie du règne de PhiUppe ne nous est parvenue.
(1) Lignage d'outre-mer, éd. Beugnot. — dit que Philippe, « lequel valut motiA jmh, et Sanudo, Seer. թ. eruckf Uy. U, part, ա, le tuèrent U baron d^ Arménie. »
ch. X. (4) AbouUiaradî, Chr. syr., p. 435 et soiv.
(2) Le P. Monnier, dans ses Lettres sur — Tchamitch, Hist. d'Arménie^ t. m, p. 164 r Arménie, n'en compte que vingt-six. et suiy. — ^Lignage d'outre-mer, ch. nr, p.445.
(3) Le Lignage d'outre-mer (ch. nr, p. 445),
HÉTHUM ET ISABELLE.
En donnant un nouveau roi à TÂrménie, Constantin s'était réservé le pouvoir qu'il exerçait sous le nom de régent ou de baile {պայլ). L'Arménie était alors tributaire du sultan de Konieh, auquel elle était tenue de payer le kharadj et de fournir en plus quatre cents lances par année.
Sur le bruit que les Tatars allaient entrer dans ses états, le sultan Ala-Eddin Kaikobad envoya sa mère et sa sœur en Arménie pour les garantir des outrages des barbares. Ck>nstantin, contraint par des nécessités politiques, les livra aux Tatars et s*alliaavec eux. Le sultan, justement irrité, vint en Arménie, mit le siège devant Tarse, et mourut dans cette expédition (1).
C'est à la suite de ce siège qu'Héthum fit rebâtir les murailles de Tarse, ainsi que le prouve Tinscription suivante que j'ai vue encastrée dans le mur extérieur de l'église arménienne de cette ville (2) :
ԱՀԿ : %ՈՐՈԳեՑ 1Ա-Պ11.ՐհՍՊՍ SIKPU
« Dans ք aimée des Arminieni 677 (1228), les remparts de Tarse ont été re՛ nauoeiis par la main dHéthum, roi des Arméniens. i>
Vers le même temps, Hètbum, qui se sentait fort de l'appui des khans tatars, songea à édifier des châteaux (3) et à continuer les travaux de dé- Ci) Vhioent de Beaimds, Specul. kiêtar.f dans les ArchiTes des missions scient., t. IV, Ut. XXXI , ch. cxlit, Uy. XXXn , ch. xux. p. 70. — Revue Archéol., dixième année, p.
(S) Recueil des Inscr. de la CiHcie, n"* 58, 741, pi. ccxix, n"* 1. p. S6,pl. n** t. — Mon Rapport au filinistre, (3) Recueil des Inscr. delaOlicie, p. IS,
— Տ2 — fense commencés à Sis par Léon IL II augmenta d'une nouvelle ceinture la forteresse qui domine la ville, et éleva un donjon sur le pic le plus élevé de la montagne. L'inscription suivante (1), malheureusement mutilée, témoigne de ce fait :
t Ի ՒՈՒ11.ԿՍ.%հՍ KXUQUÔ
Հ.Ւ • . 11.Ց tt^CHKP^; (?)
« En Tannée des Arméniens le pays?.... sous le roi Hiihum. y>
Cette inscription, dont la date a été martelée, est gravée dans Tintérieur de la chambre basse du donjon et à hauteur d'homme.
En contractant alliance avec les Tatars qui venaient combattre le sul՛ tan de Konieh, Héthum reçut d'eux plusieurs viUes de la Syrie, de sorte que son royaume se composait de la petite Arménie, de la Cappadocc, de risaurie et de quelques places à Touest d'Alep et au nord d'Antioche.
Après la mort de Gaiouk, Héthum résolut d'aller trouver en personne Mangoû-khan, qui venait de s'asseoir sur le trftne de Djengiskhan, pour se lier plus étroitement avec lui et en obtenir des secours contre les Mamelouks d'Egypte qui menaçaient d'envahir ses états (2). En 1254, Héthum partit et contracta, à Karakorum, une alliance perpétuelle avec les Kogols. En 1255, il visita la grande Arménie et se fit prêter hommage par les princes arméniens indépendants des bords de l'Araxe (3). En 1265, à la prière du pape Clément lY, Héthum alla secourir Anlioche menacée ; mais, pendant ce temps, le sultan Malek-Mansour leva une
n** 146, et p. 54, ո՞176. — Cf. l'inscription Archives des miss, scient., t. IV, p. 78.
de Tune des tours du château de mer, Ճ Gori- (2) Joinville, éd. de Du Cange, p. 26.
ghos, et celle de l'intérieur du chftteau de (3) Cf. sur ces princes, les Mémoires sur
Selefké. F Arménie de Saint-Martin, t. n, p. 479, 486
(1) Recueil des Inscx. de la Cilicie, p. 17, et suiv. qo 35, ^ Uon Rapport au Ministre, dans les
armée qui fit irruption en Arménie (1). Les fils d'Héthum, Léon et Tboros, essayèrent, mais en vain, de repousser les forces supérieures des infidèles (2) : le pays fut dévasté (3) ; Léon, fils atné du roi, fut fait prisonnier, etTboros fut tué en combattant (1266) (4). Héthum fut obligé de faire la paix, et céda quelques places pour racbeter son fils (1268) (5). II abdiqua alors, se fit moine sous le nom de Macar (6), et mourut dans un monastère en 1270 (7)«
Les monnaies du règne d'Hétbum Ի՛* sont très-nombreuses et n'offrent pas de difficultés dans le classement. On peut les diviser en trois catégories : 10 Les pièces où Hétbum est représenté avec Isabelle, sa femme; 2fi les pièces dont le revers est occupé par la légende arabe des sultans Kaikobad ou Kaikosrou, suzerains de TÂrménie ; 3^ enfin, les monnaies où Hétbum est représenté seul, à cette époque de son règne où il s'était délivré du joug du sultan de Ronieb.
(1) Héthum (moine Ajton), Fleor des hist.
d'Orient, ch. xxxiii. — Makrisi, Histoiie des Ayoubites et des Mamelouks, ad anm. 664, dans les Eitr. des hist. arabes des croisades, de M. Reinaud.
(2) Aboulfaradj, Լ c, p. 356. — Le Nain de Tillemont , Vie de saint Louis , éd. de Gaulle, t. IV, p. 459.
(3) Makrisi, dans les Extr. de M. Reinaud, p. 500 et sui?.
(4) Le Lignage d'outre-mer, ch. nr, p.445, dit que <c Thoro$ fu occis de Sarasins. d
(5) Art de vérifier les dates. — Aboulfaradj et le Nain de Tillemont, I. c.
(6) Tchamitch, m, p. 269.
(7) Art de yérifier les dates. — Lignage d'outre-mer, l. e. — Sanudo, Ut. XI, part.
XIII, ch. VII. — Lebeau, Ras-Empire, t. XVU, p. 449 et suiv. — Dans un mémento écrit au milieu de l'Exode d'une Rible in-4* manuscrite conservée dans la bibUothèque du monastère d'Edchmiadzin (n** 3 du catal. des Ribles), on Ut ceci : « Celte année^ qui est celle de l'ère arménienne7i9 (1270), Héthmny legrandroi de tous les chrétiens^ estpasséàDieu^ Խissant tous les Arménietis plongés dans le deuil H taffHction. Que Dieu place son âme dans son royaume! Amen. Le mois est celui մ octobre^ le jour est le vingt՚ՎluiiiԽe9 ^^ mardi.io A la fin duDeutéronome, on Utcetautrememffito.* « Cette année mourut le roi HétԽmy qui eut peur suocessevir son fils Léon (10), trhhfieux^ tris-religieux et Urh-honpour nous, d
S Ի^. Héthum et Isabelle.
[Imitation des monnaies byzantines de Constantin XEI et tfEndocie Dalasiàne (!}.]
1*. է ^bP-flhCr P֊lK^lU՝nP ՀԱ»ՑՈՕ-
Hé(houm Ihakcwor HokioU.
uttïïXMf ROI DBS ARlobfIBNS.
Lion couronné passant à droite, derrière lui une croix dont le sommet empiète sur la légendef
1^ t HU.PnQJlKP֊f% IKÔ-
PAR LA PUISSANCE DE DIEU
Le roi et Isabelle debout et vus de face, revêtus de leurs ornements royaux et tenant ensemble une double croix.
Tahégan d'argent. PL I, n'^ 9 et 10.
Quatre variétés.— Variétés de la légende du droit : Հ,, Հ\Լ* Հ\Լ%Տ՛ — Variété de la légende du revers : \Լ[} 5« — Variété du type du droit : le lion sans la croix.
Cabinets de France, de Vienne, des Mékhitaristes de Vienne et de Venise, du musée asiatique de Saint-Pétersbourg, du docteur Orta et de Kbœne, etc.
Sestini, t. IV, lettre vui (Hétbum et Léon m). — Tcbamitcb, t. HI, p. 365. — Brosset, Monogr.fp. 50. — Rrafft,p. 16, pi. Լ21. — BorrelL Rewê mmism., 1845, pL suppL, n~ 1, 2, 3. — J. Leleveel, Supplément à Touvrage de Sawaszkiev^icz, h Génie de T Orient, p. 214 etsuiv., pL XI, n^ 94. — An. de Barthélémy, Manuel de Numiemaiique moderne, p. 403, 446, et atlas, pi. XI, n~ 541-3.
(!) De Saulçy, Numism. byzantine, pi. de ses Lettres, sixième lettre, p. 47, pi. y, XXV, n® 1. — Baron Marchant, nouy. éd. n^l.
HBIHDKy 101 DBS HMSECIKEIS. !
Lion à droite, derrière lui la croix.
PAR LA FmSSANGB DE DIKU.
Le roi et la reine debout, comme ci-dessus.
Tram d'argent ou demi-tahégan. PI. IV, n^ 5.
Cabinet de Kbœne, à Saint-Pétersbourg.
Riûue Archiohgique, dixième année, p. 471. PI. CCXXII, n^ 5.
(Imitation de la monnaie des sultans Seldjookhides de Konieh.]
S n a. HÉrauM ET Kàikobad.
HJTUUH , ROI ատ ARMÉrans.
Le roi à cbeval, la couronne sur la tête, le sceptre à la main et passant à gancbe; derrière lui une croix.
ff ^LUJt II SULTAN
^jJt տձյկձ Jâftlt Ll HACmnQUB, RnSOURCB »! LA RBUMON, S ,V ^ԼՏշ^ lAIXORAD, fILS U lAl-
«MaÀ KOiROU.
Tabégan d'argent (sans date). PI. IV, n"" 4.
Cabinet royal de Berlin.
Sibilian, p. 60, pi. I , n* 1. — Retmê ArekéohgկԱ$9 dixième année, p« 471,pl.CCXXU,4.
Le R. P. Sibilian, qui publia le premier cette médaille, avait mal lu la légende du revers, mais il avait bien attribué la pièce au sultan Kaikobad. J'ai trouvé à Tarsous un exemplaire semblable à celui qu'a décrit le P. SibiHan, et qui m'a servi à rectiGer la lecture du savant Mékbitariste de Vienne.
S II b. Héthum bt Kaikosrou II.
HBTHUlf» ROI DBS AMOlflENS.
Le roi à cbeval passant à droite et tenant un sceptre; sur la tète du cbeval une étoile; derrière le roi une croix.
Bf Jôù^ jUaUt LB SULTAN SUPrImB,
^jJlj l^jJt ՝^^ RESSOUBGB DU HONDB BT DB LA RELIGION,
^LaJ" ^ jipdrr KAIKOSROU, FILS DB KAIKOBAD.
Tabégan d'argent (sans date). PI. Լ n^ 11.
Musée asiatique de Saint-Pétersbourg.
La Croze, Christ. ^Ethiopie et d'Arménie, liv. lY, p. 339 et suiv.— Z>ic(. arm. ms. de La Croze. — Brosset, Manogr., pi. Il, n^ 11. — KraflTt, p. 15.
HBTHUIf, ROI DBS ARMBNIBNS.
Le roi à cbeval passant à droite et tenant un sceptre ; au-dessus de la tète du cbeval un croissant, au-dessous une étoile, et derrière le roi une petite croix.
W Jo&^ ^LLUt LB SULTAN SUPRfalB,
^jJtj L^oJt տձ^ձ RBSSOURCB DU HONDB BT DB LA RBLIGION,
^La^ ^ ^jmȈfy KAIKOSROU, FILS DB KAIKOBAD.
En marge :
FRAPR A 8D9 l'an 630.
Tahégan d'argent, grand module. PL I , n^ 12.
Collections Alischan et du docteur Orta.
Âdler, Mus. euf. Barg.. p. 61, 62, pi. XII C. — Tristan, Camm. HùL, p. 588 et suiv. — Du Gange, éd. Joinville, p. 238, diss. xvi* — Baron Marchant, nouv. éd., p. 344.
19 f Հbp՚ո^^^ ր֊ւ^գւս՝որ <ա.ցոց.
HBTHUM, liOI DBS ARMENIENS.
Même type que ci-dessus.
fif քԽ^ ^UaLJt LE SULTAN SUPRÊD,
^jJtj l^^t ^tÀ>à RESSOURCE DU MONDE ET DE LA RSU6I0N,
^Ll/ ^ j>pÂr KAKOSROU, ՈԼՏ DE EADLOBAD.
En marge:
FRATPi A SIS, l'an 640.
Tahégan d'argent, grand module. PI. Il, n^ 1. Une variété avec la contremarque «Ճ, d Dieu.
Cabinets des Mékhitaristes de Venise, de Lagoy, Alischan. Krafft, p. 15. — Revue ArchéoL, septième année, p. 220.
L'usage de frapper des monnaies bilingues est dû à une obligation imposée par la politique. Ces pièces, qui se rencontrent en grand nombre dans les collections, furent frappées pour la première fois, au moyen âge, par les émirs du Moghreb (1) et par les khalifis (2), afin d'être com-
(!) Rerae Archéol., septième année, p. par H. Laroix. 071, Mém. SOT les dinars h légendes latines, (2) Marsden, Nom. orient., pi. xvii.
prises, non-seulement par les peuples hétérogènes placés sous leur autorité, mais aussi par les nations avec lesquelles leurs sujets faisaient le négoce. Telle est l'origine de la fabrication des pièces bilingues des khalifs, où Ton observe, à c6té des types calqués sur des prototypes grecs ou latins, des lettres koufîques ou arabes.
Tycbsen (1) pense que a ces coins ont été frappés, soit par des chrétiens en vue de spéculations commerciales, pour en faciliter l'introduction dans l'empire des khalifs, soit par leurs sujets chrétiens réduits à cette extrémité par la force et la crainte (2). »
Cet usage singulier de frapper des monnaies bilingues fut suivi, dans tout le moyen âge, par les musulmans et les chrétiens, et ces derniers en firent un tel abus pendant la période des guerres saintes, quMnnocent lY fut obligé, pour y mettre un terme, d'excommunier les princes croisés qui battaient monnaie en langue arabe (3). Clément lY, en 1266, réprimanda aussi, par une bulle datée de Yiterbe (4), Tévéque de Maguelonne, qui frappait des monnaies avec le nom de Mahomet, a cian tiluh McJwmtti. y>
Les raisons qui déterminèrent le thakavor Héthum h** à inscrire les noms de deux sultans Seldjoukhides sur ses tahégans, ne sont pas dues aux mêmes causes qui engagèrent les khalifs à imiter les monnaies des princes chrétiens. Au treizième siècle l'Arménie, loin de pouvoir commercer facilement avec les peuples de l'occident et les musulmans de Konieh, ses voisins, et écouler dans le centre de l' Asie-Mineure les produits de son territoire et de son industrie, avait au contraire à guerroyer sans cesse conlre ses implacables ennemis qui l'entouraient de toutes parts et la tenaient sous leur dépendance.
Nous avons vu plus haut que le roi Iléthum avait été obligé de fournir quatre cents lances par année au sultan Seldjoukhide et à lui payer tri-
(1) IrUrod, ad rem numm. moh,y p. 96. (3) Rainaldi, ann. 1253, art. ui.
(2) Le Génie de FOrieut, par Sawaszkie- (4) Buchon, Éclaircissements sur la Horée, wicz, p. 81-3. 1. 1»*, p. 392, note.
but. Il est donc probable que le sultan avait exigé que ce tribut lui fàt compté avec une monnaie portant son nom, pour qu'elle pût avoir cours dans ses états. C'est, au surplus, ce qui explique pourquoi Hélbum fit frapper à Sis un coin avec son effigie et le nom du sultan Seldjoukbide de Konieh, afin de pouvoir en même temps donner à ces monnaies un cours légal dans son royaume de Cilicie.
On peut encore supposer que ces monnaies bilingues, qui avaient cours forcé dans les deux pays, servaient aussi à faciliter les transactions commerciales, quand, à de rares intervalles, les deux monarques ennemis signaient une trêve ou un traité de paix.
[Imitation de la monnaie chypriote.]
S m. HÉTH131I SEUL.