‹ Numismatique générale de l'ArménieChapitre 3 sur 62 · II. — DYNASTIES COLLATÉRALES · texte numérisé non relu

II. — DYNASTIES COLLATÉRALES

Les historiens arméniens ne donnent aucun renseignement sur les événements qui se passèrent dans le royaume d'Arménie , depuis la mort d'Alexandre jusqu'à l'époque où Arsace le Grand ^ roi des Parthes, ayant vaincu les rois de Syrie, et profitant des troubles qui agitaient l'Arménie, entra dans ce pays et en donna la souveraineté à son jeune frère Vagharschag ou Valarsace, qui fut le chef de la branche des Arschagouni ou Arsacides d'Arménie et le fondateur de la deuxième dynastie.

Moyse de Khorên, qui rapporte l'histoire de son pays avec beaucoup d'exactitude, se contente de dire que, depuis la mort de Vahé, dernier roi de la race d'Haïg, qui fut tué en combattant contre les Macédoniens, jusqu'au règne de Vagharschag, il n'a rien de bien certain à raconter : « Tout <( était dans la confusion et le désordre ; on combattait les uns contre les <( autres pour savoir à qui serait l'empire du pays (1). »

Jean Catholicos rapporte à peu près la même chose que Moyse, dont le récit lui a servi de guide (2). Ce sont les Grecs qui nous fournissent sur cette période de l'histoire d'Arménie quelques détails. Ils racontent, en effet, qu'après la mort d'Alexandre et le partage de son empire entre ses lieutenants, les provinces de l'Asie ne tardèrent pas à se diviser. D'abord, soumise aux Seleucides dans l'empire desquels elle était comprise, l'Arménie se révolta bientôt contre Antiochus le Grand (31 9 av. J*-C.), et Artaxias s'empara de la couronne, en proclamant l'indépendance de son pays. En vain Antiochus fit plusieurs expéditions contre Artaxias , il fut toujours vaincu. Pendant ce temps-là, d'autres gouverneurs syriens se révoltaient dans la Petite-Arménie , et l'empire des Seleucides se démembrait de tous côtés (3). Ce fut à cette époque que se formèrent , dans le sein même de l'ancien royaume d'Arménie, plusieurs États indépendants qui

(1) Moyse de Khorên, HisL d*Arm., liv. î. Sic, liv. XXX, § 23. — Appien. Syr., § 45-46ch. 30. 55-66. — Strabon, liv. XI. — Plutarque, Lu՛

(2) HisL d*Arm., ch. 8. cuil.

(3) Cf. Polybe, liv. XXVl, ch. 6. — Diod. de

subsistèrent jusqu'au moment de la conquête des Arsacides, et même pendant le règne de quelques-uns des princes de cette dynastie.

Pline raconte^ en effet, que l'Arménie était divisée en plusieurs petits gouvernements monarchiques : « Dividitur (Armenia) in praefecturas quas (Tzpamyiaç vocant , quosdam ex iis vel singula régna, quosdam barbaris nominibusCXX (1). » Quels étaient ces royaumes ou ces États formés aux dépens de l'empire des Seleucides? L'histoire n'en dit rien. Cependant plusieurs médailles nous font connaître les noms de quelques-uns des rois qui régnèrent, à cette époque, sur certains cantons de l'Arménie ; comme, par exemple, à Arsamosate, dans le Douroupéran ; à Samosate, capitale de la Gommagène, et dans la Petite- Arménie.

On n'a pas encore résolu le problème qui consiste à savoir si des pièces très-remarc[uables pour leur module, leurs types et leur belle conservation, acquises dans ces derniers temps par le Musée britannique et le Cabinet de France, et qui offrent une assez grande analogie avec les monnaies des Parthes , appartiennent à des petits souverains de l'Arménie, ou bien à des rois voisins des Parthes et d'une nationalité inconnue (2), ou bien enfin à des satrapes qui auraient régné dans les contrées de l'Elymaïde. Cette importante question est encore indécise, et les savants attendent, pottr se prononcer, que quelques renseignements nouveaux les mettent sur la voie de la solution de ces énigmes. Toutefois, M. le duc de Luynes, qui n'a jamais abordé les questions scientifiques les plus ardues sans en donner la solution, se préoccupe vivement de l'étude de ces monuments , et nous avons tout lieu d'espérer qu'un jour ou l'autre, cet illustre savant nous fera connaître le résultat des recherches qu'il a entreprises sur ce sujet, et qui ne manqueront pas de jeter un grand jour sur cette partie tout à fait inexplorée de la numismatique de l'ancienne Asie.

§ l*'. ROYAUME ARMÉNIEN DE SAMOSATE.

L'histoire ne nous dit rien du royaume de Samosate, et les médailles seules nous apprennent qu'un prince, nommé Samès, devait régner dans

(I) Liv. VI, ch. 9. (2) Numi։maL Chron,, t. XII, art. d'Ed. Thomas.

la Gommagèoe^ où il avait fondé la ville à laquelle il donna son nom. Cette ville, que les Arméniens appellent Samousad ou Schamouschad, est située au N.-O. de Kalah-Erroum (Hromgla) et au midi de Malathia, sur l'Euphrate. Josèphe (1) nous dit que Samosate était la plus grande ville de la Commagène : հ ia/xôo-ara rfiç YiofjiiJLaymfYiç fieyiorm Ttôhç. » Elle fut assiégée et détruite plusieurs fois à Tépoque des Séleucides, et lors des conquêtes que les Romains firent en Asie. L'histoire du royaume de Commagène ou de Samosate n'est point encore très-parfaitement connue, et, bien que les travaux de Masson aient jeté quelque jour sur la question (2) pour ce qui est des temps postérieurs à l'époque de sa fondation, il faut avouer pourtant qu'il nous reste encore beaucoup à apprendre sur ce sujet. Tout ce que nous pouvons affirmer, c'est que la dynastie qui régna sur la Commagène après celle de Samès, n'était plus arménienne, et bien que les souverains qui possédaient cette contrée soient représentés sur leurs médailles coiffés de la tiare arméniaque, on doit cependant reconnaître qu'ils étaient issus de la race des Séleucides, et que, s'ils avaient pris la tiare, c'était tout simplement pour imiter les rois qui les avaient précédés, et afin de flatter les populations arméniennes qui étaient répandues en grand nombre dans ce pays. Au surplus , les noms d'Antiochus et de Mithridate, que portent presque tous les rois de la Commagène, prouvent suffisamment leur origine syrienne et leur parenté avec les rois séleucides (3), à la suite desquels les historiens et les numismatistes les ont presque toujours placés.

SAMÈS.

(Vers Tan 130 av. J.-C.)

On ne peut émettre que des conjectures très-vraisemblables, du reste, sur l'époque du règne de Samès. L'abbé Belley, qui, le premier, donna une interprétation d'une médaille de ce prince, inconnu dans l'histoire,

(1) De Bello Jud., liv. VII, ch. 7. (3) Cf. Visconti, leonogr. grecque, part, ii,

(2) Haym, Tesoro Britannica, 1. 1, p. 112. ch. XD, § 8; ch. XIV, § 4 ; et suppL, § 7.

coujectura avec beaucoup de sagacité que Samès avait dû régner vers l'année 1 30 avant Tère chrétienne, et que très-probablement Samosate devait être le lieu de sa résidence (1). Mais, avant lui, le P. Frœlich avait publié à Vienne une médaille de Samès qu'il avait attribuée à tort à Ârsamès (2). Etant revenu de son erreur, il en donna une nouvelle explication qui consistait à attribuer cette médaille à Samus, jeune poëte grec distingué, fils de Chrysogonus, et qui accompagna le dernier Philippe de Macédoine dans son expédition contre les Ëtoliens. Il supposa dès lors que Samus avait eu en partage, par la générosité d'Antiochus le Grand, quelque district de la Commagène, où il put prendre le titre de roi (3). Mais le poëte grec s'appelait Samius et il ne mourut point sur un trône, car l'histoire nous apprend que Philippe , prince farouche et sanguinaire, le fit mettre à mort dans un moment d'emportement (4). De Boze émit, à la suite du mémoire de l'abbé Belley, quelques conjectures nouvelles sur la médaille de Samès (5), et crut que la pièce en question avait été frappée par un roi d'Emèse que Josèphe appelle loéyioç, 1օս1թօ<;^ et enfin laifioç (6). L'abbé Belley persista dans sa première exphcation, dans un mémoire qui fait suite au précédent (7), etson opinion, qui aprévalu depuis, a été suivie par Eckhel (8), Mionnet (9) et Visconti (1 0).

Tête jeune radiée à droite. Grenetis au pourtour.

ւբ BhSlAEQl Victoire marchant à droite , tenant de la main

2AM0T droite une couronne à laquelle sont attachées des

9E • 2EB • XI bandelettes, dans le champ, TA. KAIAIKAIOT Cuivre, 2 ex. PI. I, n* 3. — Cabinet de France.

(1) Obs. sur une médaillé du roi Samus, (5) Mém. de VÂead. des inscript, et bellesdam le t. XXVI des Mém, de VAead. des in- lettres, t. XXVI, p. 365.

script, et belles-lettres, p. 355. (6) De Belh Jud., liv. \U, ch. 7.

(2) Reg, vet. num,, p. 13. - Cf. aussi Ec- J'^ ^^' ^ '՝^^^- '' ^^'^ P' ^^' khel. Mus. f7ndo6.,p.252. Nouvelles observât, surlaméd, deSamus,

(8) Caua. du Mus. de Vienne, p. 252.

(3) Notit. elem., p. 181, p. XV, 2. - Ac- (9) j^^^, ^^^ լ jy^ p 45^

eessio novaadnumismata rey. ve(.,p.63. (,o) Iconogr. greeq., part, n, ch. 12, § 2,

(4) Polybe, Excerpt. de virt. et vit. p. 247 et suit.

Tête de Samès à droite, coiffée de la tiare arméniaque et ornée de fanons et de perles ; dans le champ, derrière la tête, une palme gravée en creux. Grenetis au pourtour.

a? BA2IAEÛ2 Le thyrse de Bacchus , entre deux cornes

2AM0[T] d'abondance placées en sautoir et entrelacées

0E02EBOÏ2 par l'extrémité inférieure.

KAI AIKAIOY Cuivre. PI. I, n** 4. — Cab. de Vienne.

LMnspection de ces deux monuments ne laisse aucun doute sur leur attribution à Samès, roi de la Commagène. En effet, si l'on compare le type du revers de la seconde pièce avec celui de la médaille d'Alexandre Zébina, roi de Syrie, frappée à Samosate (1S5-123), on remarquera une analogie frappante (1). Ensuite l'épithète diTumoç, qui se remarque dans les légendes des deux médailles de Samès, a été prise pour la première fois par Arsace VII, Phraate II, roi des Parthes, qui régna de l'an 1 38 à 128 av. J.-C. Comme ces deux indices de ressemblance de médailles se rencontrent entre les années 1 38 et 1 23, il est présumable que les monnaies de Samès ont été frappées vers cette époque, ce qui donne approximativement l'année 130 av. J.-C, comme date moyenne du règne de Samès. Au surplus, on peut conjecturer que ce prince occupa le trône assez longtemps, car la première médaille nous le représente sous les traits d'un jeune homme, tandis que la seconde offre pour type un homme d'un âge mûr. Le sigle TA, 33, indique très-probablement l'année de l'ère de la fondation du royaume de Samosate ; car il n'est pas probable qu'elle puisse signifier l'année du règne de ce prince, qui, sur la médaille, semble être fort jeune et n'avoir point encore atteint sa trentième année.

Mionnet a décrit dans son catalogue (2) une médaille de cuivre dePythodoris et de Samès, qu'il dit à tort avoir été publiée par le P. Souciet (3) et

(1) Uaym.^ TeiorBrilann., 1. 1, p. 109. — part. U, p. 249, note i.

Sestini, Deicr. num. vel.^ p. 504, n՛ 7. — (2) Méd, gr.y suppL, p. 723.

Coim of the Seleueid, from Ihe eabin. of (3) HiH. des rois du Botph» Cimmér. Vuaney pi. XVU, n* 1 1 . — Visconli, Icon, gr.,

l'abbé Belley (1 ). Il s'agit dans ces deux travaux, de Pythodoris, reine de Pont, femme de Polémon, et non d'une alliée de Samès.

§ n. ROYAUME ARlObUEN D՝ARSAIIOSATC.

Le royaume d'Arsamosate devait son nom à la ville de ce nom que les Arméniens appellent Arschamouschad ou Arschamaschad, et qui se trouvait dans le canton d'Arschamounik'h ; au nord de l'Euphrate. Nul doute que l'Arschamascbad des Arméniens ne soit VArsamotade Pline (âl) et VAr՛ samosata de Ptolémée (3). Selon toute probabilité , la ville d'Arschamascbad avait été fondée par un prince arménien du nom d'Arscham, dont les Grecs transcrivirent le nom sous la forme կդպյւոգյ que nous retrouvons sur les médailles, et avec une variante, հքԾօ&ոգ, dans Polyen (4). A l'époque des guerres de Néron et de Vologèse, roi des Parthes, Arsamosate était une place bien fortifiée, et Césonius Petus, que l'empereur avait chargé de défendre l'Arménie contre les incursions des barbares, y avait mis sa famille en sûreté; aussi Tacite (5) la mentionne sous la dénomination de Castellum. Au neuvième siècle de notre ère, Arsamosate formait lé thème d^Asmosat (6). Cependant, il semblerait résulter d'un passage de Strabon (7) que le royaume d'Arsamosate ne porta pas toujours le nom de son fondateur, Arscham, et que sous le règne de l'un de ses successeurs appelé Xerxès, dont le nom a été conservé par Polybe et les médailles, il était connu sous la dénomination de Xerxène. Cettç province était, en effet, une région de l'Arménie peu éloignée de l'Euphrate, et Strabon la compte parmi celles qui furent ajoutées à l'Arménie par Artaxias, parZariadre, et par d'autres princes, leurs successeurs ou leurs alliés.

({) Mém, de VAcad. des inscHpL.i. XXIV, (5) j4nn., IW. XV, 10.

p. «7. (6) Constant. Porphyr. , De Adm. imp. ,

(2) Lit. VI, ch. 9. ch. 50.

(3) LiY.V,ch. 13. (7) LiT.XI.

(4) Sfratég. , Mr. \\,ch. 17.

ARSCHAM (ARSAMÈS).

(Vers SU5 av. J.-C.)

Arscham est mentlooné dans l'histoire à l'époque de la guerre qu'Ântiochus Hiérax soutenait contre son frère Séleucus II. II parait même qu'Ârscham avait embrassé le parti du premier, à ce que nous apprend Polyen : Auràv Ta Twv Apfxevîwv 3pr) iiùBàvxa, (fikoç wv Apo-ôêyîç \mr^i\axo. « Lorsqu'[Antiochus Hiérax] traversait les montagnes de l'Arménie, il fut reçu par Arsabès qui était de ses amis (1). d II ne faut pas s'étonner devoir le nom d'Arsamès rendu dans Polyen par Apjoêyiç, car on sait que dans les manuscrits d'une certaine antiquité, V^ et le j3 ont presque la même forme (2). Le nom d' Arscham, 1>շ^»«/; se rencontre souvent dans l'histoire d'Arménie (3), et chez les écrivains grecs sous la forme Apacé/xyjç (4).

La seule monnaie d' Arscham qui nous soit parvenue est connue depuis longtemps. Pellerin (5), qui la publia le premier, lisait le nom du roi AI2A- MOT ou AI2AM0T. Nous avons vu que le P. Frœlich avait confondu Samès avec Arsamès (6). Mais Pellerin, après un nouvel examen (7), parvint à déchiffrer complètement le nom d' Arscham, AP2AM0Ï, et c'est sous cette attribution qu'on trouve la médaille classée dans Mionnet (8) et Visconti (9) .

Tête tournée à droite et coiffée d'un bonnet, ayant quelque ressemblance avec celui des Parthes arsacides ; filet au pourtour.

fp BA2IAE[Û2] Sous la légende, un cavalier coiffé d'un bonnet et

AP2AM0[T] vêtu d'une robe flottante, passant à droite et tenant un javelot de la main droite.

Cuivre. PI. I, n* 5. — Cabinet de France.

(1) Stratég,, liv. IV, ch. 17. (5) Rois, pi. XXI, n» 3.

(2) Cf. Hésychius, ?• At^trrfî, et le Comment. (6) Cf., plus haut, p. 9. d:Alberti. (7) Lettre 0, p. 79.

(3) Moyse de Khorén, liv. II, ch. 24, 25. (8) Méd. gr., t. IV, p. 454. — SuppL,

(4) Plutarque, Artaxerxéi. — Eschyle, t. VO, p. 723.

Tragéd. des PeneSy pasiim. (9) leon. gr,, 2« part., p. 243.

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