‹ Numismatique générale de l'ArménieChapitre 52 sur 62 · PIERRE · texte numérisé non relu

PIERRE

Les barons ne voulant pas appeler au trône de princes étrangers à leur nation , laissèrent vacante la couronne d'Arménie. Cependant des prétendants se mettaient sur les rangs : les uns , de race franke et parents des Roupéniens, invoquaient leurs droits; les autres» d'origine cilicienne, faisaient valoir leur bravoure et leurs richesses. La faction

(1) J'ai Taioement cherché, ձ Tarsous, quelques-unes on voit encore des lettres ar-

Femplacement du palais des rois de Cilicie. méniennes qui étaient autant de numéros de

Cependant, d'après toutes les probabilités, ce repère, palais, duquel faisait partie Thôtel des mon- (2) P. 51. Cf. Héthum I^.

naies, devait être situé sur le lieu occupé par (3) Cf. la pi. n® 1, lig. 3 et 4.

l'ancien séraï des gouTemeurs, qui tombe (4) Dixième année, p. 744, pi. ceux, n® 1,

aujourd'hui en ruines. Pendant la domination note sur trois inscriptions arméniennes de l'é-

égyptienne, Ibrahim-pacha avait établi dans glise de la Vierge, à Tarsous. ce séraï son quartier général. Les fondations (5) P. 26, pi. m, n* 15.

de cet édifice sont en pierres de taille, et sur

latine ou franke, dont la puissance semblait dominer le parti arménien , proposa d'offrir la couronne à Pierre de Ltuignan, roi de Chypre, qui était alors en Europe. Pierre, qui avait déjà accepté la défense des deux forteresses de Gorighos (1), pouvait, en ramenant des renforts de Toccident , marcher à la tète de l'armée alliée et chasser les Égyptiens qui continuaient leurs dévastations en Gilicie (2).

Le roi de Chypre accueillit à Rome la députation des grands d'Arménie, alla s'embarquer à Venise, et arriva en Chypre, espérant trouver des chevaliers qui l'aideraient à sauver le royaume d'Arménie; mais à peine était-il arrivé à Nicosie, qu'il fut assassiné (3).

Malgré le silence des chroniqueurs chypriotes , Strambaldi , Amadi et Florio Bustron , les détails que donne Hachant dans sa chronique rimée (4) paraissent assez formels et assez sûrs pour nous autoriser à considérer Pierre b՝^ comme ayant été réellement investi du titre de roi d'Arménie dans les derniers mois de son règne.

Voici un extrait de la chronique de Guillaume de Machaut (5) , qui raconte en ces termes l'élection de Pierre au trône d'Arménie :

Li roys se parti de la court; Mais sa renommée qui court Par tous païs, par tous chemins, L'essaussa tant, que les Hermins (6) L'ont pour leur signeur esleu.

Pris et nommé et recen ; Nom pas en sa propre personne.

Mais chascuns d'eaus sa vois li donne,

(1) Lorédano, Isiorie de* Lusign.y p. 353. (4) Mss. de la bibl. imp. de Paris, ancien — Machaut, Խ prinse â^ AlixandrCy ms., fol. fonds franc., 7609, fol. 354, et LavaUière, 313, dans THist. de Chypre de L. de Mas- 2$, suppl. franc. 43.

Latrie, t. n, p. 267, note. (6) Laprinee d*ÀUx❁ndre. Cf. Mas-Latrie,

(2) G. de Machaut, Laprineed^Àliwmdrej ouvr. cité, t. II, p. 310-1 . lieu cité. (6) Arméniens.

(3) Mas-Latrie, Hist. de Chypre, p. 310.

A toasjoors perpetuelment, Et de comman assenteroent.

Et par coy la chose ait dorée, Tuit li milleur de la contrée , Et les villes l'ont scélé Par leor foy et leur scélé.

Tous ensamble, c'est assavoir Que c'est ao roy et à son hoir.

Et les clés des millenrs fortresses Qui don pais sont plus maistresses.

Ont baillée ao prince son frère.

Par qooy la chose soit plos clère.

Et s'en a la possession Paisible , sans rébellion ; Et tient toote la signoorie Doo bon royaome d'Erménie Poor le roy, qoi procheinnement Y sera s'il poet noilement.

Qoant li roys oy la noovelle Moolt li fo plaisant et nouvelle D'un tel royaume conquérir, Sans labeur et sans cop férir.

Si que li roys s'achemina Et tant hasté son chemin a, Qu'en la cité vint de Venise, Où on aime forment et prise.

Li roys n'i fist pas lonc séjour ; Car un dimanche, au point doo jour, A grant joie et ձ grant déduit.

L'an mil ccc lx vm, Se parti, moolt bien m'en remembre, xxYiu jours dedens septembre.

Poar aler faire Tordenance Doa païs et la goaternance Qoi à son hoir li est donnez Ligement et abandonnez.

C'est Pierre de Lusignan , sur lequel les bistoriens d'Arménie gardent le silence , qui vient compléter la série des cinq princes latins qui parait être indiquée par l'inscription du tombeau de Léon VI, qu'on lira plus loin.

Le témoignage de Macbaut sur Télection de Pierre, roi de Cbyprc, comme roi d'Arménie, est confirmé par l'existence d'une médaille que j'ai vue dans la collection du docteur Orta d'Adana. Cette médaille porte en abrégé le nom de Pierre, qui se dit ^ետըոս en arménien.

[Imitation de la monnaie des Seldjoukhides de Konieh.]

8[(ք\մՎօի thak[av]or amén[àin] Ha'wltx,]

PIERRE, ROI DE TOUS LES ARlofanEllS.

Le roi à cheval , passant ե droite et tenant une croix ; sous le cheval une étoile.

^ i [CJh%[b]IU, Ւ 'PlMJIK'P'u Ւ UhU-

FRAPPE DÀirS LA VILLE DE SIS.

Lion passant à droite , derrière lui une croix.

Tahégan d'argent, inédit. PI. VI, n^ 9.

Collection de feu le docteur Orta.

Cette pièce est fort intéressante, en ce qu'elle appuie le seul témoignage historique qui nous soit parvenu de la royauté de Pierre Ւ՛* en Cilicie , et parce qu'elle comble une lacune dans la série numismatique

des Lusignans d'Arménie. Cette médaille confirme aussi Topiiiion de M. de Mas-Latrie (1) , qui dit « qu'il ne serait pas impossible qu'on découvrit des monnaies de Pierre portant des légendes arméniennes. » En eflfet , Pierre !•"' put bien faire acte d'autorité pour le royaume de Cilicie entre la fin de septembre 1368, époque à laquelle il s'embarqua è Venise, et le 16 janvier 1369, jour où il fut poignardé en Chypre.

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