TIGRANE III ET ERATO
(Verg l'an 12 à 6 av. J.-C., et 3 à 1 av. J -C.)
Tigrane III, fils et successeur de Tigrane II, avait, suivant l'usage d'Orient, épousé sa sœur Erato (2). Ces deux princes occupèrent ensemble le trône d'Arménie à la mort de leur père. U est probable que le jeune Tigrane montrait du penchant pour les Parthes, car Rome le détrôna et donna la couronne à Artavazt vers l'an 6 avant Jésus-Christ. Tigrane , avec l'aide des Parthes , se ressaisit quatre ans après du sceptre d'Arménie. Ce fut alors que Caïus César, petit-fils et fils adoptif d'Auguste, passa en Orient pour faire la guerre aux Parthes et soumettre l'Arménie. L'influence des Romains ayant suscité à Tigrane de nouveaux ennemis parmi les peuples barbares qui environnaient ses Etats, il marcha contre eux, mais son expédition fut malheureuse, puisqu'il y aurait perdu la vie : « Tcypavou U ttoIél^ou Ttvàç |3ap6aptxoû (fQapevroç (3). » Cet événement eut lieu un an environ avant l'ère chrétienne. Erato quitta alors une couronne qu'elle n'espérait pas conserver, et Caïus, qui était en Asie , donna , en l'an 3 du Christ, pour roi aux Arméniens, Ariobarzane , fils du roi des Mèdes , Artabaze, issu des anciens rois d'Arménie. Ariobarzane vécut peu de temps et laissa la couronne à son fils Artavazt qui ne put se maintenir sur le trône. La table d'Ancyre nous donne sur tous ces événements des détails très-précis : « Kat TÔ cdnb [l9]voç àçtorâfjievov ՜աւ àvaTToXe/xoûv ioL^aa^hy vnb TaXov հօն ùtov [MOV /Sao'tXet AptoêapÇâvet , /Sao'tXéwç Mïîdwv AproêâÇov ûtw , i:apiS(ùyjx xat [/.erà ràv ixtivov Oavàzovr^ ùtô auroD kpzaoùaadin (4). » Après la déchéance d' Artavazt, Erato reprit la couronne l'an 1 5 du Christ, mais les Arméniens, qui se las-
(i) l?<»iwe arcA^of., Vni* année, p. 225. (3) Dion Cassius, ա#(. /V-a^., publ. par Mo-
(2) Tacite, ^nn.j iiv. U , ch. 3, 4. — Dion relli, Ր» 78. Cassius, Iiv. LV, § il. — Frag, de Dion, (4) Bœckb, C. 1. G., n« 4040, col. iv, lig. 7-
publ. parMorelli. 11.
saieot d'être gouvernés par une femme, la firent descendre du trône et y placèrent un prince du sang royal d'Arménie, appelé Tigrane, dont la table d'Ancyre fait aussi mention : « Ou dvaipzOhzoç (Artavazt) Ttypâiw, ôç h èx yivovq Àpiieviov jSoo-tXtxoû, etç tViv ^aïkiocu տաւյւ^օւ (1)- » C'est à cette époque
que Vononès, qu'Artabaze III venait de renverser du trône de Parthie, s'empara de la coufonne d'Arménie.
BACIAEYC BACIAEwN TirPANHC . — Tête de Tigrane coiffée de la tiare, à droite.
V> EPATw BACIAEeoC TIFFANOT AձEAՓH. — Tête d'Erato, à gauche, ayant les cheveux roulés, et sans diadème.
Cui\Te. — PI. III, n*» 5.
Sestini, lett. V, p. 5-18. — Visconti, Icon. gr., suppl. , p. 307. — Mionnet, Méd. gr., t. IV, p. 457.
BACIAEYC MEFAC NEOC TirPANHC. — Tête de Tigrane coiffée de la tiare, à droite.
H? EPATû) BACIAEwC TIPPANOT AձEAՓH.— Tête d'Erato, à gauche. Cuivre.
Pinkerton, Essay of medals. — Visconti, hc. cit., note 3. — Mionnet, toc. cU.y t. IV, p. 457.
On voit figurer dans la riche collection de pierres gravées du cabinet de France, une intaille en grenat-chevé portant un buste de profil, tourné à droite, coiffé de la tiare arméniaque, constellée et diadème (Cf. PI. III, n"" 6). M. An. Chabouillet a attribué ce monument à Thermusa ou Musa, femme de Phraate IV, roi des Parthes (2). Nous ne nous serions point élevé contre cette attribution, si ce savant lui-même n'avait reconnu, après un nouvel examen, que le monument en question doit représenter les traits
(i) Bœckb, loc. ciL, iig. 11-13. (2) C<Ual, deê camées de la BibL Imp., p. 198, a* 1384.
d'uDe princesse arménienne. En effet, la tiare qui se voit sur la tête du personnage ne laisse aucun doute sur sa provenance exclusivement arménienne et diffère, au surplus, de la coifi*ure de la reine Thermusa, dont plusieurs médailles nous offrent des spécimen (1). De plus, la figure gravée sur rintaille du cabinet de France ressemble beaucoup à celle de la reine Erato , et les cheveux sont roulés de la même façon sur les deux monuments, tandis que la reine Thermusa, dont les médailles ont reproduit les traits, est coifTée avec des bandeaux et paraît beaucoup plus âgée que la princesse arménienne dont la figure nous est parvenue sur les médailles et Tintaille, conservés dans la collection de la Bibliothèque impériale. Il n'y a donc point de doute maintenant sur l'attribution de cette pierre gravée à la reine Erato, sœur et femme de Tigrane III.
A la suite des campagnes de Tibère et de Caïus en Arménie , Auguste fît frapper à Rome, à son effigie, des monnaies d'or et d'argent, qui rappelaient ces événements. Ces monnaies, qui portent au revers la légende ARMENIA CAPTA, offrent plusieurs variétés de types; sur les pièces d'or on remarque la victoire domptant un taureau, ou bien encore, un sphinx accroupi ; et sur les deniers d'argent, figurent les emblèmes du royaume d'Arménie, l'arc, le carquois et la tiare. D'autres deniers d'argent qui rappellent aussi les victoires remportées en Arménie par Tibère et Caïus, ont pour légende ARMENIA CAPTA CiESAR DIVI F., avec le type de l'Arménie à genoux, ou bien encore ARMENIA RECEPT IMP CiESAR DIVI F., avec une figure debout. Nous ne nous étendrons pas davantage sur ces médailles qui font partie de la série des monnaies d'Auguste et appartiennent exclusivement à la numismatique romaine.
(i)/ounuiîdf«5ai?anU,1836.Cf., deuxième des rois de la Bactriane et de Flnde, parRaoul suppl. à la notice sur les médailles grecques Eochette.
VONONÈS.
(Vers Tan 16 après J.-G.)
Yononès ou Ononès, fils de Phraate , était en otage à Rome, quand les Parthes, qui venaient de tuer Orode II, demandèrent à Auguste l'un des fils de Phraate pour le placer sur le trône (1). L'empereur leur envoya Yononès (S) ; mais ce prince, doué de grandes qualités , à ce que nous apprend Tacite, déplut aux Parthes, et ses vertus mêmes leur parurent des défauts : a Prompti aditus, obvia comitas, ignotae Parthis virtutes, nova <c vitia (3). D Ils allèrent chercher alors jusque dans la Scythie un autre prince, qui, ayant conservé les antiques traditions de ses ancêtres, ne parut point avec des mœurs romaines, comme un vassal de l'empereur. Ils le trouvèrent dans Artaban qui, marchant contre Yononès avec une armée, se fit battre à la première rencontre. Mais cet insuccès ne découragea pas Artaban; il revint à la charge avec de nouvelles forces, contraignit Yononès à quitter ses Etats et à se retirer dans l'Arménie, qui était alors en désordre et sans chef. Il y fut reconnu pour roi, parce qu'il se flattait de l'espoir que Rome l'y soutiendrait contre son rival qui continuait à le poursuivre. Cependant Tibère, qui venait de succéder à Auguste, refusa de le secourir; alors Yononès, appelé par Silanus Créticus, proconsul de Syrie, vint se réfugier auprès de lui, et bien qu'il fût prisonnier, il n'en conserva pas moins le nom et l'appareil de la majesté royale (4). Sur ces entrefaites, Germanicus, ayant passé en Orient avec toute l'autorité d'un César, revendiqua les droits de Rome sur l'Arménie et força les Parthes à l'évacuen Youlant ensuite donner un gage de ses intentions pacifiques à Artaban, Germanicus intima à Yononès l'ordre de quitter la Syrie. Le roi détrôné passa en Cilicie avec ses trésors; mais au moment où il allait traverser le Pyrame, il fut assassiné par l'ofScier romain chargé de sa garde (5).
(1) Table d^Ànqfre^ col. VI, lig. 9 et suiy. (3) Tacite^ Ann., ioc. cit.
Cf. BcBckh. C. 1. G., n» 4040. (4) Tacite, Ànn., Խ. U, cb. 4.
(2) Tacite, Ann,, liv. U, ch. 2. (5) Tacite, Ann,, Uv. H, cb. 68.
Les médailles de Vononès qui nous sont parvenues datent du règne de ce prince comme souverain des Parthes ; il ne paraît pas qu'il en ait frappé comme roi d'Arménie, puisque, dès son arrivée dans ce pays, Artaban le poursuivit et l'ayant forcé à abandonner la couronne, il plaça le sceptre d'Arménie entre les mains d'Orode son fils, qui ne le conserva pas longtemps. Il n'est pas probable que les monnaies de fabrique bactrienne qui nous sont parvenues avec le nom d'Ononès, et que Raoul Rochette a piibliées dans ses Notices sur les médailles grecques de Խ Bactriane et de VInde (1 ), appartiennent au prince dont nous nous occupons. Leur fabrique, qui diffère essentiellement de celle des monnaies de Vononès frappées en Parthie , fait plutôt supposer qu'elles appartiennent à un roi de la Bactriane d'origine scytique et homonyme du roi des Parthes. Au reste, cette opinion est conforme à celle de Raoul Rochette, qui n'hésite pas à ranger les monnaies à la légende BA2IAEÛ2 BA2IAEÛN MEFAAOT ONÛNOT, dans la série des pièces émises par les monarques de la Bactriane; nous nous contenterons donc de décrire ici les deux médailles d'ai^ent qui nous sont parvenues du règne de Vononès , comme roi des Parthes.
BACIAETC ONÛNHC — Tête de Vononès ceinte du diadème, à gauche.
Փ BACIAEÛCBACIAEÛN APCAKOY ETEPrETOY AIKAIOT E^IՓANOïC ՓIAEAAHNOC. — Victoire debout à gauche, et tenant une couronne
Tétradrachme d'argent. — PI. III, n* 7.
Cab. de France.
BACIAETC ONÛNHC. — Tête de Vononès ceinte du diadème, à gauche.
^ BACIAETC ONÛNHC NEIKHCAC APTABANON. — Victoire drapée, tournée à droite et tenant une couronne et une palme. Dans le champ, Â en monogramme.
(\) Journal des Savants, 1834-36, 1" suppl., pi. U, 20, p. 27, et 2»^ suppl., pi. n« 10, p. 28 et suiv.
Drachme d'argent. — PI. III, n* 8.
Cab. de France.
La drachme que nous venons de décrire est une de celles dont la légende a une véritable importance historique* Elle rappelle en effet un événement mémorable du règne de Yononès, c'est-à-dire le triomphe qu'il remporta sur Art£d)an, son compétiteur. La Victoire qui figure sur le revers de cette médaille est expliquée suffisamment par la légende : |3aori>euç Oyum<; vttxnaaç ApToSavov. On sait que ce succès ne profita pas à Yononès, car il fut contraint par Art£d)an de quitter ses Etats et d'échanger la couronne de Parthie contre celle d'Arménie, qu'il ne conserva que fort peu de temps.
ARTAXIAS.
(18-54 après J.-C.)
Orode, établi roi d'Arménie par Artaban, son père, depuis la fuite de Vononès, s'était retiré, à ce qu'il parait, et la couronne d'Arménie était devenue vacante (1). Germanicus la donna à Zenon, deuxième fils de Polémon I*% roi de Pont et de Pythodoris (2). Dès qu'il fut monté sur le trône, Zenon quitta son nom pour prendre celui d'Artaxias ou Artaxate. On peut croire qu'il vécut jusqu'à l'année 34 de notre ère.
La médaille qui rappelle le couronnement d'Artaxias par Germanicus appartient à la numismatique romaine. Le jeune roi pouvait avoir quinze ans, lorsqu'il fut appelé au trône d'Arménie, car il était né vers l'an 3 ou 4 deJ.-C.
GERMANICYS [CiESjAR T[IB AYG F.]. —Tête nue de Germanicus, à à droite. Grenetis.
(I) Josèphe, Anl. judaiq.. Ut. XVIIl, ch. 5. liv. II, ch. 56. — Suétone, Caligul. 1. — Tacite, Annal, (2) StraboD, Ut. Xlï, § 29.
g; GERMANIC[VS]. Germaaicus debout, tourné à gauche et
ARTAXIA[S]. s'appuyant sur la haste, couronne Ar-
taxias debout devant lui et vu de face.
Argent. — PI. III, n^ 9.
Revue numismatique, 1838, p. 338. Médaille inédite de Germanicus,
par M. le duc de Luynes.
Depuis le règne d'Axtaxias, l'Arménie fut de nouveau tourmentée par de grandes calamités : une foule de princes arsacides ou autres se succédèrent sur le trône. Cet antique royaume semblait n'être plus que le champ de bataille où les Parthes et les Romains venaient se disputer Tempire de l'Asie. Tous ces événements sont suffisamment connus par les narrations des écrivains grecs et romains (1). On peut lire dans Tacite (2) le récit des brillantes victoires de Corbulon, la puissance dePharasmane, roi d'Ibérie, l'établissement de son frère Mithridate sur le trône d'Arménie et sa fin malheureuse, les exploits et les revers de Rhadamiste, fils de Pharasmane (3), et enfin Tavénement de Tiridate ou Dertad, fils de Vologèse, roi des Parties, qui sembla mettre un terme aux malheurs de l'Arménie. On sait que Tiridate fut le premier roi du monde qui, à la prière de saint Grégoire l'Illuminateur, apôtre de l'Arménie, embrassa la religion chrétienne (4).
A partir de l'an 30 environ après l'ère chrétienne, la numismatique de la première branche des Arsacides d* Arménie cesse complètement; car nous ne trouvons aucune monnaie des princes qui précédèrent ou suivi-
Ci) Josëphe^ AnL judaîq. — Tacite^ Ann. (3) Ann,, liv. XH, 43; XIII^ 0^ 37.
— Florus. — VcUeius Paterculus. — Suétone. (4) Agathange, Hist. du règne de Tiridate
— Dion Cass. — Orose^ passim, et de la prédication de eaini Grégoire. (2)^nn., liv.VI, ch. 1M5.
rent Tiridate. Cependant nous lisons dans les historiens orientaux que les rois d'Arménie n'avaient point tout à fait renoncé au droit de battre monnaie, puisque nous trouvons dans l'histoire de Géorgie (1) que sous les règnes d'Azorc et d'Asmaêl, rois de la troisième dynastie arsacide, qui régnèrent de l'an 87 à 103 de J.-C, la Géoi^ie eut sans cesse à lutter contre les rois d'Arménie. Ardaschès III, fils de Sanadroug, appelé par les Grecs Exaradès ou Axiradès, ayant vaincu les Géorgiens, leur rendit les provinces qu'il leur avait enlevées, à la condition que les rois de ce pays battraient monnaie à son effigie. Quoi qu'il en soit de ce témoignage historique, les monnaies en question ne sont point parvenues jusqu'à nous. C'est dans la numismatique romaine que nous trouvons, à de rares intervalles, des pièces ayant trait à l'histoire de l'Arménie. Ainsi, à la suite des campagnes de Corbulon, Néron fit frapper à Rome des monnaies d'argent à son effigie, et qui portaient au revers ulfe victoire tenant une couronne et une palme, avec la légende ARMENIACYS.
Sous le règne d'Erouant II, vers l'an 60 après Jésus-Christ, les rois d'Arménie recouvrèrent une partie de l'ancien royaume, c'est-à-dire les régions au centre desquelles s'élevait la ville d'Armavir. Mais cette indépendance, qu'Erouant semble avoir conquise un instant, ne fut pas de longue durée. Les Arméniens conservaient, il est vrai, un fantôme d'indépendance , mais les empereurs romains leur donnaient des rois de leur choix; ainsi, Trajan qui les avait complètement soumis au joug de Rome, fit frapper des monnaies de bronze à son effigie, au revers desquelles on lit la légende ARMENIA ET MESOPOTAMIA IN POTESTATEM PR RE- DACTAE, avec la figure de l'empereur en habit militaire, tenant la haste et le parazonium, et ayant à ses pieds l'Euphrate, le Tigre et l'Arménie personnifiés. D'autres médailles, frappées en Orient, étaient destinées à rappeler aux populations asiatiques la soumission de l'Arménie par Trajan. En voici la description :
AÏT0a8J>ATwP KAIC TPAIANOC FEP AAKI. — Buste lauré de Trajan, à gauche.
(\) Brosset^ Hist, de Géorgie, p. 71.
ip ÂPMENIÂ. — Trajan^ debout, en habit militaire, ayaot sur la main droite une petite Victoire placée sur un globe, et detant lui TArménie assise au pied d'un trophée.
Cuivre, grand module. — PI. III, n** 10.
Cab. de France.
Mêmes légende et type.
jp APMENIA. — L'empereur debout, en habit militaire, couronné par la Victoire et ayant à ses pieds, d'un côté, l'Arménie assise, et de l'autre, des dépouilles.
Cuivre, grand mod. — PI. UI, n** il .
Cab. de France.
Mionnet, Méd. gr., t. IV, p. 457.
AïTOKPATwP ATF TPAIANCX:. — Buste lauré de Trajan,' à gauche, la poitrine cuirassée.
ip APMENIA. — L'Arménie éplorée assise à terre, devant un trophée, ayant à côté d'elle l'empereur, debout , vêtu du paludamentum , portant une Victoire sur la main droite et tenant une haste de la gauche.
Cuivre, grand module.
Sestini, Lettr. numism., cont., t. III, p. 58. — Mionnet, suppl., t. VII, p. 727.
L'Arménie, bien que soumise au joug de Rome, sembla recouvrer sous les règnes des successeurs de Trajan, une partie de son indépendance. Antonin et Marc-Aurèle lui donnèrent des rois, puisque nous trouvons, sur quelques médailles qui nous sont parvenues des règnes de ces princes, la preuve du fait que nous avançons. On connaît, en effet, des pièces de bronze, frappées à Rome sous Antonin et qui portent au revers la légende REX ARMENIIS DATVS, avec le type de l'empereur couronnant un roi
d'Arméaie. Nous savons aussi que^ vers l'année 1 61 y Lucius Yerus Installa sur le trône d'Arménie un prince arsacide du nom de Sobème^ après qu'il eut renversé Tigrane YI. Des médailles de bronze, au type de Yerus, qui nous sont parvenues ont, au revers, la légende REX ARMENIIS DATYS avec la figure de l'empereur assis sur une estrade, où se trouvent trois personnages debout, tandis qu'au pied de l'estrade, Sohème, dans l'attitude de l'attente, se tient devant l'empereur* Nous devons signaler encore ici les médailles de Marc-Aurèle et de Lucius Yerus où le titre d'Armeniacus fait partie de la légende, car on sait que ce titre avait été pris par ces deux empereurs à la suite des expéditions qu'ils firent en Arménie, et après la soumission de ce pays (1).
Enfin, nous mentionnerons aussi les médailles frappées à Constantinople, au nom d'Hannibalien, frère de Delmatius et neveu de Constantin le Grand, qui avait reçu de l'empereur, son oncle, le titre de roi de Pont, de Cappadoce et d'Arménie. Ces médailles, dont quelques exemplaires en or et en cuivre nous sont parvenus, ont pour type, outre la figure du prince, un fleuve couché appuyé sur un bâton, et ayant près de lui une urne renversée de laquelle s'échappent des eaux, avec la légende SECYRITAS PY- BLICA ou SECYRITAS REIPYBLICiE. Inutile de dire que ces monnaies font partie de la suite impériale romaine, car on sait qu'Hannibalien, bien qu'il ait porté le titre de roi d'Arménie, n'exerça jamais sa puissance sur les populations arméniennes et qu'il ne fut jamais considéré par celles-ci comme un roi national. Nous savons aussi que les historiens nationaux ne parlent point de lui , car depuis longtemps déjà , les Arméniens avaient perdu leur indépendance, et leur pays avait été annexé aux domaines de l'Empire, dont il formait l'une des frontières orientales.
(1) Hhtor. August., M. Capitol.^ Aurel. et L. Ver.
n. — DEUXIÈHE BRANCHE
ROIS DE l'oSRHOÊNE.
L'histoire du royaume d'Edesse et de la dynastie des Osrboénieos est peut-être un des problèmes les plus difficiles que l'antiquité ait légué à la science moderne le soin de résoudre. Quatre sources principales, qui ont chacune une yéritable importance historique, sont tellement en désaccord les unes avec les autres que, jusqu'à présent, les savants qui se sont occupés de cette question n'ont pu parvenir à trancher la difficulté, en cherchant à les concilier entre elles.
Les chroniques syriaques, et particulièrement la chronique anonyme d'Edesse, rédigée vers le sixième siècle de notre ère (1), ainsi que celle du patriarche jacobite Denys de Thelmar, écrite vers le milieu du huitième siècle (S), et qui ont été composées, selon toute vraisemblance, avec l'aide de chroniques plus anciennes et aujourd'hui perdues , donnent une liste assez considérable de princes osrhoéniens qui se seraient succédé, sans interruption, sur le trône d'Edesse, pendant plus de trois siècles.
La première de ces chroniques est moins explicite que celle de Denys ; l'auteur a employé, pour fixer la date des événements qu'il raconte, l'ère des Séleucides, dont le point initial est le 1" octobre de la 312* année avant J.-C, tandis que Denys s'est servi de l'ère d'Abraham, qui date du 1*' octobre 2016 avant l'ère chrétienne. Rien n'est plus facile que de ramener ces deux dates aux années antérieures à notre ère; toutefois, nous remarquons, dans la chronique de Denys, des erreurs chronologiques qui causent un véritable embarras. Le savant Bayer (3) a reconnu plusieurs des erreurs commises par le patriarche jacobite, et il a dressé une table des années de la période Julienne, de celles avant et après Jésus-Christ, des Olympiades et de l'ère des Séleucides, comparées avec celles d'Abraham, dont Denys s'est servi dans sa chronique.
Les sources grecques et latines relatives au royaume d'Edesse ne sont
{{) Assémani, Bibl, orient., t. 1, p. 338. (3) Hisloria Osrhoëna, liv. I, p. 42-43.
(2) Id., 1. 1, p. 417 et suiv.
pas très-considérables ; les détails que nous trouvons dans les classiques sont épars dans leurs récits, et il est bien difficile de les relier entre eux ; c'est une chatne rompue en beaucoup d'endroits et dont les anneaux sont perdus pour la plupart. Le peu de-renseignements que nous fournissent les Grecs et les Latins, sont loin aussi de cadrer avec les détails contenus dans les chroniques syriennnes, et l'on est tenté de croire, en comparant entre elles ces deux sources , qu'il y a eu, de la part des Grecs et des Latins, confusion de personnes et de faits.
Une autre source, qui a une véritable importance historique, est celle qui nous est fournie par les auteurs arméniens. En effet, ceux-ci rev^idiquent, à juste titre, le royaume d'Edesse en faveur de leur histoire^ parce qu'il fut quelque temps gouverné par des princes d'une branche de la dynastie des Arsacides. La version des auteurs arméniens offre bien, à de rares intervalles, des points de contact assez frappants avec les récits des Grecs et des Latins, ce qui serait, pour nous, la preuve évidente des emprunts que la littérature historique arménienne aurait faits aux sources grecques et latines, dans les premiers siècles de notre ère. Toutefois, les données qui nous sont fournies par les Arméniens diffèrent aussi beaucoup des renseignements contenus dans les classiques , mais, ce qui étonnera davantage encore, c'est de voir le peu d'harmonie qui règne entre les historiens arméniens et les chroniqueurs syriens . Ainsi, par exemple, les Arméniens qui ont dû recourir aux mêmes sources que les Syriens, pour écrire l'histoire d'Edesse , n'ont point attaché la même importance aux événements qui se sont accomplis dans l'Osrhoène, avant la venue de l'Abgar, contemporain du Christ. Les Arméniens passent sous silence toute la période de temps qui s'écoula entre la venue d'Osrhoès à Edesse et l'avénement d'Abgar, tandis qu'au contraire les Syriens mentionnent chacun des règnes des princes qui succédèrent au fondateur de la dynastie osrhoénienne. Il est donc probable, comme nous le verrons plus loin, qu'avant l'Abgar, que la tradition nous dit avoir correspondu par lettre avec le Christ (1), les rois d'Arménie exerçaient sur les dynastes osrhoéniens une
(i) Moyse de Khorèn, liv. 11^ cb. 31 -32.
sorte de suprématie, et qu'ils possédaient la ville d'Edesse, où plus tard Abgar transporta sa résidence, après avoir quitté Medzpin, et s'implanta en quelque sorte sur une dynastie étrangère, qui avait cessé de régner, par le fait même de l'installation du roi arménien dans la nouvelle capitale qu'il s'était choisie.
La quatrième source de l'histoire d'Edesse, celle qui nous offre le plus de garantie , est la numismatique de l'Osrhoène. Les médailles frappées par les rois de cette contrée sont des témoins d'une irrécusable authenticité , et leur témoignage confirme ou détruit les récits des Syriens, des Grecs, des Latins et des Arméniens. Ces médailles offrent une particularité dont la numismatique fournit du reste de nombreux exemples, c'est qu'elles portent deux effigies, celle du roi osrhoénien d'une part, et, de l'autre, celle de l'empereur romain, son contemporain. De cette manière, l'attribution n'est pas douteuse, et la date de la fabrication des pièces se trouve fixée d'une manière évidente.
Nous n'examinerons pas ici, dans ses détails, l'histoire d'Edesse, notre but étant seulement de faire connaître les monuments monétaires frappés pendant la durée de la deuxième branche de la dynastie arsacide. Disons cependant quelles premiers dynasles osrhoéniens, prédécesseurs de l' Abgar, contemporain du Christ, étaient placés dans une sorte de dépendance et de vassalité vis-à-vis des rois d'Arménie, car , nous ne connaissons aucune médaille de ces princes, et l'on peut dès lors supposer qu'ils ne jouissaient pas de tous les droits régaliens. Quand Abgar se fut installé à Edesse, après avoir quitté Medzpin, il y transporta sa cour (1), et Edesse, devenue dès lors la capitale de l'Arménie méridionale, acquit un nouveau lustre. Les rois osrhoéniensjouissaient d'une indépendance parfaite, quoique placés entre l'empire desParthes et celai des Romains. Pendant quelque temps, les successeurs d'Abgar, grâce à une politique habile, surent se maintenir indépendants entre les deux grands peuples , mais bientôt leur puisssance fut menacée, et, bien qu'ils aient conservé, en apparence,
{{) Vartan, HisL timr., ms. de lacad. de Khorên, Uv. II, cb. 27. imp. de Saint-Pétersb., mus. asiat. — Moyse
էօս8 les dehors de la puissance souveraine et un semblant de pouvoir absolu^ ils n'en étaient pas moins de fait les vassaux de Rome. L'efBgie des empereurs romains leurs contemporains, sur les* médailles qu'ils faisaient frapper à Edesse, en est la meilleure preuve ; cepehetânty. quelques historiens (1 ) et les médailles tendent bien à nous montrer q^.^es princes osrhoéniens avaient le titre de rois ; riaais d'autres auteurs (2) n(>U/ai apprennent qu'ils n'étaient, à proprement parler, que des phyhrques. Sufdàs, par
exemple, le dit positivement : « O duvionoç ÇufxêfltX^i Tpaiovô Trepi AxSâpov*,' 6;
ftv Çhponvriç x^P** Swdarriç, ouoirep çuXâp;(a5 ovo^xâÇovaiv èxeîvoi, ôztxoù zà yopiot à!u*i': ,
Twv ffijhii dvo/xâÇcvrai. » Les autres historiens ne sont pas d'accord sur les*- ; titres qu'ils donnent aux souverains d'Edesse; Eusèbe les appelle topar՛ quesj ainsi que Cédrenus et Constantin Porphyrogénète; Epiphane leur donne le nom de dynastesj et Dion (3) ne leur accorde que le titre d'archontes.
On trouve, dans les écrivains syriaques (4), un titre qui pourrait bien avoir été donné aux princes osrhoéniens , c'est le mot JLd), aboïo; mais on ne saurait dire au juste s'il s'applique, plutôt aux rois d'Edesse, qu'aux patriciens de la ville.
En présence des sources si contradictoires de l'histoire d'Edesse, à l'époque de la dynastie osrhoénienne, l'historien dont la mission est de faire revivre les annales du passé dant toute leur vérité, éprouve un véritable embarras. D'une part, les chroniques nationales, qui devraient lui inspirer le plus de confiance, se trouvent non-seulement en désaccord avec les données que fournissent les Grecs et les Latins, mais encore elles sont loin de concorder avec les monuments numismatiques. Nous n'avons pas assurément la prétention de trancher la difficulté , mais nous ferons remarquer qu'en présence des sources si différentes et des faits si controversés de l'histoire d'Edesse, nous avons dû, tout en faisant usage des renseignements qui nous étaient fournis par les Syriens, les Grecs, les Latins, les Arméniens et les médailles, nous en rapporter de préférence aux écrivains na-
(i) Eusèbe, HUL eecl.y liv. l, ch. 13. — de /a Vie de Trajan. Zonare, 1. 1, p. 613. (3) Excerpia.
(2) Appien, poisim. — L'anonyme, auteur (4) Trad. de l'apologie de Mélilon.
tionaux qui méritent le plus de confiance, et aux monuments numismati* ques qui existent en a^sez grand nombre dans les collections.
Nous aHons dresser /id^après la chronique de Denys, la succession des rois osrboéniens^ èntindiquant les dates de chaque règne. On verra toutd'a^ bord que quatôtt|&6՛ princes d'origine sémitique, se succédèrent sans interruption juf^^t'àla venue de TAbgar, contemporain du Christ, qui, s'étant installé^' ^desse, continua, pour ainsi dire, la dynastie osrhoénienne, bien qu'il ftlt Arménien et d'origine arsacide. A partir du règne de cet Abgar, j>isqu'à la réduction définitive du royaume d'Edesse en province romaine "après Gordien III, la dynastie osrhoénienne fut continuée par quinze souverains dont les uns, et principalement les premiers; étaient assurément Arméniens, tandis que d'autres semblent appartenir à une autre nationalité ; les noms de Parnataspat et de Val, fils de Sahar, semblent appuyer cette opinion. Ne pourrait-on pas supposer, dès lors, que le trône, ou plutôt le gouvernement de TOsrhoène, avait, à partir des premiers successeurs de TAbgar, contemporain du Christ, cessé d'être héréditaire, et que les empereurs s'étaient réservé le droit de nommer, à leur choix , les souverains ou toparques d'Edesse? Nous n'avons à cet égard, il est vrai, aucune donnée précise, et ce n'est que par induction, que nous soumettons notre opinion à l'appréciation des savants.
La succession des dynastes osrhoéniens est ainsi fixée par Denys de Thelmar dans sa chronique :
\ . 0.sT/M)ès, 1 37 — 1 32 av. J.-C.