Partie des remparts entre la Spittlertor et la Walchtor
feu. l'ancienne muraille au dedans de laquelle la ville était bâtie devenait insuffisante. Kn outre, la ville s'était agrandie. 11 fut donc nécessaire de ne point se contenter de cette ligne de fortifications et d'en établir une nouvelle à une assez grande distance. Ainsi furent élevées les célèbres fortifications de Nuremberg, les plus belles d'Allemagne. •Elles sont relativement bien conservées. Leurs nombreuses tours aux formes diverses, leurs portes, leurs meurtrières, leurs bastions, leurs casemates et leurs fossés offrent aux historiens et aux spécialistes d'art militaire de précieux renseignements. En même temps, le peintre
ARCHITKCTI'RE KT SC U LPT U R IC AU XIV' SIÈCLE
V trouvera de riches motifs, et le vo3'ageur qui a le sentiment de l'art en gardera d'inoublialiles souvenirs, g-râce à la façon dont la nature a su s'épanouir parmi ces murailles, les couronnant d'arbres et de buis-
Une partie des remparts avec le chemin de ronde et l'escalier de sortie.
sons, jetant dans les fentes et les crevassés une luxuriante verdure. Cet aspect pittoresque se retrouve plus particulièrement dans les escaliers de dégagement, adossés à la paroi intérieure et construits plus tard, et dans les ponts hardis à une seule arche^ que les remparts forment pour traverser la Pegnitz.
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Comme la Burg. avec laquelle, d'ailleurs, ils constituent un tout artistique, les remparts sont l'œuvre de plusieurs siècles. La muraille, commencée avant le milieu du x\"' siècle, fut complètement achevée en 1452, avec ses nombreuses tours et son fossé; mais, à la place des quatre puissantes tours rondes, qui ne datent que du xvr' siècle, quatre hautes tours carrées gardaient les quatre portes principales (Frauentor, Spittlertor, Xeutor et Laufertor, auxquelles, par-dessus les fossés, des ponts-levis donnent accès. Près des trois premières de ces portes, il y avait un autre genre de défense : nous voulons parler des vastes places d'armes que l'on voit encore, entourées d'un mur, et c{u'il fallait traverser obliquement pour arriver à la porte proprement dite. De même que les tours rondes, les bastions, tantôt ronds, tantôt à angles, et leurs casemates, sont du XVI* siècle. Les murs des escarpes et des contre-escarpes du fossé portent également le cachet de ce même siècle; parfois même la date est nettement indiquée. Les remparts entourent la ville d'une double ceinture. En effet, à une distance de quarante à cinquante pieds du bord du fossé, dont la largeur est d'environ cent pieds, le mur proprement dit s'élève à une hauteur moyenne de vingt-quatre pieds. Consolidé, sur la face intérieure, par de forts piliers reliés entre eux par des arcs cintrés, il porte sur son couronnement en saillie un chemin de ronde couvert, protégé en avant par une galerie percée de larges brèches et d'étroites meurtrières. Ces chemins de ronde relient entre elles les tours carrées, distantes l'une de l'autre de 120 a 150 pieds.
Les habitants de Nuremberg n'avaient point des goûts belliqueux ; ils préféraient les arts et les travaux pacifiques et ils 3^ excellaient. Ce n'est donc point par bravade, mais par mesure de sécurité et pour maintenir la paix, qu'ils donnaient à leur cité un cachet si guerrier. A l'intérieur, nous l'avons vu, la ville ne ressemblait à rien moins qu'à une forteresse; elle donnait plutôt à penser que ses habitants se rappelaient la maxime d'Aristote : « Il faut qu'une ville soit bâtie de telle sorte que ses citoyens y trouvent à la fois sécurité et l)onheur. » Guerrière et fortifiée à l'extérieur, la ville de Nuremberg était en même temps remarquable par ses magnifiques édifices. Nous avons vu que non seulement les églises, mais encore les constructions profanes élevées au cours du xiv" siècle, attestent l'entente de l'art et prouvent qu'on sut, bien souvent, combiner harmonieusement l'architecture et la sculpture. Il convient, maintenant, d'étudier plus en détail ces créations plastiques qui furent comme le prélude des œuvres auxquelles Nuremberg doit l'importance qui lui revient dans l'histoire de la sculpture en Allemagne. A côté des ornements de ce
La <• Belle P^ontaine » (138^-1396).
genre que 1 on trouve dans les éi>-lises, il faut mettre en i)remière ligne les fioures de la Ik^Ue Fontaine.
Cette fontaine porte hitMi son nom. V.n effet, a\'ec ses ornements sculptés, rehaussés comnu' autrefois tle couU'urs et d'or, elle est bien la vivante expression dune beauté — nous allions d'wc d'une allég-resse — de formes, résultat d'une surabondance de force. J)u centre d'un bassin octo- Q-onal en jiierre s'élance, reposant sur une base également octogonale, une pyramide délicatement ajourée. Vu riclic système de gracieux contreforts se jtrolongeant en minces clochcioiis et d'arcs l)outanls finement découpés constitue l'échafaudage arcliilectonique de la tour, qui s'élève, s'amincissant toujours, jusqu'à une hauteur de i(S"'5o. J )e riches découi^ures à jour forment l'ornementation des galeries qui entourent chaque étage, des hautes ouvertures en ogi\e et du clocheton délicat, garni de fleurons, qui termine l'édifice. Knsuite ce sont, aux deux étages inférieurs, des statues qui, sous de riches baldaquins, reposent sur des consoles : en bas, les sept l'-lecteurs, trois héros ])aïens (César, Alexandre et Hector), trois héros juifs Josué, David, Judas Macchabée) et trois héros chrétiens (Clovis, Charlemagne et (iodefroy de Bouillon) ; en haut, Moïse et sept Prophètes. Une troisième rangée de statues orne les angles du bassin polygonal ; elles représentent les quatre Évangélistes et des Pères de l'Eglise avec un disciple assis devant eux. Ce gracieux monument n'a pu résister au temps. Complètement renouvelé dès le commencement du xix" siècle, il se dégrada à un tel point qu'il fallut se décider, il y a quelques années^ à le reconstruire entièrement en pierre plus dure. On lui rendit alors son ornementation peinte et un grillage sur le modèle de celui qui l'entourait en 1587. Les restes du monument ancien ont été transportés au Musée germanique. Ce chef-d'œuvre de pierre se rattachs à l'époque des grands travaux des églises Notre-Dame, .Saint-Laurent et Saint Sébald : on y travailla de 1385 à 1396.
Les créations de la sculpture nurembergeoise du xiv^ siècle sont des manifestations extrêmement remarquables d'un art qui tend à s'affranchir et à marcher dans ses propres voies. On reconnaît clairement avec quel plaisir et quelle joie les maîtres cultivaient leur art; on saisit, se dégageant de la contrainte des formes traditionnelles, un renouveau de l'art; surtout, la vivante expression des tètes et la manière dont sont traités les vêtements prouvent combien les artistes s'efforcent de se rapprocher de la nature. On le sent également à voir la facture pleine de variété et de fraîcheur de ces œuvres scupltées. Même dans l'exécution si achevée des têtes des personnages de la Belle Fontaine — pour en bien juger il faut se
reporter aux originaux du Musée germanique — et aussi des figures en terre cuite des Apôtres du maître-autel de l'église Saint- Jacques, l'artiste a su conserver cette fraîcheur d'observation. Là, aucune virtuosité
Portail Je l'église Saint-Laurent (xiV' siècle).
technique, mais un sentiment affiné de ce qui est essentiel dans la représentation plastique. Et ce que nous disons des figures isolées, il faut le dire des compositions d'ensemble, où toutes les parties sont ordonnées en vue d'un même effet décoratif. A ce point de vue, nous signalerons l'ornementation sculptée du portail de l'église Saint-Laurent, Par les sujets
traites et par la disposition adoptée, ce portail rappelle ceux des cathédrales françaises. Avant même qu'on l'ait examiné dans ses détails, il charme par sa belle ordonnance rythmique. Flanquée de quatre statues (saint Etienne, saint Laurent, saint Sébald, saint Léonard) debout sous des baldaquins, la haute ogive du portail s'élève, creusée en une double voussure. Sur le pilier qui partage en deux la large porte rectangulaire, on voit la Vierge debout, à laquelle correspondent, dans l'intrados. Adam et Kve, et deux Prophètes annonçant la venue de la Vierge. Dans les voussures sont assises des statues de Prophètes et d'Apôtres. Le tympan, qui prend les trois cinquièmes de la hauteur du portail, est partagé en trois registres. Celui du bas, en deux tympans ogivaux, représente des scènes de l'enfance du Christ; celui du milieu, des scènes de la Passion avec l'image du Christ en croix s'élevant jusque dans le registre supérieur, où l'on voit le Jugement dernier. Entouré d'anges qui sonnent de la trompette, les pieds reposant sur le soleil et sur la lune, le Seigneur est sur son trône, tandis que Marie et saint Jean intercèdent à genoux à ses côtés; au-dessous, les morts sortent de leurs tombeaux et les élus sont séparés des damnés. Une ligne de baldaquins, qui fait très à propos diversion à tant de statues, sépare le registre supérieur du registre du milieu. De même, le clocheton qui s'élève sur le baldaquin de la statue de la Vierge, sépare agréablement les deux tA'mpans ogivaux dont les écoinçons sont remplis par des figures de Prophètes.
Le porche de l'église Notre-Dame est également d'un très riche effet par le nombre de ses figures et par l'abondance de ses décorations architectoniques. De même que l'extérieur, l'intérieur du porche a été récemment doré et décoré d'ornements polychromes. Sur un large trumeau, au milieu du vaste tympan en ogive de la façade, la Vierge avec l'Enfant Jésus est assise sur un trône, ayant à ses côtés deux angles qui portent des hrs. Au-dessus du baldaquin, le trumeau bifurque pour former l'ogive des deux portes. L'espace intermédiaire est ajouré par une rosace finement travaillée. Comme au portail de Saint-Laurent, on voit ici, dans les entrecolonnements des piédroits, deux statues de Prophètes et Adam et Eve ; des personnages assis, représentant les Patriarches, remplissent les archivoltes. Ici encore, nous retrouvons, dans les écoinçons au-dessus de l'ogive, des Patriarches avec des banderoles portant des sentences ; il y en a deux sur la façade, de même que sur les deux portails latéraux. L'on voit en outre, aux deux angles, les quatre .Sibylles, des groupes d'anges musiciens, les statues de l'empereur Henri II et de sa femme Cunégonde, celles de saint Sébald et de saint Laurent, patrons de la ville ; en haut.
Moïse, et Salomon assis sur un tronc. Des saints et des saintes entourent le portail nord et le portail sud du porche, dont l'ornementation intérieure répond parfaitement à celle de l'extérieur. Sans parler des personnages
Portail de l'église Notre-Dame XV- siècle).
assis ou debout — saints, prophètes, sibylles — nous vo3-ons dans les cannelures les Vierges sages et les Vierges folles, des représentations allégoriques des différentes Vertus, tandis que les nervures sont ornées d'anges portant des instruments de musique ou balançant des encensoirs. Le tout est un hymne à la gloire de .Marie, dont le Couronnement est
représenté dans la clef de voùle. Le t\-mpan au-dessus de l'entrée de l'église représente, distribuées en deux registres, la Naissance du Christ, l'Adoration des Plages, la Présentation au Temple. En dehors de ces œuvres, les statues de la Vierge (restaurées) qui sont aux angles de la façade, les groupes de l'Annonciation aux portes latérales, et les statues du chœur représentant des personnages debout, sont des créations remarquables d'un art qui vise à la vérité. Récemment on a découvert que probablement les sculptures de ce porche datent, comme celui-ci, seulement du commencement du xv" siècle.
Ce même trait caractérise la décoration artistique de l'église vSaint- Sébald. Là. elle n'est point, comme pour Saint-Laurent et pour Notre- Dame, concentrée de manière à produire sur un point donné un grand eftet décoratif; elle est répandue sur l'édifice tout entier. Elle ne se limite point aux portails; elle se retrouve jusque sur les piliers de la nef et du chœur; ici, ce sont de grandes figures isolées, telle une image allégorique du blonde sous la forme d'une jeune femme, image dont le revers montre un cadavre rongé par des serpents et des crapauds; là, ce sont de nombreuses statues de saints placées sous des baldaquins, et, à la muraille, une série de dix bas-reliefs représentant des épisodes de la Passion. Il faut remarquer également les figures des consoles, entre autres un bouquetin s'élançant, un moine qui prêche, et un couple défiances dans le costume du temps. Signalons aussi, dans le haut, les fantastiques gargouilles. Parmi les portails, il faut, au point de vue du décor architectonique, mentionner au premier rang la « jDorte de la Mariée ». Outre les statues si caractéristiques des Vierges sages et des Vierges folles dont nous avons déjà parlé, on y voit Adam et Eve, puis, dans le haut, le Christ assis sur un trône avec le Livre de vie, et, aux deux côtés, les grandes statues de la Madone et de saint wSébald. Mais c'est, sans contredit, le portail nord et le portail sud de la partie occidentale qui possèdent les principaux morceaux de sculpture ; ceux-ci portent encore des traces importantes de polychromie et de dorure. En première ligne vient le tympan du côté nord, avec des représentations de la Mort de la Vierge, de son Ensevelissement et de son Couronnement. La souplesse des plis des vêtements et l'expression pleine de sentiment des têtes sont admirables et font involontairement songer aux œuvres d'Adam Krafft, postérieures d'un siècle. Le bas-relief du t3'^mpan sud, représentant, avec de curieux détails, le Jugement dernier, est plein de vie et d'émotion dramatique. Devant les archivoltes sont placées isolément les statues de sainte Hélène et de sainte Raingarde et d'Abraham recevant les élus dans son sein. Aux deux côtés
u tympan sont deux statues, l'une de saint Pierre et l'autre de sainte Catherine, cette dernière particulièrement remarquable sous le rapport de l'attitude et de l'expression. Il faut également noter les chapiteaux avec leurs animaux fantastiques et leurs feuillages pleins de souplesse. Quant aux statues de saints que l'on voit à l'intérieur de l'église, celles de la partie occidentale appartiennent au xiv" siècle, tandis que celles
Tombeau de Conrad Gross (milieu du xiv<= siècle) à l'église du Saint-Esprit.
qui, dans le chœur oriental, se trouvent sous de beaux baldaquins, sont pour la plupart des œuvres du xv" siècle. La sculpture du xiv"' siècle est ici représentée par les ornementations du tabernacle dont nous avons déjà parlé; la statuette de saint Pierre, à gauche de la porte, a une belle allure qui rappelle les statues d'Apôtres de Vischer.
Au xiv" siècle encore appartiennent les statues du chœur de Saint- Jacques et la nef principale de Saint-Laurent. L'église de l'hôpital du Saint-Esprit a, dans son chœur, une œuvre de cette même époque : c'est le tombeau du fondateur, Conrad Gross, mort en 1356. Au-dessus de la pierre tumulaire posée sur le sol et présentant l'image en relief du détunt.
s'élève, supportée par quatre personnages masculins et féminins, une dalle de marbre rouge entourée d'une inscription en métal. C'est un spécimen remarquable d'un tombeau du gothique iM-iniitif.
L'examen de la tourelle dont nous avons parlé plus haut et l'étude de la Belle Fontaine nous ont montre'' que la sculpture ne se bornait point à la décoration des églises. Les maisons particulières, si simplement bâties qu'elles fussent, ne devaient pas manquer de ce genre d'ornements. On pensait peut-être écarter tout malheur en plaçant, à un angle de la maison, la statue de la iMadone ou de l'ange gardien, ou du moins, dans la muraille, quelque image en relief. Si la plupart de ces emblèmes domestiques appartiennent au xV siècle, quelques œuvres excellentes, par exemple la Mjilonc richement décorée et d'un si beau mouvement sur le ."Nlarché au A'in Weinmarkt. n" 14 . et la M ado lie de l'.Vdlertrasse, n** 28, prouvent ([ue cette pieuse coutume existait déjà au xi\"' siècle.
De même que les peintures murales de la salle de l'hôtel de ville, celles de la Belle Fontaine et les restes pohchromes que l'on retrouve à l'intérieur et à l'extérieur de Saint-Sébald attestent qu'au mouvement et à la vie dans les formes se joignait un goût très vif de la couleur. Sans doute, ce n'était jDas encore l'époque de la peinture sur panneaux : c'est seulement au commencement du xv'' siècle que ce genre atteignit son développement. Au xiV siècle, il n'en est encore qu'à ses essais.
A Saint-Sébald quelques verrières et à Saint-Laurent un tapis représentant des Prophètes avec des banderoles nous donnent une bonne idée de ce que pouvaient être à cette époque le dessin et la peinture.
La Douane (fin du xv*^ siècle).