‹ NurembergChapitre 11 sur 33 · ARCHITECTURE ET SCULPTURE AU XV^ SIÈCLE ET AU COMMENCEMENT DU XVI · texte numérisé non relu

ARCHITECTURE ET SCULPTURE AU XV^ SIÈCLE ET AU COMMENCEMENT DU XVI

Ce n'est pas seulement par son activité commerciale, industrielle et artistique c'est également par sa beauté et sa magnificence que Nuremberg commença, dans le cours du xv" siècle, à attirer l'attention de tous les peuples. Elle fut un marché important pour le commerce et l'industrie ; mais elle devint aussi le centre de tout le mouvement scientifique, artistique et religieux qui, à partir du milieu du xv" siècle, transforma complètement la civilisation allemande. Nulle part on n'aurait pu trouver un terrain mieux préparé ; nulle part la transition de la civilisation du Moyen Age à la Renaissance ne paraît plus naturelle, plus normeile qu'à

Nuremberg, dont toute la civilisation, dès l'origine, reposait sur la conscience de sa force et s'inspirait d'un idéalisme dont les racines plongeaient dans la réalité — double sentiment qui a trouvé à l'époque de la Renaissance son expression énergique.

Le XV'" siècle eut la mission de poursuivre et d'achever ce que le XIV" siècle avait si bien commencé. Ce dernier axait donné à Nuremberg le cachet d'une grande ville ; les grandes lignes étaient tracées. De nombreux édifices, tant religieux que profanes, s'étaient élevés, mettant à contribution toutes les ressources des arts ; les simples particuliers avaient rivalisé avec la commune pour donner aux maisons une véritable magnificence, que ces maisons fussent des demeures privées ou des monuments d'utilité publique. Le caractère artistique était ainsi nettement marqué ; mais il fallait compléter et il }• avait beaucoup à faire pour qu'une ville, si grandiosement établie et si magnifiquement terminée en certains quartiers, fût définitivement achevée.

L^ne inscription à l'intérieur du chœur de Saint-Laurent nous apprend qu'il fut terminé en 1477. Comme pour Saint-Sébald, dont le chœur fut achevé près d'un siècle plus tôt, celui de Saint-Laurent est formé d'une haute enceinte à trois nefs avec une galerie ; dix piliers portent la voûte ; mais, tandis qu'à Saint-Sébald les contreforts font saillie sur le mur et que dans l'intervalle sont des fenêtres étroites et élancées, à Saint-Laurent la partie inférieure des contreforts empiète sur l'intérieur de l'église, formant ainsi une couronne de sept chapelles avec des fenêtres relativement larges, et le mur supérieur fait retrait de façon à dégager les contreforts ornés de niches et de clochetons. Ce même mur, en avant duquel, à l'intérieur de l'église, une galerie s'étend en faisant le tour du chœur, est percé de fenêtres en ogive. L'extérieur est beaucoup plus simple que celui de Saint-Sébald, mais l'effet produit est plus puissant; il s'harmonise parfaitement avec l'intérieur, dont les proportions sont vastes et qui, avec le savant réseau de ses nervures s'élançant des piliers sans chapiteaux, unit si bien le grandiose au charme du pittoresque. Plus est grande, dans le principal corps de bâtiment, la différence de hauteur entre la nef du milieu et les nefs latérales, plus est saisissant l'effet produit dans le chœur où. tout d'un coup, les nefs latérales s'élèvent à la hauteur de la nef du milieu. Quant à l'effet pittoresque, il provient surtout du ton rouge chaud de la pierre et de l'éclat des verrières, qui datent pour la plupart du dernier tiers du xv" siècle et qui sont bien conservées. La sacristie, avec ses belles voûtes et ses deux étages, est aussi un magnifique morceau décoratif; son portail richement orné et la cage de son escalier tour-

nant, qui date de l'an 15 19, avancent fortement sur le côté sud du chœur.

Au xv" siècle, il n'est plus question, à Nuremberg, de construire des

églises comme aux siècles précédents. Il n'était plus besoin d'en élever

Chevet de l'église Saint-Laurent (xv" siècle).

de nouvelles : il s'agissait d'agrandir et d'embellir celles qui existaient déjà. Toutefois, nous rencontrerons une création nouvelle dans la chapelle du Saint-Sépulcre que Georges Ketzel avait fait ériger en 1459 sur le cimetière de l'hôpital, d'après les dimensions rapportées par lui de Jéru-

salem, six ans auparavant, lorsqu'il y avait été en pèlerinage avec le margrave Frédéric III de Brandebourg, l'ius importante était la chapelle, maintenant détruite, construite en 1483 par Hans lieer dans l'Ebracher Hof dont la voûte à nervures rayonnantes n"a été dépassée, sous le rapport artistique, que parla magnifique voûte du même genre clans l'église des Augustins, construite par le même maître et reposant sur quatre colonnes rondes. Cette église, élevée de 1479 à 1485, a mallicureusement été abattue en 1S16. .Vu gothique i)ostérieur a])partiennent aussi la chapelle ronde dun monument func'raire des Holzschuher (cimetière Saint-Jean\ remarquable par une 3//,s'<" <?'// /('////^r*/// d'Adam Krafft, et la chapelle à deux nefs construite en 1506, peut-être par llans Beheim. dans la maison fondée par un ami des arts, JMathieu Landauer et appelée liaison des Douze Frères : la voûte avec ses nervures librement pendantes est supportée par deux colonnes contournées en forme de vis. Là dernière église gothique construite à Nuremberg est la chapelle élevée en 1519-152 1 dans le cimetière Saint-Roch, par ordre de Conrad Imhoff. Hans Beheim, le ]:)lus grand architecte de la ville, fut chargé des travaux, mais c'est son fils Paul c[ui termina Tédifice. La chapelle est extrêmement simple : le maître a ^"isé surtout à donner l'impression d'un vaste espace libre. Les fenêtres, partie en plein cintre et partie en ogive, sont, comme celles des chapelles nommées plus haut, sans découpures. On sent que c'est la fin du gothique et que l'esprit nouveau, qui a déjà transformé la sculpture et la peinture, a pénétré l'architecture.

Au cours du xV siècle, l'architecture profane eut d'importantes missions à remplir. Jusqu'au milieu du siècle, tout en disposant de forces nombreuses et d'excellents moyens, elle s'attarda à la construction des remparts. En 1422, la ville reçut de l'empereur Sigismond la Burg impériale avec charge de la maintenir en état et d'y faire les réparations, nécessaires, « afin que Nous et Nos successeurs, quand Nous venons à Nuremberg, puissions y avoir une demeure paisible et plaisante. » Et lorsque, cinq ans plus tard, la ville fut seule maîtresse du château, on se mit à élargir le fossé qui entourait la Burg et l'on créa les remparts avec leurs fortifications. C'était surtout par crainte des Hussites.

Le pavage des rues, commencé en 13685 mais terminé seulement au XV'' siècle, et la substitution de ponts en pierre aux ponts en bois contribuèrent à modifier avantageusement l'aspect de la ville. L'architecte du premier pont de pierre construit en 1457 n'est autre que maître Jacob Grimm, qui termina le chœur de Saint-Laurent. Ce pont se trouvait sur la Pegnitz, à l'emplacement du pont actuel nommé Maxbrûcke ; il avait

AKCHITECTrKK ET Sd/LPirRI- A L' X XV' KT XVI- SIÈCLES 59

trois iirches. Le même maître édifia en 14S5, ))rè.s de l'hôpital, deux autres ponts, également remplacés aujourd'hui : le pont des Dettes et le pont du Foin, tandis cjue maître Hans Miillner, de Rothenburg, fut chargé

Côté sud du cliœur de l'église Saint-Laurent, avec la tourelle de la sacristie.

de construire (1484] le pont des Déchaussés (Barfiisserl^rùcke), remplacé en 1700 ])ar le pont actuel du .M.usée iMuseumsbrùcke). En 1487, le pont appelé pont de la Boucherie (Fleischbrùcke' fut aussi construit en pierre : il avait alors deux arches ; cent ans })lus tard, on ne lui en donna plus qu'une. Seul, le pont appelé alors le pont Long, aujourd'hui pont Charles, (Karlsbrûcke fut reconstruit en Ijois ; on l'orna d'une galerie recouverte,

6o NUREMBERG

semblable à celles des remparts. Sa forme actuelle date seulement de 1728.

Dans la seconde moitié du xv' siècle, il se fit d'importants travaux d'embellissement ou d'utilité publique. On commença par l'établissement de bienfaisance dit Almosenhaus, achevé en 1454, sur le cimetière deSaint- Sébald. L'édifice était richement orné ; malheureusement, il n'en reste plus rien. Il fut démoli en 1809 pour faire place à l'insignifiante construction du Poste. Seuls, quelques dessins nous en ont conservé le souvenir. Le principal ornement était le riche couronnement de la façade. Au milieu, se trouvait une grande rosace avec horloge, entourée et dominée par de hauts clochetons : de là, des deux ratés, partaient de longues crénelures décorées de figures, et surplombées, aux angles, par des clochetons. En 1520. H ans Beheim construisit l'édifice destiné au Conseil des experts qui avaient la charge d'examiner les travaux des orfèvres, c'està-dire de vérifier le métal employé et d'y mettre la marque du contrôle. Plus tard, cet édifice s'appela la « Schau » (le Contrôle). Le Conseil veillait soigneusement, par l'entremise de magistrats constitués par lui, à ce qu'on ne laissât sortir de la ville que des œuvres de bon aloi. La sévère organisation que le Conseil établit pour ce genre de productions contribua grandement à assurer aux œuvres des maîtres nurembergeois un renom bien mérité.

Parmi les édifices d'utilité publique construits dans le cours du xv" siècle, les halles au blé prennent une place importante et par leur nombre et par leurs vastes proportions. La possibilité d'avoir à soutenir un long siège derrière les puissants remparts de la ville voulait qu'en établissant de vastes magasins on pût pourvoir à la subsistance des assiégés. On prévoyait aussi les dangers créés par les disettes ou un renchérissement des blés. En 1400, on construisit sur les fossés, derrière Saint- Laurent, la halle aux blés communale, démolie au siècle dernier. Ensuite, dans le milieu du xv^ siècle, ce fut le tour des diverses halles élevées au sud, en suivant l'intérieur des remparts, partie sur les fossés, partie sur l'espace entre le mur de la ville ei le fossé. A partir de 1572, elles servirent d'arsenaux, et en 1588 elles reçurent sur leur façade orientale un portail flanqué de deux tours rondes. En 1481, ce fut, dans la Tetzelgasse, le bâtiment connu sous le nom de Peststadel; et, en 1490-1491, la Maison des Suifs, construite pour servir de halle aux blés, mais utilisée comme dépôt des suifs. Nous avons déjà parlé de la grande halle aux blés, construite en 1494- 1495, à l'ouest, entre la tour Pentagonale et le Luginsland. Elle reçut bientôt un pendant : le gigantesque édifice, long de 84 m. 60, large

ARCHITECTURE ET SCULPTURE AUX XV« ET XVI'^ SIÈCLES 6i

de 19 m. 70, ap])elé plus tard la Douane et qui, de 1498 à 1502, fut édifié dans le voisinage de la porte intérieure dite Frauenthor, alors démolie, sur les remparts transformés en une cave voûtée. Comme

Grande cour de l'Hôtel de ville : partie construite par Beheim le Vieux.

les écuries de l'empereur, cette halle possède une décoration héraldique de Krafft. Le tj^mpan du portail ogival de Test, dont l'intrados et les archivoltes sont ornés de moulures entrelacées, porte, entouré de banderoles flottantes, le triple écusson de Nuremberg et un chien couché, symbole de la vigilance. Les bas-reliefs du portail occidental sont modernes. Très caractéristiques sont les combles en pointe, dont les parois

sont fortifiées non point, comme d'ordinaire, par des pilastres, mais par lin réseau à larges mailles de rubans de pierres qui, aux points de contact, semblent s'unir en faisceaux. — motif qui rappelle le cloisonnage et les treillis de fer employés plus tanl. Kn 1572, dans ce bâtiment assez heureusement transformé aujourd'hui en entrepôt, on établit la Douane (Maut) et la Balance publi([ue. qui. ]iar opposition à la Balance existant déjà au xiv" siècle dans la AVinklerstrasse. fut appelée la Grande Balance. Alors la Petite Balance eut aussi son bâtiment — et un beau bâtiment — terminé en 1497 : pour (^n marquer la destination. Adam Kraffl l'orna de précieuses sculptures représentant d'une manière très caractéristique les fonctions du maître peseur. L'édifice est également remarquable au point de vue architectonique. Un riche réseau de moulures décore la porte latérale, en ogive; et au-dessus d'une grande ouverture en plein cintre, placée à angle oblique comme la porte principale, une arcade simulée anime de ses minces colonnes et de ses ogivettes le fronton latéral. Au premier étage, se trouvait une salle spacieuse et bien ornée, dite Chambre à boire des seigneurs (Ilerrentrinkstube), où ^lessieurs du Conseil se réunissaient pour boire joyeusement, et qui servait aussi pour certaines petites solennités. Au point de vue de l'histoire de la civilisation, cet édifice a son importance : c'est là, à l'étage supérieur, qu'en 1498 fut établie l'École des poètes et des philosophes, créée en 1496 sous l'impulsion de Conrad Celtis, pour favoriser le mouvement humaniste.

Tous ces monuments, élevés dans les dix dernières années du XV* siècle, sont des créations du maître génial Beheim le Vieux, qui mourut en 1538, après avoir été, pendant quarante-huit ans, l'architecte des travaux de la ville.

Sa manière, qui témoigne d'une grande habileté technique et d'un sentiment très juste de la beauté, se retrouve surtout dans les parties de l'Hôtel de ville qui sont de lui car on sait que, depuis le commencement du XVI* siècle, l'Hôtel de ville a été soit agrandi à l'extérieur, soit modifié à l'intérieur . Le portail ogival dans la Rathhausgasse, avec ses entrelacements de moulures, son triple écusson et les banderoles qui l'entourent et qui portent la date de 15 15, rappelle le portail de la Douane et montre que les années n'avaient point modifié la manière du maître. Il est resté fidèle au gothique et ne subit en rien cette influence de l'antique qu'à partir du commencement du xvi'' siècle on remarque dans l'art nurembergeois. Les moulures et les découpures, — ces dernières très variées et, en général, du stjde flambo3'ant — sont ses éléments de décoration. Il ne cède au goût du temps que pour remplacer parfois les formes géo-

AKCIIITKCTL'RK KL' SCL'LPTURK AUX XV' ET XVI" SIÈCLES 63

métri(iues par îles ornenienls en torme de rameaux naturels, par exemple dans une partie de la balustrade si richement découpée de la grande cour de l'Hôtel de ville, où de minces colonnes, isolées ou réunies, reposant sur des consoles, forment les souti(Mis ; par exemple, encore, dans les piliers de la tourelle de la petite cour du même Hôtel de ville, tourelle à deux fenêtres rectanoulaires. a\-ec découpures ap]')liquées. La partie qui, à côté

Balustrade de la cour de la maison Imliotl, Tucherstrasse, 20 (fin du xv° siècle).

de la grande salle du Conseil, fait saillie sur la Rathhausgasse, et où les balustrades des deux étages apparaissent derrière un léger treillis, est un morceau magnilic|ue.

Parmi les habitations privées, il en est qui portent manifestement l'empreinte de la manière de Beheim. vSignalons tout spécialement la cour dite « historique >» de la maison Imhoflf (Tucherstrasse, n" 20], dont la balustrade de pierre, très finement ajourée, présente des armoiries et des figures par Adam Krafft. On retrouve encore la manière de Beheim dans la cour d'une maison portant le n" 26 de la Bindergasse : là. des colonnes torses s'élancent, enserrées en partie dans les découpures à

arêtes vives. Mentionnons encore la cour, datant de 1498, de la maison n'' 24 de la Karolinenstrasse, où, dans la balustrade ajourée, se voit, entouré d'écussons. un bas-relief d'un très fin sentiment, œuvre d'Adam KrafFt : La Xiiissancc du Clirist, avec, plus loin, en dessous, la date formant une sorte de banderole. A ce même groupe de constructions appartiennent encore les arcades de pierre et le perron de la cour d'une maison au n" 5 de la Winklerstrasse, ornés d'armoiries et d'écussons sculptés, datant de 1496 (et non de 14^-6, comme on l'a inscrit bien à tort). Enfin, nous indiquerons la vaste cour de la maison n" 7. Theresienstrasse, construite vers 15 10: outre ses deux étages de légères arcades en partie engagées dans la muraille, elle possède une tourelle à escalier qui interrompt pittoresquement la suite de ces arcades.

Au XV'' siècle, comme au xiv% la bcàtisse en colombage tenait une place importante : ces maisons de pierre avec leurs belles cours et leurs magnifiques escaliers constituaient donc des exceptions. Ce n'est qu'au xvr siècle qu'on s'occupa sérieusement de construire en pierre et qu'on abandonna la bâtisse en bois. De ce genre nous n'avons qu'un petit nombre de spécimens, par exemple la Maison aux Vins dont nous avons déjà parlé (de 1446 à 1448) et, près de la Porte du Jardin zoologique (Tiergàrtnerthor; , la maison de Durer, que le maître acheta en 1 509, des héritiers du mathématicien et astronome Bernhard Walter, et qui. après diverses péripéties, fut acquise par la ville^ en 1826, pour 3'^ recueillir les souvenirs de son illustre citoyen. Depuis peu, une lucarne faîtière orne, comme jadis, la façade orientale. Un des plus charmants édifices de ce genre, l'auberge du Ciel de Verre, a malheureusement été démoli vers le milieu du siècle dernier ; on est d'autant plus heureux de retrouver en bon état de conservation, avec son faîtage qu'on lui a rendu depuis peu, la petite maison datant de 1489 au n° 20 de la Paniersplatz, et la maison similaire au n" II de la Waggasse, qui porte une rose d'or pour emblème et qui a gardé, malgré les nettoyages et les badigeons, son cachet pittoresque. 3lême remarque pour la maison n' 12, Fetzergasse, située sur la Pegnitz, en face de l'île Schùtt. Les maisons situées là sur le bord de l'eau, comme celles que l'on voit sur le bras méridional de la Pegnitz et plus loin, à l'ouest, sur les rives du fleuve, et qui sont caractérisées par une galerie de bois à deux étages, ont bien conservé l'aspect que la ville présentait avant que l'usage des constructions en pierre devînt général. Pour les édifices dont nous avons parlé plus haut à propos des arcades de pierre que présentent leurs cours, la façade sur la rue a été souvent dépouillée de son caractère moyenâgeux et gâtée par des

additions postérieures. On n"a, d'ordinaire, conservé que le grand portail en ogive, — tel celui qui, dans la maison n' 7 de la Theresienstrasse, possède un entrelacement de moulures remarquablement beau — , tandis

Cour de la maison n" 7, Theresienstrasse (commencement du xvi'' siècle).

que la tourelle de bois ou de pierre est le plus souvent une création du xvir ou du xviii' siècle. C'est ainsi que cette maison de la Theresienstrasse et la façade, d'ailleurs intacte, du n" 17 de la Winklerstrasse, datant de i486, présentent une tourelle de style « baroque ».

La maison privée nurembergeoise avait atteint sa perfection au

xv" siècle ; sa disposition est restée typique jx^ur les temps qui suivirent. Ses parties principales sont un avant-corps, un bâtiment sur le derrière, et une vaste cour entre les deux; mais les deux corps de logis sont reliés entre eux par une galerie ouverte à arcades, d'ordinaire à plusieurs étages. Parf(^is. il va. par derrière, une deuxième cour. Le rez-de-chaussée, avec ses

La maison de Durer.

vastes salles voûtées, était destiné au service des affaires: les appartements et les chambres de réunion étaient distribués aux étages supérieurs, cellesci, de préférence, au second étage. D'ordinaire, pour accéder aux étages, il y avait, outre l'escalier partant du vestibule, un ou plusieurs autres escaliers tournants dans des tourelles ouvertes, qui brisaient la continuité des arcades de la cour. Sauf une petite chambre à boiseries gothiques que l'on voit dans la maison Scheurl (Burgstrasse, n" loi, on ne trouve plus rien de l'époque gothique dans l'aménagement de l'intérieur. Le millésime 1482 qui se lit dans la cour renseigne sur sa date. Cette petite chambre, renommée pour la grâce et la beauté de ses proportions, a toujours joui

ARCH ITi:CTL'RK K T SCULPTURK AUX XV" ET XVI" SIKCLES 67

d'une célébrité particulière; au cours du temps, elle a été habitée par plusieurs personnages de renom ; l'empereur iMaximilien y a résidé à plusieurs rej^rises.

Nous l'avons dit : dès le xir" siècle, la coutume s'établit de placer aux anoles des maisons une statue do la Madone ou d'un saint proteicteur. La plupart de ces statues, cependant, appartiennent au xv® siècle, et il

Groupe de maisons sur la Pegnitz en face de l'île Schùtt.

en est, dans le nombre, qui sont des œuvres de tout premier ordre. C'est du commencement du XV*' siècle que date la Madone qu'on voit à la maison n" 13 de la Kaiserstrasse ; une autre, gâtée par un grossier peinturlurage [p." 16 du Marché aux Fruits, Obstmarkt), n'est guère plus jeune. De même, les ■ Madones du n" 20 de la D(')tschmannsplatz et du n" 3 de la "Winklerstrasse sont des œuvres de la première moitié du xv*" siècle ; nous regardons encore comme étant de cette même époque les statues de saint Sébald, aux n°' 2 et 4 de la Theresienplatz et au n° 15 de la Winklergasse, ainsi que la statue de saint Nicolas au n" 13 de la Tucherstrasse. Toutes ces œuvres montrent encore quelque hési-

68 Xl'REMBHRG

tation et une certaine rigidité dans les lignes. Ces caractères se perdent de plus en plus au cours du XV'' siècle et font place à une allure plus vive et plus libre: à la rigueur architectonique succède le charme pittoresque. Une belle œuvre de cette transition est la Madone aux riches vêtements de la pharmacie du More (Kônigsstrasse, 32), tandis que la Ma do ne qu'on voit érigée, en face du .Marché, sur une console en feuillage (Obstgasse. 2), appartient au troisième tiers du siècle. Celle de la chapelle Tetzel, en l'église Saint-Gilles, qui est une œuvre de jeunesse d'Adam Kraflft. est charmante et. dans son attitude encore un peu timide, rappelle le libre style pittoresque. Il faut lui associer une Madone, certainement d'une autre main au n" 2 du iMarché aux Fruits (Obstmarkt) : la console est ornée dun ange volant, d'un mouvement plein de vie. Une remarquable Madone, que la date inscrite sur la console fait remonter à 1482, décore l'angle de la maison n" 4 de la Diirerplatz. La grâce et la finesse, ainsi qu'une certaine accentuation des plis des vêtements — qui, dans la plupart de ces statues, offrent plus de mollesse, — distinguent la délicieuse image de sainte Hélène que l'on a enlevée de l'ancienne maison Fùnfer. pour la mettre à l'angle d'une construction ajoutée, ces dernières années, à l'Hôtel de Ville, sur l'emplacement même de la maison Fûnfer. Toute différente est la Madone — dernier vestige de l'antique auberge du Ciel de Verre, — qui orne maintenant le nouvel et banal hôtel construit à la place : malheureusement, de fréquents badigeonnages lui ont donné un aspect insupportable. C'est un chef-d'œuvre d'Adam Krafft. On retrouve sa manière artistique dans les belles figures d'une Annonciation de 1504, que l'on voit dans la maison n" 24, Winklerstrasse, restaurée en style baroque '1691; : la console, avec ses anges musiciens, mérite une attention particulière. C'est encore à Adam Krafft que l'on doit le saint Georges, si plein de vie, sculpté en bas-relief dans la Theresienstrasse, tandis que celui de la Winklerstrasse, n" 35, est d'une date antérieure. Un bas-relief qu'on peut attribuer encore à Krafft fait partie d'une maison nouvelle (Hauptmarkt, 11) où il a été rapporté. Il représente la Vierge assise sur un trône, en avant d'une draperie soutenue par des anges. Très certainement nous avons une œuvre du maître dans le Josné et Caleb du n" 20, Bindergasse. Parmi les Madones^ il en est une très importante : c'est la Vierge avec une haute couronne de métal dentelé que l'on voit au Weinmarkt (Marché aux Vins, 12). Elle a un très grand charme pittoresque et, par l'attitude et le traitement des draperies, elle se distingue de toutes les autres. .Son caractère artistique rappelle Veit Stoss, dont la maison, sise dans la Wunderburggasse, était ornée d'une Madone en bois, œuvre du

maître. La statue qu'on y voit actuellement est une simple copie ; l'original est au Musée germanique. Copie également la Madone du n" 21 de la Hirschelgasse ; elle trahit l'influence de l'Italie, et remonte sans doute à la deuxième décade du xv!*" siècle. La Madone si connue sous le nom de Madone de Nuremberg, qu'on voit au Musée germanique, est dans le goût italien ; nous en reparlerons lorsque nous aurons appris à connaître les grands maîtres qui terminent l'histoire de la sculpture nurembergeoise.

Quoique, dans ces derniers temps, l'histoire de la sculpture sur pierre à Nuremberg ait été élucidée sur plusieurs points, il n'y a pas grand'chose à tirer, pour cette histoire, de la grande quantité de noms de « tailleurs de pierre » qui s'illustrèrent à partir de 1360 : il est impossible, en effet, d'identifier les œuvres de ces sculpteurs avec celles qui nous ont été conservées. C'était une simple conjecture qui avait attribué jusqu'ici à Hans Decker, dont le nom figure, en 144g, sur la liste des bourgeois, le grand groupe si vivant de la JSlise au tonibeau, dans la chapelle Saint- Wolfgang à l'église Saint-Gilles, daté de 1446, et avec le saint Christophe de la chapelle Loffelholz, à Saint-Sébald, daté de 1442. Aujourd'hui on n'y veut plus reconnaître sa main ; on les attribue à des maîtres inconnus qui, bien que de caractères différents, ont ceci de commun, qu'ils s'efforcent de se libérer des

anciennes traditions et cherchent leur voie propre. Malgré une certaine timidité et une certaine rudesse, la Mise au tombeau nous touche immédiatement. La composition est simple et claire, et, si les personnages, pris individuellement, manquent un peu de vie, ils respirent un profond sentiment. Y a-t-il eu des rapports entre l'auteur de ce groupe et Adam Krafft, le grand maître de la sculpture nurembergeoise en pierre?

Madone en bois sculpté, par Veit Stoss, autrefois à la maison de l'artiste, aujourd'hui au Musée germanique.

Nous rignorons ; en tout cas, il est un remarquable intermédiaire entre Krafft et les maîtres de la Belle Fontaine, des statues de saint Laurent, de saint Sébald et de Notre-Dame. Sans doute, il n'a pas produit uniquement les deux œuvres que nous venons de rappeler ; mais, en dehors de celles-ci, il n'en est aucune qu'on puisse lui attribuer avec certitude. Les origines d'Adam KrafFt sont obscures. Il est vraisemblable qu'il naquit à Nuremberg vers le milieu du xv" siècle. C'est à Nuremberg, probablement, qu'il apprit les principes de son art ; mais il semble avoir reçu sa formation artistique proprement dite dans quelqu'un des grands ateliers de l'Allemagne du Sud, peut-être à Ulm. Instruit dans l'architecture et la sculpture, il réussit, dans ses cruvres, à unir merveilleusement ces deux arts. A une vive intuition du trait caractéristique il joint une rare chaleur de sentiment qui non seulement pénètre ses personnages, mais donne une vie nouvelle aux formes raides du gothique. Par la forme architectonique il appartient encore au gothique ; mais, malgré son esprit conservateur, il n'est plus un maître du moyen âge : c'est un fils des temps nouveaux. Par toutes les fibres de son cœur, il tient à la nature et se sent fort à son contact. C'est à la nature qu'il demande l'idéal. Il a échappé à l'influence italienne, mais il était pénétré de l'esprit de la Renaissance, qui rejeta tout ce qui était mort et rigide dans l'art pour ne s'attacher qu'au naturel et au sentiment immédiat ; sans désir d'innover, sans empressement à abandonner les formes traditionnelles, Adam Kraff"t est, en réalité, le créateur d'un monde nouveau de formes, parce que sa nature foncièrement honnête et essentiellement allemande l'éloignait de toute forme vaine et le poussait à ne traduire que ce qu'il éprouvait intimement. Sa manière se résume très bien ainsi : un réalisme naïf provenant d'un sentiment religieux plein de douceur et de chaleur. Une paix que ne troublent aucun doute ni aucune passion respire dans toutes ses œuvres, que nous rencontrons partout à Nuremberg et dans quelques localités voisines. Jusqu'ici on regardait comme l'une des premièies œuvres du maître le Chemin de croix que l'on voit en allant au cimetière Saint-Jean et qui représente, avec tant de vie et d'expression, les sept chutes du Christ entre la maison de Pilate et le Golgotha ; mais l'on estime aujourd'hui que cette œuvre admirable est l'une des dernières créations de KrafFt. Les hauts reliefs que l'on voit aujourd'hui sur ce chemin du cimetière Saint-Jean ne sont plus les œuvres originales, mais des copies installées depuis quelques années seulement ; les originaux ont été transportés au Musée germanique. Ces représentations sont d'un effet saisissant. On admire la- simplicité et la clarté de la composition.

qui s'attache à exprimer l'essentiel, en se dégageant de tous les accessoires extrinsèques.

En 149-', sur l'ordre du savant Sebald Schreyer, administrateur de l'église, et de s(jn neveu Matthœus Landauer, connu par ses goûts artistiques, Adam Krafft entreprit le tombeau que l'on voit à l'angle nord-est

Mise au tombeau, haut relief en pierre dans la chapelle Saint-Wolfgang à l'église Saint-Gilles (1446).

de Saint-Sébald, vSous la forme d'un triptyque à demi ouvert, ce tombeau représente en relief des scènes de la Passion. S'il offre un caractère plus pittoresque, la raison en est que le maître devait ici traduire sur la pierre des peintures qu'on lui donnait comme modèles. Sans doute, nous ne devons point penser qu'il se contenta d'une reproduction servile ; mais, en somme, il semble s'en être tenu au modèle proposé. C'est ce qu'indiquent la profondeur de la perspective et l'exécution détaillée du paysage. La façon saisissante dont la vie est rendue, la sincérité de l'expression des sentiments, surtout le groupe même de la Mise an

tojuhciiii, qui a la vigueur des ouvrages de Diirer, révèlent la maîtrise de l'artiste, dont on retrouve les traits caractéristiques dans le personnage coiffé d'un bonnet de fourrure qui, à droite, dans un chemin creux, apparaît avec un marteau et des tenailles. Il s'est représenté encore dans son chef-d'œuvre, le tabernacle de Saint -Laurent, commencé l'année suivante et achevé trois ans après, conformément au contrat. Agenouillé entre deux compagnons, l'un plus âge, l'autre plus jeune, il soutient, avec

La Troisième station, haut relief en pierre par Adam KraITt (1496) (Musée germanique).

ce dernier, le piédestal de la merveilleuse pyramide de pierre qui s'élève jusqu'à la hauteur de la voûte du chœur et, là, s'incline gracieusement comme une plante. Ce chef-d'œuvre est fait d'une pierre calcaire facile à tailler, ce qui permit à Adam Krafft de donner à son travail une telle finesse et une telle élégance que le dicton ne tarda pas à se répandre : le maître a fait « une expérience extraordinaire ; il a amolli et coulé la pierre dure ». En fait, dans cette merveille architectonique, il a demandé à la pierre des choses incroyables et réalisé un effet décoratif absolument éblouissant. Pour en trouver l'explication technique, il faut savoir que les petites pièces de pierre sont enfilées sur des tiges

de métal; ainsi en est-il pour les clochetons, qui s'inclinent comme des plantes grimpantes ou se contournent capricieusement. Malgré toute la richesse des détails architectoniques et plastiques, la composition de l'ensemble et la disposition de chaque partie sont cependant extraordinairement claires et harmonieuses. Au-dessus du piédestal dont nous avions parlé, et dont la balustrade^^'offre, entre des statuettes de saints, des découpures de feuillage, s'élève le tabernacle proprement dit, orné, aux angles, de statuettes de saints et de groupes d'anges qui chantent ou jouent de divers instruments de musique. Les bas-reliefs, protégés par un baldaquin en saillie richement décoré, représentent, avec les groupes placés au-dessus dans une sorte de petite chapelle et avec l'image du Christ en croix dressée plus haut encore, la Passion de Jésus-Christ, tandis que, tout à fait au sommet, dans . une autre petite chapelle octogonale, on voit le Christ ressuscité portant l'étendard de la \ictoire. A partir de là, la tour qui, depuis le groupe du Criicifieiiient va toujours en s'effilant, se termine en une pointe élancée qui se recourbe en spirale, montrant avec quelle liberté le maître faisait servir à son but artistique les formes traditionnelles.

Nombre de localités des environs suivirent l'exemple de Nuremberg : Schwabach , Katzwang , le couvent de Heilsbronn , Kalchreuth , Fûrth , Ottensoos , ornèrent leurs églises de tabernacles du même genre, mais moins grands. Il n'est pas prouvé qu'aucun de ces tabernacles

Tabernacle par Adam Kraffr (14961, à l'éiïlise Saint-Laurent.

NURF.MHI-: KG

soit une œuvre authentique d'Adam KralVt; mais il est vraisemblable qu'ils sortent de son atelier.

Nous connaissons déjà le bas-relief exécuté par Adam KrafFt en 1497 à la façade de la Balance publique. C'est une œuvre d'une nature spéciale, vive, plaisante, pleine d'humour. Avec ses armoiries et ses banderoles habilement disposées, avec son couronnement en forme de baldaquin, elle constitue un motif décoratif de premier ordre. Le bas-relief que

Bas-relief par Adam Krafft (1497), à la façade de la Petite Balance publique.

Ton voit au n" 20 de la Bindergasse. et qui représente Josué et Caleb, porte le même caractère humoristique. Xous connaissons également les beaux emblèmes qui décorent certaines maisons privées et que l'on doit à Adam KrafFt; il y a mis le même soin qu'aux œuvres destinées à des églises.

L'église Xotre-Dame possède aussi de lui deux œuvres capitales dans les tombeaux de la famille Peringsdorfer et de la famille Rebeck. Ils se trouvaient primitivement dans les cloîtres du couvent des Augustins et du couvent des Dominicains. Ici encore, on admire la merveilleuse harmonie qui existe entre la noblesse de la composition plastique et les charmants motifs décoratifs des encadrements et des accessoires. Dans ces deux monuments, les anges planant sont d'une beauté hors ligne ;

ARCHITKCTr RH K T sm.PTrRK A ( / X XV- KT XVI- SIÈCLES

d'un mouvement plein de grâce, ils soutiennent le manteau Je la Madone,

Tombeau de la famille Rebeck, par Adam Krafft, à l'église Notre-Dame.

des banderoles couvertes d'inscriptions et des écussons, ou bien une couronne. On remarquera, en particulier, le baldaquin du tombeau des

Page 1