E'ABBÉ BOUVIER
Oberauimergau.
Un pèlerinage moderne.
Cher lecteur, qui que vous soyez et de quelque contrée que vous veniez, suivezmoi: je vais vous conduire dans un village calme et tranquille, au milieu de hautes montagnes, où règne une tradition plusieurs fois séculaire, où s'accomplit, en quelque sorte, sous nos yeux le miracle des miracles: la passion, la mort et la résurrection de notre Sauveur.
Nous aimerions tant à faire un pèlerinage à Jérusalem, pour y visiter les Lieux- Saints, afin de nous pénétrer plus fortement des mystères de notre Rédemption, et de nous représenter plus distinctement le visage adorable du Seigneur, en parcourant le coin de terre béni, qu' Il a foulé de ses pieds sacrés et qu' Il a arrosé de son sang adorable! Or, nous n'avons pas besoin d'entreprendre un si long voyage: allons à Oberammergau. Là, nous voyons, pour ainsi dire, vivant sous nos yeux, le visage du Sauveur; là, retentit, pour ainsi dire, douce et douloureuse, sa parole sainte, telle qu'elle sortait de sa bouche divine, il y a 19 siècles. De même que les images miraculeuses du Christ émeuvent l'âme du fidèle, de même ici son sang, imité avec un art merveilleux,
tire du spectateur attendri des larmes brûlantes de repentir, et, en ravivant sa foi, lui montre clairement ce qui d'abord lui paraissait obscur. Avec les saintes Femmes, le spectateur embrasse l'arbre de la croix, pour ne plus s'en séparer: tels sont les effets que produit dans les âmes la Passion du Sauveur, jouée à Oberammergau par de simples villageois montagnards.
C'est l'ardeur de la foi d'une population forte, réfléchie, qui a donné naissance à cette pensée; c'est l'art naïf et noble à la fois, tel qu'en peuvent produire les natures croyantes, simples, sensibles et artistiques, qui lui a donné sa forme touchante. Et, comme l'Esprit de Celui qui est éternel vivifie cette pensée, le spectateur se trouve pénétré de cette pieuse tradition deux fois séculaire, et de la piété de l'âme simple et droite de cette population profondément chrétienne.
Allons donc dans ce coin de terre pittoresque et béni, habité par une population robuste, honnête, intelligente, solidement attachée aux anciennes traditions, et aussi fidèle à Dieu qu'à son roi.
Oberammergau avec le Kofel.
Oberammergau et ses environs.
Nous voici à Oberammergau. Devant les premières maisons, nous rencontrons un pont qui traverse une petite rivière : l'Animer, et conduit dans une rue bien entretenue et pittoresque, construite vers 1S55 par le roi .Max II, laquelle passe à peu de distance de la jolie Dickelschwaige, propriété de l'ancien monastère d'Ettal; mène à Linderhof, après avoir traversé le village de Graswang; puis enfin, à Plansee et à Reutte, situés de l'autre côté de la frontière tyrolienne. Elle est la voie du Tvrol à Ammergau. A droite, -\lève une jolie petite maisonnette, la première du village, dont le pittoresque jardin s'étend jusqu'à la carrière au pied de la montagne. C'est là qu'habite une famille d'Ammergau pur sang: le sculpteur sur bois Andréas Lang, qui joue le rôle de St Pierre et sa femme, petite-fille de ce premier Diemer qui était chef du chœur en 1840 et 50. Elle a hérité, à un haut degré, du talent musical de son grand-père, et possède une voix de soprane claire. Elle formait autrefois une des principales forces du chœur. Au-dessus de la colline s'élève la villa de Mme de Hil-
lern, qui, n'ayant pu résister au charme de la représentation de 1880, a fait construire à grands frais le petit château qui existe aujourd'hui, et est devenue corps et âme une enfant d'Ammergau.
Plus loin en avant, à droite, également au pied de la villa Hillern, est située la maison, qu'habite le vieux Rendl, qui jouait il y a 10 ans le rôle de St Pierre. Le vieux Rendl, outre sa profession de sculpteur sur bois, exerce encore les fonctions de concierge dans la villa Hillern. Une maison plus loin, on recontre l'Ecole de sculpture sur bois, qui est vide depuis la construction d'un plus bel édifice. Nous suivons l'Aussergasse, en ne passant que devant de jolies et propres maisons, à la façade ornée de gentils jardins, aux fenêtres décorées de fleurs, et aux volets proprement vernis; non loin de l'église, une jolie maison frappe notre regard: c'est le Forsthaus (maison forestière), l'ancienne maison judiciaire d'Ettal, qui fut donnée pour logement au prévôt de Rottenbuch, Herkulan Schwaiger, après la suppression des cloîtres; et qui devint,
après la moi t de Si h\\ liger, en 1830, le emenl du forestiei ro) al d'I ttal, ( ette maison, donl les peintures sont de très bon h, r>t encore aujourd'hui une des plus intéressantes constructions du 18' siècle. 1 1 .m .i i ôté, es1 situé le p li iible i ime tière, que l'ancien curé \ m t< m Qlonner a fait réparer à neuf en 1885. Que le champ des morts est bien mieux placé au milieu du village que dans un endroil écarté! Les défunts continuent à résider avec les vivants qui ne peuvent les oublier. Chaque dimanche, après la messe, les fidèles viennent sur la tombe de leurs parents, l'aspergenl d'eau bénite et récitent une prière. Il y a des monuments importants dans ce petit cimetière de village: celui que la commune a fait ériger, en 1871, à la mémoire de ses enfants tombés sur le champ de bataille, et pour le repos desquels elle célèbre chaque année un service funèbre; celui qui a été élevé en 1S52, par ses élèves et amis, à l'instituteur Dédier, compositeur de la musique de la Passion, mort à Oberfœring en 1822 et enterré à Oberammergau ; celui du prévôt Herkulan Schwaiger, et enfin celui du conseiller ecclésiastique Daisenberger, le rénovateur et le transformateur du texte de la Passion. Ce dernier, œuvre du sculpteur municois Otto Lang est le plus important de tous, au point de vue artistique.
Oberammergau. Maison forestière.
Château d'IIillern.
{En bas de la maison du vieux Rendl.)
Sur un simple soc de grès rouge, repose le buste très bien réussi du défunt, dont la mémoire est inoubliable. Otto Lang en a fait cadeau à sa commune natale; car le célèbre sculpteur a vu le jour à Oberammergau.
Entrons dans l'église.
Elle ne saurait se mesurer avec celle d'Ettal pour ce qui concerne la beauté; toutefois, on peut dire que c'est une jolie, vaste et digne église de village. Elle a été construite dans les années 1736—42, à la place de l'ancienne en ruines, et a été consacrée le 17 juin 1749 par l'archevêque Jean Marquard.
Cimetière d'Oberammergau.
Un autel recouvre les restes de saint Amand. Les fresques du plafond, œuvre de M. Oindter, sont intéressantes; surtout, celle qui se trouve au-dessus de l'orgue, et qui représente le tabernacle de l'église de saint Pierre de Rome, produit un effet d'illusion remarquable. De jolis autels en style pédantesque, richement dorés et rénovés dans ces dix dernières années, font une bonne impression par leur belle sculpture. Un orgue magnifique, qui surpasse
Aussergasse>.
même en beauté et en sonorité celui d'Ettal, attire l'attention : c'est un don fait par les Anglais à la commune, après la Passion de 18Q0. En général, l'église a subi ces dernières années plusieurs améliorations; notamment, elle a été beaucoup embellie par de superbes vitraux, une belle table de communion et une harmonieuse sonnerie.
C'est au nord de l'église qu'est située la principale partie du village. Nous voyons encore des maisons bien peintes; mais, malheureusement, les plus belles ont été détruites par des incendies. Autrofois, il n'y en avait pas une qui ne fût ornée de jolies fresques, de Franz Zwinck, dit „Luftlmaler" et de son aide Martin Knoller. L'artiste avait exécuté ces fresques en même temps que celles de l'église d'Ettal. C'était un habile et actif ouvrier; on cite encore aujourd'hui de lui des anecdotes comiques, au
Oberammergau. Intérieur et maître-autel de l'église du village.
sujet de son agilité à la besogne. Ainsi, Vierge contre sa maison, d'ici à ce qu'elle il aurait promis un jour à une paysanne en ait fini ce travail, à la condition toutefois train de battre du beurre de peindre une qu'elle lui donnât son beurre. En effet, le
Maison du maire défunt d'Oberammergau, ornée de fresques par François Zwinck.
cr
Côté du jardin de la maison du maire défunt.
beurre battu, la Vierge était peinte. Remarquable est la fraîcheur des couleurs encore après 120 ans de date, ainsi que le talent de disposition de l'artiste, eu égard à l'exiguité de l'espace. W. Wyl appelle Zwinck le Paolo Veronese d'Oberammergau, et dit avec raison que l'art de ce peintre rococo de campagne est une vague perdue et jetée, de la vaste mer artistique, dans ce solitaire village de montagnes. Franz Zwinck n'atteignit pas l'âge de 40 ans. Son arrièrepetit-fils est Jean Zwinck, le Judas de la Passion de cette année (1910). Une des plus belles maisons qui sont encore debout, c'est celle du maire Lang: la fresque, qu'elle offre du côté du jardin représentant le Christ devant Pilate, ainsi que son architecture hardie, et sa perspective remarquable en font une construction unique.
Une maison, également rénovée avec beaucoup de goût, c'est celle de l'éditeur Guido Lang, qui, pour donner place à l'affluence toujours croissante des hôtes, a fait
construire un étage sur sa vieille maison. Avec ce goût délicat qui distingue les habitants d'Ammergau, il a su mettre le style moderne en harmonie avec l'ancien, de sorte que son ancien établissement n'a pas à rougir de sa nouvelle parure.
Une autre maison, située en haut du village est digne aussi d'intérêt: c'est la vieille maison d'origine de l'établissement Georg Lang sel. Erben, c'est à dire, le „Klepperhaus", ainsi appelé de la machine qui servait à fabriquer les cadres en forme de flammes, en usage à l'époque du style rococo; car les habitants du village appelaient „Kleppern" le bruit occasionné par le fonctionnement de cette machine. C'est une des plus intéressantes anciennes maisons d'Ammergau, et c'est d'elle qu'est sortie l'aisance de la famille Lang. Si nous continuons à monter la rue, nous voyons déjà de loin la plus monumentale création d'Ammergau, la nouvelle école de sculpture sur bois. C'est un édifice d'une noblesse par-
Maison du cordonnier Gerold à Oberammergau.
faite de style et d'exécution, bien proportionné, avec un heureux mélange de l'ancien style et des exigences modernes, où la jeunesse d'Oberammergau se forme à cet art, sous la direction de Ludwig Lang et du maître de dessin Anton Lechner. Elle vaut la peine d'être visiter. On y exécute
Maison style paysan à Oberammergau.
de jolis ouvrages, et c'est un plaisir de voir ces jeunes gens dessiner, sculpter et modeler avec entrain. Grâce à son habile directeur, ainsi qu' à l'habile maître de dessin, cette école est tout à fait à la hauteur du goût moderne. Jolies sont aussi les nouvelles constructions des frères Zwinck et Schilcher, ainsi que beaucoup d'autres qui se sont élevés ces dernières années, et où l'on voit que les habitants d'Ammergau, en tâchant de conserver le style rustique, ont gardé l'unité de l'impression générale.
Maintenant que nous avons vu le village, nous allons visiter un peu ses environs. La situation d'Ammergau est plus gracieuse que grandiose; nous ne sommes pas encore dans le haut plateau, mais entre les contre-forts de la chaîne des montagnes de l'Arrimer. La plus intéressante partie de ce
Ecole de sculpture.
superbe groupe de montagnes, nous ne la rencontrons que lorsque nous arrivons dans la vallée supérieure de Oraswang. Les gigantesques rochers de la chaîne de l'Ammer se dressent en deux énormes crêtes, qui courent de l'ouest à l'est. Tandis que la ligne du sud est disposée en trois groupes séparés, la ligne du nord s'étend comme un mur fermé, à partir du Kofel jusqu' au Tegelberg, près de Hohenschwangau. Au fond, entre ces deux crêtes, serpente à travers de sombres forêts et de vertes prairies, le „Qries", blanc comme neige, le lit sec du cours supérieur de l'Ammer; et pendant que, dans les temps primitifs, la jeune Ammer, passant devant l'Ettal d'aujourd'hui, et descendant le Kienberg, se jetait dans la Loisach, elle a, des milliers d'années plus tard, percé la crête rocheuse septentrionale des montagnes, où elle prend naissance, et elle s'est frayé un chemin vers le nord. C'est près de l'endroit où elle fait cette percée, et où elle sépare le Laber du Sonnenberg, qu'est situé Ammergau. La montagne la plus remarquable, c'est le Kofel, cône de rocher, qui se dresse de la vallée
à une hauteur de 300 mètres, avec ses murailles escarpées et imposantes. Ce Kofel
Le <Kofel> en hiver, couvert de glace et de neige.
Coup dVeil du «Bàrenloch» sur le Kofel.
était déjà connu des Romains qui appelaient de son nom „ad Cofeliacas" la station située dans le bassin de l'Animer.
Au moyen âge, les jeunes gens célébraient sur son sommet leurs fiançailles. On choisissait le 1er mai pour ces solennités, où la musique et la danse constituaient le principal amusement. Le marchand Pabst de Nùrnberg y fit ériger, le 30 mai 1850, une gigantesque statue représentant un chevalier, laquelle fut remplacée, plus tard, par une grande croix de bois, qu'on est obligé de renouveler tous les 10 ou 15 ans, quand elle n'est pas détruite plus tôt par la foudre ou la tempête. Le Kofel a dû offrir un spectacle grandiose en 1807. Un incendie y avait éclaté, et, durant 10 jours, de son sommet en flammes, tombèrent dans la vallée d'énormes troncs d'arbres, pareils à des gerbes de feu. Ses flancs perfides font souvent des victimes; nous ne conseillons pas d'en
faire l'ascension sans guide, quoiqu'un bon sentier y conduise. De son sommet, que l'on peut facilement atteindre, du village, en l1 , heure, on jouit d'une vue splendide; Oberammergau semble, de là, se dresser perpendiculairement à ses pieds. Contre la „Kofelachsel" se trouve une caverne: la „Kofelkùche", dans laquelle réside le mystérieux „Kofehveiblein", qui, depuis les temps les plus reculés, procure des enfants à Ammergau et les enlève, s'il les surprend dans la rue après l'Angélus.
Le Kofel est le pilier angulaire oriental du „Soimenbergkamm", d'où le „Zahn" et le „Pùrschlingspitz" montrent encore leur tête à la vallée de l'Aminer, tandis que des contre-forts dérobent aux regards les plus hauts sommets de la chaîne (Klammspitze 1934 m). En longeant le pied du Kofel, on peut faire une jolie excursion au „Baerenloch", situé au pied du Laberberg, à travers des chemins charmants ombragés par une forêt, et à travers la vallée. Le Laberberg, jolie montagne, enclave le bassin de l'Ammer au sud est, s'élève jusqu' à 1680 m, et est remarquable par son superbe point de vue sur la plaine Graswang, le Loisachtal et la gigantesque chaîne Wetterstein.
L'Ettaler Mandl, invisible d'Ammergau, est un sommet voisin du Laberberg. Le „Aufacker" et les 4 „Hœrnle" se rattachent à gauche au Laber dans la couronne de montagnes qui entoure Ammergau. Tandis que tout le Laber se compose de marbre solide, on rencontre, près de ces dernières montagnes, un grès jaunâtre particulier. Plus loin à gauche, au nord, vient l'entrée de l'Ammer dans la plaine, ainsi que le „Schergenberg", montagne boisée de beaux arbres et appartenant au groupe du „Trauchgebirg". Le „Schergenberg" forme de là l'arrière-plan du gentil et paisible village d'Unterammergau. A gauche du Schergenberg, étincelle tout en haut du fond de la forêt, semblable à une large plaie, le „Wetzsteinbruch" d'Unterammergau. Plus loin à gauche, s'élève le Steckenberg, et, devant, le long groupe de collines du „Osterbichl"
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Calvaire.
sur le plus haut point duquel se trouve le steinerne Kreuzigungsgruppe (Calvaire). Tournons maintenant nos pas vers ce groupe de collines.
Nous passons devant les anciennes villas de Diemer, nous gravissons le chemin montueux qui traverse l'Osterbichl, et nous arrivons enfin au Calvaire, présent du roi Louis II.
Devant ce Calvaire, il y a une grande place libre; autour du monument sont disposés des prie-Dieu ; à certains jours de fête, comme, par exemple, à la saint-Louis et à l'anniversaire de la mort du roi, une
messe y est célébrée. Splendide est la vue dont on jouit autour du Calvaire, sur le village, les montagnes environnantes, les vertes prairies et les collines. Plus saisissant que le monument lui-même est peutêtre le point sur lequel il s'élève, puisqu'il est le centre de ralliement du calme et de la mélancolie de cette nature montagneuse. Le monument lui-même est en marbre de Kelheim et fait une impression saisissante; la fusion de la mère de Dieu avec la Niobé des anciens ne manque pas de goût; quant aux inscriptions, composées par le roi lui-même, elles conviennent à mer-
veille: ,, Donné par le roi Louis II aux habitants d'< Hierammergau sensibles aux beauxarts et fidèles aux traditions antiques, en souvenir des représentations de la Passion".
Au milieu du piédestal, on lit ces paroles de l'Evangile: „Femme, voilà ton fils!" et „Fils, voilà ta mère!" L'artiste a saisi ce moment, que l'on pourrait appeler le moment le plus humain de la mort du Christ. On voit la bouche du Sauveur encore ouverte après la prononciation de ces paroles. Jean élève en pleurant ses mains pressées l'une contre l'autre, tandis que la Mater dolorosa se cache le visage de son manteau.
Le monument tout entier a 40 pieds de haut, le crucifix 19, les 2 autres figures 14.
Nous jetons encore un regard sur le splendide paysage autour de nous, puis nous continuons notre chemin, le cœur plein d'émotion au souvenir de la fin tragique du bon roi Louis, que les fidèles habitants d'Ammergau ne peuvent oublier. Un chemin pittoresque et bien ombragé par une forêt, longe le Kofel, traverse le „Dettenbùhl" et nous amène au „Baerenloch". Maintenant, tournons nos pas vers un autre côté du village. Passant près des jolies maisons des Zwinck, puis devant l'hôpital nouvellement construit, nous montons continuellement à côté de la Laine, à l'eau fraîche et claire, jusqu'au bain et à la propriété de la famille Lang, dite saint Grégoire.
Là est encore debout la vieille chapelle Gregori, qui constitue la dernière station des processions faites pour conjurer les désastres que peuvent occasionner les eaux.
Elle contient un intéressant tableau de la Passion d'Ammergau de 1SC0, exécuté par le peintre tyrolien Pœgl. (Il faut avoir soin d'en apporter la clef d'Ammergau.) Nous voyons ici, au gravier étendu sur un large espace, jusqu'où le petit torrent est déjà monté aux époques de crues.
Un charmant ermitage, construit en bois brut et en écorce, dédié par la commune à son fidèle ami et pasteur Daisenberger, nous rappelle l'air paisible de ce digne et
saint prêtre, qui aimait tant à prolonger jusqu'ici ses promenades et qui passait là* en prières des heures entières. Le vénérable octogénaire avait là sous ses yeux l'œuvre bénie de sa vie, et songeait sans doute à cette sentence: „Si quelque chose a été délicieux, c'est la peine et le travail". Mais, son action fut une bénédiction pour les générations futures, et ses œuvres ont produit des germes d'immortalité. Profondément émus, nous quittons la paisible petite place et nous revenons sur nos pas par le même joli chemin, après avoir visité encore les plantations de la propriété Lang. On peut faire beaucoup d'autres jolies excursions d'Oberammergau; mais, nous recommandons de ne jamais manquer de prendre un guide avec soi. Les nombreux sentiers de chasse royaux seront bienvenus du public; car, ils facilitent l'ascension des montagnes. Surtout dans ces derniers 20 ans, depuis que le prince-régent Luitpold fait à Ammergau ses grandes chasses aux chamois,
Chapelle Gregori
beaucoup de chemins neufs onl été ouverts, Une courte description de ce monastère
et les anciens ont été améliorés ; malgré cela, intéressera donc, à coup sur, le lecteur,
le touriste qui désire grimpei sui les rochers l niions dans l'église, relie que nous
sauvages, en trouvera aisémenl l'occasion: la voyons aujourd'hui, elle n'est plus que
on n'a qu'a s'essayei aux pics des Geier- dans ses lignes principales l'œuvre qui l<
kœpfe, an\ pans de mur de la Kreuzspitze grand empereui Louis fil commencer en
située à 2185 m de haut, ou aux bancs 1330. De cet antique sanctuaire, il n'est pres-
anguleux du Hochplatt. que rien resté que les fondements et les
Château de Linderhof.
La plus belle excursion dans la vallée est naturellement une excursion en voiture dans le Graswangtal, où est situé le château royal de Linderhof, ainsi que la „Hundingshiitte" perdue dans des montagnes sauvages et solitaires, le long de la route du Plansee.
A une petite heure de chemin d'Oberammergau, se dresse dans un site splendide le monastère d'Ettal, dont l'histoire se rattache étroitement à celle d'Oberammergau.
murs principaux. Incendies, irruptions de Suédois et même de Français avaient presque entièrement détruit l'œuvre du pieux Empereur; et, en dernier lieu, l'incendie de 1744, qui, le jour de la fête de St Pierre et St Paul, anéantit l'église jusqu'aux murs extérieurs, qui seuls sont restés debout. Dès l'année de la fondation de l'Académie des jeunes gentils-hommes, en 1710, la reconstruction de l'église fut décidée. Un des Conventuels: le Comte Joseph de Gondola
Eglise du monastère d'Ettal.
parcourut l'Empire, la Hollande et la Belgique. 11 rassembla de 1744 à 1750 24 977 florins. Les Jésuites firent sortir un nouvel édifice des ruines de l'ancien.
Partout où se promène le regard, il rencontre un immense espace libre jusqu'à la coupole: „En vérité je vois le ciel ouvert et les Anges monter et descendre!" Le magnifique tableau de Knoller nous montre le ciel ouvert avec l'Assomption de Marie. Le
Sauveur, entouré de Bienheureux, vient au devant d'elle; les Anges et les Légions célestes sont dans le ravissement, et, nous mêmes, nous nous élevons avec eux dans la patrie éternelle.
Outre la fresque de la rotonde, Knoller a encore peint 5 tabletix d'autels. Le tableau du maître-autel, puis ces deux: „le Martyre de Ste Sébastien" et „la Décollation de Ste célestes sont dans le ravissement et, nous
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