‹ Oberamergau et ses jeux de la PassionChapitre 6 sur 7 · SI · texte numérisé non relu

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Théâtre de la Passion en 1S50.

sages de grande beauté et de profonde celui du Père Rosner, qui toutefois semble

sentimentalité, quoiqu' il soit mélangé d'ac- avoir trouvé peu de sympathie, puisque, déjà

cessoires, qui témoignent du peu de culture en 1780, le Père Magnus Kipfenberger

du goût au moyen âge. d'Ettal, sur la prière des habitants d'Ammer-

Ce texte fut usité jusqu'à l'année 1740. gau, lui fit subir des modifications notables,

En 1730 et 1760 arriva sur la scène en le simplifiant en même temps.

Théâtre de la Passion en 1860 (d'après la peinture de la chapelle Gregori à Oberammergau.)

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Fac-similé du 1 er texte, tiré du manuscrit authentique La plus ancienne Passion d'Ammergau, en l'année 1662

ment Gg Lang sel. Erben, 01>erainmergau.)

Son texte.

M li\li DANS SA FORMI \< Le texte actuel des chants est en<

1 1 l I I l esl dû .1 la plume du Père « ittmai à peu d'exceptions près, presque mol poui Weiss d'Ettal qui le composa de 1810 â mol celui d'Ottmar Weiss, tandis que le

La Père Ottmar Weiss. (D'après une ancienne peinture à l'huile.)

1815, le mit sur la scène, et en fit faire texte du jeu a été transformé et amélioré l'épreuve, sous sa direction personnelle, en par son élève, le conseiller ecclésiastique 1815. Joseph Alois Daisenberger.

Si quelqu'un était fait pour mettre la dernière main à l'embellissement et à l'ennoblissement de ce texte, c'était bien Daisen- :er.

Né tout proche d'Ammergau, élevé tout jeune à Oherammergau et à Ettal, Daisen-

demande des habitants, qui voulaient l'avoir pour pasteur, il consacra, comme bien l'on pense, toute son énergie et toute sa sensibilité à la réalisation de cet idéal.

S'il chercha, comme curé et instituteur, à développer chez ses paroissiens le vrai

Conseiller ecclésiastique Daisenberger.

berger n'a pas seulement assisté souvent à la représentation de la Passion, étant élève d'Ottmar Weiss; mais il y a figuré comme acteur; c'est pourquoi Oberammergau et sa Passion sont demeurés son idéal. Lorsqu'en 1S45 il devint curé d'Oberammergau, sur la

sens chrétien par la parole et par l'exemple; il s'efforça aussi, comme directeur des Passions, d'identifier de plus en plus les acteurs avec l'esprit de leur rôle sublime, et avec celui du divin Rédempteur, qu'il travailla toute sa vie à faire aimer et servir.

Sa musique,

1 .1 musique de la Passion est la partie menl d'accord à m, mnaîtn la beauté du

élu jeu sur laquelle h ju ements diffèrent; texte, la musique, tout en iptantbi mcoup

car, tandis qu'on es1 presque universelle- de partisans, compte d'ardents advei lires

Rochus Dédier, instituteur à Oberammergau, compositeur de la musique de la Passion.

Toutefois, même ceux-ci ne peuvent s'empêcher d'admettre qu'elle est riche en passages profondément sentis et qu'elle renferme un grand nombre de beaux airs.

Nous ignorons si une musique venait sur la scène dans les premiers temps; dans tous les cas, s'il y en avait une, elle a dû être très simple.

La musique actuelle de la Passion est due à un enfant d'Oberammergau: à l'instituteur Rochus Dédier.

Dédier composa la première musique pour la représentation de l'année 1811. Elle périt en 1 SI 7 avec les archives de la commune, dans un incendie. Dédier en composa donc une nouvelle pour la Passion de 1820.

On a bien fait, depuis, plusieurs tentatives pour l'améliorer, mais on n'a réussi, la plupart du temps, qu'à la rendre plus mauvaise; c'est ce qui a décidé à la laisser à peu près telle qu'elle était à son origine.

Néanmoins, l'Instituteur Ferdinand Feldigl a nouvellement travaillé cette musique en 1900, et a fait par là une œuvre vraiment magistrale. Son idée de n'améliorer Dédier que par Dédier, à la fois pieuse et gé-

niale, fait le plus grand honneur au réformateur", qui, habile compositeur, aurait pu traiter plus facilement cette matière par ses propres talents.

Nous renvoyons les musiciens et les connaisseurs au „Guide à travers la musique de la Passion, par F. Feldigl".

La musique se compose de 40 chanteurs et de 42 musiciens.

Louis Wittmann, qui est le directeur de l'orchestre de la Passion de cette année, et qui exerce depuis 1906 les fonctions d'instituteur à Ammergau, est aussi capable que Feldigl. Dès son arrivée dans le pays, il s'est appliqué à former un bon chœur, et il a réussi au point que la musique de la Passion, si difficile qu'elle soit, n'est qu'un jeu pour les jeunes gens qu'il a formés. Le successeur du vieil Edouard Lang, le jeune Ferdinand Rutz est aussi très sympathique. Son nom même dit qu'il sort d'une famille de musiciens. Il est neveu du chef de chœur Rutz et, bien qu'il compte à peine 30 ans, il s'est déjà montré fin musicien même dans le sens moderne, comme Directeur de la musique d'Ammergau.

Théâtre de la Passion d'Oberammergau.

Son théâtre actuel.

C'est à l'extrémité nord-ouest du village qu'est dressé le théâtre de la Passion.

De même que les représentations du drame forment quelque chose d'extraordinaire en raison de la grandeur sublime du sujet, de même aussi le théâtre est tout autre que ce que l'on se représente d'ordinaire sous ce nom. Tel qu'il est aujourd'hui, c'est également une création d'un enfant d'Oberammergau.

Le bénéficier Unhoch, qui a vécu et travaillé à Oberammergau, en même temps que l'auteur du texte Ottmar Weiss, et le compositeur, le maître d'école Dédier, ne se borna pas à tracer en 1819 les plans du théâtre de la Passion, mais il dirigea personnellement tout l'édifice. Lui aussi s'était familiarisé dès son enfance avec le jeu de la Passion, et il sut, en homme de talent, faire servir ses expériences au bien de l'ensemble.

A part quelques petites modifications, la scène d'aujourd'hui est encore telle que Unhoch l'a conçue et crée.

Les améliorations de 1S90, la translation des maisons de Pilate et d'Anne aux deux extrémités de l'avant-scène, et la création de larges marches d'escalier pour y arriver, ont été exécutées d'après l'esquisse du chef de l'école de sculpture, Ludwig Lang.

La scène se compose de quatre parties : l'avant-scène, flanquée à gauche et à droite des maisons de Pilate et d'Anne. C'est sur elle que le choeur des chantres exécute ses chants, et que les grandes scènes en masse se jouent: l'entrée du Christ, la sentence de mort de Pilate et le portement de la croix; la scène du milieu, dans laquelle se déroulent les scènes intérieures, comme la Cène, les Séances du Grand-Conseil etc., et dans laquelle se groupent aussi les figurants; et enfin les deux rues de Jérusalem,

Théâtre de la Passion à Oberammergau.

Enceinte des spectateurs vue de la scène.

qui s'étendent des deux côtés de la scène du milieu, rues sur lesquelles les groupes populaires se développent pour les scènes en masses.

La scène n'est pas couverte, à l'exception du bâtiment du milieu. La libre nature forme son arrière-plan, et la voûte azurée du ciel, sa coupole.

Grandiose est l'impression qu'éprouve le spectateur, quand, à la scène saisissante du Crucifiement, viennent se joindre les roulements du tonnerre, et que les éclairs sillonnent les nuages à l'arrière-plan, comme cela arrive fréquemment dans les jours étouffants de l'été.

Les décors, exécutés d'après les dessins de Lautenschlaeger, maître de machine du théâtre de la Cour, et peints par Burkarf de Vienne, portent, sous le rapport paysagiste et architectonique, un cachet tout à fait oriental.

Les appareils mécaniques font totalement défaut.

Contre le côté nord du théâtre, se trouvent de vastes constructions qui renferment

22 garde-robes, des locaux pour les accessoires, et un petit restaurant pour les acteurs.

L'orchestre est enfoncé devant l'avantscène et construit dedans en partie.

Maintenant, nous allons faire défiler devant les yeux du lecteur les acteurs de la Passion. En tête, le chef du Chœur: le forgeron Jacob Rutz. Lui aussi mérite d'être compté parmi les vétérans du jeu de la Passion, car cette année qu'il est pour la huitième fois au nombre des acteurs. En 1S50, petit garçon aux cheveux blonds, il était encore assis sur les genoux de sa mère Eve; en 1860 il chantait au chœur comme hautecontre, de 1870 à 1871 comme basse-contre; en 1880 il est chef du chœur; donc en 1910 pour la quatrième fois, dans le cours de 30 ans. Dans la guerre franco-allemande à laquelle il a pris part, il a été décoré et a reçu d'autres insignes honorifiques. Aujourd'hui, il est âgé de 63 ans, et malgré cela cet homme, dont la voix et la noblesse du jeu excite l'admiration, est encore debout à sa forge, ou sur les toits par tous les temps en hiver, pour vaquer aux durs labeurs de

son métiei , ou bien, dans les champs pai la froidure ou la chaleur, Rien ne lui enlève le merveilleux organe dont il est doué; Quoiqu'après le dépari d'Edouard Zwink il ait chanto, en même temps, des années au choeui de l'église les solo de basse i't de ténor, sa voix n'en a éprouvé qu'une faible atteinte, Il possède un vit amour-propre, il vit véritablement pour son rôle; et, si on l'y remplaçait par un autre, il est certain qu'il en mourrait. Jacob Rut/ a en outre un amour passionné pour la littérature; c'est à proprement parler le seul habitant d'Ammergau dont on puisse dire qu'il est fait pour le théâtre, il a dans le sang toutes les qualités et tous les défauts d'un acteur. Il le montre soit comme régisseur de la scène, soit dans les concerts, mettant partout au jour ses talents. Il possède un répertoire inépuisable de scènes théâtrales et musicales, et est extrêmement au courant de la littérature de ces deux domaines. Quand on passe la veille d'une fête devant sa forge, on entend des chants, des exercices de piano ou des répétitions d'un nouveau rôle. Sa femme est le contre-poids qui maintient l'équilibre entre sa passion artistique et les exigences de la vie pratique et réelle. Sa fille, qui est bonne musicienne et bien douée, est mariée avec Lang Christ qui a en elle une compagne parfaite. Elle était en 1900 la perle du chœur de la Passion, sa jolie voix bien exercée de sopranne est encore dans la mémoire de ceux qui l'ont entendue. Ils ont un fils qui est un employé estimé à Munich, une fille mariée dans la même ville, et enfin un autre fils plus jeune, qui joue cette fois la basse au chœur, et qui héritera du métier de son père. Nous avons déjà fait connaissance avec le Christ, Antoine Lang, en 1900.

Il a maintenant 35 ans; son extérieur a peu changé dans ces 10 années, il a toujours le même visage régulier, finement coupé, encadré d'une barbe blonde, partagée au milieu par une raie, et percée de deux yeux bleus, remarquables par leur expression innocente, presque naïve ; c'est une véritable tête de Christ, qu'on dirait

Jacob Rutz comme chef du Chœur 18S0, 1890, 1900 et 1910. Photographie de 1890.

prise sur un de ces modernes tableaux français, où le Christ est représenté sous un costume ordinaire avec le visage du Sauveur. Ce n'est pas l'intéressant visage de Christ-Mayr étincelant de mille couleurs, et plein de sublime majesté; mais, c'est le Christ tel que l'ont peint nos grands artistes. Mayr était le type brun, romantique, le Christ de Tizian, de Velasquez, de van Dyck; Antoine Lang est le type blond, chrétien, tel que l'a peint Raphaël, tel que l'ont fait Overbeck, Steinle et Fuhrich. Ce pur profil. ce nez légèrement courbé, cette bouche étroite rappelle fortement ce portrait historique du Christ, seul reconnu véritable.

Antoine Lang est un homme profond, une âme pure, réfléchie. Il a grandi dans le sein d'une famille aimante et heureuse.

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Antoine Lang, l'acteur qui a joué le rôle du Christ en 1900, et qui le joue encore cette année 1910.

De l'atelier d'Antoine Lang.

Antoine Lang comme Christ dans le jeu de la Passion d'Oberammergau de 1900.

Jean Zwink (Judas de 1910), avec sa fille Ottilie (Marie de 1910).

sous les yeux de parents et de grands-parents, qui ont entretenu dans son âme la naïveté de l'enfance. 11 est actuellement

de 35 ans, il a fréquenté l'école d'Oberammergau et a appris le métier de poélier, comme son père. II a fait preuve maintes fois d'un talent théâtral éminent; mais, c'est plutôt à sa vie exemplaire et à son sens idéal qu'il doit son élection. Il lit beaucoup, possède le goût artistique et compose dans ses promenades des poésies simples de forme, mais charmantes d'idées et de sentiments.

Cette année, Ottilie Zwink joue pour la première fois le rôle de Marie, et cela ne lui nuira pas de porter à une plus grande expression ses traits mûrs de Mater dolorosa. Elle s'est montrée un excellent personnage dans tous les exercices, et s'est distinguée par un jeu génial et en même temps naturel. Dans la Passion de HJ00

elle chantait contralto. Elle a 30 ans; ses traits jolis, réguliers, d'expression profondément sérieuse, conviennent parfaitement au rôle de Mater dolorosa. Son père jouera encore le rôle de Judas, comme en 1900. Il sort d'une des familles les plus anciennes et les plus estimées de la Passion; c'est un petit-fils du célèbre peintre Zwink, qui a joué autrefois le rôle de St Jean avec un grand succès. De tous les personnages, c'est lui qui a la tête la plus intéressante, et dont le jeu montre le plus de perfection. Jean Zwink convient pleinement au tragique de son rôle. Sa vie elle-même est marquée de tragique. Peintre décorateur de talent, il n'a pu arriver à beaucoup de succès. De ses quatre enfants très jolis et bien doués, sa fille aînée joue Marie; son fils aine, un petit garçon favorisé de dons corporels et spirituels remarquables, est affligé d'une maladie du cerveau par suite

Marie Mayr (Madeleine de 1910).

d'un accident; et le malheureux père a sous les yeux le triste spectacle de voir languir infirme, sans espoir de guérison, ce fils, qui promettait de devenir un acteur éminent.

C'est une très jolie personne d'une ressemblance vraiment typique, Marie Mayr, qui joue le rôle de Marie Madeleine. Elle est fille du défunt Paul Mayr, sculpteur, dont la femme, blondine d'une beauté remarquable, jouait en 1880 le rôle d'Eve. Elle a déjà représenté en 1900 l'ange du jardin des Oliviers, et a donné dans les exercices des preuves d'un grand talent et d'une jolie langue.

Du jeune Bierling, qui joue le rôle de St Jean, nous n'avons rien à dire, si ce n'est qu' il a une jolie tête avec de beaux cheveux bouclés, et qu'il est le petitfils du vieux Deschler. Il n'a encore donné aucune preuve de son savoir-faire. Nous espérons que le talent de son grand père percera aussi en lui. Un bon acteur éprouvé et un grand talent est également le St Pierre de cette année, André Lang, le Rabbin de 1900, et le roi David de l'Ecole de la croix

Alfred Bierlini; (Jean de 1910).

de 1905. C'est un des premiers sculpteurs sur bois d'Ammergau; sa famill^Jse distingue par un grand talent et une culture remarquable. Le maire Sébastien Bauer joue cette année, comme en 1900, le rôle de Pilate. C'est un des acteurs les meilleurs et les mieux exercés. Il rend la supériorité et la puissante personalité du fastueux Romain avec une grande perfection. La manière caractéristique, avec laquelle il dit sa façon de penser à la bande du Grand-Prêtre, fait vraiment du bien aux spectateurs.

Une de ses filles joue cette année le rôle de Marthe. — Bauer joue à la Passion depuis 1860, et a été un excellent Rabbin en 1S80 et en 1890. - - Pierre Rendl joue cette fois le rôle de Joseph d'Arimathie. Avant, il jouait le rôle de St Jean. Nous sommes convaincus qu'il jouera ce rôle magistralement, selon sa coutume, comme Guillaume Lang jouera Nicodème; nous en avons pour garant la personalité des deux acteurs.

Maintenant, quelques mots de Caiphe que personifiera Georges Breitsamter. Breit-

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satnter, le Nathanii I de IQOO, le prologui de l'I cole de la croix de 100 >, est, non

seulement d ne acteur, mais aussi comme

homme, une des personalités les ;>ltis marquantes d'< >berammergau.

I apable dans toutes 1rs choses de la vie pratique, il s'adonne à l'arboriculture, au plantage, a l'horticulture, et sa villa esl située dans un petit jardin qui est un vrai paradis. Pour représenter Caïphe il a surtout un très joli masque et la barbe rouge requise. Orâce à son talent et à l'expression de sa punie, snii Caïphe sera aussi certainement une bonne production. Deux de ses frères paraîtront sur la scène comme Nathanaël et membre du grand Conseil.

De même, le Rabbin de cette année, Wilhelm Rutz, s'entend admirablement à représenter les caractères. La dernière fois, il faisait Nicodème. Il a surtout les profonds tons d'âme, qu'il ne peut malheureusement pas utiliser dans ce rôle.

Un acteur de premier rang est l'Anne de cette année, Mesner Lang. Son Nathanaël de ISSU et de 1S90, son Caïphe de 1900, et son Roi Saiil de 1905 dans l'Ecole de la croix furent des productions de pre-

Pierre Rendl (Jean de l'année 1900)

Pierre Rendl (Jean de l'année 1900).

mier ordre à tous les points de vue. Cette année, le rôle de Hérode sera joué par le 2e maire, Hans Mayr, fils du célèbre Christ Mayr dont il tient ses talents.

Disons encore quelques mots du maître de dessin Antoine Lechner, que j'ai déjà mentionné autrefois, en sa qualité de bras droit du Directeur Lang. Il s'est chargé cette année du rôle assez ingrat pour lui de Prologue. Fils de l'excellent ancien Judas, il possède un remarquable talent artistique, principalement pour les rôles de caractères, et il deviendra probablement un aussi fameux Judas que son père. Dans les précédents jeux de la Passion, il a été en grande partie ténor au Chœur. C'est cette année la première fois qu'il parait à la Passion avec un rôle parlant. Lechner est une fraîche et aimable nature artistique, mène une jolie vie de famille et a des enfants bien doués.

Georges Breitsamter.

Il a une fille qui possède une belle voix de soprane et qui est employée au Chœur. Lechner a encore plus fait comme peintre et dessinateur que comme acteur. Etant enfant, il montrait déjà du talent pour la pein-

Antoine Lechner, maître de dessin.

ture, mais à cause de ses yeux il ne put que faiblement s'adonner au dessin. Plus tard, grâce à son grand amour du travail et à son étonnante énergie, il parvint à entrer à l'Ecole des Beaux Arts à Munich, et à passer un examen, qui lui permit d'obtenir de l'Etat une place de maître à l'école de sculpture. Il est très capable dans sa partie, exécute de temps en temps les décorations pour la scène des exercices et de la Passion; enfin, aide au Directeur Lang dans les croquis de costumes.

L'entrée de lésus à Jérusalem.

La Passion."

La Passion d'Oberammergau tend-elle à devenir un théâtre mondain, organise dans le but sacrilège de battre monnaie, comme l'on dit vulgairement? Nulle apparence! C'est la foi qui y attira les foules autrefois, c'est la foi qui les y attire encore aujourd'hui et qui les y attirera toujours. Quant aux habitants d'Oberammergau, ils n'ont d'autres vues que d'édifier, et d'accomplir le vœu fait par leurs ancêtres.

Essayons de dépeindre à nos lecteurs les impressions d'un jour de représentation.

De grand matin, nous sommes réveillés au son des boîtes qu'on tire pour annoncer la fête. Nous suivons la foule recueillie qui se porte vers l'église, pour assister au Saint Sacrifice de la Messe. Parmi les assistants, nous distinguons les acteurs de la Passion, qui viennent demander à Dieu d'être à la hauteur de leur rôle.

De nouveaux coups de boîtes annoncent que la représentation va commencer. Hâtons-nous pour arriver à temps.

Une sensation toute particulière nous saisit, lorsque nous approchons de l'immense halle, qui, avec sa voûte gigantesque, fait déjà une impression grandiose. Une silence religieux nous environne; un respect extraordinaire s'empare de nous, à l'aspect de la vénérable et antique tribune, qui, à de faibles changements près, a gardé sa phvsionomie primordiale à travers les siècles. Même le sol où cette tribune est dressée, nous semble sacré; et sa vue fait naître en nous ce sentiment indéfinissable, qu'éveillent les monuments sacrés des premiers âges.

Par delà le faîte du théâtre, nous voyons le sommet des montagnes s'élever majestueusement, et un beau soleil inonder de ses ravons les rues de Jérusalem.

La musique commence, elle sort adoucie, harmonieuse du local couvert de l'orchestre. Du portique de la tribune se développe lentement et solennellement le Chœur. En blancs vêtements antiques et en manteaux bigarrés, il traverse en deux demi-files l'avant-scène

en se plaçant en longue ligne. Le chef du chœur commence son récitatif.

De même que nous éclatons en larmes, quand un de nos semblables nous adresse tout à coup la parole, pour nous dire qu'il prend part à une peine, que nous portons depuis longtemps silencieusement dans notre cœur; de même, à ce prélude du ( oryphée, toute l'étendue de la misère de la malédiction divine qui pèse sur l'humanité envahit notre âme, et fait monter à nos yeux des larmes intarissables.

Le 1er tableau parait: „L'homrne chassé du Paradis".

Adam et Eve, vêtus de peaux, sont expulsés du paradis terrestre par l'Ange armé d'une épee flamboyante. Adam cache son visage dans ses mains. Eve, de son côté, le cœur plein d'amers regrets, tourne ses regards vers le Paradis perdu ; et avec elle la triste humanité tourne ses yeux en arrière vers le Paradis envolé de la paix religieuse, de la piété enfantine. Le chœur accompagne ce tableau de mélodies saisissantes. Maintenant „le prologue" prononce les belles strophes, versifiées en métrique antique, dans lesquelles Daisenberger a habillé l'ouverture chorale, en refondant le texte en ïambes.

Ineffablement belles, et harmonieuses aux oreilles, comme une consolante promesse après l'annonce de la malédiction divine sonnent les paroles d'Antoine Lechner.

Mais déjà de bruyants hosannas retentissent derrière la scène, et aux cantiques angéliques se mêlent les chants d'allégresse du peuple, qui vient offrir ses hosannas au Rédempteur. Le spectateur éprouve une sensation étrange; il ne s'attendait pas à ces masses, à ce goût dans l'assortiment des couleurs et des costumes, à cette vie passionnée, convulsive, en mouvement et en action; il est sous l'empire d'une véritable fascination, et se demande s'il est au ciel ou sur la terre. Tout à coup, avant même que nous ayons repris possession de nous-mêmes, un frisson nous traverse: le voici en personne, Celui dont le portrait nous

est familier depuis notre plus tendre enfance! Il avance, vivant, agissant. Ce n'est pas une scène théâtrale qui se joue, c'est une scène réelle qui se passe sous nos yeux: la foi a opéré ce miracle! La foule, sous des costumes variés, se remue, agite des palmes, étend des draperies sous ses pas. Il s'en détache, approche et nous laisse voir distinctement sa taille svelte, parée de sa robe grise et rouge traditionelle, sa longue chevelure partagée sur le front, et son noble visage empreint de chasteté, de douceur et de résignation. C'est le Christ en personne qui est là devant nous!

Il ne perd rien à être comparé avec son prédécesseur. Tous deux répondent à un des types de Christ imaginés par les peintres. Antoine Lang n'a pas la profondeur d'âme de Mayr; mais il la remplace par une pose plus parfaite, au point de vue dogmatique. Il n'a pas non plus les tons de sensations profondément senties, dont Mayr dispose; mais il les compense par la dignité, la majesté de sa prestance et par l'émotion extraordinaire qu'elle provoque. Mayr était le Dieu puissant qui savait qu'il allait volontairement à la mort, le Dieu puissant, chez qui seule la nature humaine tremblait sous une volonté inflexible; le Christ, en qui on voyait la nature humaine aux prises avec la nature divine. Antoine Lang est l'Agneau de Dieu qui porte les péchés du monde sans plainte, sans résistance, avec une muette résignation. A part Flunger, personne dans ce siècle n'a rendu le type allemand du Christ avec autant de perfection qu'Antoine Lang. Quand on le voit en croix, on s'imagine avoir sous les veux le superbe Crucifiement d'Overbeck, au Rosminianum de Stresa.

Mais, suivons la marche de l'action. Le Christ est descendu de son humble monture et a mis le pied dans le portique du temple, au milieu des acclamations du peuple. Témoin de la profanation des marchands, qui y trafiquent comme sur un marché, il lève la main, dans un accès de sainte colère, renverse les tables et chasse

.i coups de fouel du temple les pn ifanateui Les Pharisiens sonl furieux, 1rs marchands ivenl la vengeance, la bête humaine offen

sée se joinl au pouvi lenacé de la horde

sacerdotale; et tous deux jurent la perte du i luist. I .i pierre mm laquelle va se bâtir ce1 édifice de perdition est maintenant posée. Dans l'acte suivant commence la conjuration du ( irand-< onseil.

Grandiose est cette assemblée du Grand-* onseil, qui constitue un point magistral ilu texte Weiss-Daisenberger. La profonde dialectique des chefs, le fanatisme religieux, qui s'v montre clans toute sa raideur, de concert avec la hiérarchie sacerdotale menacée dans son existence; la violence du caractère judaïque, qui demande oeil pour œil, dent pour dent; tout cela loi nie un tableau d'un réalisme saisissant, magistral.

Après cela, viennent les adieux de Béthanie, qui serrent le cœur de tous les assistants. Ici, les saintes Femmes font leur première apparition sur la scène. Marie Madeleine oint les pieds du Seigneur et les essuie avec ses longs cheveux blonds.

Judas condamne cette prodigalité; nous sentons que l'avarice le possède déjà. Puis, nous sommes témoins des adieux mutuels du Sauveur et de ses disciples, des adieux de Marie à son divin Fils, dans lesquels elle le remercie de l'amour qu'il lui a témoigné durant les 33 années de sa vie (une des scènes les plus belles et les plus touchantes). Il n'y a rien de plus poignant que le spectacle de ce Voué à la mort, qui va, en pleine possession de lui-même, au devant de sa fatale destinée. Ces lugubres préparatifs, pendant lesquelles le Christ explique à ses disciples le but de sa Passion, le Lavement des pieds, la Cène, tout cela conduit l'âme à travers un océan de douleurs devinées, jusqu'à la montagne des Oliviers, où la scène déchirante qui s'y passe, change ce pressentiment en une certitude navrante, et fait sur les spectateurs une impression indescriptible. Le Lavement des pieds et la Cène sont rendus avec tant

de pei fe< tion, que nous pouvons les appi l< i un in\ st.ic qui initie l'âme à la ;oun e primordiale de tout amour, et la plus haute

i eprésental de la I H\ inih par l'art.

Maintenant vient le prélude du Jardin des Oliviers. Les superbes tableaux de la „descente de la manne" et des ,, raisins de ( . 1 1 1 . a " ont préludé a la ( eue, un tabli tu

précède la scène des Oliviers: ,,Ailain g i n

son pain ii la sueur de son front", un autre: „Joab met a mort Amase dans le champ de (iabaon" précède l'arrestation de Jésus.

Nous sommes avec le < hrist sur la montagne des Oliviers; nous sommes témoins de ses angoisses mortelles; nous entendons les plaintes et les reproches qu'il adresse à ses disciples : „Vous ne pouvez pas veiller une heure avec moi!" Mais la nature humaine est faible: les disciples se laissent de plus en plus gagner par le sommeil, tandis que l'horreur de la mort envahit de plus en plus PHomme-Dieu. On voit Jésus pâle, défiguré, mais beau se dégager du fond de la scène et continuer sa marche lugubre, après avoir été réconforté par un ange.

Nous espérions encore contre toute espérance. Non! nous disions-nous, Jésus, la Bonté même, ne sera pas mis à mort; mais, Il est déjà entre les mains de ses ennemis. Le voici maintenant devant Caïphe. Je passe sous silence les cruels interrogatoires de Caïphe et d'Anne, les mauvais traitements d'une soldatesque grossière, l'horrible martyre de l'Homme-Dieu. Ces scènes sont rendues avec une perfection, dont ceux qui n'y ont pas assisté ne peuvent se faire une idée. Entre ces scènes viennent la fuite des disciples, le repentir de Pierre, la fin tragique de Judas. Voici le Juste devant Pilate. Le spectateur se prend encore à espérer que Pilate ne confirmera pas l'arrêt de mort de Jésus, et qu'il déjouera les machinations du Grand- Conseil. Les accusations qu'il formule contre les Prêtres tombent comme des coups de massues sur leur tête et réconfortent les assistants; mais le Romain est trop faible

Le chemin de la croix du Christ.

pour sauver Jésus: il l'envoie à Hérode; mais même cet homme sans conscience, qui froidement a fait trancher la tête de St Jean, ne trouve en Jésus aucun motif de condamnation et le renvoie à Pilate. Celui-ci veut avoir l'avis du peuple; mais, en attendant, il fait flageller Jésus. Jésus est attaché à un poteau, frappé de verges et couronné d'épines.

Les bourreaux frappent, il est vrai, avec un acharnement qui fait mal au spectateur, pour enfoncer la couronne d'épines sur la noble tête du Sauveur; néanmoins le sentiment esthétique n'en est point blessé.

„ll a voulu entendre l'avis du peuple, qu'il l'entende," crient les Prêtres, et déjà retentit dans les rues un murmure de révolte. Ameuté par le fanatisme des Prêtres, la foule furieuse, à laquelle se mêlent les marchands chassés du temple, accourt de tous les points de la ville, se masse devant le palais de Pilate, et demande à grands cris la mort du Christ. Pilate tenuencore une fois de sauver Jésus, en promettant à la meute en furie de lui livrer

Barabbas; mais le peuple veut qu'on lui livre le Christ et qu'on rende la liberté au scélérat. Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants! Pilate est contraint de céder. 11 se lave les mains, il ne veut pas assumer la responsabilité de la mort de l'Innocent; mais, il dit d'une voix mal assurée: Prenez-le et crucifiez-le!

Voici Jésus sur le chemin de la croix. Deux superbes tableaux apparaissent: „lsaac gravit la montagne de Moria, portant le bois de son sacrifice", et ,,1'élévation du serpent d'airain, symbole du Crucifiement."

Le rideau se lève de nouveau, et nous voyons les Saintes Femmes, profondément affligées, mais encore ignorantes de l'arrêt de mort, en train de chercher le divin Maître. Tout à coup un triste cortège débouche d'une rue: c'est un criminel que l'on traîne au supplice. Mère infortunée, c'est en ce moment que se réalisent les paroles du prophète, annonçeânt qu'un glaive de douleur te transpercerait le cœur. Courage! ne défaille pas en voyant ton divin Fils innocent monter sur le Golgotha, chargé du bois de

la croix, ( c un criminel, Jésus sui

combe poui la le Fois s»ih •>• >n lourd Fai deau , "ii l'en débai rasse e1 on en chai les épaules de Simon le < \ i énéen. 1 n ce moment, les Saintes Femmes s'approchenl de lui en pleurant. „Ne pleurez pas sui moi, Filles de Jérusalem; pleurez sur vous et sur vos enfants!" A peine Véronique a-t-elle essuyé sa Face adorable que les valets les repoussent; elles n'ont plus que la consolation de marchei derrière le lugubre cortège.

Jésus L-st sur le Oolgotha. La scène se transforme. Le Chœur apparaît en manteaux de deuil et entonne le cantique funèbre.

Le Chœur en est aux dernières strophes de sou chant plaintif; on entend derrière la scène un bruit étrange, semblable à des coups de marteau. Est-ce que l'on clouerait . . . .? Non! ce serait affreux! On entend et on ne veut pas entendre! LJn silence de mort règne dans l'enceinte. Les coups de marteau deviennent plus distincts. Le rideau se lève : le Christ gît là étendu sur la croix, les pieds tournés vers les spectateurs. Les bourreaux lui enfoncent, à grands coups de marteau, de gros clous dans les pieds et dans les mains. Ils transpercent ces mains, qui n'ont fait que bénir et répandre des bienfaits; ces pieds, qui ne se sont mus que pour des œuvres de charité. A droite et à gauche, s'élèvent déjà les croix des deux larrons.

Enfin la lugubre besogne est achevée.

Les bourreaux dressent la croix et le Christ pend sur son bois d'ignominie, nu, dépouillé, sous les regards attendris des spectateurs. Des yeux se mouillent de larmes, des sanglots se font entendre, tous les assistants sont en proie à la plus vive émotion.

Il fait sombre. Au pied de la croix, les bourreaux jouent la robe ensanglantée du Sauveur; les Prêtres sont dans l'allégresse, le peuple raille la sainte Victime: Descends de la croix, si tu es le Fils de Dieu! Il en a appelé à Dieu, son Père; qu'il le sauve! Il a dit qu'il rebâtirait en trois jours

h templi di 'H i irp , qu'il montri ma nant sa puissant I '

I t le < hrisl loui nani di tulouri u ■ menl sa tête: „Seigneur! pardonnez-leur! ils ne savi m ce qu'ils Fonl !"

Même un dis deux Lirions, au milieu

de sis propres souffrances, le raille également. L'autre accuse son compagnon d'ignominie: Nous recevons la récompense digne de nos forfaits, mais celui-ci n'a pas fait de mal! Puis s'adressant à Jésus: Seigneur! pensez à moi, quand vous serez dans votre céleste Royaume!

Alors le Christ lui dit cette grande parole: En vérité, je te le dis: aujourd'hui même tu seras avec moi au Paradis! Nouvelle raillerie des Pharisiens: Il ne peut pas se sauver lui-même et il promet aux autres le royaume du ciel ! Mais le Christ n'entend plus rien, la vie lui échappe, il penche la tête vers Marie et Jean : Femme, voici ton fils! Fils, voici ta mère! Puis: j'ai soif! On lui tend au bout d'une lance une éponge imbibée de vinaigre. II en mouille ses lèvres. Il pousse le cri: Eli, Eli! lama sabactani ! Enfin, après avoir prononcé ces dernières paroles: Tout est consommé! Mon Père ! je remets mon âme entre vos mains, il penche doucement la tête et rend le dernier soupir.

La terre tremble, le soleil s'obscurcit, les tombeaux rendent leurs morts, le voile du temple se déchire, la nature entière se révolte!

Les spectateurs voient encore avec horreur la plaie du côté, et le sang qui s'en échappe; ils voient la foule se disputer le corps adorable du Sauveur, comme une bande de loups affamés se disputent une proie. Pilate le remet entre les mains des siens.

La meute se disperse, épouvantée par les signes qui suivent la mort du Christ; les Prêtres, également consternés, se réfugient dans le temple; le Oolgotha est désert, la raillerie et le blasphème sont muets, la révolte de la nature s'est apaisée, le calme du soir enveloppe la montagne du Sacrifice,

on n'entend plus que les larmes discrètes des Saintes 1 emmes.

Maintenant s'approche l'amour compatissant; jamais un chant de fidélité pareil à celui qui va être chanté n'a été entendu. Les semences d'amour répandues sur la terre poussent leurs premiers germes.

Joseph d'Arimathie et Nicodème arrivent avec des échelles et des instruments, pour détacher le corps du Sauveur. Ils montent sur la croix et enlacent autour du corps de longs draps; des amis, au pied de la croix, en saisissent une extrémité, de manière que le corps glisse doucement en bas. Joseph et Nicodème arracheant les clous à l'aide de tenailles; on entend le bois craquer, on voit des éclats s'en détacher.

Marie, assise sur une pierre, attend son Fils, résignée, les mains jointes. Nobles cœurs, dit-elle à voix basse, hâtez-vous de m'apporter le corps de mon enfant!

Les Saintes Femmes étendent à ses pieds un linceul pour le recevoir.

Enfin les clous sont arrachés. Un des deux amis pose avec précaution sur les épaules de l'autre les bras du corps. Joseph l'enlace: Doux fardeau! viens sur mes épaules! Il descend. Le corps, moitié porté, moitié posé sur les draps, glisse en bas le long du bois du supplice.

Nicodème lui tend les bras: Viens, saint corps de mon unique ami; laisse moi t'enlacer! Tous deux le portent à Marie. Celleci le reçoit sur ses genoux.

Madeleine s'agenouille à côté: Laissezmoi encore une fois baiser la main, qui m'a si souvent bénie. Une autre, parmi les Saintes Femmes, se jette sur lui: Cher Maître, encore une larme sur ton corps inanimé!

Quant aux hommes, ils se tiennent debout auprès du corps, dans l'attitude du plus profond recueillement.

Jésus est mis dans le tombeau. On chante:

„Repose doucement, sainte Dépouille, repose de tes labeurs dans la paix du tombeau! Repose doucement dans le sein de la terre jusqu'à ta transfiguration. Tes restes sacrés ne seront jamais la proie de la pourriture. Chrétiens! courbez la tête dans un profond respect! Vous êtes devant le saint tombeau de Celui qui veut pour présent mm de l'or, mais un cœur simple."

Devant le tombeau se tiennent les gardes que les Pharisiens ont placé là pour empêcher le miracle. Tout à coup un grand bruit se fait entendre. La pierre sépulcrale est renversée, les gardes tombent à terre et s'enfuient. Jésus, vainqueur de la mort, sort du tombeau!

Après le chant de triomphe exécuté par le chœur, succède l'apothéose finale au milieu des alléluia. Le Christ monte au ciel sous les yeux de ses Disciples et des Saintes Femmes . . .

Mais le soir tombe, les rayons du soleil frappent en lignes obliques sur la tribune de la Passion. Le rideau descend lentement au milieu des alléluia qui retentissent de toutes les bouches, emplissent les plaines, les montagnes. On dirait que la nature tout entière prend part à la fête de la Résurrection. La foule quitte le théâtre, sans bruit, profondément émue. Les montagnes sont illuminées par le soleil couchant. Les trains du soir qui ramènent chez eux les Pèlerins, les ramènent sérieux, pensifs, attendris et quelquefois métamorphosés, ressuscites de la mort de l'incroyance, résolus de commencer une nouvelle vie, répétant, malgré eux, au fond de leur cœur la strophe finale du Chœur:

Alléluia !

loué, glorifié, aderé et aimé soit à jamais le Christ ressuscité!

TABLEAUX du jeu de la Passion d'Oberammergau.

Dans cette partie du livre le lecteur trouvera les tableaux et les scènes des jeux précédents de la Passion d'Oberammergau. Beaucoup de ceux qui ont assisté à la dernière ou à l'avant-dernière représentation retrouveront avec plaisir parmi les acteurs une ancienne connaissance qu'ils ont déjà vu soit dans sa jeunesse soit dans son âge mûr; car, cette année, vétéran de la Passion, il paraîtra encore une fois sur le théâtre et y jouera un rôle.

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Christi Abschied von Maria. (1900.)

Christ t a k i n g 1 e a v e o f t h e Virgin Mary.

Le Christ fait ses adieux à sa s" Mère.

Mary of 1900.

Maria von 1900 (Anna Flunger).

Marie de 1900.

Kreuzabnahme. (1900.)

The Descent from the Cross.

La descente de la croix.

The expulsion from the garden of Eden.

Die Vertreibu:ig aus dem Paradiese.

L'expulsion du Taradis.

The Departure of Tûbias.

Dcr Abschied des Tobias.

Le départ de Tobie.

Der Herr gibt dem Volke das Manna und die Trauben aus Kanaan. The Lord gives to the people the manna and the grapes of Canaan. Le Seigneur donne au peuple la manne et les raisins de Chanaan.

Toseph sold by his brethren. Joseph wird von seinen Briidern verkauft. Joseph vendu par ses fiéres.

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