INTRODUCTION
saires pour un tel travail, il a pu lui donner une scrupuleuse exactitude'.
Si, comme le disait Oberkampf, il n'y a rien d'utile à connaître que ce qui noua apprend à bien faire, certes une vie comme la sienne, riche de nobles exemples et d'utiles enseignements, mérite d'être connue au delà du cercle restreint de la famille et de l'amitié.
Elle est à bon droit revendiquée par cette commune de Jouy, qu'un long séjour et tant de liens puissants lui avaient rendue chère, et par celle d'Essonnes, qui lui doit encore sa prospérité; elle appartient à la France, seconde patrie d' Oberkampf, et à laquelle, en lui consacrant ses rares facultés , il avait donné tout son cœur. — Rapporter les faits, publier les pages où l'on sent battre ce cœur si généreux, nous a semblé la meilleure manière de faire connaître et aimer Oberkampf.
Jouy, 4 octobre 1865.
1. Las détails techniques assez nombreux dans ce volume nous ont paru de nature à. intéresser nos industriels.
Jl tCy a rien d'utile à connaflre que ce gui tumt apprend à bien faire.
(OBEBKÀMI'F.)
Sur la route de Versailles à Bièvres par la vallée de Jouy, au bord du chemin, se trouve une maison de modeste apparence et dont la façade porte cette simple inscription : C. P. Oberkamjif, 1760. — 'Que signifient, que rappellent ce nom et celte date?
Le nom d'Oberkampf, célèbre dans l'industrie française, est justement vénéré dans cette contrée dont il fut le bienfaiteur; la date est celle de son arrivée à Jouy. A cette époque remonte une prospérité de cinquante
années, dont le souvenir est encore vivant dans bien (les cœurs- Cette maisonnette, connue sous le nom de a Maison du pont de pierre, » a été le berceau d'une industrie qui, durant un demisiècle, occupa un grand nombre d'ouvriers dans cette vallée; elle est à peu près tout ce qui reste de la manufacture de Jouy. Acquise par la fille d'Oberkampf, Mme Jules Mallet, elle fut sauvée de la ruine, et par une heureuse transformation, due à la piété filiale jointe à la charité, l'atelier est devenue salle d'asile; le souvenir d'Oberkampf protège encore les enfants de Jouy.
Laissons Oberkampf lui-même nous raconter ses premières années; rien ne saurait remplacer l'aimable simplicité de ce récit :
a La profession de mon grand'père était a celle de teinturier à Vayhingen, alors dans a le duché de Wurtemberg ; mon père a suivi « la même carrière, lia commencé ses voyages « à dix-huit ans, cherchant toujours à tra-
« v ailler dan s les plus grands ateliers pour se « perfectionner dans son art. H a appris à « imprimer la. réserve, et il est retourné chez n son père pour lui apprendre à faire des « toiles fond bleu avec dessin réservé en blanc, « puis il a repris le cours de son Voyage. Après « avoir assez "voyagé, il s'est établi àWiesen- « bach, dans le margraviat d'Anspach, où il « s'est marié et où je suis né le 11 juin 1738. i Quelques années après il a été recberebé « par une grande manufacture établie à Klos- « terbeilbronn , pour teindre des flanelles « qu'on imprimait ensuite à une ou deux cou- « leurs avec des planches de cuivre. Il n'a « pas balancé à s'y engager, car toute espèce '< d'impression lui tournait la tète. Il céda son « établissement à un de ses frères, en 1744, « et transporta sa famille à Klosterbeilbronn. u Pendant qu'il était dans cette manufacture « où l'on ne travaillait que sur des étoffes de « laine, il ne cessa de s'occuper aussi de l'im- « pression des toiles de coton, dont il ne sait vait faire encore que les fonds bleu et blanc
6 OBBHKAMPF. [1744]
o et à force d'essais, il réussit à faire le con- « traire, c'est-à-dire à imprimer le dessin k bleu sur un fond blanc. Ce procédé, regardé « jusque-là comme impossible, devint l'ori- « gine de sa fortune et par suite de la mienne, * car ce bleu a été la cause que M. Rihyner, « de Bàle, a cherché à avoir mon père dans sa « manufacture d'indiennes. C'était toute son « ambition d'entrer dans un établissement de « ce genre. »
Par une clause expresse de l'accord établi entre Philippe-Jacob Oberkampf et M. Rihyner, le jeune Christophe-Philippe devait apprendre à dessiner et à graver dans cette manufacture ; alors âgé de onze ans, il commença par le degré le plus bas de la profession, celui de tireur, qui consiste à remuer la couleur dans les baquets. Mais, observant avec intelligence tous les travaux de la fabrication, il fit de rapides progrès. Cette manufacture où Christophe-Philippe débuta était située au petit Bàle, sur la route de Lœrrach, au bord de la petite rivière Teich.
L'engagement de Philippe-Jacob étant arrivé à son terme en 1752, il résolut de monter une fabrique pour son propre compte et alla s'établir à Lœrrach, dans le margraviat de Bade, à deux lieues de Râle. Déjà utilement secondé par sou fils, il organisa un modeste matériel dans une ancienne papeterie; mais à peine eut-il commencé à fabriquer qu'il se vit forcé d'abandonner ce local à un nouveau propriétaire. Dana cette conjoncture il accepta la direction d'une fabrique d'indiennes qui lui était offerte à Schaffisheim, près Lcnzbourg, en Suisse, et il déplaça sa famille pour la quatrième fois en 1753.
Le père et le fils voyageaient à pied, à petites journées, portant leur léger bagage au bout d'un bâton ; les fabricants de leur profession leur offraient toujours l'hospitalité, et suivant la coutume, célébraient leur passage comme un jour de fête. Philippe-Jacob ne resta que deux ans à Schaffisheim, toujours préoccupé de se créer un établissement ; mais sa nationalité étrangère étant un obstacle, il
s'adressa au gouvernement de Berne, qui l'autorisa à acheter une bourgeoisie dans le canton, ce qu'il fit plus tard. En attendant il obtint la permission de B'établir à Aarau, en s'associant pour la forme à un teinturier, bourgeois de la ville. Il y trouva un emplacement favorable et y monta son industrie en 1 755 ; cette petite manufacture prospéra et fit de très-bonnes indiennes pour l'époque ; Christopbe-Philippe s'y rendit fort utile.
Après avoir travaillé encore deux ans dans les ateliers de son père, le jeune Oberkampf qui n'avait plus rien à y apprendre, témoigna le désir de voyagera son tour pour s'instruire et se perfectionner; le père commença par s'opposer au projet qui devait le priver d'un auxiliaire intelligent et laborieux; la bonne mère cependant, Anna-Madeleine Sehm 1 , en-
1. Son père, Jean-Joseph Sehm , 6tait jardiniste, ou, comme on disait, jardinier-artiste du comte de Hohenlohe et s'était fait une certaine réputation par le goût qu'il apportait à l'arrangement des jardins du plaisance dont il fit, à l'âge de soiiante -treize ans, l'objet d'une Kutke détaillée.
[1755] OBBRKAMPP. 9
couragea plutôt lo désir légitime du jeune homme : clairvoyante, elle comprenait le véritable intérêt de son enfant.
Il dut certes lui en coûter, car il s'agissait d'un grand parti et d'une séparation pénible ; aurait-elle pu s'y résoudre sans cette confiance absolue dans la Providence qui se manifeste dans chacune de ses lettres?
Christophe-Philippe, de son côté, plein d'ardeur et sans présomption, avait la conscience de sa valeur et un ferme espoir dans le succès de son entreprise; lui aussi puisait sa force dans les principes religieux que lui avaient inculqués sa mère et qui, loin de sa famille, dans un pays étranger, se développèrent dans son âme et exercèrent une puissante influence sur toute sa vie.
Que serait-il arrivé si, suivant son premier dessein (qu'il mentionne dans une lettre à son père, datée du Clos-Payen, le 10 août 1759), .Oberkampf eût fixé en Espagne son industrie naissante? Quel changement de destinée si
au moment d'opter, le doigt de la Providence n'eût indiqué la route de France I Ayant donc obtenu l'assentiment et la bénédiction de sa mère, Christophe-Philippe partit un jour pour Mulhouse, où il entra, en qualité de graveur dans la manufacture de MM. Samuel Koechlin etDollfuB, connue sous le nom de cour de Lorraine. Il y travaillait depuis environ six mois lorsque son père le rappela auprès de lui, promettant à l'avenir de ne plus entraver ses projets. De retour sous le toit paternel, il enseigna à son frère ce qu'il avait appris; son émancipation, cependant, ne se fit pas attendre : un teinturier qui connaissait son père vint le voir à Aarau; il était envoyé par M. Cottin , fabricant à Paris , pour chercher en Suisse des artistes en toiles peintes; Christophe-Philippe fait en ces termes le récit de cet incident et de ce qui s'ensuivit :
« Je n'ai jamais fait à personne un aussi « bon accueil qu'à M. Franz; mon père lui « promit de me laisser aller, et je suis parti
fl758] OBERKAMFF. 11
h quelques semaines après, en octobre 1758, « pour Paria , où je fus très-bien reçu de « M. Cottin, à l'Arsenal, mais bien fâché de « ne pouvoir parler avec lui, car je ne savais « pas un mot de français. 11 me promit vingta quatre livres par semaine pour faire les « couleurs, et que la gravure me serait payée « à part; je m'estimai très-heureux de pou- « voir épargner trente à trente-sis livres par « semaine. Ma nourriture ne me coûtait pas « vingt sous par jour, et j'avais une chambre « gratis à côté de mon atelier'. M. Cottin « avait sa fabrique à l'Arsenal, dans la cour « des Prïnees; c'était un lieu privilégié où « demeuraient les gens qui avaient mal fait i leurs affaires; il y imprimait des toiles en
I. Oberkampr prenait alors ses repas à dix-huit sous par jour, rue Mouffetard, chez une pauvre femme qui hébergeait les ouvriers . Plus tard, devenu riche, il se
misères de son noviciat; seulement il oubliait d'ajouter qu'il s'était efficacement souvenu de sa pauvre hfltasse du faubourg Saint- Marcel, en la mettant pour le reste de ses jours à l'ahri du besoin. (M. Fagea. Voir la
note G.)
« faux teint ; pour moi j'ai travaillé de Buite a en bon teint. »
« Jetravaille maintenant au Clos-Payen, »
écrit Oberkampf en 1 759 ; « je n'ai pas encore i gâté une seule pièce et j'ai fait de très- » belles marchandises ; faites en sorte de a m'envoyer Fritz (son frère) le plus tôt pos- * sible; je pourrai le plaeer aussi, car il s'é- « lève dans ce moment des fabriques de tous « côtés où l'on a besoin de gens qui sachent « quelque chose. »
Il faut noter ici qu'avant 1759, il était interdit, dans l'intérêt des industries privilégiées, (Un, chanvre et soie') de fabriquer en France des indiennes.
L'importation était, de plus, sévèrement prohibée ; la contrebande fournissait seule aux consommateurs les produits des manu-
l.Ljon, Tours, Rouen, AjmBns,Reims,Beauvais, avaient le monopole de ces (if sus; le résultat de cette prohibition était, dit M. Fages, que chaque année, plus de 20 millions de francs sortaient du royaume au profit des manu factures étrangères.
[17E9] OBEBKAMPF. 13
factures de la Suisse et du Comtat Venaissin . Les agents des douanes les arrachaient de dessus les épaules des femmes en pleine rue ; malgré ces rigueurs, peut-être même à cause d'elles, le goût de la nation pour les toiles peintes était devenu si général que le gouvernement jugea d'abord à propos d'en permettre l'introduction moyennant un droit de 1 35 fr. par quintal ; enfin un édit royal, eu date du 9 novembre 1 759, en autorisa la libre fabrication dans le royaume; ce fut une véritable révolution pour l'industrie française.
L'abbé Morellet, littérateur distingué et membre de l'Académie, qui luttait depuis longtemps contre l'opposition des fabriques de Lyon et de Normandie, eut la gloire de hâter par ses écrits le mouvement de l'opinion qui aboutit à cette heureuse émancipation.
A l'époque où Oberkampf arriva à Paris, environ un an avant l'édit, deux localités échappaient seules, par une bizarre exception, à l'interdiction qui pesait sur l'industrie des toiles peintes; c'étaient l'Arsenal et le
14 OBBRKAMPF. [1759]
Ckw-Payen , situé sur la rivière des Gobelins; les indiennes de Neufchâtel se -vendaient au Clos-Payen, et à l'Arsenal le sieur Gottin avait pu établir un atelier d'impression. Criblé de dettes, Cottin, qui avait fait deux fois faillite, payait très-mal ses ouvriers; tout présageait la cessation prochaine de sa fabrication. Oberkampf cependant tint son engagement et travailla plusieurs semaines sans salaire.
Enfin il quitta ce patron à la fin de 1759 ; son frère, arrivé à Paris dès le mois de septembre, fut placé 4e suite comme maître graveur chez M. ïavannes, suisse du Roi au
1. Le Clos-Payen. Il serait curieux de pouvoir retrouver l'origine de te nom. Le Ct<is-i'tnjcu est un vaste enclos situé bu faubourg Saint-Marcel, borné au midi par le boulevard des Gobdins et traversé par deui bras de la Dièvre. Quelques vieux bâtiments, indiquent parleur construction, qu'ils ont dù servir d'usine a différentes év.ciiues; d'abord anneie de l'Arsenal, le Clos-Pagea sera devenu établissement séparé; vingt-six ans plus tard on y imprimait encore. M. Demaraïse, dans une lettre de février 17$6, dit qu'il vient d'Stre acheté par un sieur Hene, beau-frère d'Ebinger, « votre ancien serviteur, n fabricant à Saint-Denis.
contrôle-général des finances, qui avait commencé à monter une imprimerie d'indiennes dans la rue de Seine-Saint-Marcel. Sa position l'ayant mis à même d'être informé de l'arrêté du conseil qui permettait cette industrie en France, avant que l'édit royal fût publié, il s'était hâté d'entreprendre un établissement, afin de n'être devancé par personne. Tavannes n'ayant aucune connaissance en fait de fabrication, jugea utile de s'assurer le concours d'un artiste , et offrit à Oberkampf aîné de se charger de la direction des toiles peintes dans sa manufacture; il faisait les avances de fonds, et les bénéfices devaient être partagés par moitié; il lui assurait, en outre , 1 0 sous par chaque pièce pour la gravure des planches'.
1. Il parait que vers cette époque il lai arriva de prendre un billet de loterie et que la fortune le favorisa ; jamais il ne- voulut recommencer; il fit mieui que de se fier aux caprices du sort et recourut à un moyen plus lent, mais plus sùr do s'enrichir, à ce travail persévérant tx consciencieux qui fut béni du ciel et qui fit son bonheur en même temps que sa fortune.
Ces conditions furent acceptées et confirmées par un acte en date du 2 janvier 1 760.
Mais, « avec ce bon sens qui est le génie a de l'industrie, Oberkampf s'aperçut que « le quartier-général était mal placé. — Pourk quoi s'emprisonner dans un faubourg du « vieux Paris où l'espace devait manquer au « succès futur? — Ne valait-il pas mieux s"é- « tablir à la campagne? — Là on aurait plus h de facilité pour s'étendre et la main-d'œu- « vreàmeilleurmarché.» (M.Facbs.)
Tavannes donna son assentiment à cette manière de voir, et bientôt fut trouvé l'emplacement favorable. En remontant le cours de la Bièvre , dont l'embouchure se trouve aux Gobelins, nos trois explorateurs, Oberkampf, son frère Fritz et Tavannes, arrivèrent dans la vallée de Jouy et s'y installèrent.
Avec eux, arrêtons-nous un instant dans ce lieu pittoresque où Oberkampf va fixer son industrie , et où se passera le reste de sa vie, une période de cinquante-cinq ans , au milieu des circonstances les plus diverses et
souvent les plus critiques , où , à l'âge de soixante-dix-sept ans, il s'endormira en paix; où, enfin, depuis ce jour de novembre 1759 qui le vit arriver à Jouy, quatre générations se sont succédé dans cette riante vallée et y ont vécu paisibles et heureuses'.
Situé entre une double rangée de côteaux boisés, sur les bords de la Bièvre, le village de Jouy-en-Josas ne se composait encore que de quelques maisons groupées autour de l'église, mais son château, habité par le marquis de Beuvron (d'Harcourt), dominait toute la vallée , dont la vue était bornée à l'ouest par l'aqueduc de Bue. — Le sile plut tout d'abord à Oberkampf; il lui rappelait les vertes contrées de l'Argovie; s 'étant assuré que l'eau nécessaire à son industrie ne manquait point, et que l'établissement pourrait s'étendre sur des terrains dont la valeur n'était pas grande, sa résolution fut aussitôt prise. — Ayant aperçu une maisonnette
1. Voyez à la tin du volume les détails historiques sur Jouy, note A,
placée au bord de la rivière, et à laquelle attenait un petit pré, il y entra suivi de ses compagnons (Tavannes et Fritz Oberkampf) pour s'aboucher avec le propriétaire ; on tomba d'accord, et la maisonnette, avec quelques perches de prairie pour l'étendage des toiles, fut louée 300 francs pour neuf ans. — C'était la maison du pont de pierre, trop petite pour contenir une chaudière , qu'on dût établir à l'extérieur, et où pendant quelque temps, dans une pièce unique', un matelas remplaçait chaque soir les instrumenta de travail, le dessous de la table servant d'armoire.
Oberkampf put seul se loger dans son atelier; son frère logea à Versailles , chez Tavannes, parcourant lestement matin et soir Ha distance qui le séparait de Jouy.
Ce fut le \*mai 1760 qu'Oberkampf imprima lui-même la première pièce de toile; il lui fallait un dessinateur, un graveur, un imprimeur, un teinturier : il se multiplia, et fut tout cela à la fois. — Les premiers temps furent difficiles, mais il surmonta tous les
obstacles; au bout de deux mois, il avait déjà des indiennes à vendre, ce qui lui procura le moyen de payer deux imprimeurs ; mais quand l'échéance du payement des toiles blanches fût arrivé, Tavannea n'avait pas encore trouvé de fonds , et le sort de l'établissement allait être compromis au moment où il prenait son essor, ses produits d'une qualité parfaite se vendant avant d'être achevés.
Dans cette fâcheuse occurence, Oberkampf eût recours à M. Parent, premier commis au contrôle-général des finances, à Versailles, qui protégeait Tavannes, et qui, pour le tirer d'embarras, le mit en rapport avec un sieur Levasseur de Verville, marchand de soieries à Paris, lequel, après avoir considéré l'affaire, se chargea de payer pour Tavannes, à la condition que toutes les indiennes fabriquées à Jouy lui seraient envoyées pour être vendues dans son magasin. La difficulté financière ainsi aplanie, Oberkampf ne songea qu'aux moyens de donner à la fabrication la
plus grande activité possible, en formant des ouvriers avec l'aide des hommes capables qui étaient déjà près de lui; car, outre son frère, qui connaissait toute la main-d'œuvre, il avait Hafner, un très-bon imprimeur, que son père lui avait envoyé à l'Arsenal, et Bossert, habile graveur (son ancien camarade d'atelier à Aarau), qui lui était arrivé fort à propos en septembre \ 760.
Pendant l'année 1761 , ils fabriquèrent trois mille six cents pièces (environ quatrevingt-six mille mètres). — C'était beaucoup pour un établissement naissant, où tout était à créer; mais ce n'était pas le quart de ce qu'on aurait pu vendre, tant les nouvelles indiennes étaient déjà recherchées. — Abusant de la confiance de ses associés, Levasseur, chargé des opérations commerciales d'après leur contrat, fit en sorte d'évincer Tavannes de l'affaire et de frustrer Oberkampf de la moitié de son intérêt dans les bénéfices éventuels ; enfin , il fit entrer dans la société un sieur Dailly, de Lyon, chef de leur maison
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de commerce à Paris. — Cependant, M. Parent était venu plusieurs fois visiter le jeune fabricant de Jouy et lui donner des marques de bienveillance, ayant apprécié ses talents et conçu une haute idée de l'avenir de son industrie; il proposa à l'un de ses amis, M. Sarrazin Demaraise, avocat au parlement de Grenoble 1 , d'entrer dans la nouvelle société qu'il s'agissait alors de former; cet ami, qui avait quelques capitaux, accepta de M. Parent, rédigea lui-même l'acte d'association; cet acte sous-seiDg privé fût daté du 29 décembre 1761, bien que passé en mars 1762, pour avoir un effet rétroactif au 1*'janvier*.
Oberkampf ne fît la connaissance de
1. Ancien lieutenant particulier de la maîtrise des eaux et farSts, en Dauphiné.
2. Le sieur Demaraise, absent, contractait par l'entremise de M. Parent : il s'engageait pour 25 000 francs. — Le sieur Levassent ss fil donner la signature, sous la raison sociale Levasseur et Compagnie, mais avec obligation de ne prendre aucun engagement qae du consentement du sieur Demaraise; DaillyetLevasseur ne faisaient à eux deux que 25 000 francs.
M. Demaraise que quelques mois plus tard, lorsqu'il devint son associé; il était alors gravement malade d'un rhumatisme général contracté au printemps en retirant de l'eau ees toiles, attachées sur la prairie, et submergées par un débordement de la rivière.
M- Demaraise, qui habitait Parie, vint le voir souvent pendant sa maladie , qui dura six mois, et l'entoura de soins et d'attentions; ces marques de sympathie de la part de son nouvel associé, décidèrent Oberkampf à l'instruire , tout en lui recommandant le secret, de la manière dont Levasseur lui avait surpris la signature d'un acte par lequel il lui avait cédé la moitié des bénéfices. — M. Demaraise, indigné, résolut d'intenter un procès à Levasseur.
Vers la fin de 1762, Oberkampf, encore souffrant et lassé par tant de déboires, voulut revoir sa famille, et partit pour la Suisse 3 laissant sa procuration à M. Demaraise, avec pouvoir de résoudre la société avec le sieur Levasseur, et de pren-
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dreà sa place tel autre associé qu'il jugerait convenable.
L'établissement de Philippe-Jacob avait prospéré, au point qu'une nouvelle translation était devenue nécessaire-, ayant marié sa tille au sieur Widmer, habile graveur et propriétaire d'une usine à Othmarsingen , prèa Lenzbourg, le père d'Oberkampf y avait transporté d'Aarau son industrie en prenant son gendre pour associé.
La nouvelle fabrique d'indiennes avait commencé à fonctionner à la même époque où Christophe-Philippe imprimait à Jouy sa première pièce; avec la santé, celui-ci avait retrouvé tout son courage, — Il convint avec son beau-frère d'envoyer de Jouy les planches les plus difficiles pour être gravées dans son atelier, et avec son père que ce dernier achèterait pour Jouy sur les marchés suisses des toiles blanches fabriquées par les tisserands de l'Argovie. — Widmer reçut aussi commission d'acheter en Alsace et en- Suisse la garance et les autres matières colo-