‹ Oberkampf 17381815Chapitre 10 sur 30 · I79S] OBERKAMPF. 9Ï · texte numérisé non relu

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crer et les aidèrent à gagner les bois de Satory. Le principal auteur de cet acte de courage et d'humanité fut un graveur de la manufacture nommé Montsanglant, qui aurait pu s'en glorifier, si en même temps il n'eût été profondément humilié de ce que son propre beaupère, un cultivateur, s'était fait remarquer parmi les plus acharnés entre les bourreaux.

M. Uberkampf dans lacrainte d'un massacre à Jouy avait envoyé aes enfants et sa femme à leur Vigne du Petit-Jouy; le triste convoi défila sous leurs yeux!

Le duc de Brissac, qui connaissait M. Philippon depuis longtemps, fit à celui-ci un signe de reconnaissance, en levant les yeux au ciel comme une victime qui n'a plus d'espérance ; à ses côtés se trouvaient MM. de Lessart et d' Abancour, ministres de Louis XVI, les évSques de Mende et de Perpignan et d'autres personnages marquants.

Un procès-verbal des grands-procureurs de la Nation, en date du 5 septembre, lu à la

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Convention nationale, constatel'infractionàses ordres, qui étaient d'expédier les prisonniers

àSaumur : «Ils sont en route pour Paris

i les administrateurs du département du Loin ret ont fait tout ce qu'ils ont pu pour s'op- « poser à cette violation de la loi. » Le Moniteur raconte froidement le massacre comme s'il se fût agi d'une exécution légale !

Après le 1 0 août, on voulut arrêter le duc de lîeuvron, comme ayant été vu aux Tuileries près du malheureux roi; il réussit à prouver un alibi, étant venu à Jouy le matin de ce funeste jour; à la vérité il était reparti presqu'aussitôt à la nouvelle des événements, mais il avait causé dans son pare avec M. Philippon et les jeunes Oberkampf, ilavait été rencontré par plusieurs des habitants, et comme il était très-aimé, beaucoup d'entre eus signèrent une déclaration qui le sauva. Peu de semaines après un piquet de cavalerie arriva la nuit et enleva M. Cordival, l'intendant, mais le duc, la duchesse, et leurs filles les marquises d'Barcourt et de Boisgelin

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avaient quitté le château le 26 septembre ; ils étaient partiB secrètement pour Amiens, où ils paraissent avoir échappé aux dangers.

Une petite Me fut laissée àJouy et Mme Oberkampf reçut la lettre suivante de la mère de cette enfant :

t A Amiens, ce 2 octobre 1 792.

« Mon départ a été trop précipité, Madame, pour que j'aie pu vous en faire part; mon projet était d'avoir l'honneur de vous voir avant de partir, mais, malgré le vif désir que j'en avais, cela m'a été impossible. J'ai laissé ma petite à Jouy;je vous avoue que je suis horriblement tourmentée d'en être séparée dans ce moment. — Je compte assez sur vos bontés, Madame, pour oser vous prier de vouloir bien veiller sur elle, et, en cas d'événements à Jouy, l'envoyer où vous croirez qu'elle sera le mieux; il y a peut-être de l'indiscrétion à vous faire cette demande, mais je suis persuadée que votre tendresse pour vos enfants fait partager nos inquiétudes. — Je serai plus tranquille lorsque je saurai ma petite surveillée par vous, et le désir que je sais que vous avez d'obliger m'engage h vous faire cette demande. Mon voyage a été fort heureux; cette ville est tranquille ; si vous êtes assez bonne pour me ré-

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pondre, envoyez votre lettre à Mlle Belleville qui vous remettra celle-ci, — Ne doutez pas. Madame, du sincère attachement que vous m'avez inspiré. »

Une lettre du 14prieM, Oberkampi'de faire enregistrer la petiteà la municipalité de Jouy et d'envoyer à la mère un certificat de résidence du 6 août au 20 septembre. Puis, nouvelle lettre du 21 octobre :

« Je vous fais mon compliment, Madame, « sur l'heurew accouchement de Mme votre k aceup je la félicite de sa nouvelle dignité « de mère et denourrice, etje partage la joie « que vous en aurez éprouvée. Maman, ma m sQîur et Victorine me chargent de leurs « compliments. Je tous demande toujours ft vos bontés pour la petite orpheline du châ- « teau et vous prie de croire à l'amitié bien « Bincère que vous m'avez inspirée. »

Mme la duchesse de Beuvron joint une aimable lettre à celle de sa fille : « Je suis

1. M. Cberliampf avait faitvenirchflz lui sa belle-sœur, Mme Ravel, ne voulant p:-s l'iiïf nscr h i'aire ses couchas au milieu des troubles de Paris.

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« bien touchée, dit-elle, des soins que vous « voulez bien avoir de ma petite-fille..,. J'ai « un grand désir que les affaires finissent et « de pouvoir vous assurer moi-même de mon « sincère attachement. »

A la fin de septembre, Mme de Travanet, l'amie de Madame Elisabeth, l'auteur de « Pauvre Jacques, » avait écrit à Mme Oberkampf, dans une grande auxiété sur le sort de la famille de Beuvron; sa lettre se terminait ainsi : ... « Si la Nation ne disposait en- « cote de mes chevaux, j'aurais: été moi-même « vous remercier de l'accueil aimable dont « vous avez bien voulu me combler, » (durant un séjour au château de Jouy) « Je fais des « vœux bien sincères pour le bonheur de tout « ce qui vous est cher, depuis M, le maire « jusqu'à Ëmile; je prie toute la famille de « recevoir mes compliments et remerciements, (signé) la citoyenne Travahbt.

«P. S. La municipalité et leshabitants de Vitry aont si honnêtes que nous sommes tranquilles extrêmement. »

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Elle écrit encore le 30 mars 1 793 : « Mme « de Boisgelin m'a dit toutes les choses ai- « mables que vous avez bien voulu m'adresk ser; j'en, suis bien reconnaissante et fais « doublement des vœux pour que nos amis « reviennent dans votre canton. Je joui- « rais avec empressement du bon voisinage ; « mais quand pourra-t-on se réunir? Je rea cois desnouvelles de vosvoisinsd' Amiens; « tout le monde est en bonne santé, le papa « est quitte de sa goutte. »

Elle demande « des échantillons de sckâles et pierrots peints, fond blanc » pour une de « ses amies qui a des percales et mousselines qu'elle désire faire imprimer à Jouy ».... et termine ainsi : « J'offre mon hommage à vo- « tre respectable époux et j'embrasse Made- « moiselle et Messieurs Oberkampf de tout « mon cœur. » Bombelles de Travaset.

M. Oberkampf avait appris, dans l'automne de 1792, la mort de son beau-frère Widmer, qui survécut peu de mois à sa femme ; leurs

quatre plus jeunes fils, dont l'aîné n'avait que dix ans, restaient seuls au Binzenhof; M. Oberkampf (seconde Providence de toute sa parenté) donna ordre à Samuel d'aller chercher sesjeunes frères : ceux-ci arrivèrent àJouy le 4 décembre 1792, plus rustiques que policés; les deux aînés furent admis dans les ateliers de la Manufacture et lesdeux autres placés à l'école ; c'est ainsi que les six frères se trouvèrent réunis sous la paternelle direction de leur oncle.

Oberkampf et son jeune entourage avaient adopté avec ardeur les idées généreuses de 1 789 ; mais au premier enthousiasme, succéda chez eux tous une profonde horreur du drame terrible qui suivit : tout ce qu'ils avaient honoré était renversé, tout ce qu'ils aimaient était menacé. M. J. Petineau qui vécut trèsâgé, ne se lassait pas de répéter qu'il avait

1. M. James Petineau était, à Jouy, le bras droit d'Oberkampt; homme sage et de bon conseil, ilprituii« pu: t ;ie1.ivi! ;l In iiirii^'.iiiii o:jnirnrTUi:!<: du In muriul'.'u.iiliv. Il mourut 1 Paris en 1857, à l'âge de miatre-vingt-qaatorze ans.

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lu à peu près tous les ouvrages sur la Révolution française, que pas un ne donnait l'idée exacte de ce temps cruel, ni de l'angoisse constante des familles; qu'il fallait l'avoir ressentie soi-même et avoir vu le bouleversement de toutes choses pour se figurer ce qu'était alors la vie de chaque jour.

A Jouy, par son immense ascendant, M.

Oberkampf sut conserver la direction de la commune et la préserver de tout excès ; durant la sombre période de la Terreur, il ne recula devant aucun sacrifice pour entretenir' l'activité dans se3 ateliers et pour empêcher par là ses ouvriers de s'abandonner au courant révolutionnaire. La sauve garde des sociétés, le garant de leur tranquillité et la source de leur bien-être, c'est le travailnon le travail forcé que l'on déteste parce qu'on n'en a point compris les avantages et dont on se détourne à la première occasion, mais le travail bien compris, apprécié comme une loi sage et bienfaisante, accepté comme

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l'une des conditions premières et justes de l'existence.

Les ouvriers de Jouy en voyaient au milieu d'eux un exemple vivant, qui leur inculquait sans cesse cette salutaire vérité ; aussi la plupart demeura-t-elle inébranlable à son poste laborieux : un petit nombre se laissa seul entraîner par les tristes déclamations des Sans- Culottes.

Chose étonnante, la manufacture de Jouy fit, pendant toute l'année 1Î93, des affaires considérables avec l'Angleterre, particulièrement en dessins de Perse pour ameublements, qui seraient restés longtemps en magasin sans ce débouché imprévu .

Quant au résultat commercial de cette année, il ne pouvait être que négatif, et l'on ne fit pas d'inventaire, pour la première fois depuis l'origine de la Manufacture.

Les clubs révolutionnaires, dont le plus célèbre était celui des Jacobins, avaient dans les départements et jusque dans les moindres

communes de nombreuses succursales. Jouy, cédant à l'entraînement général, eut aussi sa socii'lé populaire, qui tint sa séanoe d'inauguration le 1" décembre 1793, dans l'église paroissiale, récemment convertie en temple de la Raison. Les démocrates de la Josas ne purent faire grand bruit, attendu que l'assemblée se composait surtout de la partie saine de la population tenant à la manufacture. Widmer aîné, commandant de la garde nationale, fut élu au scrutin président et Petineau jeune secrétaire ; puis, chargés de rédiger les statuts de la société, ils firent nommer membres du bureau des patriotes pris dans les rangs inférieurs, mais honorables et dociles à leurs conseils, de sorte que le club fut maintenu dans les bornes de la modération. Il n'y eut point 6e débats scandaleux; on se permit bien des motions plus ou moins révolutionnaires, mais qui n'aboutissaient à aucun résultat pratique. La séance la plus curieuse fut celle du 21 juin 1794, dans les derniers jours de la Terreur : un représentant du peuple, le

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citoyen Crassous, commissaire extraordinaire près le département de Seine-et-Oise, vint présider l'assemblée, sans avis préalable.

Cette mission singulière avait été provoquée par les manœuvres de Voël, l'agent national de la commune de Jouy, que la société populaire avait depuis peu expulsé de son sein, pour cause d'indignité; cet être méprisable, originaire de la Poméranie, avait été employé pendant 27 ans à la Manufacture et était devenu chef de l'atelier de gravure; tombé dans l'\aconduite et lancé à corps perdu dans le mouvement démagogique, ilne recula pas devant l'odieuse résolution de dénoncer son maître, le bienfaiteur de sa famille. C'est ainsi qu'il avait acheté ses fonctions de procureur de la commune, qui le plaçaient au-dessus de l'autorité municipale; on ne l'a su qu'après la chute de Robespierre.

Le représentant, après avoir adressé à l'assemblée une sévère mercuriale, au sujet de l'expulsion de ce Voët, ajouta qu'elle devait se hâter d'effacer l'offense faite à un fonctionna ire

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irréprochable par une réparation complète et formelle. L'affaire fut remise à l'ordre du jour de la prochaine séance. Au moment où le président Crassous descendait de l'estrade, un maçon lui demanda s'il était permis de danser dans l'Église. A quoi il répondit :

« Rien n'empêche de danser dans le temple de la Raison, d Ces paroles furent insérées au procès- verbal.

La séance suivante, dans laquelle on délibéra sur la réintégration du eitoyen Voét, fut de toutes la plus importante ; aana tenircompte de la fière harangue du commissaire, la société confirma à l'unanimité, l'exclusion de l'agent national : le procès-verbal conservé à la mairie de Jouy est un curieux document. (Note B.)

Ainsi disgracié, Vootn'eutd'autre ressource que de redemander à la Manufacture un travail depuis longtemps abandonné : il fut assez heureux pour l'obtenir; mais en entrant dans les ateliers, il fut hué et apostrophé par ses anciens camarades. M. Oberkampf blâma

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beaucoup cette scène, et à ceux qui le pressaient de renvoyer Voët, il fit cette belle réponse : « Laissez-le ; et s'il est vrai qu'il ait cherché à me perdre, il sera assez puni de me voir tous les jours. »

Peu après, ce misérable fut atteint d'un mal cruel qui le rongea lentement et finit par l'emporter.

La République était alors aux prises avec les armées étrangères, et la Patrie en danger appelait ses enfants à la frontière : — on sait avee quel enthousiasme partaient les enrôlés volontaires, et comment surgirent quatorze armées dn sol menacé de la France. — La commune de Jouy prit sa part de ce mouvement guerrier, qui éclaircit les rangs des ouvriers à la Manufacture , sans cependant lui porter un grand préjudice. — Ou trouve encore dans les archives de la Mairie le nom des enrôlés volontaires, et les certificats délivrés plus tard à quelques-uns pour « hâter la guérison de leurs blessures en respirant l'air natal. »

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Nous croyons volontiers à l'efficacité de ce traitement.

La Terreur cependant continuait son règne tragique; le 11 février 1794, M. Oberkampf reçut le message suivant :

i Paris, le 1"' ventôse an 11 de la République, une et indivisible.

« La Commission de.... (titre omis.)

■ Au citoyen Oberkampf, à Jouy,

■ Tu es invité à te rendre demain, 2 ventôse, à onze heures du matin, au Comité des banquiers bt agents de change, à la ci -devant maison de Toulouse, rue de la Trillière, pour affaire qui intéresse le salut public et qui eiige exactitude au rendez-vous.

« Salut et fraternité,

« Le président de la Commission ,

« (signé) J. Brunei. »

L'original de ce document est accompagné delà noie suivante de la main de M. Oberkampf :

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« La présente a été apportée à Jouy par « un gendarme le 2 ventôse an II. — Je « m'y suis rendu de suite. — On m'a dit « que le salut de la patrie exigeait un crédit « en pays étranger. — On m'a présenté « soixante billets solidaires formant ensemble « la somme de cinquante millions souscrits t< par quarante-deux négociants , où il ne « manquait que masignature, que j'ai donnée « sans hésiter'. »

Avant de savoir de quoi il s'agissait, Mme Oberltampf et les siens s'étaient livrés aux plus sinistres conjectures; Oberkampf seul n'eut aucune crainte ?.

Ce fut l'époque de ces réjouissances nationales obligatoires, imaginées par les hommes de la Terreur pour distraire et étourdir le peuple.

Jouy eut aussi sa fête civique , le 11 avril

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