‹ Oberkampf 17381815Chapitre 13 sur 30 · Le fameux avocal Robert Lindet, dont noua retrou · texte numérisé non relu

Le fameux avocal Robert Lindet, dont noua retrou

10S OBBRKiMPF. [17941

On remarquera l'étrange rédaction de ce document ; n'a-t-elle pas l'apparence d'une sorte de sauvegarde s'étendant à toute la famille d'Oberkampf dans un moment où les emprisonnements, suivis d'exécutions, étaient quotidiens en vertu de la Loi des suspects? — Le doute subsiste sur ce point.

Au milieu des plus sombres jours de la Terreur et avant la crise qui devait y mettre un terme, un événement heureux vint faire trêve aux préoccupations extérieures et répandre la joie dans la famille de Jouy. Ce fut la naissance d'Emilie Oberkampf , le 29 mai 1794. — Mme Oberkampf, qui avait déjà deux fils, désirait vivement une fille, et se trouva la plus riche des mères; l'enfant fut la bienvenue de tout le monde; bien qu'on se visitât peu en ce temps-là, les amis arrivèrent nombreux pour féliciter les parents; les vœux

vous ici le nom, avait, trente ans auparavant (dans le procès entre les premiers intéressés de 1 1 manufacture), rédigé pour le sieur Lovaaseur de Verville, un gros mémoire, danslequei MM. Demaraise et Oberkampf étaient fort maltraités.

[1794] ODBBKAMPF. 109

qui entourèrent le berceau delà petite Emilie étaientd'un heureux augure pour son avenir.

— Combien, en effet, la Providence ne l'a-telle pas bénie!

La même année fût célébré le mariage de Samuel Widmer avec Mlle Rosalie Masaieu, sœur de Mme Oberkampf, aimable et charmante personne.

Le 5 messidor (27 juin), Jouy reçut une visite qui jeta toute sa population dans une grande anxiété : — on vit arriver inopinément le conventionnel Couthon , dit le sensible Couthon, membre du Comité de salut public,- il était accompagné du citoyen Château n eu f-Ran don, autre terroriste 1 , et d'une belle Lyonnaise , la citoyenne Rameaux. — Paralysé des membres inférieurs, Couthon ne pouvait se déplacer qu'à l'aide des bras d'un robuste valet de chambre. ■ — Samuel Widmer fut chargé de le transporter d'atelier en atelier et de lui servir de cicérone (l'envie ne lui manqua pas de le jeter à la rivière) . — Après avoir tout vu, les trois personnages acceptè-

110 OBBRKAMPP. [1794]

rent le dîner de famille que leur offrait M. Oberkampf; la physionomie calme de Couthon, sa politesse, ses manières aristocratiques étaient de nature à dissiper la terreur qu'inspirait à tous l'homme, que son propre parti avait surnommé la panthère da triumvirat. — Cependant on conçoit la gêne qui dût accompagner cette visite, qu'on disait être de pure curiosité ; tous s'accordaient ày voir de sinistres intentions; seul, M. Oberkampf ne partageait pas cette opinion ; il était dans sa nature de ne pas soupçonner le mal.

— Pourtant on apprit plus tard à quel danger il avait échappé : Couthon avait pris la fantaisie de devenir son associé! Comme en

ce temps de disette on ne mangeait que du pain bis, Couthon fit apporter de sa voiture et tira d'une serviette de petits pains blancs; il en offrit un galamment à Mme Oberkampf.

— Il est assez curieux que durant cette visite on ne songeât de part ni d'autre à se tutoyer.

[17B4] OBERKAMPF. 111 La réaction de thermidor eut son contrecoup à Jouy : les réactionnaires s'empressèrent d'enlever de l'église les bustes qui y avaient été déposés pour les lapider publiquement On juge par là du revirement de

l'opinion. Par suite des levées répétées et du refus des ouvriers de travailler dans les fermes, l'agriculture se trouva manquer de bras au moment de la moisson ; l'autorité mit alors en réquisition tous les célibataires valides, sans distinction de classe ; M. Pbilippon et les jeunes Widmer durent en conséquence aller moissonner dans la plaine de Saclay; cette corvée républicaine était peu du goût du grave précepteur; cependant elle fut d'un bon exemple : trente ouvriers de la Manufacture firent plus d'ouvrage que leurs maîtres, et dès le lendemain on vint de tous les environs demander du travail aux fermiers 1 .

Un service public d'une autre nature fut encore imposé à certaines localités indus-

1. Une collation préparée par le fermier de Villeras dédommagea les travailleurs.

11S ORERKAMPF. [1794]

Irielfes, savoir la fabrication du salpêtre pour les poudrières de la République. — A Jouy, on fouilla les caves et les celliers pour en tirer les matières chargées de salpêtre, et on les transporta dans les cuisines désertes du château, dont Widmer, en vrai chimiste, fit une grande salpètrière. Ces produits furent expédiés successivement au comité des poudres ci salpêtres de Paris , qui mentionna la commune de Jouy comme ayant fourni le plus fort contingent et les plus beaux cristaux de saipêtre.

Mais c'était surtout par ses exigences financières, en dehors des impôts réguliers, que la République exploitait les meilleurs citoyens. Elle le faisait sous les formes les plus diverses, telles que souscription patriotique, emprunt forcé, emprunt national volontaire, contribution de guerre, etc., etc., et la manufacture de Jouy avait toujours l'honneur de figurer en première ligne pour une somme aBsez ronde, comme pour servir d'exemple :

Page 1