‹ Oberkampf 17381815Chapitre 14 sur 30 · L794] OBERKAMPF. 11 J · texte numérisé non relu

L794] OBERKAMPF. 11 J

Le livre de caisse donne quelques chiffres curieux : 1789. Décembre. — Don patriotique. . . 50000 fr.

1792. Juillet. — Souscription patriotique pour l'envoi de dii volontaires à l'année du Nord 2 000

1793. 2'iuiars.— flourse des volontaires, habillement, équipement 5123

— Emprunt fora'-. Septembre, octobre

et novembre , .... 25 000

— Décembre. — Emprunt national. . 65000 ■ 1794. Juin. — Souscription du cavalier

jacobin, monté, armé et équipé. . . 3192

— Août. — Contribution de guerre. . 16 480

166 795 fr.

On a vu qu'il s'était trouvé un homme assez infâme pour dénoncer M. Oberkampf comme « royaliste et accapareur « (deux crimes capitaux à cette époque). Il se rencontra aussi, par bonheur, même au sein du « Comité de salut public , » un défenseur pour plaider la cause du fabricant de Jouy. Ce fut Amar, qui, à part cet acte honorable, n'a laissé que la réputation d'un terroriste. Voici le fait qui avait servi de prétexte à l'accusation d'accaparement : M. Oberkampf avait fait venir de Décize deux bateaux de charbon

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pour l'approvisionnement de la Manufacture.

Arrivés à Sèvres, ils furent saisis et en partie pillés parla populace; on eut mille peines à obtenir main-levée de la saisie et à faire parvenir à destination ce qui avait échappé aux pillards.

Vers la fin de cette année, M. Oberkampf fut encore attristé par la perte d'un de ses premiers collaborateurs, le Suisse Bossert, son ancien compagnon d'Aarau; Ulrich Bossert mourut à Jouy, le 7 octobre 1794, à l'âge de cinquante-cinq ans; il comptait trentequatre années de service.

Le résultat commercial de cette année ne pouvait être que désastreux; c'était chose prévue et inévitable; quand M. Oberkampf résolut de ne pas interrompre ses travaux il n'eut en vue que l'intérêt de ses ouvriers: on ne peut douter que ce ne fût une véritable œuvre de bienfaisance digne de lui.

La création des assignats datait du l tr janvier 1 790, et c'est à peine si leur valeur s'était soutenue au pair pendant, quelques mois,

[1795] OBEEtKÀMPF. 115

car avant la fin de l'année ils avaient déjà perdu 1 0 pour 1 00. La progression de leur chute fut telle qu'en 1795, le louis d'or de vingt-quatre livres se payait douze cents livres en assignats! Cette dépréciation constante des assignats causa à M. Oberkampf des pertes considérables ; mais il se fit la loi de ne remplir qu'en argent les engagements qu'il avait contractés avant et quelquefois depuis la création du papier-monnaie, tandis que beaucoup de débiteurs arriérés et peu consciencieux profitèrent au contraire de cette décadence et du cours forcépour se libérer en assignats sans valeur et achetés à vil pris. Le salaire des ouvriers fut payé en argent aussi longtemps que l'on put s'en procurer; mais en 1795, le numéraire disparut presque entièrement et la paye ne put se faire qu'en papier jusqu'au mois de mars 1796. Pendant ce temps la maison de Paris expédiait à Jouy des ballots d'assignats en feuilles que deux ou trois femmes, armées de longs ciseaux, découpaient au bureau de la Caisse. En jetant

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un coup d'œil sur le tabieau mensuel de la paye des ouvriers durant l'année 1796, on voit que celle du mois d'avril, la dernière . qui se fit en assignats, s éleva à la somme fabuleuse de plus de 5 millions, c'est-à-dire deux cent trois fois le chiffre du mois de juin payé en argent.

Au printemps de 1 795, un certain mouvement se manifesta dans les affaires : des acheteurs de la province, qu'on n'avait pas vus depuislongtemps revinrent; les Marseillais furent les premiers et les plus empressés à se remonter en indiennes de Jouy. En prévision de leurs besoins, on avait fabriqué, pendant les années de stagnation, tout un assortiment nouveau de fond bronze spécialement destiné à la consommation provençale; parmi les sujets que le dessinateur avait imaginés pour rajeunir ce genre, il se rencontra un de ces dessins privilégiés qui acquièrent de suite la vogue : c'é- ■ tait tout simplement un mélange toufïud'herbages, légèrement parsemé de petites fleurs des prés. Les Provençaux firent main-basse

sur cette verdure, qui eut un débit extraordinaire et durable, d'où lui vint le nom de bonnes herbes.

Le 26 fructidor an III (14 septembre 1795), M. Oberkampf fit au district de Versailles l'acquisition de la ferme de Bouviers, pour !a somme de 240 500 livres en assignats, sur l'évaluation de 471 000 livres. C'était l'époque de la plus grande dépréciation des assignats, 100 livres ne valant plus que 50 sous, en argent, ce qui porte le prix de cette acquisition à environ 70 000 fr. Située près de Saint-Cyr, la ferme de Bouviers contient dans son périmètre la source de la Bièvre, petite rivière qui alimentait la manufacture. Trois mois après, M. Oberkampf acheta à Jouy une autre propriété, celle du Montcel, qui est auBsi restée dans sa famille, et où se sont écoulés bien des jours heureux pour ses enfants, petits-enfants et arrièrepetits enfants! Les premiers occupants du Montcel furent Mme veuve Massieu et le jeune ménage S. Widmer.

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L'année 1796 s'ouvrit sous de meilleurs auspices que les précédentes : prospérité renaissante à l'intérieur, et au dehors, mémorable et victorieuse campagne d'Italie.

A dater de cette époque les relations de Jouy avec la Hollande devinrent très-actives et très-considérables, principalement en camaïeux et dessins de Perse. On trouve dans un agenda de M. Oberkampf qu'il y avait, en 1796, soixante-treize imprimeurs au bloc en activité, sans compter les rentreurs et les rentreuses; sur cette simple donnée il calculait qu'on devait imprimer dans l'année au moins 375 000 aunes au bloc, ce qui différa peu du chiffre effectif. Il aimait beaucoup les tableaux synoptiques permettant d'embrasser d'un coupd'œil tout un ensemble; il en dressa lui-même sur une foule de choses. En ajoutant au chiffre ci-dessus la fabrication à la planche de cuivre, on constate une production très-abondante ; la vente fut bonne et combla partiellement l'énorme déficit des années 1793àl796. Le seul compte qui fut con-

s laminent en progression durant cette période désastreuse, était celui de bienfaisance.

L'événement principal de 1 796 pour la famille fut la retraite de Frédéric Oberkampf, au mois de septembre; après avoir traversé les temps orageux de la révolution sans autre inconvénient que des sacrifices pécuniaires, il prit le parti de se retirer dans la ville de Corbeil; la manufacture qu'il exploitait depuis vingt-sept ans fut par lui cédée à son frère qui la lui avait donnée en 1 769 (les bâtiments et le matériel furent évalués fraternellement dans un compte fort simple, du 5 octobre). Ce fut, à partir de ce moment, une annexe de celle de Jouy, principalement pour les opérations du blanchiment et de la teinture, qui exigent del'eau en abondance, chose qui fait souvent défaut dans la Bièvre. On fit les constructions nécessaires pour une grande blanchisserie (Victor Wîdmer fut appelé a seconder son frère Philippe dans la direction), puis on éleva une nouvelle imprimerie et un vaste hangar sur la rivière pour des rouleaux

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i]c louage et une. double batterie ; c'était une nouvelle fabrique à créer sans interrompre les travaux; M. Oberkampf aimait à suivre ces travaux par lui-même; il faisait de fréquentes visites à l'Indienne et y passait quelquefois plusieurs Jours. Frédéric Oberkampf faisait marcher son unique calandre par un manège à cheval, sans moteur hydraulique ; cependant il avait acheté, en i 788, un vieux moulin à tan, dont la force fut maintenant utilisée. La maison d'habitation, incommode et mal située, fut remplacée par une autre; une belle prairie de huit arpents s'étendait en dehors de l'enclos jusqu'à l'avenue de la Commanderie de Saint-Jean. Des communications régulières s'établirent dès lors entre la manufacture de Jouy et sa succursale à'Etsomirs; un grand chariot couvert comme un fourgon d'artillerie et matelassé à l'intérieur, pour le transport sans emballage des toiles peintes et blanches, faisait un service de va-et-vient, entre les deux établissements. L'attelage se composait de trois beaux chevaux normands.

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La naissance d'une seconde fille, le mariage de sa ûl!e aînée, Julie, avec M. Louis Feray, causèrent une joie bien grande à M. Oberkampf et à toute sa famille. Le mariage civil eut lieu à la mairie de Jouy, le 16 floréal an V (5 mai 1797), M. Petineau, oncle de la future, étant maire. Il fut suivi de la bénédietion nuptiale donnée aux époux dans le salon de M. Oberkampf par M. le pasteur Ferrières, de Paris. Les deux sœurs de la mariée, Emilie et Laure, furent en même temps baptisées. Les ouvriers prirent, comme toujours, une grande part à la joie de leur maître : une députation de l'imprimerie vint offrir un très-bei oranger, qui put à peine passer par les portes du salon ; le doyen de l'atelier donna lecture de félicitations en vers paraissant venir de bonne source ; les rentreuses apportèrent un beau laurier et l'une d'elles débita également un compliment en prose; enfin les ouvriers du pré offrirent un gros bouquet des plus belles fleurs de la saison. De bonnes gratifications répondirent à ces témoi»

gnages d'attachement; pendant toute une semaine se succédèrent les réjouissances les plus variées qu'on put imaginer pour célébrer dignement ce mariage

Au mois de juin on monta à Jouy les nouvelles batteries circulaires, et la nouvelle calandre exécutée dans les ateliers de Chaillot (elle avait été commencée dans le plus grand secret, par S. Widmer, en 1793, mais M. Oberkampf ne permit pas de la produire pendant la Terreur). La fabrication ne fut jamais plus active qu'en cette année.

La naissance d'Amélie Feray% premier enfant d'une nouvelle génération, inaugura l'année 1798, et combla de joie le bon aïeul.

1. Homme de beaucoup d'esprit et do capacité, Louis Feray descendait d'une famille d'armateurs protestants du Havre, allu-a ans M^.si^ii. pi:r:.-, luV^oiair. à Rouen, avait reçu des lettres de noblesse en 1769.

i Les belles facultés dont Mme Feray étaient douée, 1'.:'.- iLCiilio l qn'ull'j avait n^uc, 1rs r::.' ; tï ' c^i qui au développèrent avec les années, Brant d'elle uns peraonne remarquable. « (S. W.

2. Mariée en 1819 à M. Nau de Champlouïs, baron ot pair de France en 1839.

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Le 14 février, M. Oberkampf fut nommé membre de la Société d'agriculture deSeine-et- Oisejildéclinad'abordcethonneur, mais la Société y mettant beaucoup d'insistance, il crai ■ gnit do la blesser par un nouveau refus ; S.

Widmer fut nommé membre correspondant.

Au mois de juin, Samuel et Gottlieb Widmer furent envoyés en Alsace et en Suisse pour examiner les procédés de trituration des garances et visiter les principales manufactures de Golmar, Munster, Wesserling, Mulhouse (Mulhouse venait d'être réunie à la France), Thann.Lœrrach, Baie et Aarau. Cette annexion causa naturellement une concurrence sérieuse à la plupart des fabriques d'indiennes françaises, dont bien peu étaient capables de lutter avec celles deMulbouse, les aînées de cette industrie. Presque toutes avaient réuni leurs efforts pour conjurer cet événement et réclamé le concours de M. Oberkampf, mais celui-ci résista à leurs instances, convaincu de l'inutilité de toute démarche de cette nature.

134 OIÎEHKAMPF. [1798]

En 1773, la société Demaraise et Oberkampf avait pris à bail pour dix-huit ans, de M. et Mme de Beuvroo, la petite ferme de la Chaudronnerie ; après ta dissolution de la société le bail fut successivement prolongé jusqu'au i A juillet 4798, jour où M. Oberkampf en fit l'acquisition de Madame veuve Harcourt de Beuvron (par acte passé devant M d Loyseau à Jouy) pour le prix de 31 500 fr. ; sur la prairie située entre la ferme et le village on pouvait étendre deux mille deux cents pièces de toiles peintes.

Les bureaux de la rue Meslay étant devenus insuffisants, M. Oberkampf se décida à acheter, à Paris, l'hôtel de Boufflers, situé au coin de la rue de Ghoiseul et du boulevard (le bazar de la Galerie-de-fer en occupe actuellement la cour); l'entresol fut affecté aux bureaux, tandis que le premier étage était meublé pour servir à la famille Oberkampf et que le second devenait l'appartement du jeune ménage Feray.

La première exposition des produits de

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l'industrie française eut lieu cette année au Champ de Mars, sous le gouvernement du Directoire; elle ne dura que trois jours (du 19 au 21 septembre), et il n'y eut que 68 exposants. La manufacture de Jouy ne fut pas du nombre; M. Oberkampfne voulut pus non plus paraître à la seconde, ni à la troisième exposition, donnant pour raison qu'il avait une exposition permanente dans tous les magasins de toiles peintes; ce ne fut qu'en 1 806 qu'il permit qu'on exposât des produits de l'industrie de Jouy,

Le commerce, en général, fut beaucoup moins animé cette année que la précédente, et celui des toiles peintes eut particulièrement à souffrir d'une baisse considérable sur toutes les marchandises de coton qui ralentit la vente et la fabrication.

L'année 1798 devait se terminer par un deuil : Frédéric Oberkampf, retiré depuis deux ans à Corbeil, y mourut subitement d'apoplexie, à l'âge de cinquante-huit ans.

L'année 1799 fut très-défavorable au com-

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merce et à l'industrie : pour la première fois, il fallut ralentir la fabrication et réduire les ateliers 1 ; cette mesure heureusement ne fut pas de longue durée et les choses rentrèrent dans leur état normal peu de mois après.

Dans ces temps de stagnation, on avait coutume à Jouy de travailler pour l'avenir et d'introduire des innovations afin de pouvoir jeter des produits nouveaux sur le marché à la reprise des affaires. — La manufacture possédait déjà un bon nombre de grands dessins à sujets, pour tentures (parmi lea plus anciens on peut citer, les Fables de Lafontaine

1. M. Oborkampf l'annonça à ses ouvriers par l'avis suivant ; i Le malheureux État du commerce me force à iii h i in i i : l: 1 1 -j i l; . rab emplit liiul-js mus ù ï;it'î:sus i:l à rÉduin: mes ideliers. - Pour miiscnfr le pius LïiMrid j i : m .■.!::--. ■ il'i/in .-I i' j' 1 Mi..! d.li::û il 1 ■ -L-.l -.-i: 1- !tf

régime actuel du travail à la tâche et de remettre tous les ouvriers sur le pied de la journée. — Les graveurs et lea imprimeurs qui voudront savoir le prix fixé pourront vu [irundie uor.ii;d;s;uiCii ;iu bureau. — Ceux qui feront leuC devoir seront conservés le plus longtemps possible et trouveront tous les secours qu'il sera en mon pouvoir de leur donner. Obebkampf, >

• Jouy, 27 août 1799.

d'après Oudry, les quatre parties du monde, la Ferme, la Fête villageoise, les Colombes, les travaux de la Manufacture (1782), les Montgolfières (1783), la Fédération (1790), etc., etc. '. 11 De fallait pas moins d'un an pour la gravure de la planche de cuivre. — Parla combinaison de deux dessins imprimés au rouleau, l'un par dessus l'autre, on obtenait des effets d'une variété infinie, susceptibles d'être enluminés par des rentrâmes au bloc; le rouleau ou cylindre, il est vrai, imprimait avec une merveilleuse rapidité, mais la gravure du cylindre lui-même était longue, difficile et même impossible pour un and nombre de dessins : on dut chercher un procédé mécanique. — S. Widmer n'avait pas d'autre préoccupation; après une foule d'essais, il réussit à construire une machine gravant en cinq ou six jours un dessin qui auparavant demandait six mois; elledevint son ouvrage de prédilection qu'il se plut à per-

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