‹ Oberkampf 17381815Chapitre 6 sur 30 · OBERKAMPF. [1787J · texte numérisé non relu

OBERKAMPF. [1787J

leur former un établissement utile et honorable ; il est temps que j'y pense, j'ai cinquante ans, je ne saurais m'y prendre trop tôt pour le cimenter et lui donner la solidité nécessaire, ce que je ne peus faire avec sûreté tant que je serai en société. Ces considérations m'obligent à une séparation plus ou moins prochaine, qui me coûte beaucoup, et à laquelle je pense depuis longtemps. — La parfaite union et l'amitié qui n'a cessé de régner entre nous depuis .vingt-cinq ans, et qui ne s'éteindra qu'avec ma vie, ne me permet pas d'user du droit que me donne dès à présent notre acle de société, et m'oblige à vous faire part dés à présent de mes vues. — D'un autre côté, il me paraîl préférable pour vos intérêts de vous prévenir plutôt, afin que vous puissiez saisir les occasions favorables pour placer avantageusement vos fonds à mesure que nous en aurons de disponibles. — De l'établissement que j'ai formé, il n'y a que la moitié qui m'appartienne, et, suivant notre acte de société, elle doit rester au survivant en cas de mort de l'un de nous pendant sa durée, ce qui est contraire à mes vues actuelles et m'empêche de les mettre à exécution. — Voici mes propositions, que je croia justes et équitables :je renouvellerai noire société encore quatre années, à commencer à l'expiration de la dernière, à condition qu'à sa fin, qui sera le 31 décembre 1789, tout notre établissement et tous les biens que nous avons à Jouy m'appartiendront

seul, ou à mes héritiers, si Dieu dispose de moi avant.... Notre nouvelle société se continuera même en cas de mort de l'un de nous, ce qu'à Dieu ne plaise, jusqu'à sa fin, au profit de nos héritiers, et c'est aux miens seuls que restera notre établissement.-.. Il est inutile de faire un article qui exprime.... Je connais trop votre droiture et équité, ainsi que celle de Mme Demaraise, qui a tant contribué à la réussite de nos affaires. — Je conserverai pour elle comme pour vous, mon cher associé, toute ma vie, la plus sincère reconnaissance et la plus parfaite estime. — Il me reste à désirer de conserver votre amitié et celle de votre famille; vous ne pourrez douter du prix que j'y attache. •

M, Demaraise fut au désespoir de la résolution de son associé, et d'abord très-blessé, mais il paraît que l'abbé Goy (ami et conseiller intime de MM. Oberkampf et Demaraise) parvint àle calmer, comme on le verra par l'extrait suivant de la réponse qu'il fit le 5 septembre à cette communication :

« Chacun, mon cher associé, a sa façon de « voir et de sentir; je ne blâme pas la vôtre; « elle est marquée au coin de la sagesse et de

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« la prévoyance, peutrûtre autant pour nous « que pour tous, mais l'habitude de l'atta- » chement, fortifiée par un grand nombre « d'années, est telle, qu'il en coûte infini- « ment de relâcher ainsi les liens d'une union '< qui, tout intérêt à part, faisait le charme « le plus doux de ma vie, avec l'intime per- « suasion que la mort seule pouvait en abré- « ger la durée... »

Cette amitié que les deux associés étaient l'un et l'autre si désireux de conserver, continua sans interruption pendant de longues années'.

Un joyeux événement vint à propos distraire la famille des graves préoccupations de cette affaire : ce fut la naissance d'un second fils, Emile, le 1" novembre 1787; il fut baptisé le même jour par M. le curé Robert, et eut pour parrain son oncle Frédéric.

1. M. et Mme Demaraise eurent quatre Eh et deux Elias ; la seconde, Justine, filleule de M. Oberkampf, aimable et belle personne, épousa en premières noces M. de Boisgibault, et en deuxièmes noces M. de Forestier, qui fut aide de camp de Charles X.

Les travaux de la fabrication continuèrent en pleine activité toute l'année 1788, et les ateliers furent tenus au grand complet, bien que la commerce se ressentît déjà des symptômes précurseurs de la Révolution.

À la veille de 1789 eut lieu sur la place publique de Jouy, la publication des Lettres de noblesse, scène qui fut certainement l'une des dernières de cette nature. En voici le compte-rendu :

s L'an mil sept cent quatre-vingt huit, le «dimanche neuf mars, par devant nous, n maître Barthélémy -François Plisson, no- « taire au bailliage et comté de Jouy-en-Josas, « assisté de témoins.... sur la réquisition de « M. Chr. Ph. Oberkampf, entrepreneur de « la Manufacture Royale.... il a été exposé « que M. Oberkampf avait obtenu du Roy « des lettres de noblesse, enregistrées en la « cour des Aides. ... et le sieur Etienne Huvet, « meunier, syndic de cette paroisse, a été re- « quisde convoquer rassemblée des habitants, « à l'effet de leur communiquer lesdiles let-

« très et d'avoir leur avis sur le contenu d'i- « celles. Laquelle convocation ayant été faite « au devant de la porte de l'église a l'issue « des vêpres, comme lieu ordinaire où se a tiennent les assemblées pour affaires relan tivcs à la communauté des dits habitants, « sont comparus au dit lieu, messire Louis « Robert, prêtre curé de cette paroisse et « dix-sept habitants. . . (dont les noms suivent) « anciens marguilliers et collecteurs de cette «paroisse.... et l'assemblée étant complète, « lui avons lu à haute et intelligible vois les « dites lettreB, les requérant sur le contenu a d'icelles. — Sur quoy les habitants nous « ont unanimement déclaré que les faits ci- « contenus sont vrais, qu'ils en ont connais- « sance et qu'ils consentent à l'enregistren ment des dites lettres.

« Le tout fait en présence des témoins , « lesquels ont avec les comparants signé....

o et avec le notaire soussigné.

« Plisson.

« Nous Joseph Froment de Champ-Lagarde,

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« écuyer, bailly du Roy a Versailles, certifions « comme juge royal plus prochain que la « signature ci-dcs su s est celle de M. Plisson, « notaire à Jouy-en-Josas , en foy de quoy « nous avons signé le présent, donné en notre « hôtel, le 11 mars 1788.

« Froment. »

Ce n'est pas un des traits les moins curieux de cette ancienne France déjà bï éloignée do nos mœurs actuelles, que l'usage de demander ainsi l'assentiment du peuple aux actes de la royauté qui conféraient la noblesse.

Nous trouvons à la date des 28 et 29 avril 1789, une lettre de M. Demaraise à son ami, écrite sous l'impression d'un des premiers troubles de la Révolution, et qoi nous y fait, en quelque sorte, assister :

« Il est à propos que vous soyez informé, « mon cher associé, de ce qui se passe à Paris, « où la rumeur est très-grande pour la ré- « volte qui a commencé hier dans la jour- « née ; le point de ralliement a été la maison - de M. Réveillon (grand fabricant de papiers

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peinte); comme elle était bien barricadée, on s'est contenté de couvrir de boue les portes et l'inscription, « Manufacture Royale », et la fureur de la populace s'est portée ensuite sur la maison d'un nommé Henriot, salpétrier, qu'on dit riche; l'on a brisé les portes et fenêtres qu'on a enlevées, avec tous les meubles, voitures et cabriolets; on les a tous entassés dana une place à quelques pas de là, et on y a mis le feu, sans que la garde ait pu l'empêcher; tout a été consumé sous ses yeux. Apres cette expédition, la populace s'est retirée sur les 3 heures du matin, mais elle s'est rassemblée vers 1 heure après midi, s'est portée en masse à la maison de M. Réveillon, et a maltraité et désarmé une partie des troupes qui la gardaient. Alors toute la garde à cheval de Paris, et successivement plusieurs bataillons des gardes françaises et des gardes suisses, avec du canon sont arrivés, ont fait feu sur les mutins et on assure qu'il y a eu beaucoup de morts

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