Préfet de 1810 à
au gouvernement consulaire, avait accepté des charges diplomatiques et géré, pendant plusieurs années, la préfecture de Rhin-et-Moselle. Là, dans sa petite mais charmante résidence de Coblence, il avait opéré d'étonnantes transformations ; les environs du chef-lieu avaient été embellis à ne plus s'y reconnaître , les ressources agricoles et minérales de Fintérieur du département exploitées avec une ingénieuse habileté. Mais Lezay- Marnésia avait fait plus que remuer et métamorphoser le sol; il avait agi sur les esprits, sur le cœur de ses administrés; il avait réussi à faire accepter le système impérial, le système français, par une population allemande, hostile et revêche; avec un art infini et des ménagements habiles, il avait appliqué le système de la conscription , sans provoquer des résistances, L'Empereur, avec le regard d'aigle qu'il portait sur tous les détails du service, intérieur et extérieur, civil et militaire, avait distingué parmi ses cent cinquante préfets celui de Coblence, et l'avait transféré, en mars 1810, à Strasbourg. Cette ville, par sa situation, par le passage continuel de troupes, par son commerce avec la confédération du Rhin, avait une importance majeure ; c'était à la fois un poste d'administration, de diplomatie et de guerre. Et
le département, agricole entre tous, d'une rare fertilité, pouvait, devait augmenter ses ressources entre les mains d'un agronome intelligent tel que Lezay-Marnésia.
Le jeune préfet, car le marquis avait à peine quarante ans, ne trompa point l'attente du maître. Il débuta par une réception triomphale , qu'il fit préparer à la jeune archiduchesse Marie-Louise, qui touchait, comme impératrice, le sol de la France. Puis il s'appliqua sans relâche à développer les richesses du terrain. On sait que Lezay a donné une forte impulsion à la culture du. tabac en Alsace; par des conseils, des encouragements intelligents, des récompenses bien appliquées, par des solennités patriotiques, il stimula les agriculteurs à s'appliquer à ce genre d'industrie. Nous savons à quel point ses efforts furent couronnés de succès. — M. de Lezay-Marnésia est le véritable créateur de la culture du tabac en Alsace; lui, aussi, le premier, il entreprit de doter de bonnes routes vicinales le département du Bas-Rhin. Toujours sur place, il activait les travaux par sa présence, par les éloges qu'il donnait aux maires intelligents et zélés, par sa douce et aimable familiarité ; parlant avec une rare facilité la langue du pays, il se faisait aimer,
en même temps qu'il se faisait comprendre. Amateur passionné de forêts et d'ombrages, il fît établir dans toutes les campagnes, dans tous les villages, des groupes d'arbres ou pittoresques ou utiles; une énorme quantité d'essences forestières furent plantées, sous son administration bienfaisante. Des reposoirs en grès rouge, le long des routes, rendirent son nom populaire, et perpétuèrent son souvenir dans le pays.
Un homme de cette trempe et de cette activité dévorante devait paraître à Oberlin l'idéal des préfets ; et quoique le pasteur de Waldbach ne relevât plus directement de son administration', il avait, à raison de ses annexes, des rapports permanents avec Strasbourg. J'ignore en quelle occasion ils se virent pour la première fois. Il me semble impossible que Lezay, qui étudiait et recherchait les hommes distingués de son département, aussi bien que les ressources et les curiosités .du sol, soit resté longtemps sans entendre parler du pasteur qui avait défriché un canton montagnard , et dont la renommée, depuis la fin
1. Waldbach et Kothau avaient été détachés du Bas-Rhin et annexés au département des Vosges, on ne sait trop pourquoi, car le versant des eaux les rattache au Bas-Rhin, aussi bien que Fouday, Belmont, Bellefosse, etc.
du dix-huitième siècle, s'était répandue à Tétranger et à Tintérieur de la France. Le terrain commun qu'ils exploitaient, celui de la bienfaisance, était de nature à les rapprocher bien vile ; le chef du département, qui reconnaissait et cherchait le mérite sous la bure du paysan, et qui serrait volontiers la main rude et calleuse de l'artisan, devait estimer doublement un ecclésiastique qui avait en plus d'une occasion échangé son habit noir contre la veste du pionnier. — L'homme qui déposait la plume pour manier tantôt le soc ou la charrue, tantôt la bêche du jardinier, le rabot de la menuiserie, la hache du sapeur, puis, qui, rentré dans sa demeure, se faisait prote et correcteur, imprimeur et maître d'école ^ un pareil Protée devait attirer irrésistiblement un fonctionnaire qui savait aussi se plier à plus d'une exigence, à plus d'un métier. Oberlin devait être sympathique à un préfet qui, de ses salons dorés, se lançait en toute saison sur les chemins raboteux, pour inspecter lui-même l'achèvement des travaux ordonnés. Ce que Lezay aurait pu, par exemple, apprendre d'Oberhn, c'était l'économie; car le pasteur exécutait ses prodiges avec de modiques ressources. Le préfet, dévoré d'une ardeur presque maladive , comme s'il avait pressenti que sa
-arrière serait courte, et qu'il fallait agir aussi ongtemps ou aussi peu qu'il ferait jour, le préfet in Bas-Rhin prodiguait, avec une insouciance juv^énile, ressources, forces, santé, argent — de l'argent surtout; — il obtenait de grands résultats, rapidement, à vue d'œil; mais Oberlin aurait eu souvent le droit de dire, et peut-être Ta-t-il fait: « Monsieur le marquis, vous mangez le fonds avec le revenu. y>
Je n'ai point voulu dissimuler le côté défectueux de ce noble caractère ; je n'ai point voulu nier, ni Voiler les taches de cet astre local, qui a jeté sur l'administration préfectorale du Bas-Rhin un lustre inaccoutumé.
Dans cette question forestière en litige, à laquelle j'ai fait allusion plus haut, Lezay-Marnésia seconda, de toute son influence, les elforts de conciliation d'Oberlin, il jeta son autorité de préfet dans le même plateau de la balance où le pasteur avait déjà posé, après mûre réflexion, l'autorité de la parole évangélique*, et le résumé de son examen consciencieux, appliqué à ce long procès. Une transaction fut signée, en 1813, entre M. Champy et les communes usagères ; et Lezay