‹ Obermann (volume 2)Chapitre 1 sur 8 · QUAI DU LOUVRE · texte numérisé non relu

QUAI DU LOUVRE

Si le récit des guerres, des entreprises et des passions des hommes a de tout temps possédé le privilège de captiver Tattention du plus grand nombre, si le côté épique de toute littérature est encore aujourd'hui le côté le plus populaire, il n'en est pas moins avéré, pour les âmes profondes et rêveuses ou pour les intelligences délicates et attentives, que les poèmes les plus importants et les plus précieux sont ceux qui nous révèlent les intimes souffrances de Tâme humaine dégagées de Féclat et de la variété des événements extérieurs. Ces rares et austères productions ont peut-être une importance plus grande que les faits même de l'histoire pour Tétude de la psychologie au travers du mouvement des siècles; car elles pourraient, en nous éclairant sur Fétat moral et intellectuel des peuples aux divers âges de la civilisation, donner la clef des grands événements qui sont encore proposés pour énigmes aux érudits de notre temps.

Et cependant ces œuvres dont la poussière est secouée avec empressement par les générations éclairées et mûries des temps postérieurs, ces monodies mystérieuses et sévères où toutes les grandeurs et toutes les misères humaines se confessent et se dévoilent, comme pour se soulager, en se jetant hors d'ellesmêmes, enfantées souvent dans Fombre de la cellule ou dans

le silence des champs, ont passé inaperçues parmi les productions contemporaines. Telle a été, on le sait, la destinée d'Oberniann.

 nos yeux, la plus haute et la plus durable valeur de ce livre consiste dans la donnée psychologique; et c'est principalement sous ce point de vue qu'il doit être examiné et interrogé. 1

Quoique la souffrance morale puisse être divisée en d'innombrables ordres, quoique les flots amers de cette inépuisable source se répandent en une multitude de canaux pour embrasser et submerger l'humanité entière, il y a plusieurs ordres principaux dont toutes les autres douleurs dérivent plus ou moins immédiatement. Il y a, 1" la passion contrariée dans son développement, c'est-à-dire la lutte de l'homme contre les choses ; 2* le sentiment des facultés supérieures, sans volonté qui les puisse réaliser ; 5"* le sentiment des facultés incomplètes, clair, évident, irrécusable, assidq, avoué : ces trois ordres de souffrances peuvent être expliqués et résumés par ces trois noms, Werther, René, Obermann.

Le premier tient à la vie active de l'âme et par conséquent rentre dans la classe des simples romans. Il relève de Tamour, et, cpmme malf a pu être observé dés les premiers siècles de rhistoire humaipe. La colère d'Âchille perdant Briséis et le suicide de l'enthousiaste allemand s'expliquent tous deux par l'exaltation de facultés éminentes, gênées, irritées ou blessées. La différence des génies grec et allemand et des deux civilisations placées à tant de siècles de distance ne trouble en rien la parenté psychologique de ces deux données. Les éclatantes douleurs, les tragiques infortunes ont dû exciter de plus nombreuses et de plus précoces sympathies que les deux autres ordres de souffrances aperçus et signalés plus tard. Celles-ci n'ont pu naître que dans une civilisation très-avancée.

Et pour parler d'abord de la mieux connue de ces deux maladies sourdes et desséchantes, il faut nommer René, type d'une rêverie douloureuse, mais non pas sans volupté ; car à l'amertume de son inaction sociale se mêle la satisfaction orgueilleuse et secrète du dédain. C'est le dédain qui établit la supériorité

de cette âme sur tous les hommes, sur toutes les choses au milieu desquelles elle se consume, hautaine et solitaire.

A côté de cette destinée à la fois brillante et sombre se traîne . en silence la destinée d'Obermann, majestueuse dans sa misère, sublime dans son infirmité. A toîi' la mélancolie profonde de leur démarche, on croirait qu'Obermann el René vont suirre la même voie et s'enfoncer dans les mêmes solitudes pour y vivre calmes et repliés sur eux-mêmes. Il n'en sera pas ainsi. Une immense différence établit Tindividualité complète de ces deux solennelles figures. René signifie le génie sans volonté : Ober-/^ mann signifie Télévation morale sans génie, la sensibilité màla-. . dive monstrueusement isolée en Tabsenoe d'une volonté avide d'action. René dit : Si je pouvais vouloir, je pourrais faire; Obermann ait i A quoi bon vouloir? je ne pourrais pas.

En voyant passer René si Iriste^ inais si beau, si déeouragé^ mais si puissant encore, la foule a dû s'art>èter, frappée de surprise et de respect. Cette noble misère, cette volontaire indolence, cette inappétence affectée plutdt que sentie, cette plainte éloquente et magnifique du génie qui s'irHto et se débat dans ses langes, elit pu excitét* le sentiment d'une présomptueuse fraternité cbes uiie génération inquiète et jeune. Toutes leè existences manqué«s, toutes les supériorités avortées se sont redressées fiéreftient, parce qu'elles se sont crues repi*ésentées dans cette pdétlque création. L'incertitude, la fermentation de René en face de la vie qui commence, ont presque ednsoléde lent* itoptiissance les hommes déjà brisés suf le seuil. Ils ont ' oublié que René n'avîlit fait qu'hésiter à vivre, mais que des cendres dé l'ami deChaetas, enterré aire rives du Meschaoébé, était né roratètir et le poète qui a grandi psirmi nous.

Atteint, mais iion pas saîgiiant de son mal, Obermahii mar-

. chait par des chéftiins filus sombres vers des hcfux phis arides.

Son voyage fut moins lêhg, moins effrayant èsn apparénee ; mais

René revint de Fëtil, et la trace d'Oberman» fttt effacée 6t

perdue.

11 est impossible de tomparer Obermtfnn à des types dé sotiffrance tels que Faust, Manfhêd, Ghllde-fiai-oM, Conrad et Lara. Ces variétés de doiileur signifient, dans Goethe, le vertige de

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Tambition intellectuelle, etdansByron, successivement, d'abord un vertige pareil (Manfred); puis la satiété de la débauche (Ghilde-Harold) ; puis le dégoût de la vie sociale et le besoin de l'activité matérielle (Conrad) ; puis, enfin, la tristesse du remords dans une grande âme qui a pu espérer un instant trouver dans le crime un développement sublime de la force, et qui, rentrée en elle-même, se demande si elle ne s'est pas mi-

^ sérablement trompée (Lara).

Obermann, au contraire, c'est la rêverie dans l'impuissance,

, la perpétuité du désir ébauché. Une pareille donnée psychologique ne peut être confondue avec aucune autre. C'est une douleur très-spéciale, peu éclatante, assez difûcile à observer, mais curieuse, et qui ne pouvait être poétisée que par un homme en qui le souvenir vivant de ses épreuves personnelles nourrissait le feu de l'inspiration. C'est un chant triste et incessant sur luimême, sur sa grandeur invisible, irrévélable, sur sa perpétuelle oisiveté. C'est une mâle poitrine avec de faibles bras; c'est une âme ascétique avec un doute rongeur qui trahit sa faiblesse, au lieu de marquer son audace. C'est un philosophe à qui la force a manqué de peu pour devenir un saint. W3rther est le captif qui doit mourir étouffé dans sa cage ; René, l'aigle blessé qui reprendra sou vol; Obermann est cet oiseau des récifs à qui la nature a refusé des ailes, et qui exhale sa plainte calme et mélancolique sur les grèves d'oà partent les navires et où reviennent les débris.

Chez Obermann, la sensibilité seule est active, l'intelligence est paresseuse ou insuffisante. S'il cherche la vérité, il la cherche mal, il la trouve péniblement, il la possède à travers un voile. C'est un rêveur patient qui se laisse souvent distraire par des influ^ces puériles, mais que la conscience de son mal ramène à des larmes vraies, profondes, saisissantes. C'est un er- ^ goteur voltairien qu'un poétique sentiment de la nature rappelle à la tranquille majesté de l'élégie. Si les beautés descriptives et lyriques de son poème sont souvent troublées par l'intervention de la discussion philosophique ou de l'ironie mondaine, la gravité naturelle de son caractère, le recueillement auguste de ses pensées les plus habituelles lui inspirent bientôt

des hymnes nouveaux,, dont rien n'égale la beauté austère et la sauvage grandeur.

Cette difficulté de Texpression dans la dialectique subtile, cette niesquinerie acerbe dans la raillerie, révèlent la portion infirme de l'âme où s'est agité et accompli le poëme étrange et douloureux d'Obermann. Si parfois Tartiste a le droit de regretter le mélange contraint et gêné des images sensibles, symboles vivants de la pensée, et des idées abstraites, résumés inanimés de rétude solitaire, le psychologiste plonge un regard curieux et avide sur ces taches d'une belle œuvre, et s'en empare avec la cruelle satisfaction du chirurgien qui interroge et surprend le siège du mal dans les entrailles palpitantes et les organes hypertrophiés. Son rôle est d'apprendre et non de juger. Il constate et ne discute pas. Il grossit son trésor d'observations delà découverte des cas extraordinaires. Pour lui, il s'agit de connaître la maladie, plus tard il cherchera le remède. Peut-être la race humaine en trouvera-t-elle pour ses souffrances morales, quand elle les aura approfondies et analysées conune ses souffrances physiques.

Indépendamment de ce mérite d'utilité générale, le livre d'Obermann en possède un très-Uttéraire, c'est la nouveauté et l'étrangeté du sujet. La naïve tristesse des facultés qui s'avouent incomplètes, la touchante et noble révélation d'une impuissance qui devient sereine et résignée, n'ont pu jaillir que d'une intelligence élevée, que d'une âme d'élite : la majorité des lecteurs s'est tournée vers l'ambition des.rôles plus' séduisants de Faust, de Werther, de René, de Saint-Preux.

Mystérieux, rêveur, incertain, tristement railleur, peureux par irrésolution, amer par vertu, Obermann a peut-être une parenté éloignée avec Hamlet, ce type embrouillé, mais profond de la faiblesse humaine, si complet dans son avostement, si logique dans son inconséquence. Mais la distance des temps, les métamorphoses de la société, la différence des conditions et des devoirs, font d'Obermann une individualité nette, une image dont les traits bien arrêtés n'ont de modèle et de copie nulle part. Moins puissante que belle et vraie, moins flatteuse qu'utile et sage, cette austère leçon donnée à la faiblesse impatiente et

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ehagiine devait èlre accotée d'un Irès-petil nomlnre d'int^tigences dans une époque toute d'ambition et d'activité. Obermann, s^tant son incapacité k prendre un rôle sur cette scène pleine et agitée, se retirant sur les Alpes pour gémir seul au seîn de la nature, cberchantun coin de sol inculte et tierge pour y souiïrir sans témoin et sans bruit; puis bornant enfin son ambition à s'éteindre et à mourir là, oublié, ignoré de tous, devait trouver peu de disciples qui consentissent à s'effaeer ainsi, dans le seul dessein de désencombrer la société trop pleirne de ce^ volontés inquiètes et inutiles qui s'agitent sourdementdans son sein et le rongent en se dévorant elles-mêmes.

Si Ton exige dans un livre la coordination progressive des pensées et la symétrie des lignes extérieures^ Obermanii n'est pas un livre; mais c'en est un vaste et complet, si ï&sl considère l'unité fatale et intime qui préside à ce déroulement d'une destinée entière. L'analyse en est simple et rapide à fiôre. D'abord l'effroi de l'âme en présence de la vie sociale qui réclame l'emploi de ses facultés ^ tous les rôles trop rudes peur elle : oisivité, nullité, confusion, aigreur, colère^ doute, éner^ vementf fatigue, rassérénement, bienveillance sénile, travail matériel et volontaire, repos, oubli, amitié douée et paisible, telles sont les phases successives de la douleur croissante et décroissante d'Obermann. Vieilli de bonne beure par le eontael insupportable de la société, il la fuit, déjà épuisé, déjà accablé du sentiment amer de la vie perdue, déjà obsédé des fantômes de ses illusions trompées, des sqiteleties atténués de ses passions éteintes. C'est une âme qui n'a pas pris le temps de vivre, parce qu'elle a manqué de force pour s'épanouir et se développer. « J'ai connu l'enthousiasme des vertus difficiles... Je me tenais a assuré d'être le plus heureux des hommes si j'en étais le plus « vertueux, rUlusion a duré près d'un mois dam sa force, t

Un mois ! ce terme rapide a suffi pour désenchanter, pour flétrir la jeunesse d'un cœur. Vers le commencement de son pèlerinage, au bord à'un des lacs de la Suisse, il consume dix ans de vigueur dans une nuit d'insomnie... « Me sentant disposé < à rêver longtemps, et trouvant dans la chaleur de la nuit la « facilité de la passer tout entière au dehors, je pris la route

ff de Sainf-Blaise... Jô descetidis mie petite esèar^, ëi je mé € plaçai sur le sable où Tenaient expirer les tagues... La lune

< pamt;: je restai longtemps, ters le matin, eUe répandait sur f les terres et sur les eaux rineffable mélancolie de ses der-

* niêres lueurs. La nature paraît bien grande à Thomme lorsc que, djins uil Idng recueillement, il entend le roulement des i OTide. sttr la rive solitaire, dans le calme d^une nuit encore

< ardente et éclairée parla lune qui finit.

€ Indicible sensibilité, charme et tourment de nos vaines an-

< nées, vaste conscience d'une tiature partout accablante et pari tout impénétrable, jïiassion universelle, indifférence, sagesse f avancée, voluptueux abandon, tout ce qu'un cœur mortel peut € contenir de besoin et d'ennui profond, f ai tout senti, tout t éprouvé dans cette nuit mémorable. Tai fait un pas^ sinistre t vers l'âge d'affaiblissement, fai dévoré dix années de ma vie» c Beureut t'b6m<ne simple dont le cœur est toujours jeune ! »

Daifs tout le livre, on retrouve, comme dans cet admirable fragment, le déchirement âti cœur, adouci et comme attendri par lajpgïflnse contemplation de la nature. L'âme d'Obermann n^t rétive et bornée qu'en face du joug social. EHe s'ouvre immêrnse et chaleureuse aux splendeurs du del étoile, au murmure des bouleaux et des torrents, aux sons romantiques que Von entend sous Vherbe courte du Titlis. Ce sentiment exquis de la poésie, cette grandeur de la méditation religieuse et solitaire, sont les seules puissances qui ne s'altèrent point en elle. Le temps amène le refroidissement progressif de ses facultés inquiètes ; ses élans passionnés vers le but inconnu où tendent toutes les forces de l'intelligence se ralentissent et s'apaisent. Un travail pup rîl, mais naïf et patriarcal, senti et raopnté à la manière de Jean-Jacques, donne le change au travail funeste de sa pensée, qui creusait incessamment les abîmes du doute, ff On devait le lendemain commencer à cueillir le raisin d'un f grand treillage exposé au midi et qui regarde le bois d'Arf mand... Dès que le brouillard fut un peu dissipé, je mis un « van sur une brouette, et j'allai le premier au fond du clos

• commencer h récolte. Je la fis presque seul, sans chercher 6 un moyen plus prompt ; f aimais cette lenteur, je voyais à

regret quelque autre y traTailler. Elle dur^, je croîs, douze « jours. Ma brouette allait et isevenait dans des chemins négligés c et remplis d'une herbe humide; je choisissais les muns unis,

• les plus difficiles, et les jours coulaient ainsi dans Toubli, au f milieu des brouillards, parmi les fruits, au soleil d'automne...

< J'ai TU les vanités de la vie, et je porte en mon cœur Fardent « principe de ses plus vastes passions. J'y porte aussi 1 1 senti-

• ment des grandes choses sociales et deFordre philosophique... « Tout cela peut animer mon âme et ne la rempht pas. Cette

< brouette, que je charge de firuits et pousse doucement, la sou-

< tient mieux. Il semble qu'elle voiture paisiblement mes heu-

< res, et que son mouvement utile et lent, sa marche mesurée, f conviennent à lliabitude ordinaire de la vie. >

Après avoir épuisé les désirs immenses, irréalisables, après avoir dit : < Il y a Tinfîni entre ce que je suis et ce que je vou- « draisêtre. Je ne veux point jouir, je veux espérer... Que € m'importe ce qui peut finir? « Obermann, fatigué de n'être rien, se résigne à n'être plus. Il s'obscurcit, il s'efface, t Je ne « veux plus de désirs, dit-il, ils ne me trompent point... Si « Tespérance semble encore jeter une lueur dans la nuit qui « m'environne, elle n'annonce rien que l'amertume qu'elle € exhale en s'éclipsant, elle n'éclaire que l'étendue de ce vide « où je cherchais, et où je n'ai rien trouvé. »

Le silence des vallées, les soins paisibles de la vie pastorale, les satisfactions d'une amitié durable et partagée, sentiment exquis dont son cœur avait toujours caressé l'espoir, teUe^gstla dernière phase d'Obennann. Il ne réussit point à se créer un bonheur ro»wme5Çtte, il témoigne pour cette chimère de la jeunesse un continuel mépris. C'est la haine superbe des malheureux pour les promesses qui les ont leurrés, pour les biens qui leur ont échappé ; mais il se soumet, U s'affaisse, sa douleur s'endort, l'habitude de la vie domestique engourdit ses agitations rd)elles, il s'abandonne à cette salutaire indolence, qui est à la fois un progrès de la raison raffermie et un bienfait du ciel apaisé. La seule exaltation qu'Obermann conserve dans toute sa fraîcheur, c'est la reconnaissance et l'amour pour les dons et les grâces de la nature. Il finit par une grave et adorable oraison

sur les fleurs champêtres, et ferme doucement le livre où s'ensevelissent ses rêves, ses illusions et ses douleurs. « Si j'arrive • à la vieillesse; si un jour, plein de pensées encore, mais re- 1 nonçant à parler aux hommes, j'ai auprès de moi un ami pour f recevoir mes adieux à la terre, qu'on place ma chaise sur Therbe c courte, et que de tranquilles marguerites soient là devant € moi, sous le soleil, sous le del immense, afin qu'en laissant € la vie qui passe je retrouve quelque chose de l'illusion inc finie, f

Telle est l'histoire intérieure et sans réserve d'Obermann. Il était peut-être dans la nature d'une pareille donnée de ne pouvoir se poétiser sous la forme d'une action progressive ; car, puisque Obermann nie perpétuellement non-seulement la valeur des actions et des idées, mais la valeur même des désirs, comment concevrait-on qu'il pût se mettre à commencer quelque chose ?

Cette incurie mélancolique, qui encadre de lignes infranchissables la destinée d'Obermann, offrait un type trop exceptionnel pour être apprécié lors de son apparition en 1804. A cette époque, la grande mystification du consulat venait enfin de se dénouer. Mais, préparée depuis 1799 avec une habileté surhumaine, révélée avec pompe au milieu du bruit des armes, des fanfares de la victoire et des enivrantes fumées du triomphe, elle n'avait soulevé que des indignations impuissantes, rencontré que des résistances muettes et isolées. Les préoccupations de la guerre et les rêves de la gloire absorbaient tous les esprits. Lc^ sentiment de l'énergie extérieure se développait le premier dans la jeunesse ; le besoin d'activité virile et martiale bouillonnait dans tous lès cœurs. Obermann, étranger par caractère chez toutes les nations, devait, en France plus qu'ailleurs, se trouver isolé dans sa vie de contemplation et d'oisiveté. Peu soucieux de connaître et de comprendre les hommes de son temps, il n'en fut ni connu ni compris, et traversa la foule, perdu dans le mouvement et le bruit de cette cohue, dont il ne daigna pas même regarder l'agitation tumultueuse. Lorsque la chute de l'empire introduisit en France la discussion parlementaire, la discussion devint réellement la monarchie consti-

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tutionnelle, comme l'empereur avait été Tempire h lai tout seul. En même temps que les institutions et les coutumes, la littérature anglaise passa le détroit et vint régner diei nous. La poésie britannicfue nous révéla le doute incarné seus la figure de Byron ; puis la littérature allemande, quoique plus mystique, nous conduisit au même résultat par un sentimept dé rêverie plus profond. Ces causes, et d'autres, transformèrent rapidement l'esprit de notre nation, et pour caractère prin* cipal lui infligèrent le doute. Or le doute, c'est Obermann, et Obermann, né trop tôt de trente années, est réellement h tra^ duction de l'esprit général depuis 4830.

Pourtant, dès le temps de sa publication, Obermann excita des sympathies d'autant plus fidèles et dévouées qu'ellea étaient plus rares. Et, en ceci, la loi qui condamne à de tièdes amitiés les existences trop répandues fut accomplie; la justice, qui dédommage du peu d'éclat par la solidité des affections, fut rendue. Obermann n'encourut pas les trompeuses jouissances d'un grand succès, il fut préservé de l'aflOigeante insouciance des admirations consacrées et vulgaires. Ses adeptes s'attachèrent à lui avec force et lui gardèrent leur enthousiasme, comme un trésor apporté par eux seuls, à l'offrande duquel ils dédaignaient d'associer la foule. Ces âmes malades, parentes de la sienne, portèrent une irritabilité chaleureuse dans l'admiration de ses grandeurs et dans la négation de ses défauts. Nous avons été de ceux-là, alors que plus jeunes, et dévorés d'une plus énergique souflrance, nous étions fiers de comprendre Obermann et près de haïr tous ceux dont le coeur lui était fermé..

Hais le mal d'Obermann, ressenti jadis par un petit nombre d'organisations précoces, s'est répandu peu à peu depuis, et, 'au temps où nous sommes, beaucoup peut-être en sont atteints; car notre épeque se signale par une grande multiplicité de maladies morales, jusqu'alors inobservées, désormais contagieuses et mortelles.

Durant les quinze premières années du dii-neuvième siècle, non-seulement le sentiment de la rêverie fiit gêné et empêché par le tumulte des camps, mais encore le sentiment de l'ambition fut entièrement dénaturé dans les âmes fortes. Excité, mais

PRÉFACE. il

non développé, il se restreignit dans son essor en ne rencontrant que des objets vains et puérils. L'homme qui était tout dans l'État avait arrangé les choses de telle façon que les plus grands hommes furent réduits à des ambitions d*enfant. Là où il n'y avait qu'un maître pour disposer de tout, il n'y avait pas d'autre manière de parvenir que de complaire au maître, et le maître ne reconnaissait qu'un seul mérite, celui de l'obéissance aveugle; cette loi de fer eut le pouvoir, propre à tous les despotis* mes, de retenir la nation dans une perpétuelle enfance ; quand le despotisme croula irrévocablement en France, les hommes eurent quelque peine à perdre cette habitude d'asservissement qui avait effacé et confondu tous les caractères politiques dans une seule physionomie. Mais, rapidement éclairés sur leurs intérêts, ils eurent bientôt compris qu'il ne s'agissait plus d^étre élevé par le maître, mais d'être choisi par la nation; que, sous un gouvernement représentatif, il ne suffisait plus d'être aveugle et ponctuel dans l'exercice de la force brutale pour arriver à faire de l'arbitraire en sous-ordre, mais qu'il fallait chercher désonnais sa force dans son intelligence, pour être élevé par le vote libre et populaire à la puissance et à la gloire delà tribime. A mesure que la monarchie» en s'ébranlant, vit ses faveurs perdre de leur prix, à mesure que la véritable puissance politique vint s'asseoir sur les bancs de l'opposition, la culture de l'esprit, l'étude de la dialectique, le développement de la pensée devint le seul moyen de réaliser des ambitions désormais plus vastes et plus nobles.

Hais avec ces promesses plus glorieuses, avec ces prétentions plus hautes, les ambitions ont pris un caractère d'intensité fébrile qu'elles n'avaient pas encore présenté. Les âmes, surexcitées par d'énormes travaux, par l'emploi de facultés immenses, ont été éprouvées tout à coup par de grandes fatigues et de cuisantes angoisses. Tous les ressorts de l'intérêt personnel, toutes les puissances de Pégoîsme, tendues et développées outre mesure, ont donné naissance à des maux inconnus, à des souffrances monstrueuses, auxquelles la psychologie n'avait point encore assigné de place dans ses annales.

L'invasion de ces maladies a dû introduire le germe d'une

poésie nouvelle. S'il est yrai que la littérature soit et ne puisse être autre chose que Texpression de faits accomplissables, la peinture de traits visibles, ou la révélation de sentiments possiblement vrais, la littérature de TEmpire devait réfléchir la physionomie de TEmpire, reproduire la pompe des événements extérieurs, ignorer la science des mystérieuses souffrances de rame. L'étude de la conscience ne pouvait être approfondie que pluâ tard, lorsque la conscience elle-même jouerait un plus grand rôle dans la vie, c'est-à-dire lorsque Thomme, ayant un plus grand besoin de son intelligence pour arriver aux choses extérieuces, serait forcé à un plus mûr examen de ses facultés intérieures. Si Tétudè de la psychologie, poétiquanent envisagée, a été jusque-là incomplète et superficielle, c'est que les observations lui ont manqué, c'est que les maladies, aujourd'hui constatées et connues, hier encore n'existaient pas.

Ainsi donc le champ des douleurs observées et poétisées s'agrandit chaque jour, et demain en saura plus qu'aujourd'hui. Le mal de Werther, celui de René, celui d'Oberroann, ne sont pas les seuls que la civilisation avancée nous ait apportés, et le livre où Dieu a inscrit le compte de ces fléaux n'est peut-être encore ouvert qu'à la première page. Il en est un qu'on ne nous a pas encore officiellement signalé, quoique beaucoup d'entre, nous en aient été frappés ; c'est la souffrance de la volupté dépourvue de puissance. C'est un autre supplice que celui de Werther, se brisant contre la société qui proscrit sa passion, c'est une autre inquiétude que celle de René, trop puissant pour vouloir ; c'est une autre agonie que celle d'Obermann, atterré de son impuissance ; c'est la souffrance énergique, colère, impie, de l'àme qui veut réaUser uiie destinée, et devant qui toute destinée s'enfuit comme un rêve ; c'est l'indignation de la force qui voudrait tout saisir, tout posséder, et à qui tout échappe, même la volonté, au travers de fatigues vaines et d'efforts inutiles. C'est l'épuisement et la contrition de la passion désappointée ; c'est, en un mot, le mal de ceux qui ont vécu.

René et Obermann sont jeunes. L'un n'a pas encore employé sa puissance, l'autre n'essayera pas de l'employer; mais tous deux vivent dans l'attente et l'ignorance d'un avenir qui se réahsera

dans un sens quelconque. Gomme le bourgeon exposé au vent impétueuK des jours, au souffle glacé des nuits, René résistera aux influences mortelles et produira de beaux fruits. Obermann languira comme une fleur délicate qui exhale de plus suaves parfums en pâlissant à Fombre. Mais il est des plantes à la fois trop vigoureuses pour céder aux vains efforts des tempêtes, et trop avides de soleil pour fructifier sous un ciel rigoureux. Fatiguées, mais non brisées, elles .enfoncent encore leurs racines dans le roc, elles élèvent encore leurs calices desséchés et flétris pour aspirer la rosée du ciel ; mais, courbées par les vents contraires, elles retombent et rampent sans pouvoir vivre ni moui^, et le pied qui les foule ignore la lutte immense qu^elles ont soutenue avant de plier.

Les âmes atteintes de cette douloureuse colère peuvent avoir eu la jeunesse de René. Elles peuvent avoir répudié longtemps la vie réelle, comme n'offrant rien qui ne fût trop grand ou trop petit pour elles ; mais à coup sûr elles ont vécu la vie de Werther. Elles se sont suicidées comme lui par quelque passion violente et opiniâtre, par quelque sombre divorce avec les espérances de la vie humaine. La faculté de croire et d'aimer est morte en elles. Le désir seul a survécu, fantasque, cuisant, éternel, mais irréalisable, à cause des avertissements sinistres de l'expérience. Une telle âme peut s'efforcer à consoler Obermann, en lui montrant une blessure plus envenimée que la sienne, en lui disant la différence du doute à Fincrédulité, en répondant à cette belle et triste parole : Qu'un jour je puisse dire à un homme qui m'entende : < Si nous avions vécu! » — Obermann, consolez-vous, nous aurions vécu en vain.

Il appartiendra peut-être à quelque génie austère, à quelque psychologiste rigide et profond, de nous montrer la souffrance morale sous un autre aspect encore, de nous dire une autre lutte de la volonté contre Timpuissance, denous initier à l'agitation, à l'effroi, à la confusion d'une faiblesse qui s'ignore et se nie, de nous intéresser au supplice perpétuel d'une âme qui refuse de connaître son infirmité, et qui, dans l'épouvante et la stupéfaction de ses défaites, aime mieux s'accuser de perversité que d'avouer son indigence primitive. C'est une maladie plus

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répandue peut-être que toutes les autres, mais que nul n'a encore osé traiter. Pour la revêtir de grâce et de poésie, il faudra ime main habile et une science consommée.

Ces créations viendront sans doute. Le mouvement des ii^ telligences entraînera dans Toubli la littérature réelle, qui ne convient 4éjà plus à notre époque. Une autre littérature se prépare et s'avance à grands pas, idéale, intérieure, ne relevant que de la conscience humaine, n'empruntant au monde des sens que la forme et le vêtement de ses inspirations, dédaigneuse, à Thabitude, de la puérile complication des épisodes, ne se souciant guère de divertir et de distraire les imaginations oisives, parlant peu mK yeux, maisà Tâme constamment. Le r^le de cette littérature sera laborieux et difficile, et ne sera pas compris d'emblée, fille aura contre elle l'impopularité des premières épreuves ; elle aura de nombreuses batailles à livre]i|fM)ur introduire, dans les récits de la vie familière, danp Texpression scénique des passions étemelles, les mystérieuses tragédie&que la pensée aperçoit et que l'œil ne voit point.

Cette réaction a déjà commencé d'une façon éclatante dans la poésie personnelle ou lyrique : espérons que le roman et le ihé&ire n'attendront pas en vaim

George SàNB.

On terra dans ces lettres l'expression d*tin homme qui sent, et noii d'tiii homme qui travaille. Ce sont des méK moirefi très-indifférents à des étrangers, mais qui peuvent intéresse)^ les adeptes. Plusieurs verront avee plaisir ce que rtm d'eux a senti ! plusieurs ont senti de même $ il s'est itoniè que celui-ci l'a dit, ou a essayé de le dire^ Mais il dlfit être jugé par l'ensemble de sa tie, et Aon par ses premières années; par toutes ses lettres, et non par tel passage ou hasardé^ oti romanesque peut-être.

De semblables lettres sans art, sans intrigue, doivenl avoir mauvaise grftce hors de la ôociélé èparse et secrète dont la nature avait fait membre celui qui les écrivit. Les individus qui ia composent sont la plupart inconnus; cette espèce de moiuiment privé que laisse un homme comme eux ne peut leur être, adressé que par la voie

publique, au risque d -ennuyer un grand nombre de personnes graves, instruites, ou aimables. Le devoir d'un éditeur est seulement de prévenir qu'on n'y trouve ni esprit, ni science ; que ce n'est pas un ouvrage, et que peut-être même on dira : Ce n'est paa un livre raisonnable.

Nous avons beaucoup d'écrits où le genre humain se trouve peint en quelques lignes. Si cependant ces longues lettres faisaient à peu prés connaître un seul homme, elles pourraient être et neuves et utiles. Il s'en faut de beaucoup qu'elles remplissent même cet objet borné; mais, si elles ne contiennent point tout ce que l'on pourrait attendre, elles contiennent du moins quelque chose ; et c'est assez pour les faire excuser.

Ces lettres ne sont pas un roman ^ Il n*y a point de mouvement dramatique, d'événements préparés et conduits, point de dénoûment; rien de ce qu'on appelle l'intérêt d'un ouvrage, de cette série processive, de ces incidents, de cet aliment de la curiosité^ magie de plusieurs bons écrits, et charlatanisme de plusieurs autres.

On y trouvera des descriptions; de celles qui servent à mieux faire entendre les choses naturelles, et à donner des lumières, peut-être trop négligées, sur les rapports de l'homme avec ce qu'il appelle Yinanitné.

On y trouvera des passions; mais celles d'un homme

^ Je suis loin d'inférer de là qu'un bon roman ne soit pas un bon livre. De plus, outre ce que j'appellerais les véritables romans, il est des écrits agréables ou d'un vrai»mérite que Ton range communément dans cette classe, tels que la Chaumière indienne^ etc.

qui était né pour recevoir ce qu'elles promettent, et pour n'avoir point une passion ; pour tout employer, et pour n'avoir qu'une seule fin.

On y trouvera de Tamour; mais l'amour senti d'une manière qui peut-être n'avait pas été dite.

On y trouvera des longueurs : elles peuvent être dans la nature; le cœur est rarement précis, il n'est point dialecticien. On y trouvera des répétitions ; mais si les choses sont bonnes, pourquoi éviter soigneusement d'y revenir? Les répétitions de Clarisse^ le désordre (et le prétendu égolsme) de Montaigne, n'ont jamais rebuté que des lecteurs seulement ingénieux. Jean-Jacques éflait souvent diffus. Celui qui écrivit ces lettres paraît n'avoir pas craint les longueurs et les écarts d'un style libre : il a écrit sa pensée. Il est vrai que Jean-Jacques avait le droit d'être un peu long; pour lui, s'il a usé de la même liberté, c'est tout simplement parce qu'il la trouvait bonne et naturelle.

On y trouvera des contradictions, du moins ce qu'on nomme souvent ainsi. Hais pourquoi serait-on choqué de voir, dans des matières incertaines, le pour et le contre dits par le même homme? Puisqu^il faut qu'on les réunisse pour s'en approprier le sentiment, pour peser, décider, choisir, n'est-ce pas une même chose qu'ils soient dans un seul livre ou dans des livres différents ? Au contraire, exposés par le même homme, ils le sont avec une force plus égale, d'une manière plus analogue, et vous voyez mieux ce qu'il vous convient d'adopter. Nos affections, nos désirs, nos sentiments mêmes, et jusqu'à nos

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opinions, changent avec les leçons des éfénemaita, les occasions de la rèfleiion^ avec l'âge, avec tout notre être. Celui qui est si exactement d'accord atee lui-même tous trompe, ou se trompe. Il a un système; il joue un Hle. L'homme sincère tous dit : J'ai senti comme cela, je sens comme ceci; voilà mes matériaui, hfttisaee vous-même rédiflee de votre pensée.

Ce n'est pas à l'homme froid à juger les dififéi^enees des sensations humaines ; puisqu'il n'en oonnait pas l'étendue, il n'en connaît pas la versatilité. Pourquoi diverses manières de voir seraient-elles plus étonnantes dans les divers figes' d'un même homme, et quelquefois au môme moment, que dans des hommes différents? On observe, on cherche, on ne décide pas. Voulez-vous exiger que celui qui prend la balance rencontre d'abord le poids qid en fixera l'équilibre? Tout doit être d'aceord, sans doute, dans un ouvrage exact et raisonné sur des matières positives ; mais voulez- vous que Montaigne soit vrai à la manière de Hume, et Sénèque régulier comme Bezout? Je croirais même qu'on devrait attendre autant ou plus d'oppositions entre les différents âges d'un même homme qu'entre plusieurs hommes éclairés du même âge. C'est pour cela qu'il n'est pas bon que les législateurs soient tous des vieillards; à moins que ce soit un corps d'hommes vraiment choisis, et capables de suivre leurs conceptions générales et leurs souvenirs plutôt que leur pensée présente. L'homme qui ne s^occupe que des sdericei exactes est le seul qui n'ait point à craindre d'ê^e jamais surpris de ce qu'il a écrit dans un autre âge.

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Ces lettres sont aussi inégales» aussi irrégulières dans leur stjle que dans le reste. Une ehose seulement m'a plu ; c'est de n'y point trouver ces expressions exagérées et triviales dans lesquelles un écrivain devrait toujours voir du ridicule^ ou au moins de la faiblesse ^ Ces expressions ont par elles-mêmes quelque-chose de vicieux, ou biea leur trop fréquait usage, ea en faisant des applica^ tiens fausses, altéra leurs premières acceptioni^ et fit oublier leur énergie.

Ce n'eet pas que je prétende justiier le style de ces lettres. J'aurais quelque chose à dire sur des expressions qui pourront paraître hardies, et que pourtant je n'ai pas changées ; mais quant aux incorrections, je n'y sais point d'excuse recevabie. Je ne me dissimule pas qu'un critique trouvera beaucoup à reprendre : je n'ai point prétendu enrichir le public d'un ouvrage travaillé, mais donner à quelques personnes éparses dans l'Europe les sensations, Jes opinions, les songes libres et incorrects d'un homme souvent isolé, qui écrivit dans l'intimité, et non pour son libraire.

L'éditeur ne s'est proposé et ne se proposera qu'un

' Le genre pastoral, le genre descriptif, ont beaucoup d'expressions rebattues y dont les moins tolérables, à mon avis, sont les ' figures employées quelques millions de fols, et qui, dès la première, affaiblissaient l'objet qu'elles prétendaient agrandir. L'émail des prés, Tazur des cieux, le cristal des eaux; les lis et les roses de son teint ; les gages de son amour; l'innocence duliameau; des torrents s'échappèrent de ses yeux; contempler les merveilles de la nature; jeter quelques fleurs sur sa tombe : et tant d'autres que je ne veux pas condamner exclusivement, mais que j'aime mieux ne point rencontrer

seul objet. Tout ce qui portera son nom tendra aux mêmes résultats; soit qu'il écrive, ou qu'il publie seulement, il ne s'écartera point d'un but moral. 11 ne (Perche pas encore à y atteindre : un écrit important, et de nature à être utile, un véritable ouvrage que l'on peut seulement esquisser, mais non prétendre jamais finir, ne doit être ni publié promptement, ni même entrepris trop tôt (Â).

Les aotes indiquées par des lettres sont à la fin du volumei

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