II
L„u,i,;™u,GoogIt:
' bcsoinSfàpeinejesaismes désirs. Si TOUS croyez coDDattremesgoûts.Tousyfierez trompé. Vous direz entre T03 landes solitaires, et vos grandes eaux : Où est celui qui ne m'a plus? Où est Tami que jen'ai trouvé ni en Afrique, ni aux Antilles? Voici le temps nébuleux que désire sa tristesse; il se promène, il songe & mes regrets et au vide desesannées; ilécoule vers lecouchant, comme silessons du pianodemaâlledevaientparvenir k son (H^Ue solitaire ; il voit les jasmins rangés sur ma terrasse, il voit mon bonnet de nuit passer derrière leurs branches fleuries , il regarde àur le sable la trace de mes pantoufles, il Veut respirer la brise du soir. Vains 'songes , TOUS dis-je, j'aurai déjà changé. Et d'ailleurs, avons-nous le même ciel, nous qui avons cherché dans des dimats opposés une terre étrangère à celle de nos premiersîou:r8?
Pendant vos douces soirées > ^^ ^^i^t d*hiver peut terminer ici de& jours br&lans. Le soleil consumait l'herbe autour des vacheriesj le lendemain, les vaches se pressent pour sortir, elles croient la trouver rafraîchie par l'humidité de la nuit; mais deux pieds de neige
DiailizodbvGoOgle
surchai^ent le toit sous lequel les voilà retenues , et elles seront réduites à boire leur propre lait. Je suis moi-même 'plus incertain, plus variable que ce climat bizarre. Ce que j'aime aujourd'hui , ce qui ne me déplait pas^ lorsque tous l'aurez lu , me déplaira peut-être, et le changement ne sera pas grand, l^ie temps me conyient, il est calme, tout est muet; je sors pour long-temps :' un quart d'heure après on me Toit rentrer. Un écureuil , en m'èntendant, a grimpé jusqu'à la cime d'un sapin. Je laissais toutes ces idées : un nïerle chante audessus de moi. Je reviens , je m'enferme dans mon cabinet. Il feut à la fin chercher un livre qui ne m'ennuie pas. Si l'on vient demander ' quelque chose , prendre un ordre , on s'excuse de me déranger ; mais ils m'ont rendu service. Cette amertume s'en va comme elle était venue ; si je suis distrait, je suis content. Ne le pouvais-je pas moi-même ? non. J'aime ma douleur , je m'y attache tant qu'elle dure : quand elle n'est plus , j'y trouve un^ insigne folie.
Je suis bien changé , vous dis-je. Je me rap-
DiailizodbvGoOgle
pelle que la vie m'impatientait , et qu'il y a eu un moment où je la supportais comme un mal qui n'avait plus que quelques mois à durer. Mais ce souvenir me parait maintenant celui d'une chose étrangère à moi ; il me sur- ' prendrait même si la mobilité dans mes sensations pouvait me surprendre. Je ne vois pas du tout pourquoi partir , comme je ne vois pas bien pourquoi rester. Je suis las ; mais dans ma lassitude, je trouve qu'on n'est pas mal quand on se repose. La vie m'ennuie et m'amuse. Venir, s'élever, faire grand bruit, s'inquiéter de tout, mesurer l'orbite des comètes ; et , après quelques jours , se coucher là sous rbra'be d'un cimetière : cela me semble assez burlesque pour être vu jusqu'au bout.
Mais pourquoi prétendre que c'est l'habitude dçs ennuis, ou le malheui* d'une manière sombre , qui dérangent , qui confondent nos désirs et nos vues , qui altèrent notre vie ellemême dans ce sentiment de la chute et du néant des jours de l'homme ? Il ne Ëiut point qu'une humeur mélancolique décide des couleurs de la vie. IVe demandez point an fils des
DiailizodbvGoOgle
U5 Incas enchaîné dans les mines d'oùFon tira l'or du palais de ses ancêtres et des temples du soleil , ou au boui^;eois laborieux et irréprochable dont la vieillesse mendie infirme et dédaignée; ne demandez point à d'innombrables malheureux ce que valent et les espérances et les prospérités humaines ; ne demandez point à Heraclite quelle est l'importance de nos projets , on à Hégésias quelle est celle ■ delà vie. C'est Voltaire comblé de succès, fêté dans les cours et admiré danis TËurope ; c'est Voltaire célèbre, adroit, spirituelet fortuné; c'est Sénèque auprès du trône des Césars , et près d'y monter lui-même; c'est Sénèque soutenu par la sagesse , amusé par les honneurs , et riiche de ti'ente millions : c'est Sénèque utile aux hommes, et Voltaire se jouant de leurs &ntaisies , qui vous diront les jouissances de l'ame. et le repos du cœur , la valeur et la durée du mouvement de nos jours.
Mon ami ! je reste encore quelques heures sur la terre. Nous sommes de pauvres insensés quand nous vivons ; mais nous sommes si nuls quand nous ne vivons pas ! Et puis l'on a
DiailizodbvGoOgle
toujours des affaires à termiaer : j'en .ai maintenant une grande , je veux mesurer l'eau qui ■ tombera ici pendant dix années. Pour le thermomètre , je l'ai abandonne : il faudrait se lever dans la nuit; et quand la nuit est sombre, il iâudraitcouBerrer, de la lumière, et la mettre dans un cabinet, parce que j'aime toujours la plus grande obscurité dans ma chambre.
(Voilà jiour tant un point essentiel où mon goût n'a pas encore changé. ) D'ailleurs pour que je pusse prendre quelque intérêt à observer ici la température , il faudrait que je cessasse d'ignorer ce qui se passe ailleurs. Je. voudrais avoir des observations faites au. Sénégal sur les sables, et à la cime des montagnes du Labrador. Une autre chose m'intéresse davantage : je voudrais savoir si l'on pénè tre de nouveau dans l'intérieur de l'A&ique. Ces contrées vastes 1 superbes , inconnues , où l'on pourrait, je pense.... Je suis séparé du monde. Si l'on eu reçoit des nouons, plus précises , donnez-les moi. Je ne sais si vous m'entendez.
DiailizodbvGoOgle
aiiizodbvGoogle
par la {»-amte du reproche que j^aurais à me &îre , si n'améliorant rien, ne faisant rien que d'user pesamment des choses comme elles sont. j'allais encore négliger le seul moyen d'énergie qoi s'accorde avec l'obscurité, de ma vie.
IVe ^ut-îl point que rhomme soit quelque
- chose , et qu'il remplisse dans un sens ou dans un autre un rôle expressif? Autrement il toii:d>era dans l'abattement, et perdra la dignité de son être : il méconnaîtra ses facultés; ou s'il les sent, ce sera pour le supplioe de son ame combattue. Il ne sera point écouté, suivi ,- considéré. Ce peu de bien même que la vie la plus nulle doit encore produire , ne sera plus enson pouvoir. C'êatun précepte très-beau et très-utile, que celui de la simplicité : mais il a ^té bien mal entendu. L'esp-it qui se voit pas les diverses faces des choses , pervertit les meilleures maximes; il avilit, la sagesse elle-même en. lui ôtant ses moyens, en. la plongeant dans la pénurie, en. la déshonorant par le désordre qui en résulte.
Assurément un homme de lettres (i) en
(i) EipressionquinecoiiTieiii <]<i'iâ. Ju n'aime pas qu'on
DiailizodbvGoOgle
Si9 linge sale , logé dans le-grenier, recousant ses hardes , et copiant je nesais quoi pour yivre, sera difiitâlement un être udle au monde , et jouissant de l'autorité nécessaire pour &ire quelque bien. A cinquante ans , il s'allie avec la blanchisseuse qui a sa chambre sur le même palier; ou s'il a gagné quelque chose, c'est sa serrante qu'il épouse. A~t-ii donc touIu ridiculiser la morale, et la lirrer aux sarcasmes des hommes légers. U fait plus de tort à l'opinion jque le prêtre nwine' qu'on paie pour en appeler journellement à ce culte qu'il a trahi, que le moine &ctieux-qui vante la paix et Tâbnégation, que ces charl&talis de la probité , dont un certain monde est plein , qui répètent à x;haque phrase, mceurs! vertus!
honnête homme ! et à qui dès lors on ne prêterait pas un louis sans billet.
déôgac ftinû des Htans, ou de grands écrivain»; mais des folliculaires, des gen; qai/ÏM)f/e m^/ier, ou, loutaa plus ceux qui sont esactement ou seulemest hommes de lettres. Un ma~ ^trat n'est pas un homme de loi. Montesquieu, Boulanger, Hehétius n'étaitiit pas des boriimes de lettres : je sais plusieurs auteurs TÎvans i(ui n'en sont pas.
D,;,l,zt!dbvG00gIe
Tout bonime>qui a l'esprit juste et ijut revtt être utile , ne fut:ce que dans sa vie privée , tout homme euGn qui est digne de quelque considération, la cherche. Il se conduit de manière à l'obtenir jusques dans les choses où l'opinion des hommes est Tâine par elle-même, pourvu que ce soin n'exige de lui rien de contraire à ses devoirs ou aux résultats essentiels de son caractère. S'il est une r^le sans exception, je pense que ce doit être celle-ci : et j'affirmerais volontiers que c'est toi^ours par quelque vice du cœur ou du jugement^ que l'on dédaigne et que l'on affccte.de dér daigner l'esbme publique , partout où là' justice, n'en commande paslc; sacrifice.
On peut être considéré dans \a. vie la plus obscure , si on s'environne de quelque aisance, si on a de l'ordre chez soi et une sorte de dignité dans l'habitude de sa vie. On peut l'être dans la pauvreté même , quand on a un nom, quand on a feit des choses connues, quand on a une manière plus grande que son sort , quand on sait feire distinguer de ce qui serait misère dans le vulgaire, jusqu'au dénuement
DiailizodbvGoOgle
SB* d'une extrême médiocrité. L'homme qu} a un caractère élevé n'est point confondu parsai ia foule; et si pour l'éviter it^llait descendre à des soins minutieux, je croîs qu'il se résoudrait à le faire. Je crois encore qu'il n'y aurait pas en cela de Tanit,é : le sentiment des convenances naturelles porte chaque hommç à se mettre à sa place, à tendre à ce que les autres l'y mettent. Si c'était un yain d^sir de primer, l'homme supérieur craindrait Tobscurite du désert et ses privations, comme il craint la bassesse et la misère du cinquième étage; mais il craint de s'avilir, et ne craint point de n'être pas élevé : il ne répugne pas à son être de n'avoir point un grand rôle , mais d'en avoir un qui soit coutraire à sa nature. '
Si une sorte d'autorité .est nécessaire dans tous les actes de la vie, elle est indispensable à l'écrivain. La considération publique est un de ses plus puissans moyens : sans elle il ne fait qu'un état; et cet état devient bas, parce qu'il remplace une grande fonction.
Il est absurde et révoltant qu'un auteur ose parler à l'homme de ses devoirs, sans être lui-
même homme de biea (i). Maïs si le moraliste pervers n'obbent que (lu mépris, le moraliste inconnu reste tellement inutile que quand il
(i) n est absurde et révoltant qu'il se charge de cheircher les priDcipes, et d'esEuniner la mérité des vertds, s'il prend pour règle de sa propre couduite les faciles maximes de la sodété,la fausse morale convenue. Aucun homme ne doit se miter de dire aux hommes leurs devoirs et la raison morale de lenrS'SCtious., s'il n'est rempli du sentiment de l'ordre, s'il n« veut aiant tout, non pas précisément la prospérité, mais la. félicité publique; si l'unique fin de sa pensée n'est pas d'ajouter à ce bonheur obscur i ï ce bien-être dn coeur, source de tout bien, quels déviation des êtres altère sans cesse, et que l'intelligence doit tramener et maintenir' sans cesse. Quiconque a d'autres passions, et ne ftoumet pas à cette idée toute affection humaine; quiconque peut chercher sérieusement les femmes, les honneurs, les biens, l'amour même ou la gloire, n'est pas né pour la magistrature auguste- d'instituteur des hommes.
Celui qui prêche une religion sans la suivre intérieurement, «ans y vénérer k loi suprême deson cœur , est un méprisable charlatan. Ne vous irritez pas contre lui, n'allez pas haïr sa personne ; mais que sa duplicité vous indignej et, s'il'Ie faut pour qu'il ne puisse plui corrompre le cœur humain , plonge;^le dans l'opprobre ; qu'il y reste.
Celui qui sans soumettre personnellemeul ses goftts , ses désirs, toutes ses vues & l'ordre et à l'équité morale, ose parler de morale à l'homme, à l'homme qui a comme lui l'égoïsme naturel de findiiidu et la làiblesse d'un mortel ! celui-lii est un
DiailizodbvGoOgle ■
SB3 n'en devient pas lui-même ridicule, ses écriu du moins le deviennent. Tout ce qui devt-ait être saint parmi l&shotnmes a perdu sa force,
chaiiatan plus détestable : il aiiUt les choses lublimei ; il perd tout ce qui nous restait. S'il a la fureur d'^rire , qu'il fasse deâ coDtesi qu'il traTaille dea petits T^rs : s'il a le talent d'écrire, qu'il traduise, qu'il fasse un honnête métier, qu'il soit homme de lettr*», qu'il explique les arts, qu'il «oit utile i m manière ; qu'il travaille .pour de l'ar^^ent, pour la réputation; que pku désintéressé , il travaille pour l'honneur d'iin corps, pour l'aTancement des sciences, pour la renommée Je sou. pays, mais qu'il laisse à l'homme de bien ce qu'on appelait la fonction des sages , et au prédicateur le métier des mœurs.
L'imprimerie a fait dans le monde sodal un grand diangemeu't. H était impossible que sa vaste influence ne fit aucun mal , mais elte pouvait en faire beaucoup moins. Les inconvéuieus qmderaieut en résulter ont été sentis , mais 1^ moyens employés pour les arrêter n'en ont pas produit de moins graves. Il me semblerait pourtant que, dans l'état actueldesdioses CD Europe, on pourrait concilier et la liberté d'écrire, et les moyens de séparer de l'utilité des livres les excès qui ten* dent 1 compenser cette utilité reconnue. Le mal résulte prin* cipalement des démences de l'esprit de parti, et du nombre étonnant des livres qui i)e contiennent rien. Le temps, dira-t-<m, tnt oublier ce qui est injuste ou mauvais. Il s'en faut de beauoonp que cela suffise, sràt aux particuliers, soit au public même. L'auteur est mort quand l'opinion se forme ou se rectifie ; et le publie prend un esprit funeste d'indifférence pour le vrai et
DiailizodbvGoOgle
lorsque les livres de philosophie, de religion, de morale furent étalés, à trois sous la pièce, au milîeu'de .la boue des quais ; lorsque leurs . pages solei^elles furëat.lîyrées aux charcutiers pour envelopper des cervelas.
L*(^>im(m, la célébrité, fussent-elles vaines
f en elles-mêmes , ne doivent être m méprisées, ni même négligées , puisqu'elles sont un des grands moyens qui puissent conduire aux fins
; les plus louables comme les plus importantes.
l'honntie , au milieu de cette incertitude djOnt il «ort presque toujours snr.les choses passées , maia oti il rentre toDJours sur les cboses présentes. Dans ma supposition, il serait permis d'écrire tnut ce qui est permis maintenant : l'opinion mCme serait aussi libre. Mais ceux qui ne veulent pas l'attendre peudant un demi-siècle, ceux quine peuvent pas ^'en rapportera euxmêmes, ou qui n'aiment pas h lire vingt volumes pour rencontrer un livre, trouveraient aussi commode qu'utile ce garant indirect, cette voie tracée, que rien absolument ne les obligerait de suivre. Cette instituljan exigerait la plus intègre impartialité: mais rien n'empêcherait d'écrire contre ce qu'elle aurait approuvé g ainsi son intérêt le plus direct serait de mériter la considération publique qu'elle n'aurait aucim moyen d asservir. On objecte toujours que lea hommes justes sont trop rares; j'ignore s'ilt le sont autant qu'on ailecte de le direj mais ce qui n'est pas vrai du moins, c'eM qu'il n'j en ait point.
DiailizodbvGoOgle
SS5 'C'est également ua excès de ne rien faire pour elles ou de ne &ïre que pour elles. Les grandes choses 'que Ton exécute sont belles de leur seule grandeur , et sans qu'il soit besoin de songer à les produire, à les &ir« Toloir : il n'en saurait être de même decellesque l'on pense.
La fermeté de celui qnï pérît au fond des eaux est un exemple perdu: la pensée la pins jnste, lai conception la plus sage le sont également , si on ne les communique pas; leur utilité dépend de leur exfvession ,' c'est leur célébrité qui les rand fécondes.
Il fendrait peut-être que des écrits pbiloso' |4iiques fussent toujonrs précédés par'un bon lÎTt-ed'ungenre agréable, qui fûtbien répandu, bien lu, bien goûté (i). Celui qui a un nom, parle avec plus de confiance : il fait pins et il' fait mieux, parce qu'il espère ne pas faire en Tain. Malheureusement on n'a pas toujours le courage ou les moyens de prendre des précautions semblables; les écrits, comme tant d'autres choses, sont soumis à l'occasion même ina-
(i) Ainsi VEsprit des Lais le fut par ie» Lettres Persannes.
DiailizodbvGoOgle
perçue ; ils sont déterminés par une impulsion
souvent étrangère à nos planset à nos projets.
Faire un livre pour avoir un nom, c'est une tÂche : elle a quelque chose de rebutant et de servilè, et quoique je convienne des raisons qui setnblent me l'imposer , je n'ose Tentreprendre , et je l'abandonnerais.
Je ne veux cependant pas commencer par Tonvrage que je projette. Ilest trop impCH'tant et trop vaste pour ■qufi je l'achève jamais ; c'est beaucoup si je le vois approcheriui jour de ridée que j'ai conçue. Cette perspecbve trop éltn^ée ne me soutiendrait pas. Je çrcns qu'il . ^t bon que je me fasse auteur, aiin d'avoir le courage de continuer k l'être. Ce sera un parti pris et déclaré ; en sorte que je le suivrai comme pour remplir ma destination.
DiailizodbvGoOgle