LETTRE LXXXII
Je ne sais si je sortiï^i de mes montagnes neigeuses , si j'irai Toir cette jolie campagne dont TOUS me Eûtes une description si intéressante , où llÛTer est si Êicile , et le printemps si doux , où les eaux vertes brisent leurs vagues nées en Amérique. Celles que je vois ne viennent pas de si loin : dans les fentes de mes rochers , où je cherche la nuit comme le triste chat-huant, l'étendue conviendrait mal à mon œil et à ma pensée. Le regret de n'être pas avec vous s'accroît tous les jours. Je ne me le reproche pas, j'en suis plutôt surpris ; je cherche pourquoi , je ne trouve rien, mais
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je TOUS dis que je n'ai pu faire autrement.
J'irai un jour j cela est résolu. Je Teux tous
voir chez tous : je Teux rapporter de là le secret
d'être heureux , quand rien ne manque que
nous-mêmes.
Je Terrai' en même temps le pont du Gard et le canal de Languedoc. Je Terrai la Grande- Chartreuse, en allant, et non en rentrant ici : et TOUS saTez pourquoi. J^aime mon asile; je l'aimerai tous les jours daTantage , mais je ne me sens plus assez fort pour Tirre seul. Nous allons parler d'autre chose.
Tout seraacheTé dans très-peude jours. En Toici déjà quatre que je couche dans mon appartement.
Quand je laisse mes fenêtres ouTertes pendant la nuit, j'entends très-distinctement l'eau de la fontaine tomber dans le bassin : lorsqu'un peu de Tent l'agite , elle se brise sur les barres de. fer destinées à soutenir les Tases que l'on Teut remplir. Il n'est guère d'accidens naturels aussi romantiques que le bruit d'un peu d'eau tombant sur l'eau tranquille , quand tout est nocturne, et qu'on distingue seule-
ment daos le fofid de la vallée un torrent qui roule sourdement derrière les arbres épais',
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à-bancs, chai's de travail , outils, bois à brûler, atelier de menuiserie , fontaine, lavoir, tout s'y trouve sans confusion , et l'on peut y travailler , y laver, y iaire toutes les choses nécessaires sans être gêné par le soleil , la neige ou la boue.
Puisque je n'espère plus vous voir ici que dans un temps reculé , je vous dirai toute ma manière d'être : je vous décrirai toute mon habitation , et peut-être il y aura des instans où je me figurerai que vous la partagez , que nous examinons, que nous délibérons, quft nous réformons.
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