‹ Obermann (volume 4)Chapitre 23 sur 29 · LETTRE LXXXIII · texte numérisé non relu

LETTRE LXXXIII

34 septembre, IX.

J'attendais avec quelque impatience que Vous eussiez fini vos courses : j'ai des choses nouvelles à vous dire.

M. de Fonsalbè est ici. Il y est depuis cinq ' semaines, il y restera : sa femme y a été. I Quoiqu'il ait passé des années sur les mers , c'est un homme égal et tranquille. Il ne joue ; pas, ne chasse pas, ne iume pas; il ne boit ■. point ; il n'a jamais dansé , il ne chante ja- | ■Dais ; il n'est point triste , mais je crois qu'il l'a été beaucoup. Son front réunit les traits . / heureux du calme de Tame, et les traits profonds du malheur. Son œil, qui n'exprime ordinairement qu'une sorte de repos et de découragement, est fait pour tout exprimer i sa

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tète a quelque chose d'extraordinaire i et, au milieu de son calme habituel, si une idée grande , si un sentiment énergique vient réveiller, il prend, sans . y penser , l'attitude muette du commandement. J'ai tu admirer un acteur qui disait fort bien le Je le veux^ je l'ordonne de JNéron^ mais Fonsalbe le dit mieux.

Je TOUS parle sans partialité : il n*est pa^ au$si égal intérieurement qu'au dehors; mais s'il a le malhçur ou le défaut de ne pouvoir être heureux, il a trop de sens pour être mé- CMitent. C'est lui qui achèvera d.9 guérir mou impatience ; car il a pris «ou parti , et de plus il m'a prouvé , sans réplique , que je dertùl prendre le mien. U prétend que lorsqu'aTee la santé on a une vie indépendante, et que Ton n'a que «ela , il faut être un sot pour être heureux , et un fou pour être malheureux. D'après quoi vous sentez que je ne pouvais dire autre chose sinon que je n'étais ni heureux ni malheureux : je l'ai dit , et maintenant ii Ëiut que je m'arrange de muiière à avmr dit vrai.

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Je commence pourtant à trouver quelque chose de plus que la TÏe indépendante et la santé. Fonsatbe sera un ami , et un ami dans , ma solitude. Je ne dis pas un ami tel que nous '■ renteadioQS autrefois. iNous ne sommes plus \ dans un âge d'héroïsme. Il s*agit de passer ' doucement ses joiu-s : les grandes choses ne me regardent pas. Je m'attache à trouver bon, TOUS dis-je , ce que ma destinée me donne : le beau moyen pour cela que de rêver Tamitié à la manière des anciens ! Laissons les amis selon l'antiquité , et les amis selon les villes. Imaginez un terme moyen. Que cela? direz- TOUS : et moi je tous dis que c'est beaucoup.

J'ai encore une autre pensée : Fonsaibe a i un fils et une fille. Mais j'attends, pour tous ! en dire davantage , que mon projet soit définitiTCment arrêté : d'ailleurs ceci tient à plusieurs détails qui vous sont encore inconnus , et dont je dois vous instruire. Fonsalbe m'a déjà dit que je pouvais vous parler de tout ce qui le concerne, et qu'il ne vous regardait point comme un tiers : seulement vous brûlerez les lettres.

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