‹ Obermann (volume 4)Chapitre 8 sur 29 · LETTRE LV · texte numérisé non relu

LETTRE LV

Fribourg , 3o mars, VHI.

Je jngç comme autrefois la beauté d'un site pittoresque; mais je la sens moins, ou la ma- Dièrèdontjelasens ne me suffit plus. Je pourrais dire: je me souviens que cela est beau.

Autrefois aiissi je quittais les beaux lieux; c'était l'impatience du désir , l'inquiétude que donne la jouissance qu'on a seul, et qu'on pourrait posséder davantage. Je les quitte aujourd'hui , c'est l'ennui de leur silence. Ils ne parlentpas assez jbitut pour moi : je n'y entends pas , je n'y trouve pas ce que je voudrais voir , ce que je voudrais entendre , et je sens qu'à force de ne plus me trouver dans les choses,

jVn Tiens à ce point de ne plus me trouver dans moi-même.

Je commence à voir les beautés physiques cmame les îlluùons morales : tout se décolore insensiblement, et cela devait être. Le sentiment des convenances visibles n'est que la perception iniUreeted'uneharmonieiotellectuelle. Comment trouverais - je dans les choses ces mouvemens qui ne sont plus dans mou cœur, . cette éloquence des passions que je n'ai pas , et ces sons silencieux, ces élans dé l'espérance, ces voix de l'être qui jouit, prestige d'un monde déjà quitté (i)?

(i) Nos jours,, que lieu ne. ramène, se composent de momcns orageux qui élèvent l'ame en la déchirant; de longuet BolUcitudes qui laûtiguent, l'éneriEnt, l'aTilisscnt; de temps indifférens qui l'arrêtent dans le repos s'ils sont rares , et dans l'ennui ou la mt^lesse s'ils ont de la conlinuité. Il y a aussi quelques éclairs de plaisir pour l'enfance du cœar. La paix est le partage d'un homme sur dix mille. Pour le bonheur, il éVrille, il agite; on le veut, on le cherche, on s'épuise; il est Trai qu'on l'espère, et peut-être on l'aurait, si la mort ou la décrépitude ne Tenaient avant lui. '^

Cependant la vie n'est pas odieuse en général. Elle a ses douceurs pour l'homme de bien : il s'agit seulem^t d'imposer Jt

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son cœur le repqi (]Ue l'ame a cotuerré quand elle est restée juste. On s'effraie de n'aToir plus d'iUusiuusi on se demande avec quoi l'on remplira ses jours. C'est une erreur: il ne s'agit pas d'occuper son cœnr, mais de parvenir k le distraire sans

(l'égarer; et qnand l'espérance n'est plus, il nous reste, pour arriver jusqu'à la fini un peu de carioùté et quelques habitudes. C'est assez pour atteindre la nuit : le sommeil est naturel, quand on n'est pas agité.

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