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telle (favte d'impression) A, Obennanii, II

tenir la santé, mais le hasard donne et quelquefois rétablit une forte constitution. Il est vrai que la prudence

25 évite quelques dangers, mais le hasard préserve à tout moment d'être blessé ou mutilé. Le travail améliore nos facultés morales ou intellectuelles; le hasard les donne, et souvent il les développe, ou les préserve de tant d'accidens dont un seul pourrait les détruire. La sagesse fait

30 parvenir au pouvoir un homme dans un siècle ; le hasard l'offre à tous les autres maîtres des destinées vulgaires. La prudence, la conduite élèvent lentement quelques fortunes ; tous les jours le hasard en fait rapidement. L'histoire du monde ressemble beaucoup à celle de ce commis-

35 sionnaire qui gagna cent louis en vingt ans de courses et d'épargnes, et qui ensuite mit à la loterie un seul écu, et en reçut soixante-quinze mille. |

Tout est loterie. La guerre n'est plus qu'une loterie pour [241 presque tous, à l'exception du général en chef, qui cepen-

40 dant n'en est rien moins que tout-à-fait exempt. Dans la tactique moderne, l'officier qui va être comblé d'honneurs et élevé à un grade supérieur, voit auprès de lui le guerrier aussi brave, plus savant, plus robuste, oublié pour jamais dans le tas des morts.

45 Si tant de choses se font au hasard, et que pourtant le hasard ne puisse rien faire, il y a dans la nature ou une grande force cachée, ou un nombre de forces inconnues qui suivent des lois inaccessibles aux démonstrations des sciences humaines.

50 On peut prouver que le fluide électrique n'existe pas. On peut prouver qu'un corps aimanté ne saurait agir sur un autre sans le toucher, et que la faculté de se diriger vers tel point de la terre est une propriété occulte et par

45, par hasard A B.

LETTRE XLVII

trop péripatéticienne. On avait prouvé que l'on ne pou-

55 vait voyager dans les airs, que l'on ne pouvait brûler des corps éloignés de soi, que l'on ne pouvait précipiter la foudre ou allumer des volcans. On sait encore aujourd'hui que l'homme, qui fait un chêne, ne peut pas faire de l'or. On sait que la lune peut causer les marées, mais

60 non pas influer sur la végétation. Il est prouvé que tous les effets des affections de la mère sur le fœtus sont des contes de vieilles, et que tous les peuples qui les ont vus ne les ont pas vus. On sait que l'hypothèse d'un fluide pensant n'est qu'une impiété absurde ; mais que certains |

65 hommes ont la permission de faire avant déjeûner une [247] sorte d\lme universelle ou de nature métaphysique, que l'on peut rompre en autant d'âmes universelles que bon semble, afin que chacun digère la sienne.

Il est certain qu'un Châtillon reçut, selon la promesse

70 de saint Bernard, cent fois autant de terres labourables à la charrue d'en haut, qu'il en avait donné ici-bas aux moines de Clairvaux. Il est certain que l'empire du Mogol est dans une grande prospérité, quand son maître pèse deux livres de plus que l'année précédente. Il est certain que

75 l'âme survit au corps, excepté s'il est écrasé par la chute subite d'un roc : alors elle n'a pas le temps de s'enfuir ^ et il faut qu'elle meure là. Tout le monde a su que les comètes sont dans l'usage d'engendrer des monstres, et qu'il y a d'excellentes recettes pour se préserver de cette

I . On peut voir dans la cinquante-septième épître de Sénèque cette opinion, commune chez les stoïciens, et les raisons non moins remarquables par lesquelles Sénèque la réfute.

76, roc, car alors A B.

80 contagion. Tout le monde convient qu'un individu de ce petit globe où rampent nos génies impérissables a trouvé les lois du mouvement et de la position respective de cent milliards de mondes. Nous sommes admirablement certains, et c'est pure malice si tous les temps et tous les

85 peuples s'accusent mutuellement d'erreur.

Pourquoi chercher à rire des anciens qui regar | daient [248] les nombres comme le principe universel ? L'étendue *, les forces, la durée, toutes les propriétés des choses naturelles ne suivent-elles pas les lois des nombres ? Ce qui

90 est à la fois réel et mystérieux n'est-il pas ce qui nous avance le plus df ns la profondeur des secrets de la nature ? ; N'est-elle pas elle-même une perpétuelle expression d'évidence et de mystère, visible et impénétrable, calculable et infinie, prouvée et inconcevable, contenant tous les

95 principes de l'être et toute la vanité des songes ? Elle se découvre à nous, et nous ne la voyons pas ; nous avons analysé ses lois, et nous ne saurions imaginer ses procédés ; elle nous a laissé prouver que' nous remuerions un globe, mais le mouvement d'un insecte est l'abîme où 100 elle nous abandonne. Elle nous donne une heure d'existence au milieu du néant ; elle nous montre et nous sup- ^ ^ prime ; elle nous produit pour que nous ayons été. Elle nous fait un œil qui pourrait tout voir ; elle met devant lui tout le mécanisme, toute l'organisation des choses,

105 tous les prodiges de l'être infini : nous regardons, nous allons connaître, et voilà 'qu'elle ferme à jamais cet œil si admirablement préparé.

Pourquoi donc, ô hommes qui passez aujourd'hui î voulez-vous des certitudes ? et jusques à quand faudra-t-il

104. toute la mécanique A B — 105. toute la métaphysique de l'être A B.

LETTRE XLVIl

iio vous affirmer nos rêves pour que votre vanité dise : Je sais? Vous êtes moins petits quand vous ignorez. Vous voulez qu'en parlant de la nature, on vous dise, comme ^ vos balances et vos | chiffres: Ceci est, ceci n'est pas. Et [249] bien, voici un roman; sachez, soyez certains.

115 Le Nombre... Nos dictionnaires définissent le nombre une collection d'unités ; en sorte que l'unité, qui est le principe de tous les nombres, devient étrangère au terme qui les exprime. Je suis fâché que notre langue n'ait pas un mot qui comprenne l'unité, et tous ses produits plus

120 ou moins directs, plus ou moins complexes. Supposons tous deux que le mot nombre veut dire^ela, et puisque j'ai un songe à vous conter, je vais reprendre un peu le ton des grandes vérités que je veux vous envoyer par le ' courrier de demain.

125 . Écoutez, c'est de l'antiquité; mais elle ne savait pas le calcul des fluxions ^

Le* nombre est le principe de toute dimension, de *toute harmonie, de toute propriété, de toute agrégation ; il est la loi de l'univers organisé.

130 Sans les lois des nombres, la matière serait une masse inYorme, indigeste ; elle serait le chaos. La matière arrangée selon ces lois est le monâe ; la nécessité de ces lois

I. Obermann n'a pu avoir l'intention de ridiculiser des sciences qu'il admirait, et qu'il ne possédait pas. Sans doute, il désirait seulement que les vastes progrès modernes ne portassent pas si inconsidérément les demi-savans à mépriser l'antiquité, à rire de ) ses conceptions profondes.

1 31-134. Chaos, Monde, Destin, Nature sont écrits avec une majuscule. AB.

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