attendre tout ce A B
5 insignifiantes, pour lire de bonnes parodies, pour passer le temps. Depuis plusieurs jours je suis autant que jamais dans cette position ; et vous auriez la lettre la plus longue qu*on ait encore reçue à Bordeaux, si je ne devais pas mesurer avec Fonsalbe la pente d'un filet
lo d'eau qu'il veut amener dans la partie la plus haute de mes prés, et qu'aucune sécheresse ne pourra tarir, I puisqu'il sort d'un petit glacier. Cependant on peut [484 bien prendre le temps de vous dire que le ciel est précisément tel que je l'attendais.
15 Ils n'ont pas besoin d'attendre, ceux qui vivent comme il convient, qui ne prennent de la nature que ce qu'ils en ont arrangé à leur manière, et qui sont les hommes de l'homme. Les saisons, le moment du jour, l'état du ciel, tout cela leur est étranger. Leurs habitudes
20 sont comme la règle des moines ; c'est une autre loi qui ne considère qu'elle-même. Elle ne voit point dans la loi naturelle un ordre supérieur, mais seulement une suite d'incidens à peu près périodiques, une série de moyens ou d'obstacles qu'il faut employer ou vaincre
25 selon la fantaisie des circonstances. Sans décider si c'est un mal ou non, j'avoue qu'il en doit être ainsi. Les opérations publiques, et presque tous les genres d'affaires, ont leur moment réglé long-temps d'avance ; elles exigent, à époque fixe, le concours de beaucoup
$0 d'hommes, et on ne saurait comment s'entendre si elles suivaient d'autres convenances que celles qui leur sont propres. Cette nécessité entraîne le reste : l'homme des villes, qui ne dépend plus des événemens naturels, qui même les voit ou le gêner souvent ou le servir par
^o. d'hommes; on ne pourrait les faire, on ne saurait A B — 32. reste : et l'homme A B .
LETTRE LXXXVIII
35 hasard, se décide, et doit se décider à arranger ses habitudes selon son état, selon les habitudes de ceux qu'il voit, selon l'habitude publique, selon l'opinion de la classe dont il est, ou que ses prétentions envisagent. Une grande ville a toujours à peu près le même
40 I aspect ; les occupations ou les délassemens y sont [485] toujours à peu près les mêmes, et on y prend volontiers une manière d'être uniforme. Il serait effectivement fort incommode de se lever dès le matin dans les longs jours, et de se coucher plus tôt en décembre. Il est agréable
45 et salubre de voir l'aurore ; mais que ferait-on après Tavoir vue entre les toits, après avoir entendu deux serins pendus à une lucarne saluer le soleil levant ? Un beau ciel, une douce température, une nuit éclairée par la lune, ne changent rien à votre manière ; vous finissez
50 par dire : A quoi cela sert-il ? Et même, en trouvant mauvais l'ordre de choses qui le fait dire, il faudrait convenir que celui qui le dit n'a pas tout à fait tort. On serait au moins original si on allait faire lever exprès son portier et courir de grand matin pour entendre les moi-
55 neaux chanter sur le boulevart ; si on allait s'asseoir à la fenêtre d'un salon, derrière les rideaux, pour se séparer des lumières et du bruit, pour donner un moment à la nature, pour voir avec recueillement l'astre des nuits briller dans le ruisseau de la rue.
60 Mais dans mon ravin des Alpes, les jours de dix-huit heures ressemblent peu aux jours de neuf heures. J'ai conservé quelques habitudes de la ville, parce que je les trouve assez douces, et même convenables pour moi qui
40. et les délassemens A B — 41, mêmes, on prend donc volontiers A B — 45-44. jours, de se A B — 44. plutôt (faute d'impression) A — 52. tort et qu'on A B — 59. ruisseau, (alinéa) Mais A B.
ne saurais prendre toutes celles du lieu ; cependant, avec
65 quatre pieds de neige et douze degrés de glace, je ne
puis vivre précisé | ment de la même manière que quand [486] la sécheresse allume les pins dans les bois, et que l'on fait des fromages cinq mille pieds au-dessus de moi. Il me faut un certain mauvais temps pour agir au
70 dehors, un autre pour me promener, un autre pour faire des courses, un autre pour rester auprès du feu, quoiqu'il ne fasse pas froid, et un autre encore pour me placer à la cheminée de la cuisine pendant que l'on fait ces choses du ménage qui ne sont pas de tous les
75 jours, et que je réserve, autant qu'il se peut, pour ces momens-là. Vous voyez qu'afin de vous dire mon plan, je mêle ce qui est déjà pratiqué à ce qui le sera seulement ; je suppose que j'ai déjà suivi mon genre de vie tel que je commence à le suivre en effet, et tel que je le
80 dispose pour les autres saisons et pour les choses encore à faire.
Je n'osais parler des beaux jours. Il faut pourtant le confesser enfin, je ne les aime pas ; je veux dire que je ne les aime plus. Le beau temps embellit la campagne,
85 il semble y augmenter l'existence ; on l'éprouve généralement ainsi. Mais moi, je suis plus mécontent quand il fait très-beau. J'ai vainement lutté contre ce mal-être intérieur, je n'ai pas été le plus fort ; alors j'ai pris un autre parti beaucoup plus commode, j'ai éludé le mal
90 que je ne pouvais détruire. Fonsalbe veut bien condescendre à ma faiblesse : les excès modérés de la table seront pour ces jours sans nuages, si beaux à tous les yeux et si accablans aux miens. | Ils seront les jours de [487] la mollesse ; nous les commencerons tard, et nous les