‹ Obermann;Chapitre 111 sur 121 · Vevay et de Lausanne. B · texte numérisé non relu

Vevay et de Lausanne. B

dont plus d'une fois j'ai condamné la mollesse : La possé-

50 der et mourir !

Cependant, se figurer dans le silence que demain tout peut finir sur la terre, c'est en même temps apprécier d'un regard plus ferme ce qu'on a fait et ce qu'on doit faire des dons de la vie. Ce que j'en ai fait ! jeune encore,

55 je m'arrête au moment fatal. Elle et le désert, ce serait le triomphe du cœur. Non ; l'oubli du monde, et sans elle, voilà ira loi. L'austère travail et l'avenir !

Je me trouvais placé au détour de la vallée, entre les rocs d'où le torrent se précipite, et les chants que j'avais

60 moi-même ordonnés; ils commençaient au loin. Mais ces bruits de fête, le simple mouvement de l'air les dissipait par intervalles, et je savais l'instant où ils cesseraient. Le torrent au contraire subsistait dans sa force, s'écoulant, mais s'écoulant toujours, à la manière des

65 siècles. La fuite de l'eau est comme la fuite de nos années. On l'a beaucoup redit, mais dans plus de mille ans on le redira : le cours de l'eau restera, pour nous, l'image la plus frappante de l'inexorable passage des heures. Voix du torrent au milieu des ombres, seule

70 voix solennelle sous la paix des cieux, sois seule entendue. I

Rien n'est sérieux, s'il ne peut être durable. Vues de [5 haut, que sont les choses dont nous séparera notre dernier souffle ? Hésiterai-je entre une rencontre du hasard 75 et les fins de ma destinée, entre une séduisante fantaisie, et le juste, le généreux emploi des forces de la pensée ? Je céderais à l'idée d'un lien imparfait, d'une affection sans but, d'un plaisir aveugle ! Ne sais-je pas les promesses qu'en devenant veuve elle a faites à sa famille ?

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