‹ Obermann;Chapitre 16 sur 121 · leur en imposer A B · texte numérisé non relu

leur en imposer A B

Ober matin, II.

290 ont été cachées et qui sont découvertes subitement : comme un homme presque aveugle n'est averti de la présence de la lumière qu'en passant brusquement des ténèbres à une grande clarté.

Quiconque entend quelque chose aux mœurs trouvera

295 que la femme méprisable est celle qui, scrupuleuse et sévère dans ses habitudes visibles, prépare pendant plusieurs jours de réflexions, le moyen d'en imposer à un mari qui met son honneur ou sa satisfaction à la posséder seul. Elle rit avec son amant ; elle plaisante son mari

300 trompé : je mets au-dessus d'elle une courtisane qui conserve quel | que dignité, quelque choix, et surtout [ quelque loyauté dans ses mœurs trop libres.

Si les hommes étaient seulement sincères, malgré leurs intérêts personnels, leurs oppositions et leurs vices, la

305 terre serait encore belle.

Si la morale qu'on leur prêche était vraie, conséquente, jamais exagérée ; si elle leur montrait la raison des devoirs en conservant de justes proportions ; si elle ne tendait qu'à leur fin réelle, il ne resterait dans chaque nation

310 -autre chose à faire que de contenir une poignée d'hommes, dont la tête mal organisée ne pourrait reconnaître la justice.

On pourrait mettre ces esprits de travers avec les imbéciles et les maniaques : le nombre des premiers ne serait

315 pas grand. Il est peu d'hommes qui ne soient pas susceptibles de raison ; mais beaucoup ne savent' où trouver la vérité parmi ces erreurs publiques qui affectent d'en porter le nom : si même ils la rencontrent, ils ne savent comment la reconnaître à cause de la manière gauche,

320 rebutante et fausse dont on la présente.

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