Voyez une note de la lettre 89e
36. à certains A B — 38. leurs maisons A — 49. de vous objecter
LETTRE LIX
lieux à peu près semblables : comme si les raisons qui empêchent de penser à Tintimité dans les capitales, où il ne s'agit pas d'union conjugale, pouvaient se trouver dans des moeurs très-différentes, et 'dans des lieux où
55 l'intimité ferait le bonheur. C'est une chose pénible à y voir, que la manière dont les deux sexes s'isolent. Rien n'est si triste, surtout pour les femmes, qui n'en sont point dédommagées, et pour lesquelles il n'y a pas d'heures agréables, pas de lieux de délassemens. Rebu-
60 tées, aigries et réduites à une économie sévère ou au désordre, elles se mettent à suivre l'ordre avec chagrin et par dépit, se réunissent très-peu entre elles, ne s'aiment point du tout, et se font dévotes, parce qu'elles ne connaissent que l'église où elles puissent aller.
LETTRE LIX
Du chât. de Chupru, 22 mai, VIIL ...A deux heures, nous étions déjà dans le bois à la recherche des fraises. Elles couvraient les pentes méridio- 5 nales : plusieurs étaient à peine | formées, mais un grand [308] nombre avaient déjà les couleurs et le parfum de la maturité. La fraise est une des plus aimables productions naturelles : elle est abondante et salubre jusque sous les climats polaires ; elle me paraît dans les fruits ce qu'est la 10 violette parmi les fleurs, suave, belle et simple. Son odeur se répand avec le léger souffle des airs, lorsqu'il s'intro-
58. point d'heures A B — 59, point de lieux A B. LIX. 8. salubre, elle mûrit jusque A B (la suppression de elle mûrit dans C, est-elle voulue ?).
duit, par intervalles, sous la voûte des bois pour agiter doucement les buissons épineux et les lianes qui se soutiennent sur les troncs élevés. Elle est entraînée dans les 15 ombrages les plus épais avec la chaude haleine du sol plus découvert où la fraise mûrit ; elle vient s'y mêler à la fraîcheur humide, et semble s'exhaler des mousses et des ronces. Harmonies sauvages! vous êtes formées de ces contrastes.
20 Tandis que nous sentions à peine le mouvement de l'air dans la solitude fraîche et sombre, un vent orageux passait librement sur la cime des sapins ; leurs branches frémissaient d'un ton pittoresque en se courbant contre les branches qui les heurtaient. Quelquefois les hautes
25 tiges se séparaient dans leur balancement, et l'on voyait alors leurs têtes pyramidales éclairées de toute la lumière du jour et brûlées de ses feux, ati-dessus des ombres de cette terre silencieuse où s'abreuvaient leurs racines. Quand nos corbeilles furent remplies, nous quittâmes
30 le bois, les uns gais, les autres contens. Nous allâmes ; par des sentiers étroits, à travers des | prés fermés de haies, [30 le long desquelles sont plantés des merisiers élevés et de grands poiriers sauvages. Terre encore patriarcale quand les hommes ne le sont plus ! J'étais bien, sans avoir eu
35 précisément du plaisir. Je* me disais que les plaisirs purs sont, en quelque sorte, des plaisirs qu'on ne fait qu'es- , sayer ; que l'économie dans les jouissances est l'industrie du bonheur ; qu'il ne suffit pas qu'un plaisir soit sans remords, ni même qu'il soit sans mélange, pour être un
40 plaisir pur; qu'il faut encore qu'on n'en ait accepté que ce qui était nécessaire pour en percevoir le sentiment, pour
15. sol où la A B — 21. solitude couverte et sombre A B — 35-36. que ce qu'on appelle plaisirs purs n'est, en quelque sorte, que des A B.
LETTRE LIX
en nourrir l'espoir, et que l'on sache réserver pour d'autres temps ses plus séduisantes promesses. C'est une bien douce volupté de prolonger la jouissance en éludant
45 le désir, de ne point précipiter sa joie, de ne point user sa vie. L'on ne jouit bien du présent que lorsqu'on attend un avenir au moins égal, et on perd tout bonheur si l'on veut être absolument heureux. C'est cette loi de la nature qui fait le charme inexprimable d'un premier amour. Il
50 faut à nos jouissances un peu de lenteur, de la continuité dans leurs progressions et quelque incertitude dans leur terme. Il nous faudrait une volupté habituelle et non des émotions extrêmes et passagères : il nous faudrait la tranquille possession qui se suffit à elle-même dans sa
55 paix domestique, et non cette fièvre de plaisir dont l'ivresse consumante anéantit dans la satiété nos cœurs ennuyés de ses retours, de ses dégoûts, de la vanité de son es I poir, de la fatigue de ses regrets. Mais notre rai- [310] son elle-même doit-elle songer, dans la société inquiète,
60 à cet état de bonheur sans plaisirs, à cette quiétude si méconnue, à ce bien-être constant et simple où l'on ne pense pas à jouir, où l'on n'a plus besoin de désirer ?
Tel devait être le cœur de l'homme : mais l'homme a changé sa vie ; il a dénaturé son cœur, et les ombres
65 colossales sont venues fatiguer ses désirs, parce que les proportions naturelles des êtres vrais ont paru trop exactes à sa folle grandeur. Les vanités sociales me rappellent souvent cette fastueuse puérilité d'un prince qui se crut grand lorsqu'il fit dessiner en lampions le chiffre de l'au-
70 tocratrice sur la pente d'une montagne de plusieurs lieues. Nous avons aussi taillé les montagnes, mais nos travaux ont été moins gigantesques. Ils furent faits de nos mains.