‹ Obermann;Chapitre 27 sur 121 · esclaves; nous n'avions A B · texte numérisé non relu

esclaves; nous n'avions A B

LETTRE LIX

le long du gradin de pierre avec des assiettées de la 100 crème épaisse des montagnes, et des jattes remplies de cette seconde crème qui peut seule servir pour le café, et dont le goût d'amande, très-légèrement parfumé, n'est guère connu, dit- on, que vers les Alpes. Des carafons contenaient une eau chargée de sucre préparée pour les 105 fraises.

Le café n'était ni moulu ni grillé. Il faut laisser aux femmes ces sortes de soins, qu'elles aiment | ordinaire- [ ment à prendre elle-mêmes : elles sentent si bien qu'il faut préparer sa jouissance, et, du moins en partie, devoir

iio à soi ce que l'on veut posséder ! Un plaisir qui s'offre sans être un peu cherché par le désir perd souvent de sa grâce, comme un bien trop attendu a laissé passer l'instant qui lui donnait du mérite.

Tout était préparé, tout paraissait prévu, mais quand

T15 on voulut faire le café, il se trouva que la chose la plus facile était celle qui nous manquait: il n'y avait pas d'eau. On se mit à réunir des cordes qui semblaient n'avoir eu d'autre destination que de lier les branches apportées pour nos sièges, et de courber celles qui nous donnaient de

120 l'ombre : et non sans avoir cassé quelques carafes, on en remplit enfin deux de l'eau glaciale du torrent, trois cents pieds au-dessous de nous.

La réunion fut intime, et le rire sincère. Le temps était beau ; le vent mugissait dans cette longue enceinte

125 d'une sombre profondeur où le torrent, tout blanc d'écume, roulait entre ces rochers anguleux. Le k-hou-hou chantait dans les bois, et les bois plus élevés multipliaient tous ces sons austères : on entendait à une grande dis-

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