connu que A B — 126. les rochers A B — 128. tous ses
{faute d'impre<:sion) B,
tance les grosses cloches des vaches qui montaient au 130 Kousin-berg. L'odeur sauvage du sapin brûlé s'unissait à ces bruits montagnards, et au milieu des fruits simples, dans un asile désert, le café fumait sur une table d'amis.
Cependant les seuls d'entre nous qui jouirent | de cet [31 instant furent ceux qui n'en sentaient pas Tharmonie 135 morale. Triste faculté de penser à ce qui n'est point présent !... Mais il n'était pas parmi nous deux cœurs semblables. La* mystérieuse nature n'a point placé dans chaque homme le but de sa vie. Le vide et l'accablante vérité sont dans le cœur qui se cherche lui-même ; l'illu- 140 sion entraînante ne peut venir que de celui qu'on aime. On ne sent pas la vanité des biens possédés par un autre ; et chacun se trompant ainsi, des cœurs amis deviennent vraiment heureux au milieu du néant de tous les biens directs.
145 Pour moi, je me mis à rêver au lieu d'avoir du plaisir. Cependant il me faut peu de chose ; mais j'ai besoin que ce peu soit d'accord : les biens les plus séduisans ne sauraient m'attacher si j'y découvre de la discordance, et la plus faible jouissance que rien ne flétrit suffit à tous mes
150 désirs. C'est ce qui me rend la simplicité nécessaire; elle seule est harmonique. Aujourd'hui le site était trop beau. Notre salle pittoresque, notre foyer rustique, un goûter de fruits et de crème, notre intimité momentanée, le chant de quelques oiseaux, et le vent qui à tout moment
155 jetait dans nos tasses des feuilles de sapin, c'était assez; mais le torrent dans l'ombre, et les bruits éloignés de la montagne, c'était beaucoup trop : j'étais le seul qui entendît.
LETTRE LX
LETTRE LX. [3 H
Villeneuve, i6 juin, VIIL
Je viens de parcourir presque toutes les vallées habitables qui sont entre Charmey, Thun, Sion, Saint-Mau-
> rice et Vevay. Je n'ai pas été avec espérance, pour admirer ou pour jouir. J'ai revu les montagnes que j'avais vues il y a près de sept années. Je n'y ai point porté ce sentiment d'un âge qui cherchait avidement leurs sauvages beautés. C'étaient les noms anciens, mais moi aussi
10 je porte le même nom ! Je me suis assis auprès de Chillon sur la grève. J'entendais les vagues, et je cherchais encore à les entendre. Là où j'ai été jadis, cette grève si belle dans mes souvenirs, ces ondes que la France n'a point, et les hautes cimes, et Chillon, et le Léman, ne
1$ m'ont pas surpris, ne m'ont pas satisfait. J'étais là, comme j'eusse été ailleurs. J'ai retrouvé les lieux ; je ne puis ramener les temps.
Quel homme suis-je maintenant? Si je ne sentais l'ordre, si je n'aimais encore à être la cause de quelque bien, je
20 croirais que le sentiment des choses est déjà éteint, et que la partie de mon être qui se lie à la nature ordonnée a cessé sa vie.
Vous n'attendez de moi ni des narrations historiques, ni des descriptions comme en doit faire celui qui voyage
25 pour observer, pour s'instruire lui-même, ou pour faire connaître au public des lieux nouveaux. Un solitaire ne vous parlera point | des hommes que vous fréquentez plus [315] que lui. Il n'aura pas d'aventures, il ne vous fera pas le roman de sa vie. Mais nous sommes convenus que je con-
30 tinuerais à vous dire ce que j'éprouve, parce que c'est
moi que vous avez accoutumé, et non pas ce qui m'environne. Quand nous nous entretenons l'un avec l'autre, c'est de nous-mêmes : rien n'est plus près de nous. Il m'arrive souvent d'être surpris que nous ne vivions pas
35 ensemble: cela me paraît contradictoire et comme impossible. Il faut que ce soit une destinée secrète qui m'ait entraîné à chercher je ne sais quoi loin de vous, tandis que je pouvais rester où vous êtes, ne pouvant vous emmener où je suis.
40 Je ne saurais dire quel besoin m'a rappelé dans une terre peu ordinaire dont je ne retrouve plus les beautés, et où je ne me retrouve pas moi-même. Mon premier besoin n'était-il pas dans cette habitude de penser, de sentir ensemble? N'était-ce pas une nécessité de rêver nous
45 seuls sur cette agitation qui, dans un cœur périssable, creuse un abîme d'avidité qui semble ne pouvoir être rempli que par des choses impérissables ? Nous nous mettions à sourire de ce mouvement toujours ardent et toujours trompé ; nous applaudissions à l'adresse qui en a
50 tiré parti pour nous faire immortels ; nous cherchions avec empressement quelques exemples des illusions les plus grossières et les plus puissantes, afin de nous figurer aussi que la mort elle-même et toutes choses visibles n'étaient que des fantômes, | et que l'intelligence subsis-
55 terait pour un rêve meilleur. Nous nous abandonnions avec une sorte d'indifférence et d'impassibilité à l'oubli des choses de la terre; et, dans l'accord de nos âmes, nous imaginions l'harmonie d'un monde divin caché sous la représentation du monde visible. Mais maintenant je
'éo suis seul, je n'ai plus rien qui me soutienne. Il y a quatre jours, j'ai réveillé un homme qui mourait dans la neige