‹ Obermann;Chapitre 34 sur 121 · Cet enchaînement A B · texte numérisé non relu

Cet enchaînement A B

LETTRE LXIII

incomplète ; il n'est ni vraiment heureux ni vraiment bon.

105 Le complément de chaque chose fut placé hors d'elle, mais il est réciproque. Il y a une sorte de fin pour les êtres naturels : il la trouvent dans ce qui fait que deux corps rapprochés sont productifs, que deux sensations mutuellement partagées deviennent plus heureuses. C'est

iio dans cette harmonie que tout ce qui existe s'achève, que tout ce qui est animé se repose et jouit. Ce complément de l'individu est principalement dans l'espèce. Pour l'homme, ce complément a deux modes dissemblables et analogues : voilà ce qui lui fut donné ; | il a deux [3

115 manières de sentir sa vie; le reste est douleur ou fumée. Toute possession que l'on ne partage point exaspère nos désirs sans remplir nos cœurs : elle ne les nourrit point, elle les creuse et les épuise.

Pour que l'union soit harmonique, celui qui jouit avec

120 nous doit être semblable et différent. Cette convenance dans la même espèce se trouve ou dans la différence des individus, ou dans l'opposition des sexes. Le premier accord produit l'harmonie qui résulte de deux êtres semblables et différens avec le moindre degré d'opposition

125 et le plus grand de similitude. Le second donne un résultat harmonique produit par la plus grande différence possible entre des semblables K Tout choix, toute affection, toute union, tout bonheur est dans ces deux modes. Ce qui s'en écarte peut nous séduire, mais nous trompe et

I. La plus grande différence sans opposition repoussante, comme la plus grande similitude sans uniformité insipide.

Page 1