‹ Obermann;Chapitre 35 sur 121 · dans cet accord harmonique qui fait A B · texte numérisé non relu

dans cet accord harmonique qui fait A B

130 nous lasse : ce qui leur est contraire nous égare et nous rend vicieux ou malheureux.

Nous n'avons plus de législateurs. Quelques anciens avaient entrepris de conduire l'homme par son cœur : nous les blâmons ne pouvant les suivre. Le soin des lois

135 financières et pénales fait oublier les institutions. Nul génie n'a su trouver toutes les lois de la société, tous les devoirs de la vie dans | le besoin qui unit les hommes, [3 dans celui qui unit les sexes.

L'unité de l'espèce est divisée. Des êtres semblables

140 sont pourtant assez difFérens pour que leurs oppositions mêmes les portent à s'aimer ; séparés par leurs goûts, mais nécessaires l'un à l'autre, ils s'éloignent dans leurs habitudes, et sont ramenés par un besoin mutuel. Ceux qui naissent de leur union, formés également de tous

145 deux, perpétueront pourtant ces différences. Cet effet essentiel de l'énergie donnée à l'animal, ce résultat suprême de son organisation sera le moment de la plénitude de sa vie, le dernier degré de ses affections, et en quelque sorte l'expression harmonique de ses facultés.

150 Là est le pouvoir de l'homme physique; là est la grandeur de l'homme moral ; là est l'âme tout entière ; et qui n'a pas pleinement aimé, n'a pas possédé sa vie.

Des affections abstraites, des passions spéculatives ont obtenu l'encens des individus et des peuples. Les affec-

155 tions heureuses ont été réprimées ou avilies : l'industrie sociale a opposé les hommes que l'impulsion primitive aurait conciliés ^.

I . Notre industrie sociale a opposé les hommes que le véritable art social devait concilier.

155. heureuses manque dans A, mais est donné par V erratum — 156. l'harmonie primitive A B.

LETTRE LXIII

L'amour doit gouverner la terre que l'ambition fatigue. L'amour est ce feu paisible et fécond, cette chaleur des

i6o cieux qui anime et renouvelle, qui fait naître et fleurir,

qui donne des couleurs, la grâce, | l'espérance et la vie. [330] L'ambition est le feu stérile qui brûle sous les glaces, qui consume sans rien animer, qui creuse d'immenses cavernes, qui ébranle sourdement, éclate en ouvrant des

165 abîmes, et laisse un siècle de désolation sur la contrée qu'étonna cette lumière d'une heure.

Lorsqu'une* agitation nouvelle étend les rapports de l'homme qui essaie sa vie, il se livre avidement, il demande à toute la nature, il s'abandonne, il s'exalte lui-

170 même ; il place son existence dans l'amour, et dans tout il ne voit que l'amour seul. Tout autre sentiment se perd dans ce sentiment profond, toute pensée y ramène, tout espoir y repose. Tout est douleur, vide, abandon, si l'amour s'éloigne : s'il s'approche, tout est joie, espoir,

175 félicité. Une voix lointaine, un son dans les airs, l'agitation des branches, le frémissement des eaux, tout l'annonce, tout l'exprime, tout imite ses accens et augmente les désirs. La grâce de la nature est dans le mouvement d'un bras ; la loi du monde est dans l'expression d'un

180 regard. C'est pour l'amour que la lumière du matin vient éveiller les êtres et colorer les cieux ; pour lui les feux de midi font fermenter la terre humide sous la mousse des forêts ; c'est à lui que le soir destine l'aimable mélancolie de ses lueurs mystérieuses. Cette fontaine est celle

185 de Vaucluse, ces rochers ceux de Meillerie, cette avenue celle des Pamplemousses. Le silence protège les rêves de l'amour ; le mouvement des eaux pénètre de sa douce agitation; | la fureur des vagues inspire ses efforts ora- [331]

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