‹ Obermann;Chapitre 49 sur 121 · rien au-delà. AB · texte numérisé non relu

rien au-delà. AB

LETTRE LXV

son des habitudes commodes, une manière réglée. Mais, passé cela, l'on ne saurait excuser un | homme raison- [361] nable d'employer à des superfluités ce qui permet de faire tant de choses meilleures.

25 Personne ne sait que je veux me fixer ici : cependant je fais faire à Lausanne et à Vevay quelques meubles et diverses autres choses. On a pensé apparemment que j'étais en état de sacrifier une somme un peu forte aux caprices d'un séjour momentané ; on aura cru que j'allais

30 prendre une maison pour passer l'été. Voilà comment on a trouvé que je faisais de la dépense, et comment j'ai obtenu beaucoup de respects, quoique j'eusse le malheur d'avoir la tête un peu dérangée.

Ceux qui ont à louer des maisons de quelque apparence

35 ne m'abordent pas comme un homme ordinaire ; et moi je suis tenté de rendre ces mêmes hommages à mes louis quand je songe que voilà déjà un heureux. Hantz me donne de l'espérance, si celui-là est satisfait sans que j'y aie pensé, d'autres le seront peut-être à présent que je puis

40 quelque chose. Le* dénuement, la gêne, l'incertitude lient les mains dans les choses mêmes que l'argent ne fait pas. On ne peut s'arranger en rien ; on ne peut avoir aucun projet suivi. On est au milieu d'hommes que la misère accable, on a quelque aisance extérieure, et cependant on

45 ne peut rien faire pour eux ; on ne peut même leur faire connaître cette impuissance, afin que du moins ils ne soient pas indignés. Où est celui qui songe à la fécondité de l'argent ? Les hommes le perdent comme ils dissipent leurs forces, leur santé, leurs ans. Il est si aisé | de l'en- [362J

50 tasser ou de le prodiguer, si difficile de l'employer bien ! Je sais un curé, près de Fribourg, qui est mal vêtu, qui

Page 1