‹ Obermann;Chapitre 50 sur 121 · maison seulement pour A · texte numérisé non relu

maison seulement pour A

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se nourrit mal, qui ne dépense pas un demi-batz sans nécessité ; mais il donne tout, et le donne avec intelligence. Un de ses paroissiens, je l'ai entendu, parlait de

55 son avarice ; mais cette avarice est bien belle !

Quand on s'arrête à l'importance du temps et à celle de l'argent, on ne peut voir qu'avec peine la perte d'une minute ou celle d'un batz. Cependant le train des choses nous entraîne ; une convenance arbitraire emporte vingt

60 louis, tandis qu'un malheureux n'a pu obtenir un écu. Le hasard nous donne ou nous ôte beaucoup plus qu'il ne faudrait pour consoler l'infortuné. Un autre hasard condamne à l'inaction celui dont le génie aurait conservé l'état. Un boulet brise cette tête que l'on croyait destinée

65 aux grandes choses, et que trente ans de soins avaient préparée. Dans cette incertitude, sous la loi de la nécessité, que deviennent nos calculs et l'exactitude des détails ?

Sans cette incertitude, on ne voudrait pas avoir des mouchoirs de batiste ; ceux de toile serviraient aussi bien,

70 et l'on pourrait en donner à ce pauvre homme de journée qui se prive de tabac quand on l'emploie dans l'intérieur d'une maison, parce qu'il n'a pas de mouchoir dont il ose se servir devant le monde.

Ce serait une vie heureuse que celle qu'on passe | rait [363]

75 comme ce curé respectable. Si j'étais pasteur de village, je voudrais me hâter de faire ainsi, avant qu'une grande habitude me rendît nécessaire l'usage de ce qui compose une vie aisée. Mais il faut être célibataire, être seul, être indépendant de l'opinion ; sans quoi l'on peut perdre dans

80 trop d'exactitude les occasions de sortir des bornes d'une utilité si restreinte. S'arranger de cette manière, c'est trop limiter son sort ; mais aussi, sortez de là, et vous voilà

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