point de domestique A B — 16$. ; car là A B
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17$ stimulans, ils rendent nos sensations trop irrégulières : ils donnent à la fois l'avidité et l'abattement. Le vin et le café sont interdits. Le thé seul est admis, mais aucun prétexte ne peut en rendre l'usage fréquent ; on en prend régulièrement une fois tous les cinq jours. Aucune fête
180 ne vient troubler l'ima | gination par ses plaisirs espérés, par son indifférence imprévue ou aftectée, par les dégoûts et l'ennui qui succèdent également aux désirs trompés et aux désirs satisfaits. Tous les jours sont à peu près semblables, afin que tous soient heureux. Quand les
185 uns sont pour le plaisir et les autres pour le travail, l'homme qui n'est pas contraint par une nécessité absolue devient bientôt mécontent de tous et curieux d'essayer une autre manière de vivre. Il faut à l'incertitude de nos cœurs, ou l'uniformité pour la fixer, ou une variété per-
190 pétuelle qui la suspende et la séduise toujours. Avec les amusemens s'introduiraient les dépenses ; et l'on perdrait à s'ennuyer dans les plaisirs les moyens d'être contens et aimés au milieu d'une bourgade contente. Cependant il ne faut pas que toutes les heures de la vie soient insipides
195 et sans joie. On se fait à l'uniformité de l'ennui ; mais le caractère en est altéré : l'humeur devient difiicile ou chagrine, et au milieu de la paix des choses, on n'a plus la paix de l'âme et le calme du bonheur. Cet homme de bien l'a senti. Il a voulu que les services qu'il rend, que Tordre
200 qu'il a établi donnassent à sa famille la félicité d'une vie simple, et non pas l'amertume des privations et de la misère. Chaque jour a pour les enfans un moment de fête tel qu'on peut en avoir chaque jour. Il ne finit jamais sans qu'ils se soient réjouis, sans que leurs parens aient
205 eu le plaisir des pères, celui de voir leurs enfans devenir
178. peut rendre son usage A B — 196-197. et chagrine ; au milieu A B.
LETTRE LXV
toujours meilleurs en restant | toujours aussi contens. Le [368] repas du soir se fait de bonne heure ; il est composé de choses simples, mais qu'ils aiment, et que souvent on leur laisse disposer eux-mêmes. Après le souper, les jeux
210 en commun chez soi, ou chez des voisins honnêtes, les courses, la promenade, la gàieté nécessaire à leur âge, et si bonne à tout âge, ne leur manquent jamais. Tant le maître de la maison est convaincu que le bonheur attache aux vertus, comme les vertus disposent au bonheur.
215 Voilà comme il faudrait vivre ; voilà comme j'aimerais à faire, surtout si j'avais un revenu considérable. Mais vous savez quelle chimère je nourris dans ma pensée. Je n'y crois pas, et pourtant je ne saurais m'y refuser. Le sort, qui ne m'a donné ni femme, ni enfans, ni
220 patrie ; je ne sais quelle inquiétude qui m'a isolé, qui m'a toujours empêché de prendre un rôle sur la scène du monde, ainsi que font les autres hommes ; ma destinée enfin, semble me retenir, elle me laisse dans l'attente, et ne me permet pas d'en sortir : elle ne dispose point de moi,
225 mais elle m'empêche d'en disposer moi-même. Il semble qu'il y ait une force qui me retienne et me prépare en secret, que mon existence ait une fin terrestre encore inconnue, et que je sois réservé pour une chose que je ne saurais soupçonner. C'est une illusion peut-être ; cepen-
230 dant je ne puis volontairement détruire ce que je crois pressentir, ce que le temps peut me réserver en effet.
A la vérité, je pourrais m'arranger ici à peu | près de [369] la manière dont je parle ; j'aurais un objet insuffisant, mais du moins certain ; et voyant à quoi je dois m'attacher,
235 je m'efforcerais d'occuper à ces soins journaliers l'inquié-
211. nécessaire à leur jeunesse AB — 22'). d'en disposer de moimême {faute d'impression}) B — 231. réserver, (alinéa) A la vciité A B.
tude qui me presse. En faisant dans un cercle étroit le bien de quelques hommes, je parviendrais à oublier combien je suis inutile aux hommes. Peut-être même prendrais-je ce parti, si je ne me trouvais pas dans un isole-
240 ment qui ne m'y offrirait point de douceur intérieure ; si j'avais un enfant que je formerais, que je suivrais dans les détails ; si j'avais une femme qui aimât les soins du ménage bien conduit, à qui il fût naturel d'entrer dans mes vues, qui pût trouver des plaisirs dans l'intimité domes-
245 tique et jouir comme moi de toutes ces choses qui n'ont de prix que celui d'une simplicité volontaire.
Bientôt il me suffirait de suivre l'ordre dans les choses de la vie privée. Le vallon ignoré serait pour moi la seule terre humaine. On n'y souffrirait plus, et je deviendrais
250 content. Puisque dans quelques années je serai un peu de poussière que les vers auront abandonnée, j'en viendrais à ce point de regarder comme un monument assez grand la fontaine dont j'aurais amené les eaux intarissables, et ce serait assez, pour l'emploi de mes jours, que dix
255 familles trouvassent mon existence utile.
Dans une terre convenable, je jouirais plus de cette simplicité des montagnes, que je ne jouirais dans une grande ville de toutes les habitudes de | l'opulence. Mon [370] parquet serait un plancher de sapin ; au lieu de boiseries
260 vernies, j'aurais des murs de sapin ; mes meubles ne seraient point d'acajou, ils seraient de chêne ou de sapin. Je me plairais à voir arranger les châtaignes sous la cendre, au foyer de la cuisine, comme j'aime à être assis sur un meuble élégant à vingt pieds de distance d'un feu de salon,
265 à la lumière de quarante bougies.
Mais je suis seul ; et, outre cette raison, j'en ai d'autres