ménage, fines, mais fortes A B
LETTRE LXV
145 santés composent presque tout l'habillement des enfans et du père. Sa femme ne porte que des robes blanches de toile de coton ; et tous les ans, on trouve des prétextes pour répartir plus de deux cents aunes de toile entre ceux qui sans cela auraient à peine des chemises. Il n'y a d'autre
150 porcelaine que deux tasses du Japon, qui servaient jadis dans la maison paternelle ; tout le reste est d'un bois très-dur, agréable à l'œil, et que l'on maintient dans une grande propreté. Il se casse difficilement, et on le renouvelle à peu de frais ; en | sorte que l'on n'a pas besoin de [366}
155 craindre ou de gronder, et qu'on a de l'ordre sans humeur, de l'activité sans inquiétude. On n'a pas de domestiques : comme les soins du ménage sont peu considérables et bien réglés, on se sert soi-même afin d'être libre. De plus, on n'aime ni à surveiller ni à perdre : on se trouve plus
160 heureux avec plus de peine, et plus de confiance. Seulement, une femme qui mendiait auparavant vient tous les jours pendant une heure, elle fait l'ouvrage le moins propre, et elle emporte chaque fois le salaire convenu. Avec cette manière d'être, on connaît au juste ce qu'on
165 dépense. Là on sait le prix d'un œuf, et l'on sait aussi donner sans aucun regret un sac de blé au débiteur pauvre poursuivi par un riche créancier.
Il importe à l'ordre même qu'on le suive sans répugnance. Les besoins positifs sont faciles à contenir, par
170 l'habitude, dans les bornes du simple nécessaire ; mais les besoins de l'ennui n'auraient point de bornes, et mèneraient d'ailleurs aux besoins d'opinion, illimités comme eux. On a tout prévu pour ne laisser aucun dégoût interrompre l'accord de l'ensemble. On ne fait pas usage des