soi-même. . . plusieurs points A B
5 médiocre est naturellement aussi incommode qu'une chaleur très-grande. Je hais les vents de nord et la neige ; de tout temps mes idées se sont portées vers les beaux climats qui n'ont point d'hivers, et autrefois il me semblait pour ainsi dire chimérique que l'on vécût à Archangel, à
10 Jeniseick. J'ai peine à sentir que les travaux du commerce et des arts puissent se faire sur une terre perdue vers le pôle, où, pendant une si longue saison, les liquides sont solides, la terre pétrifiée, et l'air extérieur mortel. C'est le Nord qui me paraît inhabitable ; quant à la Torride,
15 je ne vois pas de même pourquoi les anciens l'ont crue telle. Ses sables sont arides sans doute ; mais on sent d'abord que les contrées bien arrosées doivent y convenir beaucoup à l'homme, en lui donnant peu de besoins, et en subvenant, par les produits d'une végétation forte et
20 perpétuelle, au seul besoin absolu qu'il y éprouve. La neige a, dit-on, ses avantages : cela est certain ; elle fertilise des terres peu fécondes, mais j'aimerais mieux les terres naturellement fertiles, ou fertilisées par d'autres moyens. Elle a ses beautés : cela doit être, car l'on en
25 découvre toujours dans les choses, en les | considérant [379] sous tous leurs aspects ; mais les beautés de la neige sont les dernières que je découvrirai.
Mais maintenant que la vie indépendante n'est qu'un songe oublié ; maintenant que peut-être je ne chercherais
30 autre chose que de rester immobile, si la faim, le froid ou l'ennui ne me forçaient de me remuer, je commence à juger des climats par réflexion plus que par sentiment. Pour passer le temps comme je puis dans ma chambre, autant vaut le ciel glacé des Samoïèdes que le doux ciel
5. plus incommode A B — 6. et les neiges A B — 7. ces beaux A B — 27. découvrirais B — • 29, que je ne chercherais A B.
LETTRE LXVIII
35 deTIonie. Ce que je craindrais le plus, ce serait peut-être le beau temps perpétuel de ces contrées ardentes, où le vieillard n'a pas vu pleuvoir dix fois. Je trouve les beaux jours bien commodes ; mais malgré le froid, les brumes, la tristesse, je supporte mieux l'ennui des mauvais temps
40 que celui des beaux jours.
Je ne dors plus comme autrefois. L'inquiétude des nuits, le désir du repos me font songer à tant d'insectes qui tourmentent Thomme dans les pays chauds, et dans les étés de plusieurs pays du Nord. Les déserts ne sont
45 plus à moi ; les besoins de convention me deviennent naturels. Que m'importe l'indépendance de l'homme ? Il me faut de l'argent ; et avec de l'argent, je puis être bien à Pétersbourg comme à Naples. Dans le Nord, Fhomme est assujetti par les besoins et les obstacles ; dans le Midi,
50 il est asservi par Tindolence et la volupté. Dans le Nord,
le malheureux n'a pas | d'asile ; il est nu, il a froid, il a [380] faim, et la nature serait pour lui aussi terrible que Taumône et les cachots. Sous Téquateur, il a les forêts, et la nature lui suffit quand l'homme n'y est pas. Là il trouve
55 des asiles contre la misère et l'oppression ; mais moi, lié par mes habitudes et ma destinée, je ne dois pas aller si loin. Je cherche une cellule commode, où je puisse respirer, dormir, me chauffer, me promener en long et en large, et compter ma dépense. C'est donc beaucoup si je
éo la bâtis près d'un rocher suspendu et menaçant, près d'une eau bruyante, qui me rappellent de temps à autre que j'eusse pu faire autre chose.
Cependant j'ai pensé à Lugano. Je voulais l'aller voir ; j'y ai renoncé. C'est un climat facile : on n'y a pas à
65 souffrir l'ardeur des plaines d'Italie, ni les brusques alter-