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LETTRE XLVII
290 vieillesse la plus hâtive. Soixante-trois est la première époque de la mort naturelle. (Je me rappelle que vous blâmez cette expression : nous dirons donc mort nécessaire, mort amenée par les causes générales du déclin de la vie.) Je veux dire que, si l'on meurt de vieillesse à
295 quatre-vingt-quatre, à quatre-vingt-dix-huit, on meurt d'âge à soixante-trois : c'est la première époque où la vie finisse par les maladies de la décrépitude. Beaucoup de personnages célèbres sont morts à soixante-dix ans, à quatre-vingt-quatre, à quatre-vingt-dix-huit, à cent quatre
300 (ou cent cinq). Aristote, Abailard, Héloïse, Luther,
Constantin, Schah- | Abbas, Nostradamus et Mahomet [258] moururent à soixante-trois; et Cléopâtre sentit bien qu'il fallait attendre vingt-huit jours pour mourir après Antoine.
305 Neuf ! Si l'on en croit les hordes Mongoles et plusieurs peuplades de la Nigritie, voilà le plus harmonique des nombres. C'est le carré du seul nombre qui ne soit divisible que par l'unité ; c'est le principe des productions indirectes; c'est le mystère multiplié par le mystère. On
310 peut voir dans Xo. Zend-Avesta combien neuf était vénéré d'une partie de l'Orient. Dans la Géorgie, dans l'Iranved, tout se fait par neuf : les Avares et les Chinois Tont aimé particulièrement. Les Musulmans de la Syrie comptent quatre-vingt-dix-neuf attributs de la divinité, et les
315 peuples de la partie orientale de l'Inde connaissent dixhuit mondes, neuf bons, neuf mauvais.
Mais le signe de ce nombre a la queue en bas, comme
290. la vieillesse. Soixante-trois A B — 301. Son tombeau est à Salon, petite ville à quatre lieues d'Aix. Il est dit dans l'épitaphe que Nostradamus (dont la plume fut divine à peu de chose près, pene divino calamo) vécut soixante-deux ans six mois et dix jours. A B (note à Nostradamus) — - 307. nombres complexes. A B.
une comète qui sème des monstres ; et neuf est l'emblème de toute vicissitude funeste : en Suisse particulièrement
320 les bises destructives durent neuf jours. Quatre-vingt-un, ou neuf multiplié par lui-même, est le nombre de la grande climatérique ^ ; tout homme qui aime l'ordre doit mourir à cet âge, et Denis d'Héraclée donna en cela un grand exemple au monde. |
325 J'avoue que dix-huit ans passe pour un assez bel âge, [25^! et pourtant c'est la destruction multipliée par le mauvais principe ; mais il y a moyen de s'entendre. Dans dix-huit ans il y a deux cent seize mois, nombre très-funeste et très-compliqué. On y voit d'abord quatre-vingt-un mul-
330 tiplié par deux ; ce qui est épouvantable. Dans l'excédant cinquante-quatre, on trouve un serment et Vénus. Quatre et cinq réunis ressemblent donc fort au mariage, état qui séduit à dix-huit ans ; qui n'est bon à rien pour l'un et l'autre sexe, vers quarante-cinq ou cinquante-quatre ; qui
335 ne laisse pas d'être ridicule à quatre-vingt-un, et qui peut en tout temps, par ses plaisirs mêmes, altérer, désoler, dégrader la nature humaine d'après les horreurs attachées au culte du nombre cinq. Qu'y a-t-il de pire que d'empoisonner sa vie par une jouissance de cinq ? C'est à
340 dix-huit ans que ces dangers sont dans leur force; il n'est donc point d'âge plus funeste. Voilà ce qu'on ne pouvait découvrir que par les nombres ; et c'est ainsi que les nombres sont le fondement de la morale.
Que si vous trouvez dans tout cela quelque incertitude,
345 repoussez le doute, redoublez de foi ; voici maintenant
I. Les climatériques d'Hippocrate sont les septièmes années ; ce qui est analogue à ce qu'on a dit au nombre sept.