‹ Obermann;Chapitre 66 sur 121 · éloigne habituellement. A B · texte numérisé non relu

éloigne habituellement. A B

lier, orageux, incertain, devient nécessaire à notre inquiétude ; un climat plus facile et plus uniforme qui nous satisfait, nous laisse indifférens.

30 Peut-être les jours égaux, le ciel sans nuages, l'été perpétuel, donnent-ils plus d'imagination à la multitude ; ce qui viendrait de ce que les premiers besoins absorbent alors moins d'heures, et de ce que les hommes sont plus semblables dans -ces contrées où il y a moins de diversité ' 35 dans les temps, dans les formes, dans toutes choses. Mais

les lieux [ pleins d'oppositions, de beautés et d'horreur, où [392] l'on éprouve des situations contraires et des sentimens rapides, élèvent l'imagination de certains hommes vers le romantique, le mystérieux, l'idéal.

40 Des champs toujours tempérés peuvent nourrir des savans profonds ; des sables toujours brûlés peuvent contenir des gymnosophistes et des ascètes. Mais la Grèce montagneuse, froide et douce, sévère et riante, la Grèce couverte de neige et d'oliviers, eut Orphée, flomère, Épi-

45 ménide ; la Calédonie, plus difficile, plus changeante, plus polaire et moins heureuse, produisit Ossian.

Quand les arbres, les eaux, les nuages sont peuplés par les âmes des ancêtres, par les esprits des héros, par les dryades, par les divinités ; quand des êtres invisibles sont

50 enchaînés dans les cavernes, ou portés par les vents ; quand ils errent sur les tombeaux silencieux, et qu'on les entend gémir dans les airspendantla nuit ténébreuse, quelle patrie pour le cœur de l'homme ! quel monde pour l'éloquence ^ l Sous un ciel toujours le même, dans une plaine sans

I. C'est une grande facilité pour un poète : celui qui veut dire tout ce qu'il imagine a un grand avantage sur celui qui ne doit dire que des choses positives, qui ne dit que ce qu'il croit .

LETTRE LXX

55 bornes, des palmiers droits ombragent les rives d'un fleuve large et muet ; le musulman s'y fait asseoir sur des carreaux, il y fume tout le jour entre les éventails qu'on agite devant lui. |

Mais des rochers mousseux s'avancent sur l'abîme des [393]

60 vagues soulevées ; une brume épaisse les a séparés du monde pendant un long hiver; maintenant le ciel est beau, la violette et la fraise fleurissent, les jours grandissent, les forêts s'animent. Sur l'Océan tranquille, les filles des guerriers chantent les combats et l'espérance de la patrie. ^

65 Voici que les nuages s'assemblent ; la mer se soulève, le tonnerre brise les chênes antiques ; les barques sont englouties ; la neige couvre les cimes ; les torrens ébranlent la cabane, ils creusent des précipices. Le vent change ; le ciel est clair et froid. A la lueur des étoiles,

70 on distingue des planches sur la mer encore menaçante ; les filles des guerriers ne sont plus. Les vents se taisent, tout est calme ; on entend des voix humaines au-dessus des rochers, et des gouttes froides tombent du toit. Le Calédonien s'arme, il part dans la nuit, il franchit les monts

75 et les torrens, il court à Fingal ; il lui dit : Slisama est morte ; mais je l'ai entendue ; elle ne nous quittera pas, , elle a nommé tes amis, elle nous a commandé de vaincre.

C'est au Nord que semblent appartenir l'héroïsme de l'enthousiasme et les songes gigantesques d'une mélanco-

80 lie sublime^: A la Torride appartiennent les conceptions

I. Encore un aperçu vague. Cette observation serait même inutile ici ; mais elle ne l'est pas en général, et pour les autres passages auxquels elle peut se trouver applicable.

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