vint point A B
— 25. s'éloignent, reparaissent comme A B.
de la vie se montrent sans relâche, en se jouant silen-
30 cieusement ; ils approchent et fuient, s'abîment et reparaissent : je les vois tous, et je n'entends rien ; c'est une fumée ; je les cherche, ils ne sont plus. J'écoute, j'appelle, je n'entends pas ma voix elle-même, et je reste dans un vide intolérable, seul, perdu, incertain, pressé
35 d'inquiétude et d'étonnement, au milieu des ombres errantes, dans l'espace impalpable et muet. Nature impénétrable ! ta splendeur m'accable, et tes bienfaits me consument. Que sont pour moi ces longs jours ? Leur lumière commence trop tôt ; leur brûlant midi m'épuise ;
40 et la navrante harmonie de leurs soirées célestes fatigue les cendres de mon cœur : le génie qui s'endormait sous ses ruines a frémi du mouvement de la vie.
Les neiges fondent sur les sommets ; les nuées orageuses roulent dans la vallée : malheureux que je suis !
45 les cieux s'embrasent, la terre mûrit, le stérile hiver est resté dans moi. Douces lueurs du couchant qui s'éteint ! grandes ombres des neiges durables !... Et l'homme n'aurait que d'amères voluptés quand le torrent roule au loin dans le silence universel, quand les chalets se
50 ferment pour la paix de la nuit, quand la lune monte au-dessus du Velan !
Dès que je sortis de cette enfance que l'on re | grette, [411 j'imaginai, je sentis une vie réelle ; mais je n'ai trouvé que des sensations fantastiques : je voyais des êtres, il n'y
55 a que des ombres ; je voulais de l'harmonie, je ne trouvai que des contraires. Alors je devins sombre ; le vide creusa mon cœur ; des besoins sans bornes me consumèrent dans le silence, et l'ennui de la vie fut mon seul
31. rien ; je les fixe, c'est A B — 47. neiges perdurables A B — 51. monte sur le A B — 56. sombre et profond ; le A B.
LETTRE LXXV
sentiment dans l'ao^e où l'on commence à vivre. Tout me
60 montrait cette félicité pleine, universelle, dont l'image idéale est pourtant dans le cœur de l'homme, et dont les moyens si naturels semblent effacés de la nature. Je n'essayais encore que des douleurs inconnues ; mais quand je vis les Alpes, les rives des lacs, le silence des
65 chalets, la permanence, Tégalité des temps et des choses, je reconnus des traits isolés de cette nature pressentie. Je vis les reflets de la lune sur le schiste des roches et sur les toits de bois ; je vis des hommes sans désirs ; je marchai sur l'herbe courte des montagnes ; j'entendis des
70 sons d'un autre monde.
Je redescendis sur la terre ; là s'évanouit cette foi aveugle à l'existence absolue des êtres, cette chimère de rapports réguliers, de perfections, de jouissances positives ; brillante supposition dont s'amuse un cœur neuf,
75 et dont sourit douloureusement celui que plus de profondeur a refroidi, ou qu'un plus long temps a mûri.
Mutations sans terme, action sans but, impénétrabilité universelle : voilà ce qui nous est connu de ce monde où nous régnons. |
80 Une destinée indomptable efface nos songes ; et que [41 met-elle dans cet espace qu'encore il faut remplir ? Le pouvoir fatigue ; le plaisir échappe ; la gloire est pour nos cendres ; la religion est un système du malheureux . l'amour avait les couleurs de la vie, l'ombre vient, la rose
85 pâlit, elle tombe, et voici l'éternelle nuit.
Cependant notre âme était grande ; elle voulait, elle devait : qu'a-t-elle fait ? J'ai vu sans peine, étendue sur la terre et frappée de mort, la tige antique fécondée par deux cents printemps. Elle a nourri l'être animé, elle l'a