‹ Obermann;Chapitre 75 sur 121 · de leurs lacs A B ; de leurs chalets A B · texte numérisé non relu

de leurs lacs A B ; de leurs chalets A B

90 reçu dans ses asiles ; elle a bu les eaux de l'air, et elle subsistait malgré les vents orageux : elle meurt au milieu des arbres nés de son fruit. Sa destinée est accomplie ; elle a reçu ce qui lui fut promis : elle n'est plus, elle a été.

95 Mais le sapin placé par les hasards sur le bord du marais ! il s'élevait sauvage, fort et superbe, comme l'arbre des forêts profondes : énergie trop vaine ! Les racines s'abreuvent dans une eau fétide, elles plongent dans la vase impure ; la tige s'affaiblit et se fatigue ; la

100 cime, penchée par les vents humides, se courbe avec découragement ; les fruits, rares et faibles, tombent dans la bourbe et s'y perdent inutiles. Languissant, informe, jauni, vieilli avant le temps et déjà incliné sur le marais, il semble demander l'orage qui doit l'y renverser : sa vie

105 a cessé long-temps avant sa chute.

LETTRE LXXVI

2 juillet, IX.

Hantz avait raison, il restera avec moi. Il a un frère qui était fontainier à six lieues d'ici. 5 J'avais beaucoup de tuyaux à poser, je l'ai fait venir. Il m'a plu ; c'est un homme discret et honnête. Il est simple, et il a une sorte d'assurance, telle que la doivent donner quelques moyens naturels, et la conscience d'une droiture inaltérable. Sans être très-robuste, il est bon

90. l'air ; elle A B — 95. ce sapin A B — 96. superbe, comme au milieu des rochers déserts, comme l'arbre A B — 104. car sa vie A B.

LETTRE LXXVI

10 travailleur ; il fait bien et avec exactitude. Il n'a été avec moi ni gêné, ni empressé ; ni bas, ni familier. Alors j'allai moi-même dans son village pour savoir ce qu'on y pensait de lui ; j'y vis même sa femme. A mon retour, je lui fis établir une fontaine dans un endroit où il ne

1$ concevait guère que j'en pusse faire quelque usage. Ensuite, pendant qu'il achevait les autres travaux, on éleva auprès de cette fontaine une petite maison de paysan, à la manière du pays, contenant sous un même toit plusieurs chambres, la cuisine, la grange et l'étable :

20 tout cela suffisant seulement pour un petit ménage, et pour hiverner deux vaches. Vous voyez que les voilà installés, lui et sa femme : il a le terrain nécessaire et quelques autres choses. A présent, les tuyaux peuvent manquer, j'ai un fontainier qui ne me manquera pas.

25 En vingt jours sa maison a été prête : c'est un des

avantages de ce genre de con | struction ; quand on a [414] les matériaux, dix hommes peuvent en élever une semblable en deux semaines, et l'on n'a pas besoin d'attendre que les plâtres soient ressuyés.

îo Le vingtième jour tout était prêt. Le soir était beau, je le fis avertir de quitter l'ouvrage un peu plus tôt, et le menant là, je lui dis : Cette maison, cette provision de bois que vous renouvellerez chez moi tous les ans, ces deux vaches, et le pré jusqu'à cette haie sont désormais

35 consacrés à votre usage, et le seront toujours si vous vous conduisez bien, comme il m'est presque impossible d'en douter.

Je vais vous dire deux choses qui vous feront voir si cet homme ne méritait pas cela, et davantage. Sentant

22-23. nécessaire, les deux vaches, et quelques A B — 24. ne manquera A B — 29. essuyés A.

40 apparemment que l'étendue d'un service devait assez répondre de celle de la reconnaissance dans un cœur juste, il insista seulement sur ce que les choses étaient singulièrement semblables à ce qu'il avait imagine comme devant remplir tous ses désirs, à ce que, depuis

45 son mariage, il envisageait, sans espérance, comme le bien suprême, à ce qu'il eût demandé uniquement au ciel, s'il eût pu former un vœu qui dût être exaucé. Cela vous plaira ; mais ce qui va vous surprendre, le voici. Il est marié depuis huit ans : il n'a pas eu d'enfans ; la

50 misère eût été leur seul patrimoine, car, chargé d'une dette laissée par son père, il trouvait difficilement dans son travail le nécessaire pour lui et sa femme. Maintenant elle est enceinte. Considérez le peu de facilités ou même d'occasions | que laisse au développement de nos facultés [415]

55 un état habituel d'indigence, et jugez si l'on peut avoir, dans des sentimens sans ostentation ni intérieure ni extérieure, plus de noblesse naturelle et plus de justesse.

Je me trouve bien heureux d'avoir quelque chose sans être obligé de le devoir à un état qui me forcerait de

60 vivre en riche, et de perdre à des sottises ce qui peut tant produire. Je conviens avec les moralistes que de grands biens sont un avantage souvent trompeur, et que nous rendons très-souvent funeste ; mais je ne leur accorderai jamais qu'une fortune indépendante ne soit pas un des

65 grands moyens pour le bonheur, et même pour la sagesse.

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